La néovascularisation choroïdienne (CNV) est une prolifération anormale de vaisseaux sanguins allant de la choroïde vers la rétine à travers la membrane de Bruch. Récemment, elle est également appelée « néovascularisation maculaire (MNV) ».
Les principales causes sont la dégénérescence maculaire liée à l’âge exsudative, la vasculopathie choroïdienne polypoïdale, la myopie maculaire dégénérative, la choriorétinopathie séreuse centrale chronique, l’uvéite et les traumatismes. Dans tous les cas, une production accrue de facteur de croissance endothélial vasculaire (VEGF) est la voie finale commune.
L’angiographie OCT (OCTA) est un examen non invasif qui visualise le flux sanguin par contraste de mouvement basé sur les changements de signal (décorrélation) entre des B-scans répétés. Sans agent de contraste, elle permet de visualiser les microstructures vasculaires autour de la choroïde et de l’EPR avec une résolution en profondeur grâce à la segmentation. La combinaison de l’OCT et de l’OCTA permet de décrire en trois dimensions les trois types de néovascularisation maculaire au niveau histologique 8).
QSur quel principe l'OCTA visualise-t-elle les vaisseaux ?
A
Le même site est scanné à plusieurs reprises en peu de temps ; les tissus stationnaires (rétine, choroïde) ne changent pas, tandis que les zones avec flux sanguin présentent des variations de signal. Ce « signal de décorrélation » est imagé comme un contraste de mouvement. Sans agent de contraste, la procédure est moins contraignante pour le patient et adaptée aux examens répétés.
La néovascularisation choroïdienne se présente sous différents types selon sa localisation et sa relation avec les couches rétiniennes. Le diagnostic repose sur la tomographie par cohérence optique (OCT) et l’examen à la lampe à fente.
Néovascularisation choroïdienne de type 1 (Type 1 MNV) : reste sous l’épithélium pigmentaire rétinien (EPR). L’OCT montre une irrégularité/soulèvement de l’EPR et un réflectivité moyenne. L’angiographie à la fluorescéine (FA) montre des signes occultes.
Néovascularisation choroïdienne de type 2 (Type 2 MNV) : traverse l’EPR et s’étend dans l’espace sous-rétinien. L’OCT montre une masse de réflectivité moyenne au-dessus de l’EPR. La FA montre des signes classiques.
Néovascularisation choroïdienne de type 3 (Type 3 MNV / RAP) : les néovaisseaux se développent dans la rétine (prolifération angiomateuse rétinienne), souvent accompagnés d’hémorragies rétiniennes ponctuelles.
Polypoïdal choroïdal vasculopathy : présence de lésions surélevées orange-rouge au fond d’œil. L’OCT montre un soulèvement abrupt de l’EPR et un signe de double couche (double layer sign) caractéristique.
Le développement de la néovascularisation choroïdienne est multifactoriel.
Âge et génétique : accumulation de produits métaboliques (drusen) dans la membrane de Bruch, augmentation du stress oxydatif lié à l’âge.
Dégénérescence maculaire liée à l’âge : survient sur un fond de drusen et d’atrophie géographique. Le principal facteur de risque est l’âge.
Myopie forte : l’allongement axial provoque un étirement et une rupture de la membrane de Bruch, déclenchant la néovascularisation choroïdienne. Dans le pseudoxanthome élastique (PXE), des angioid streaks (stries angioïdes) entraînent une néovascularisation choroïdienne dans plus de 70 % des cas, et l’atteinte bilatérale atteint environ 90 %5).
Choriorétinopathie ponctuée interne (PIC) : une néovascularisation choroïdienne se développe secondairement à partir de cicatrices inflammatoires3).
Choriorétinopathie exsudative et hémorragique juxtamaculaire (PEHCR) : elle peut être associée à une néovascularisation choroïdienne, ce qui pose des défis diagnostiques et thérapeutiques1).
Calcification choroïdienne sclérale (SCC) : bien que rare, des cas de néovascularisation choroïdienne compliquant des lésions de SCC ont été rapportés4).
QUne néovascularisation choroïdienne peut-elle survenir en dehors de la DMLA ?
A
La néovascularisation choroïdienne peut survenir dans diverses maladies telles que la myopie forte, le PXE, la PIC, la choriorétinopathie séreuse centrale chronique, les traumatismes, les uvéites, la PEHCR et la SCC. En particulier dans le PXE, la néovascularisation choroïdienne se développe fréquemment sur un fond de stries angioïdes, avec une tendance à la bilatéralité et à la résistance au traitement5). L’identification de la maladie causale est importante pour déterminer la stratégie thérapeutique.
Image des résultats de l'angiographie OCT de la néovascularisation choroïdienne
Adnan Kilani; Denise Vogt; Armin Wolf; Efstathios Vounotrypidis. The role of multimodal imaging in characterization and monitoring of choroidal neovascularization secondary to angioid streaks. Eur J Ophthalmol. 2025 Jan 27; 35(1):306-313 Figure 3. PMCID: PMC11697489. License: CC BY.
