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Rétine et vitré

Hémorragie du vitré (causes et traitement) (Vitreous Hemorrhage)

Le vitré est un tissu transparent dépourvu de vaisseaux sanguins, donc un saignement des tissus adjacents se propage dans le gel vitréen, provoquant une hémorragie du vitré. L’hémorragie du vitré (Vitreous Hemorrhage) est un état où le sang pénètre dans la cavité vitréenne à travers une déchirure de la membrane vitréenne et s’infiltre dans le gel. Elle inclut également l’hémorragie prérétinienne (entre la membrane limitante interne et la couche des fibres nerveuses, ou entre la membrane limitante interne et la membrane vitréenne postérieure) qui se diffuse dans la cavité vitréenne.

L’incidence de l’hémorragie du vitré spontanée est d’environ 7 cas pour 100 000 habitants par an, et de 4,8 cas pour 10 000 habitants à Taïwan, variant selon les caractéristiques de la population, la géographie et d’autres facteurs. Comme elle provoque une baisse rapide et indolore de l’acuité visuelle, c’est une pathologie fréquemment rencontrée non seulement par les ophtalmologistes mais aussi aux urgences. La cause la plus fréquente est la rétinopathie diabétique proliférante, suivie par le décollement postérieur du vitré et les traumatismes oculaires. 12)

Code CIM-10 : H43.1

Q À quelle fréquence survient l'hémorragie du vitré ?
A

On estime qu’elle survient chez environ 7 personnes pour 100 000 habitants par an. C’est une pathologie relativement fréquente en ophtalmologie comme cause de baisse brutale de l’acuité visuelle. L’incidence varie selon la cause et les antécédents du patient.

Œil droit avec hémorragie du vitré diabétique
Œil droit avec hémorragie du vitré diabétique
Hu X, et al. Reoperation following vitrectomy for diabetic vitreous hemorrhage with versus without preoperative intravitreal bevacizumab. BMC Ophthalmol. 2019. Figure 4. PMCID: PMC6743107. License: CC BY.
a Œil droit d’une femme diabétique de type 2 présentant une hémorragie du vitré sans décollement de rétine par traction et une acuité visuelle de comptage des doigts, b a reçu une injection intravitréenne de bévacizumab avant l’opération, suivie d’une vitrectomie et d’un tamponnement au gaz une semaine plus tard, avec amélioration à 20/50 après six mois. Correspond à l’hémorragie du vitré traitée dans la section « 2. Principaux symptômes et signes cliniques ».

Les principales plaintes sont une baisse soudaine et indolore de l’acuité visuelle et une vision trouble.

  • Baisse brutale de l’acuité visuelle / vision trouble : L’ampleur de la baisse varie de légère à sévère selon la quantité, la localisation et l’étendue du saignement. Elle se manifeste par une vision trouble ou une baisse soudaine de la vision.
  • Myodésopsies / vision « en toile d’araignée » : Les patients décrivent souvent l’apparition de nouveaux corps flottants, d’ombres ou de quelque chose ressemblant à une « toile d’araignée ».
  • Érythropsie : Certains patients peuvent se plaindre d’une vision rougeâtre (érythropsie).
  • Aggravation matinale des symptômes : Les symptômes peuvent s’aggraver le matin car le sang se dépose sur la macula pendant la nuit.

L’examen à la lampe à fente permet d’identifier les globules rouges dans le vitré antérieur, la présence de cellules épithéliales pigmentaires, et les cellules inflammatoires dans la chambre antérieure ou le vitré. Avec le temps, l’hémolyse progressive rend les cellules restantes blanchâtres. Si l’hémorragie est minime, la couleur rouge peut ne pas être évidente, nécessitant une différenciation avec une uvéite.

L’hémorragie vitréenne devient blanche (organisation) sur plusieurs mois, donc une couleur blanche n’est pas nécessairement synonyme d’inflammation. De plus, la distribution est souvent inégale, avec un dépôt plus dense en bas et une transparence relative en haut laissant voir la rétine.

