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Ophtalmologie pédiatrique et strabisme

Myopie chez l'enfant et traitement de contrôle de la progression

La myopie est une anomalie de réfraction dans laquelle les rayons lumineux parallèles provenant de l’infini convergent en avant de la rétine. Elle correspond à un excès de puissance réfractive par rapport à la longueur axiale de l’œil et se caractérise par une baisse de l’acuité visuelle de loin.

Le critère diagnostique de la myopie infantile est « un équivalent sphérique en réfraction sous cycloplégie de -0,5 D ou plus ». 4)

La pseudo-myopie (fausse myopie) est un état myopique temporaire dû à un spasme d’accommodation, qui disparaît après administration de cycloplégiques. La théorie selon laquelle le travail en vision de près prolongé provoque une pseudo-myopie, qui évoluerait ensuite vers une myopie vraie, a été proposée au Japon vers 1940.

La myopie est classée selon le mécanisme, la sévérité, l’âge d’apparition et l’étiologie comme suit.

Myopie réfractive et myopie axiale : La myopie réfractive est due à une augmentation du pouvoir réfractif du cristallin. La myopie axiale est due à un allongement de la longueur axiale de l’œil, et la majorité des myopies en font partie.

Myopie non pathologique et myopie pathologique : La myopie non pathologique (physiologique, simple, myopie scolaire) est inférieure à 6 D, apparaît de l’enfance à l’adolescence et se stabilise au début de la vingtaine. La myopie pathologique présente un équivalent sphérique > 6 D et une longueur axiale > 26,5 mm, avec des modifications progressives du fond d’œil.

Classification de sévérité au Japon (classification de Shoji) : Quatre stades : faible (≤ -3 D), modérée (> -3 D à ≤ -6 D), forte (> -6 D à ≤ -10 D) et très forte (> -10 D).

Myopie congénitale et myopie acquise : La myopie congénitale est héréditaire et apparaît peu après la naissance. La myopie acquise (myopie scolaire) apparaît à l’âge scolaire, déclenchée par le travail de près.

Les critères diagnostiques de la myopie pathologique au Japon varient selon l’âge.

ÂgeÉquivalent sphériqueAcuité visuelle corrigée
5 ans ou moins> -4,0 D0,4 ou moins
6 à 8 ans> -6,0 D0,6 ou moins
9 ans et plus>-8,0 D0,6 ou moins

La myopie pathologique représente environ 5 % de toutes les myopies.

Développement réfractif et myopisation chez l’enfant

Section intitulée « Développement réfractif et myopisation chez l’enfant »

Les nourrissons et les jeunes enfants ne se plaignent généralement pas d’une baisse de l’acuité visuelle due à une erreur de réfraction. Les valeurs de réfraction normales (sous cycloplégie à 1 % de cyclogyl) chez les jeunes enfants sont indiquées ci-dessous.

ÂgeValeur de réfraction normaleValeur de réfraction nécessitant une prescription de lunettes
3 moisS+4 DS+6 D ou plus
1 anS+2 DS+4 D ou plus
2 ansS+1DS+3D ou plus
3 ansS+1DS+3D ou plus

Comme la myopie permet toujours de voir net à une certaine distance, il n’y a pas de risque d’amblyopie chez les jeunes enfants. Pour une myopie modérée, le port de lunettes n’est pas urgent. Pour une myopie modérée à forte (supérieure à -3D), il est conseillé d’expliquer aux parents les avantages du port de lunettes pour élargir le monde de l’enfant.

Plus d’un cinquième de la population mondiale est myope, et on prévoit qu’en 2050, près de la moitié le sera. 2) La perte de productivité est estimée à 250 milliards de dollars par an, et celle due à la dégénérescence maculaire myopique à 6 milliards de dollars. 2)

La prévalence mondiale de la myopie chez l’enfant est passée de 24,32 % en 1990 à 35,81 % en 2023, et devrait atteindre 39,80 % en 2050. 3) La population atteinte de myopie forte devrait passer de 160 millions en 2000 à 940 millions (5,8 fois) en 2050. 5)