Œil droit avec stries angioïdes (AS), 2 NVC (maculaire et juxtapapillaire) et drusen de la tête du nerf optique (ONHD) du patient n°3 de l’étude (a) Fond d’œil avec AS, ONHD, NVC maculaire et hémorragie rétinienne (flèche bleue). (b) OCTA de la NVC maculaire détectée dans la segmentation de la rétine externe-choriocapillaire (ORCC) (carré bleu). (c) B-scan correspondant de la NVC maculaire avec enregistrement du flux sanguin (flèche bleue). (d) Angiographie à la fluorescéine (AF) montrant la NVC maculaire (désignée comme 1, marquée par une flèche bleue) et la NVC juxtapapillaire (désignée comme 2, marquée par une flèche jaune). (e) Représentation SD-OCTA de la NVC juxtapapillaire détectée dans la segmentation ORCC (carré jaune). (f) B-scan correspondant de la NVC juxtapapillaire avec enregistrement du flux sanguin (flèche jaune) et matériel hyperréflectif sous-rétinien (SHRM) (flèche blanche).
L’évaluation d’image multimodale est fondamentale pour le diagnostic de la néovascularisation choroïdienne. L’OCTA joue un rôle central, mais peut être insuffisante seule dans certaines situations.
L’OCTA peut être utilisée avec SD-OCT (domaine spectral) ou SS-OCT (source à balayage). Après l’acquisition, le traitement de segmentation affiche le flux sanguin de chaque couche rétinienne, autour de l’EPR et de la choroïde sous forme d’image en face.
Résultats OCTA par type de néovascularisation choroïdienne
Localisation : Entre l’EPR et la membrane de Bruch (sous l’EPR).
Morphologie OCTA : Réseau vasculaire en éventail de mer (sea-fan) ou corallien (coral-like). Visualisé dans la couche EPR-choriocapillaire sur l’OCTA en face 8).
Néovascularisation maculaire de type 1 pachychoroïdienne : montre une structure vasculaire plane mature, bien visualisée en OCTA. Le SIRE est un biomarqueur utile 6). Le signe de la double couche peut être confirmé en OCT8).
Néovascularisation choroïdienne de type 2
Localisation : pénètre l’EPR et s’étend dans l’espace sous-rétinien.
Morphologie OCTA : visualisée comme une lésion hyperréflective au-dessus de l’EPR. Peut montrer des boucles vasculaires ou un motif en roue.
Correspondance angiographique : correspond à la néovascularisation choroïdienne classique, présentant une hyperfluorescence précoce bien délimitée.
Morphologie OCTA : des vaisseaux anormaux sont visualisés dans les couches rétiniennes internes, avec une tendance à être particulièrement nets. Un signal de flux continu jusqu’au signe de bosse est caractéristique 8).
Caractéristiques cliniques : souvent associé à des hémorragies rétiniennes ponctuelles et un œdème maculaire microkystique, avec une progression rapide.
Signes OCTA de la vasculopathie choroïdienne polypoïdale
La vasculopathie choroïdienne polypoïdale est considérée comme un sous-type de néovascularisation maculaire de type 1, composée d’un réseau néovasculaire ramifié (BNN) et de lésions polypoïdales périphériques.
Taux de détection du BNN : détectable à près de 100 % par OCTA7).
Taux de détection des polypes : seulement environ 79 % par OCTA7). L’augmentation de la hauteur des polypes, la pulsatilité et l’obstruction par hémorragie sous-rétinienne sont des facteurs de non-visualisation 7).
Classification morphologique du BNN : classé en quatre types : arbre mort, buisson corallien, anastomose et pseudopode 7).
Classification structurelle du BNN (classification de Huang) : trois types : tronc, glomérules et bâtonnet7).
Comparaison ICGA : Selon un rapport, l’OCTA a une sensibilité de 97 % pour la détection de la néovascularisation choroïdienne pachychoroïdienne, contre 66 % pour l’ICGA6).
Les caractéristiques de chaque méthode d’examen sont présentées ci-dessous.
Examen
Avantages
Limites
FA
Détection des fuites, classification classic/occult
Même dans la néovascularisation choroïdienne compliquant la sclérochoroidite calcifiante, l’OCTA permet de visualiser le réseau néovasculaire 4). Bien que rare, la confirmation par imagerie est directement liée à la décision thérapeutique.
QEst-il possible que la néovascularisation choroïdienne ne soit pas visible sur l'OCTA ?
A
Des faux négatifs peuvent survenir en raison d’artefacts de projection ou d’erreurs de segmentation. De plus, le taux de détection des polypes dans la vasculopathie choroïdienne polypoïdale n’est que d’environ 79 % 7), et la visualisation devient difficile en cas d’hémorragie sous-rétinienne importante. L’OCTA doit toujours être interprété en combinaison avec l’OCT en B-scan.
QL'OCTA peut-il remplacer l'angiographie à la fluorescéine (FA) ou l'angiographie au vert d'indocyanine (ICGA) ?