  • Hémorragie fraîche : de couleur rouge, avec un reflet en masse ou plumeux. Avec le temps, elle devient jaune-blanc puis gris-blanc, rendant parfois difficile la distinction avec une hémorragie ancienne ou une opacité vitréenne.
  • Hémorragie ancienne : devient jaune-blanc ou gris-blanc avec le temps. La couleur permet d’estimer approximativement le temps écoulé depuis l’hémorragie.
  • Hémorragie prérétinienne : à l’examen du fond d’œil, elle forme typiquement un niveau horizontal (niveau). L’hémorragie sous la membrane hyaloïdienne postérieure (hémorragie scaphoïde) présente une forme caractéristique en bateau.
  • Rubéose irienne : observée dans les cas graves avec néovascularisation.
Q L'hémorragie vitréenne est-elle douloureuse ?
A

En général, l’hémorragie vitréenne elle-même n’est pas douloureuse. Une baisse soudaine et indolore de l’acuité visuelle et des corps flottants sont les symptômes typiques. En cas de traumatisme, une douleur due à la blessure peut être présente.

La fréquence des causes d’hémorragie vitréenne varie selon les caractéristiques de la population étudiée. Dans les cas unilatéraux d’origine inconnue, les causes fréquentes sont la rupture de néovaisseaux due à une occlusion veineuse rétinienne, le décollement postérieur du vitré, la déchirure rétinienne et le décollement de rétine.

Les trois causes les plus courantes sont les suivantes, représentant 59 à 88,5 % de tous les cas.

Rétinopathie diabétique proliférante

Rupture de néovaisseaux : L’ischémie rétinienne entraîne la production de facteurs angiogéniques comme le VEGF, provoquant la prolifération de néovaisseaux fragiles. Les mouvements oculaires normaux, le décollement postérieur aigu du vitré et la contraction fibrovasculaire déclenchent l’hémorragie.

Fréquence : Première des trois grandes causes. Risque élevé en cas de diabète mal contrôlé.

Décollement postérieur du vitré

Rupture des vaisseaux rétiniens : Environ 8 % des patients atteints de décollement postérieur du vitré (DPV) présentent une hémorragie du vitré.

Association avec une déchirure rétinienne : 70 à 95 % des hémorragies du vitré liées à un décollement postérieur du vitré aigu s’accompagnent d’une déchirure ou d’une rupture rétinienne. Il existe une corrélation directe entre la quantité de saignement et la probabilité d’une déchirure rétinienne. 4)

Traumatisme oculaire

Traumatisme oculaire fermé ou ouvert : La compression du globe oculaire due à un traumatisme contondant provoque la rupture des vaisseaux rétiniens. Dans les traumatismes oculaires ouverts, des saignements peuvent survenir dans toutes les couches intraoculaires.

Caractéristiques liées à l’âge : Les hémorragies du vitré chez les personnes de moins de 40 ans sont souvent associées à des antécédents de traumatisme.

  • Occlusion veineuse rétinienne : Rupture des veinules rétiniennes obstruées. Peut également s’accompagner de formation de néovaisseaux.
  • Vascularite rétinienne : Sarcoïdose, maladie de Behçet, maladie d’Eales, etc.
  • Rétinopathie drépanocytaire proliférante
  • Anévrisme artériolaire rétinien
  • Syndrome de Terson : Hémorragie du vitré associée à une hémorragie sous-arachnoïdienne. Elle est causée par une augmentation de la pression intracrânienne qui comprime et rompt les veinules rétiniennes. Sa fréquence est de 3 à 20 % des cas d’hémorragie sous-arachnoïdienne.
  • Dégénérescence maculaire liée à l’âge (DMLA) avec néovaisseaux
  • Rétinopathie de Valsalva
  • Hypertension intracrânienne idiopathique (HII) : Cause rare mais importante. Associée à un œdème papillaire, elle survient par le biais d’une augmentation aiguë de la pression intracrânienne entraînant une compression et une rupture veineuse.
  • Maladies sanguines / troubles de la coagulation : leucémie, thrombopénie, etc. Dans des maladies comme la leucémie et l’uvéite, on attend la résorption de l’hémorragie vitréenne tout en poursuivant le traitement médical.
  • Rétinopathie du prématuré, persistance de l’artère hyaloïde, rétinoblastome, maladie de von Hippel-Lindau
  • Autres : rétinoschisis lié à l’X, vitréorétinopathie exsudative familiale