La proportion d’enfants ayant une acuité visuelle non corrigée inférieure à 1,0 est en augmentation (lycéens : 55,5 % en 1980 → 62,9 % en 2014, collégiens : 38,1 % → 53,0 %, écoliers : 19,7 % → 30,2 %). La prévalence de la myopie forte (≤ -6,0 D) chez les collégiens est élevée, à 11,3 %. 5) L’étude de Hisayama a confirmé une association entre l’augmentation de la prévalence de la maculopathie myopique et une longueur axiale longue. 4)

Q La myopie est-elle courante ?
A

Plus d’un cinquième de la population mondiale est myope, et on prévoit qu’en 2050, près de la moitié le sera. 2) La prévalence est particulièrement élevée en Asie, touchant environ 80 % des enfants à Taïwan. La prévalence mondiale de la myopie chez l’enfant devrait passer de 24,32 % en 1990 à 39,80 % en 2050, et la population atteinte de myopie forte devrait atteindre 940 millions en 2050 (5,8 fois plus qu’en 2000). 5)

  • Vision floue de loin : symptôme le plus caractéristique. La vision de près est relativement bonne, mais la vision de loin est floue.
  • Plissement des yeux : comportement visant à améliorer la vision par effet sténopéique.
  • Métamorphopsie : apparaît en cas de myopie pathologique compliquée de lésions rétiniennes.

Les nourrissons ne se plaignent généralement pas de la baisse d’acuité visuelle due à une erreur de réfraction. Lorsque la myopie progresse rapidement, la papille peut devenir rouge du côté temporal, ses bords devenir flous et s’incliner vers le pôle postérieur, et des hémorragies peuvent survenir dans la choroïde et la rétine près de la papille. Le staphylome postérieur est généralement observé après l’âge adulte, et l’atrophie choroïdienne et rétinienne est rare chez l’enfant.

Myopie non pathologique

Signes du fond d’œil : un arc myopique léger (atrophie péripapillaire) peut être observé. Au début, l’atrophie de l’épithélium pigmentaire rétinien donne un aspect de fond d’œil tigré, et un cône temporal se forme.

Longueur axiale : souvent inférieure à 26,5 mm.

Acuité visuelle corrigée : bien maintenue.

Myopie pathologique

Staphylome postérieur : bombement localisé vers l’extérieur de la région postérieure du globe oculaire, résultant de l’allongement axial.

Dégénérescence maculaire myopique : lésions maculaires incluant la tache de Fuchs, la néovascularisation choroïdienne (NVC), l’hémorragie rétinienne et l’atrophie.

Rétinoschisis maculaire (MRS) : observé dans 9 à 34 % des yeux myopes pathologiques avec staphylome postérieur. 1)

Autres : déchirure et décollement de la rétine, inclinaison de la papille optique, opacités et liquéfaction du vitré.

L’OCT est utile pour détecter la diminution du volume maculaire associée à l’augmentation de la myopie axile.

Q Quels changements du fond d'œil se produisent dans la myopie pathologique ?
A

Dans la myopie pathologique, l’allongement de l’axe oculaire entraîne des modifications du fond d’œil telles que le staphylome postérieur, la tache de Fuchs, la néovascularisation choroïdienne, les déchirures et décollements de la rétine, et l’inclinaison de la papille optique. La rétinoschisis maculaire (MRS) est observée dans 9 à 34 % des yeux myopes pathologiques avec staphylome postérieur et peut nécessiter une vitrectomie. 1)

L’étiologie de la myopie est multifactorielle, impliquant des facteurs génétiques et environnementaux complexes.

  • Mode de transmission : La myopie forte non syndromique est le plus souvent autosomique dominante, avec une hétérogénéité génétique. La myopie modérée peut être autosomique récessive, dominante ou multifactorielle.
  • Études de jumeaux : Le taux de concordance chez les jumeaux monozygotes est nettement supérieur à celui des jumeaux dizygotes, indiquant une contribution génétique.
  • Antécédents familiaux : Le risque chez l’enfant augmente si les deux parents sont myopes. 4)
  • Différences ethniques : Chez les enfants d’origine chinoise, la prévalence est plus élevée à Singapour (29,1 %) qu’à Sydney (3,3 %), montrant que l’environnement influence fortement même au sein d’une même ethnie.