A
Pour la détection des néovaisseaux choroïdiens de type 2 (NVC), l’OCTA montre une sensibilité égale ou supérieure à l’ICGA6), mais la FA et l’ICGA restent utiles dans certaines situations pour évaluer les fuites et confirmer les polypes. En particulier pour la vasculopathie choroïdienne polypoïdale et l’évaluation de la réponse au traitement, une approche d’imagerie multimodale est recommandée.
Néovascularisation choroïdienne associée à l’élastorrhexie (PXE) : Les anti-VEGF permettent une amélioration visuelle à court terme, mais la fréquence des injections a tendance à être plus élevée (intervalle moyen de 4,4 mois contre 7,2 mois pour la DMLA typique) 5), ce qui pose un défi pour la gestion à long terme.
Néovascularisation choroïdienne associée à la choroïdite sclérosante (SCC) : Un traitement par ranibizumab en PRN (3 à 9 injections sur 6 ans) a permis d’atteindre une acuité visuelle de 20/25 4).
PEHCR : Les anti-VEGF sont utiles, avec une moyenne de 7,7 injections réalisées 1).
La PDT est envisagée dans les cas de vasculopathie choroïdienne polypoïdale de type vertical (avec mauvaise acuité visuelle) ou en cas d’échec des anti-VEGF. Après administration intraveineuse de vertéporfine, un laser à 689 nm est appliqué.
Il existe des cas résistants aux anti-VEGF conventionnels, comme la néovascularisation choroïdienne associée à la PIC. Un rapport a montré que chez des patients insuffisamment contrôlés par l’aflibercept, l’administration de faricimab (inhibiteur double VEGF-A et Ang-2) à 6 mg × 6 injections a permis de contrôler les lésions 3).
QLa réponse au traitement varie-t-elle selon le type de néovascularisation choroïdienne ?
A
Les anti-VEGF sont le traitement de base pour tous les types, mais la réponse diffère. La néovascularisation maculaire de type 1 (y compris la forme pachychoroïdienne) est relativement facile à contrôler, tandis que pour la vasculopathie choroïdienne polypoïdale, une PDT combinée est envisagée en fonction de l’acuité visuelle. Le type 3 (RAP) progresse rapidement et nécessite souvent un traitement intensif. Les cas avec maladies sous-jacentes comme le PXE ou la PIC peuvent être encore plus réfractaires 5).
La voie commune de la néovascularisation choroïdienne est le dysfonctionnement de la membrane de Bruch et l’augmentation de la production de VEGF.
Avec l’âge ou une prédisposition génétique, l’accumulation de produits métaboliques (drusen) sur la membrane de Bruch perturbe le transport de substances entre l’EPR et la choriocapillaire. Cela entraîne une hypoxie locale, stimulant la production de VEGF par l’EPR. Le VEGF favorise la migration et la prolifération des cellules endothéliales vasculaires, déclenchant la cascade de formation de nouveaux vaisseaux.
Les néovascularisations choroïdiennes liées à des maladies héréditaires ont des mécanismes spécifiques.
Syndrome de Cowden (mutation PTEN) : La perte de fonction de PTEN active de manière constitutive la signalisation PI3K/Akt/VEGF 5). Cela peut constituer un mécanisme moléculaire de résistance au traitement anti-VEGF.
PXE (mutation ABCC6) : Un polymorphisme de VEGFA a été associé à une rétinopathie sévère 5), le fond génétique influençant la gravité de la néovascularisation choroïdienne.
Dans le concept de néovasculopathie pachychoroïdienne, une choroïde anormalement épaisse comprime et ischémie la choriocapillaire, créant un stress oxydatif chronique sur l’EPR, ce qui constitue un terrain favorable à la néovascularisation maculaire de type 1.
7. Recherches récentes et perspectives d’avenir (rapports en phase de recherche)
La segmentation automatique par apprentissage profond est étudiée pour améliorer la précision et la reproductibilité de la détection des néovascularisations choroïdiennes. L’amélioration des techniques de suppression des artefacts de projection (PR-OCTA) progresse également.
Évolution du concept de néovascularisation pachychoroïdienne
Avec la diffusion de l’OCTA, le concept pathologique indépendant de la néovascularisation maculaire de type 1 sur fond de pachychoroïde s’établit progressivement6). La validation clinique de nouveaux biomarqueurs tels que SIRE se poursuit.
Standardisation de la pathologie et de la classification de la vasculopathie choroïdienne polypoïdale
Le débat se poursuit sur la question de savoir si les polypes dans la vasculopathie choroïdienne polypoïdale sont de véritables anévrismes6). La standardisation internationale de la nomenclature et de la classification reste un problème non résolu, ce qui affecte l’uniformisation des stratégies thérapeutiques.
Le Faricimab, qui inhibe simultanément le VEGF-A et l’Ang-2 (angiopoïétine-2), est étudié pour son application dans les néovascularisations choroïdiennes réfractaires résistant à la monothérapie anti-VEGF existante3). Grâce à un nouveau mécanisme d’action de stabilisation vasculaire, on espère un allongement des intervalles d’injection et une efficacité dans les cas réfractaires au traitement.
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