Chez l’enfant, la distribution des causes est différente de celle de l’adulte. Les principales causes incluent la maladie de Coats, la rétinopathie du prématuré, les traumatismes oculaires (y compris le syndrome du bébé secoué), les maladies sanguines (leucémie, thrombopénie) et le rétinoblastome. En cas d’hémorragie vitréenne bilatérale chez un nourrisson, il faut envisager un syndrome du bébé secoué lié à la maltraitance.

  • Diabète mal contrôlé (avec rétinopathie proliférante)
  • Hypertension artérielle : peut détruire les caillots nouvellement formés et provoquer de nouveaux saignements actifs.
  • Âge avancé : risque associé au décollement postérieur du vitré lié à l’âge.
  • Moins de 40 ans : les traumatismes sont une cause fréquente.
  • Anticoagulants et antiagrégants plaquettaires : l’aspirine ne ralentit pas la progression de la rétinopathie diabétique et il n’existe pas de preuve solide qu’elle augmente le risque d’hémorragie vitréenne. Si un traitement anticoagulant est médicalement nécessaire, son arrêt n’est pas recommandé dans le but de résorber l’hémorragie vitréenne. 5)

L’hémorragie du vitré étant un signe clinique, il est important de différencier la maladie causale. Si l’hémorragie est légère et que le fond d’œil est observable, l’identification de la cause est relativement facile.

Les antécédents de diabète, d’hypertension, de drépanocytose, de traumatisme, de maladies rétiniennes passées ou de chirurgie oculaire sont des indices importants pour le diagnostic. La présence ou l’absence de maladies systémiques telles que l’hypertension ou le diabète, ainsi que l’état de l’œil controlatéral, peuvent parfois permettre de déduire la cause du saignement.

  • Examen à la lampe à fente : identification des globules rouges dans le vitré antérieur, recherche de cellules épithéliales pigmentaires, de cellules inflammatoires et de rubéose irienne.
  • Mesure de la pression intraoculaire et gonioscopie : réalisées pour détecter les néovaisseaux de l’iris et de l’angle.
  • Examen du fond d’œil sous dilatation : confirmation de la forme et de la distribution de l’hémorragie dans la cavité vitréenne, recherche de déchirures rétiniennes et de décollement de la rétine. En cas de décollement postérieur du vitré aigu, un examen minutieux de la rétine périphérique est effectué à l’aide d’une indentation sclérale.
  • Ophtalmoscope laser à balayage ultra grand champ (SLO) : en cas d’hémorragie légère à modérée, la photographie ultra grand champ du fond d’œil permet d’observer largement les déchirures, les néovaisseaux et les zones ischémiques de la rétine périphérique.
  • Examen de l’œil controlatéral : peut souvent fournir des indices sur la maladie causale.

Lorsque le fond d’œil n’est pas du tout visible en raison d’une hémorragie du vitré, l’échographie en mode B est indispensable. Le mode B permet d’évaluer le degré et l’étendue de l’hémorragie et de vérifier la présence d’un décollement postérieur du vitré. Dans l’hémorragie du vitré due à la dégénérescence maculaire liée à l’âge, une hémorragie sous-rétinienne peut être présente, il faut donc également prêter attention au réflexe rétinien près de la macula.