Les activités de plein air sont le facteur préventif le plus important, réduisant l’incidence de la myopie jusqu’à 50 %. 3) Une méta-analyse indique qu’une augmentation de 76 minutes par jour d’activités extérieures réduit l’incidence de 50 %, et il est recommandé de passer au moins 2 heures par jour à l’extérieur. 3)

  • Essai contrôlé randomisé à Guangzhou : 40 minutes/jour d’activités extérieures supplémentaires → réduction de 23 % de l’incidence sur 3 ans (30,4 % vs 39,5 %) 3)
  • Essai contrôlé randomisé à Taïwan : 80 minutes/jour d’activités extérieures → réduction de 52 % de l’incidence sur 1 an (8,41 % vs 17,65 %) 3)
  • Une exposition continue à l’extérieur d’au moins 15 minutes avec une intensité lumineuse d’au moins 2000 lux est considérée comme significative. 3)
  • Hypothèse de la dopamine : la lumière vive extérieure stimule la libération de dopamine rétinienne, ce qui inhibe l’allongement axial. 3)
  • La réduction des activités de plein air et l’augmentation du travail de près pendant la pandémie de COVID-19 ont accéléré la progression de la myopie chez les enfants3)

Une association avec le travail de près a également été rapportée. Il est recommandé d’éviter de lire dans une pièce sombre et de ne pas trop s’approcher des écrans. Maintenir une distance d’au moins 30 cm et faire des pauses toutes les 30 minutes est utile.3) Pour prévenir la myopie scolaire, il est conseillé de faire une pause de 5 minutes par heure de travail de près.

Les facteurs de risque de la myopie comprennent les éléments suivants.4)

  • Les deux parents sont myopes
  • Peu de temps passé en extérieur
  • Temps de travail de près long et distance de vision courte
  • Apparition de la myopie à un âge précoce (suggère une myopie plus forte à l’avenir)
  • Fausse myopie : état myopique temporaire dû à un spasme d’accommodation, une myopie transitoire (acétazolamide, etc.) ou une accommodation excessive.
  • Maladies oculaires : glaucome congénital, rétinopathie du prématuré, rétinite pigmentaire, cataracte, cécité nocturne congénitale stationnaire, kératocône, albinisme.
  • Maladies systémiques/syndromes : syndrome de Stickler, syndrome de Marfan, syndrome de Weill-Marchesani, syndrome d’Ehlers-Danlos.
  • Maladies métaboliques : diabète, galactosémie, urémie (via des modifications du pouvoir réfractif du cristallin).
Q Les activités de plein air peuvent-elles vraiment prévenir la myopie ?
A

L’augmentation des activités de plein air réduirait l’apparition de la myopie jusqu’à 50 % selon certaines études. 3) Une méta-analyse a montré qu’une augmentation de 76 minutes par jour de temps passé à l’extérieur réduisait de 50 % l’incidence de la myopie, et un essai contrôlé randomisé à Taïwan a montré que 80 minutes par jour d’activités de plein air réduisaient de 52 % l’incidence sur un an. 3) On pense que la lumière vive extérieure (au moins 2000 lux) stimule la libération de dopamine rétinienne, inhibant ainsi l’allongement axial. C’est l’intervention la plus simple et sans effets secondaires pour ralentir la progression de la myopie.

Les tests de vision lors des examens scolaires constituent la première occasion de détection. Le photodépistage et l’autoréfractomètre peuvent détecter la myopie, mais ne suffisent pas pour déterminer une réfraction quantitative définitive.

Selon les données de 410 écoles participant au programme de vision scolaire américain (SBVP), le taux médian d’échec au dépistage était de 38,4 % et le taux de prescription de lunettes de 25,2 %. 8) Les taux d’échec et de prescription étaient significativement plus élevés au lycée qu’à l’école primaire, et les écoles dans les zones à faible revenu avaient une demande de soins ophtalmologiques plus élevée. 8)

Diagnostic définitif : réfraction sous cycloplégie

Section intitulée « Diagnostic définitif : réfraction sous cycloplégie »

La réfraction sous cycloplégie est la référence pour les enfants. Sans éliminer l’influence de l’accommodation, les enfants ayant une forte accommodation risquent de recevoir une prescription excessive en négatif (over-minusing).