Une hémorragie vitréenne fraîche montre un réflexe en masse ou en plumes, avec une mobilité. Le décollement postérieur du vitré est visualisé comme un écho membraneux. La présence ou l’absence de continuité avec la papille optique est un point clé pour différencier du décollement de la rétine. Lorsque le sang s’accumule sur la membrane vitréenne postérieure, il peut être difficile de la distinguer d’une rétine décollée.

La sensibilité de l’échographie en mode B pour détecter les déchirures rétiniennes dans l’hémorragie du vitré occlusive associée au PVD est rapportée entre 44 et 100 % 10). Comme l’échographie seule peut donner des faux négatifs, un examen détaillé du fond d’œil après la résorption de l’hémorragie est important.

Les principales pathologies nécessitant un diagnostic différentiel avec l’hémorragie du vitré sont présentées ci-dessous.

  • Uvéite : L’opacité du vitré (cellules inflammatoires, fibrine) peut ressembler à une hémorragie. L’identification des cellules à la lampe à fente, la présence de précipités rétro-cornéens et les symptômes généraux sont importants pour le diagnostic différentiel.
  • Endophtalmie : Elle s’accompagne d’une baisse rapide de l’acuité visuelle, de douleurs oculaires et de signes inflammatoires de la chambre antérieure. Il est essentiel de rechercher des antécédents de risque infectieux.
  • Amylose vitréenne : Opacité blanche à gris-blanc du vitré. Le diagnostic différentiel repose sur la couleur, l’aspect et les antécédents.
  • Tumeur intraoculaire : Le rétinoblastome (chez l’enfant) et le mélanome choroïdien peuvent provoquer une hémorragie dans le vitré. L’identification de la masse par échographie B et IRM est importante.
  • Asteroid hyalosis : Petits corps blancs étoilés dispersés dans tout le vitré. Les symptômes subjectifs sont rares, et le diagnostic différentiel avec une hémorragie est relativement facile.
  • Angiographie à la fluorescéine (FA) : Utile pour identifier les néovaisseaux en cas d’hémorragie du vitré légère à modérée.
  • OCT (tomographie par cohérence optique) : Utile pour l’évaluation et la classification du décollement postérieur du vitré. L’OCT-A est également utilisée pour la détection des néovaisseaux.
  • ERG (électrorétinogramme) : Réalisé si nécessaire pour évaluer la fonction rétinienne, en particulier en cas de cause inconnue ou de suspicion de maladie rétinienne associée.
  • Scanner orbitaire : En cas de suspicion de traumatisme oculaire ouvert. Également utilisé pour exclure un corps étranger intraoculaire.
  • Mesure de la pression artérielle et examens cliniques (analyses sanguines) : réalisées pour évaluer le diabète, la drépanocytose, la leucémie, la thrombocytopénie et d’autres anomalies hématologiques.

Voici comment les principaux examens sont utilisés.

ExamenObjectif principalIndication
Échographie en mode BExclure un décollement de rétine, confirmer un décollement postérieur du vitréLorsque le fond d’œil n’est pas visible
Angiographie à la fluorescéine (FA)Identifier les néovaisseauxHémorragie légère à modérée
Électrorétinographie (ERG)Évaluer la fonction rétinienneCause inconnue ou suspicion de maladie rétinienne associée
Scanner orbitaireConfirmer un corps étranger intraoculaireCas traumatiques
Q Comment diagnostiquer si le fond d'œil n'est pas visible ?
A

L’échographie en mode B est essentielle. Elle permet de différencier un décollement de la rétine en fonction de l’état des échos du vitré dus à l’hémorragie, de la présence ou non d’un décollement postérieur du vitré et de la continuité avec la papille optique. Même si le fond d’œil est totalement opaque, il est parfois possible d’observer la rétine périphérique à l’aide d’un ophtalmoscope indirect et d’une indentation sclérale.

Le principe de base est de traiter la maladie causale le plus rapidement possible.

Si l’hémorragie est légère, on attend la résorption naturelle tout en poursuivant la surveillance. Le sang disparaît à un taux d’environ 1 % par jour.

  • Repos et positionnement de la tête : Il est conseillé de maintenir la tête surélevée pendant le sommeil. Le sang se dépose, ce qui améliore la vision et permet un examen plus complet du fond d’œil. Il est recommandé d’éviter les activités intenses.
  • Prise en charge de la maladie causale : Les patients atteints de maladies systémiques telles que le diabète ou l’hypertension doivent bénéficier d’un suivi ophtalmologique étroit ainsi que d’une prise en charge systémique par un interniste ou un endocrinologue. Dans les maladies comme la leucémie ou l’uvéite, on attend la résorption de l’hémorragie vitréenne tout en poursuivant le traitement médical.

Si la vision est suffisante et que l’hémorragie est due à des néovaisseaux (rétinopathie diabétique proliférante, occlusion veineuse rétinienne, etc.), la PRP est réalisée pour faire régresser les néovaisseaux et réduire le risque de nouvelles hémorragies. Des essais randomisés ont montré que la PRP réduit de plus de 50 % le risque de perte visuelle sévère dans la rétinopathie diabétique proliférante. 8)

Lorsque la vision n’est pas suffisante pour réaliser une PRP, les injections intravitréennes d’anti-VEGF sont utilisées pour faire régresser les néovaisseaux dans la rétinopathie proliférante. Dans les hémorragies vitréennes dues à la dégénérescence maculaire liée à l’âge, les injections intravitréennes d’anti-VEGF sont généralement indiquées.

Dans un essai randomisé portant sur l’hémorragie vitréenne associée à la rétinopathie diabétique proliférante, comparant les injections intravitréennes de ranibizumab à des injections de solution saline, aucune différence n’a été observée entre les deux groupes quant au taux de vitrectomie à 16 semaines. Les données de DRCR.net Protocol S, comparant la PRP aux injections intravitréennes de ranibizumab pour la rétinopathie diabétique proliférante, ont montré que l’incidence des hémorragies vitréennes à 5 ans était similaire dans les deux groupes (environ 50 %). 5)

Un retard de traitement peut entraîner des lésions rétiniennes permanentes ou un glaucome néovasculaire dû à l’ischémie. Il est donc nécessaire d’évaluer soigneusement s’il faut poursuivre une observation conservatrice ou procéder à un traitement chirurgical. En cas de décollement de rétine confirmé par échographie en mode B, une intervention chirurgicale précoce est indiquée pour réappliquer la rétine.

La vitrectomie est indiquée dans les cas suivants : 5)

  • Hémorragie du vitré avec décollement de rétine ou déchirure rétinienne confirmée par échographie en mode B
  • Hémorragie du vitré non résorbée
  • Hémorragie du vitré avec néovascularisation de l’iris (nécessitant une intervention chirurgicale plus précoce)
  • En cas de glaucome hémolytique ou de glaucome à cellules fantômes
  • La plupart des cas de corps étrangers intraoculaires
  • Hémorragie du vitré dense d’origine inconnue (à des fins diagnostiques et thérapeutiques)
  • Hémorragie du vitré empêchant la réalisation d’une photocoagulation panrétinienne complète 6)

En cas de rétinopathie proliférante diabétique avec nouvelle hémorragie du vitré ne se résorbant pas dans le mois, de nombreux chirurgiens pratiquent une vitrectomie. Cependant, chez les patients déjà diagnostiqués avec une rétinopathie diabétique proliférante ayant des antécédents de PRP, une période d’observation plus longue (3 à 6 mois) peut être raisonnable. L’utilisation d’endolaser (photocoagulation intraoculaire) ou d’anti-VEGF préopératoire peut être envisagée pendant l’intervention.

Les résultats préliminaires du DRCR.net Protocol AB ont comparé un groupe de traitement initial par aflibercept (100 patients) à un groupe de traitement initial par vitrectomie plus laser (105 patients) chez des patients présentant une hémorragie du vitré due à une rétinopathie diabétique proliférante. À 24 semaines, il n’y avait pas de différence statistique dans le score moyen d’acuité visuelle, mais le groupe chirurgical a montré une récupération visuelle plus rapide, et environ un tiers du groupe aflibercept a nécessité une vitrectomie au cours du suivi (8 % dans le groupe chirurgical). 5)

Q Combien de temps faut-il pour qu'une hémorragie du vitré se résorbe naturellement ?
A

Les globules rouges disparaissent à un taux d’environ 1 % par jour, et leur absorption complète peut prendre plusieurs mois. Si l’hémorragie est légère, on attend une résorption spontanée par simple surveillance, mais si elle ne se résorbe pas ou si elle s’accompagne d’un décollement de la rétine, une vitrectomie est indiquée.

Q Quand faut-il opérer une hémorragie du vitré ?
A

Cela dépend de la cause et de l’importance de l’hémorragie. En cas de décollement de la rétine, une intervention précoce est nécessaire. Dans la rétinopathie diabétique proliférante, une vitrectomie est envisagée si une nouvelle hémorragie du vitré ne disparaît pas dans le mois suivant. Chez les patients déjà traités par photocoagulation panrétinienne (PRP), une période d’observation de 3 à 6 mois peut être appropriée. Dans les hémorragies sévères du vitré liées au diabète de type 1, une vitrectomie plus précoce est bénéfique pour la récupération visuelle. 9) Une hémorragie du vitré empêchant la réalisation complète de la photocoagulation panrétinienne est également une indication de vitrectomie. 6)

Le vitré est un tissu transparent dépourvu de vaisseaux sanguins. Ainsi, une hémorragie du vitré survient lorsque du sang provenant des tissus adjacents s’infiltre dans le gel vitréen. L’extravasation de sang dans la cavité vitréenne est principalement due à deux mécanismes fondamentaux.

1. Rupture de vaisseaux normaux sous l’effet de forces mécaniques

Section intitulée « 1. Rupture de vaisseaux normaux sous l’effet de forces mécaniques »
  • Décollement postérieur du vitré (DPV) aigu : En tant que complication du décollement postérieur du vitré lié à l’âge, une hémorragie du vitré est observée chez environ 8 % des patients. Elle survient lorsque le vitré se détache de la rétine, provoquant la rupture de vaisseaux rétiniens. Dans 70 à 95 % des hémorragies du vitré associées à un DPV aigu, on trouve une déchirure ou une rupture rétinienne. Il existe une corrélation directe entre la quantité de sang et la probabilité d’une déchirure rétinienne. 4)
  • Traumatisme contondant (traumatisme oculaire fermé) : La compression du globe oculaire dans le sens antéropostérieur provoque un renflement de l’équateur oculaire dans le plan coronal, exerçant une traction vers l’intérieur du vitré sur la rétine. Chez les patients jeunes, l’adhérence entre le vitré et la rétine est particulièrement forte, et cette traction peut entraîner une dialyse rétinienne, une rupture des vaisseaux rétiniens et une hémorragie du vitré.
  • Traumatisme oculaire ouvert : Une perte de substance transfixiante de la paroi oculaire peut entraîner une hémorragie dans toutes les couches intraoculaires, y compris une hémorragie du vitré.
  • Syndrome du bébé secoué : Peut provoquer des hémorragies dans toutes les couches de l’œil.
  • Syndrome de Terson : L’augmentation de la pression intracrânienne élève la pression dans les veinules rétiniennes, entraînant leur rupture. On observe une hémorragie sous la membrane limitante interne (sous-ILM).
  • Rétinopathie de Valsalva : Une augmentation brutale de la pression intrathoracique ou intra-abdominale (toux, effort, vomissements) peut provoquer une rupture aiguë des vaisseaux rétiniens, entraînant une hémorragie sous la membrane limitante interne qui s’étend à la cavité vitréenne.

2. Saignement provenant de structures pathologiques

Section intitulée « 2. Saignement provenant de structures pathologiques »
  • Rupture de néovaisseaux rétiniens : L’ischémie rétinienne due à la rétinopathie diabétique, à l’occlusion veineuse rétinienne, à la rétinopathie drépanocytaire ou à la rétinopathie du prématuré stimule la production de facteurs angiogéniques (VEGF, facteur de croissance des fibroblastes basique, facteur de croissance analogue à l’insuline), favorisant la prolifération de néovaisseaux fragiles.
  • Microanévrismes rétiniens : Un affaiblissement localisé de la paroi artérielle conduit à la formation d’un anévrisme. Sa rupture peut provoquer des hémorragies sous-rétiniennes, prérétiniennes et intravitréennes en plusieurs couches.
  • Rupture d’une veinule rétinienne aiguëment occluse dans l’occlusion veineuse rétinienne.
  • Néovascularisation choroïdienne secondaire à une tumeur choroïdienne ou à la dégénérescence maculaire liée à l’âge : peut provoquer une hémorragie transperçante (break-through bleeding) traversant la rétine jusqu’au vitré.

Mécanisme de l’hémorragie vitréenne associée à l’hypertension intracrânienne

Section intitulée « Mécanisme de l’hémorragie vitréenne associée à l’hypertension intracrânienne »

Lorsque la pression intracrânienne augmente brusquement, comme dans l’hypertension intracrânienne idiopathique (HII) ou l’hémorragie sous-arachnoïdienne, la pression du LCR dans la gaine du nerf optique comprime la veine centrale de la rétine et les anastomoses chorio-rétiniennes. Cela provoque une stase veineuse, empêchant l’évacuation du sang des anastomoses, qui se rompent, et une hémorragie sévère traverse la membrane limitante interne pour atteindre le vitré.

Vosoughi & Micieli (2022) ont rapporté un cas d’hypertension intracrânienne idiopathique chez une femme obèse de 32 ans (IMC 54,9 kg/m²) sans céphalée, acouphène pulsatile ni trouble visuel transitoire, qui s’est présentée uniquement avec des flashs et des myodésopsies, et présentait une hémorragie vitréenne et un œdème papillaire. La pression d’ouverture à la ponction lombaire était de 34 cmH₂O. Sous acétazolamide 500 mg deux fois par jour, l’œdème papillaire s’est amélioré après 3 mois, et l’hémorragie vitréenne et l’acuité visuelle ont complètement récupéré après 6 mois. 3)

Hanai et al. (2022) ont rapporté un cas de kyste apexien pétreux dilaté (PAC) unilatéral et d’hémorragie vitréenne controlatérale secondaire à une hypertension intracrânienne chez un garçon de 12 ans. La pression d’ouverture à la ponction lombaire était de 250 mmH₂O. Sous acétazolamide 250 mg deux fois par jour, l’hémorragie vitréenne et l’œdème papillaire ont régressé progressivement. 1)

Le sang libéré dans la cavité vitréenne forme rapidement un caillot et disparaît à un taux d’environ 1 % par jour. Les globules rouges sont évacués par le trabéculum, subissent une hémolyse et une phagocytose, ou restent dans le vitré pendant plusieurs mois. La réponse immunitaire intravitréenne est spécifique, similaire à un granulome à « faible renouvellement », sans réaction polynucléaire initiale. Cette réponse inflammatoire atténuée réduit les dommages tissulaires oculaires et contribue au maintien de la transparence de l’axe visuel.

7. Recherches récentes et perspectives futures (rapports en phase de recherche)

Section intitulée « 7. Recherches récentes et perspectives futures (rapports en phase de recherche) »

Importance historique de l’étude DRVS (Diabetic Retinopathy Vitrectomy Study)

Section intitulée « Importance historique de l’étude DRVS (Diabetic Retinopathy Vitrectomy Study) »

L’étude DRVS (Diabetic Retinopathy Vitrectomy Study) est un essai de référence qui a démontré pour la première fois l’efficacité de la vitrectomie précoce pour les hémorragies vitréennes sévères dans le diabète de type 1. À l’analyse à 2 ans, le groupe vitrectomie précoce a montré une récupération visuelle significativement meilleure par rapport au groupe observation. 9) Cette étude, avec le développement des techniques de vitrectomie par mini-incision, a jeté les bases des critères actuels d’indication de la vitrectomie.

Chirurgie précoce pour l’hémorragie vitréenne associée à une déchirure rétinienne

Section intitulée « Chirurgie précoce pour l’hémorragie vitréenne associée à une déchirure rétinienne »

Tan et al. (2010) ont mené un essai contrôlé randomisé comparant la vitrectomie précoce et l’observation pour les hémorragies vitréennes associées à une déchirure rétinienne. Il n’y avait pas de différence significative dans l’acuité visuelle finale, mais le groupe opéré précocement présentait un taux significativement plus faible de décollement de la rétine par rapport au groupe observé. 11) Cela constitue une preuve en faveur d’une intervention précoce et agressive en cas d’hémorragie vitréenne suspecte de déchirure rétinienne.

Hémorragie vitréenne après vaccination par l’ARNm du COVID-19

Section intitulée « Hémorragie vitréenne après vaccination par l’ARNm du COVID-19 »

Matsuo & Noda (2022) ont rapporté le cas d’un ophtalmologiste de 60 ans, sans anomalie lors des examens annuels, qui a présenté des hémorragies vitréennes récurrentes environ 2,5 mois après la deuxième et la troisième dose du vaccin à ARNm COVID-19 (BNT162b2, Pfizer-BioNTech). Après chaque vaccination, une tendance à l’augmentation de la pression artérielle diastolique de 10 à 20 mmHg a été observée sur une période de 2 à 3 mois, ce qui était temporellement lié à la récidive de l’hémorragie vitréenne. Bien qu’il s’agisse d’un cas unique insuffisant pour prouver un lien de causalité, il est recommandé de vérifier les antécédents de vaccination chez les patients présentant une hémorragie vitréenne récurrente et une hypertension artérielle après la vaccination contre le COVID-19. 2)

Le Protocol AB du DRCR.net est un essai contrôlé randomisé comparant la monothérapie anti-VEGF à la vitrectomie avec laser pour l’hémorragie vitréenne due à la rétinopathie diabétique proliférante. Les données sur le pronostic visuel à long terme et le taux de conversion chirurgicale seront accumulées à l’avenir.

L’hémorragie vitréenne implique diverses causes, donc le pronostic dépend de la cause sous-jacente. En général, si la fonction maculaire est préservée, le pronostic visuel est bon.

Dans les cas compliqués d’un décollement de la rétine, avant ou après la chirurgie, une vitréorétinopathie proliférante peut survenir et entraîner un mauvais pronostic. Le risque de vitréorétinopathie proliférante est particulièrement élevé lorsque les modifications tractionnelles deviennent chroniques ou lorsque la chirurgie est retardée.

Si la cause sous-jacente est correctement prise en charge, le risque de récidive hémorragique peut être réduit. Dans la rétinopathie diabétique, la régression des néovaisseaux par photocoagulation panrétinienne et thérapie anti-VEGF est importante pour prévenir les récidives hémorragiques.


  1. Hanai K, Hashimoto M, Nakamura H. Unilateral expanding petrous apex cephalocele and contralateral vitreous hemorrhage in a young patient with intracranial hypertension. Am J Ophthalmol Case Rep. 2022;25:101368.
  2. Matsuo T, Noda H. Temporal association of vitreous hemorrhage and hypertension after COVID-19 mRNA vaccines. Clin Case Rep. 2022;10:e06657.
  3. Vosoughi AR, Micieli JA. Vitreous hemorrhage as the presenting sign of idiopathic intracranial hypertension. Case Rep Ophthalmol. 2022;13:905-909.
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