Chez les jeunes enfants, qui manquent de concentration pour maintenir une mise au point correcte sur des objets éloignés, l’instillation de collyres cycloplégiques est indispensable pour l’examen de réfraction. Procédure : Instiller du cyclopentolate chlorhydrate (Cyplégine® 1 %) deux fois à 10 minutes d’intervalle, puis effectuer un autoréfractomètre 45 à 60 minutes après la première instillation. 4) En cas de difficulté, la skiascopie sans cycloplégie peut être une alternative. 4) L’atropine (solution à 1 %, deux fois par jour pendant 7 jours) permet une cycloplégie plus fiable mais nécessite une période d’examen plus longue.

Pour exclure une amblyopie, vérifier le développement visuel adapté à l’âge. 4) Chez les jeunes enfants présentant une myopie forte, il est également nécessaire d’exclure une myopie secondaire (par exemple, héméralopie congénitale, rétinite pigmentaire). 4)

La mesure de la longueur axiale est utile pour évaluer et gérer précisément la progression de la myopie. 4) L’interférométrie laser est recommandée. 5) Elle permet de comparer la progression annuelle sans traitement et de gérer à l’aide de courbes de percentile. 4)

Examen du fond d’œil et examens complémentaires

Section intitulée « Examen du fond d’œil et examens complémentaires »

Le traitement de la myopie se divise en deux catégories : ① assurer l’acuité visuelle par correction optique, et ② freiner la progression de la myopie.

Les lunettes (verres concaves) sont la méthode de correction de première intention pour la myopie infantile. La prescription est basée sur la réfraction sous cycloplégie. Pour la myopie modérée, le port de lunettes n’est pas urgent. Pour la myopie modérée à forte (supérieure à -3 D), il est conseillé d’expliquer aux parents les avantages du port de lunettes pour élargir le monde de l’enfant. Le suivi après prescription est recommandé à 3-4 mois pour les cas myopes.

Les lentilles de contact (LC) sont généralement adaptées à partir du début de l’adolescence. La correction est possible, mais une attention particulière à la gestion est nécessaire chez l’enfant.

5-2. Objectif du contrôle de la progression myopique

Section intitulée « 5-2. Objectif du contrôle de la progression myopique »

Les objectifs du traitement de contrôle de la progression myopique sont les suivants : 4)

  • Freiner la progression excessive de la myopie et maintenir l’acuité visuelle non corrigée et la qualité de vie
  • Réduire le risque de complications oculaires (glaucome, décollement de rétine, maculopathie myopique, cataracte)
  • Maintenir la santé oculaire tout au long de la vie

5-3. Comparaison de l’efficacité du contrôle de la progression myopique

Section intitulée « 5-3. Comparaison de l’efficacité du contrôle de la progression myopique »
InterventionEffet sur la réfractionEffet sur la longueur axialePreuves principales
Atropine 0,05 % à faible concentrationJusqu’à 67 %3)Étude LAMP
Atropine 0,025 % à faible concentration (Rijusea® Mini)Médicament approuvé au Japon4)Essai clinique national
Orthokératologie32 à 59 %3)Plusieurs ECR
MiSight 1 jour (+2,00 D)59 %2)52 %2)Chamberlain 2019
Lentilles DIMS (MiYOSMART®)52%5)62%5)Lam 2020
Lentilles HAL (Stellest®)55 à 67%5)51 à 60%5)Bao 2022
Lentilles de contact souples multifocales (général)SE -0,22 à -0,81 D vs -0,50 à -1,45 D6)AL 0,05 à 0,39 mm vs 0,17 à 0,67 mm6)AAO OTA 12 études

5-4. Traitement médicamenteux : collyre à l’atropine à faible concentration

Section intitulée « 5-4. Traitement médicamenteux : collyre à l’atropine à faible concentration »

Le collyre à l’atropine à faible concentration est le traitement médicamenteux le plus documenté pour ralentir la progression de la myopie.3)

Informations d’approbation : Le collyre minidose Rijusea® 0,025 % (Santen Pharmaceutical) a été approuvé pour la première fois au Japon le 27 décembre 2024 pour ralentir la progression de la myopie.4) La Société japonaise de la myopie a élaboré des recommandations thérapeutiques (2025).

Mécanisme d’action : On pense qu’il agit via les récepteurs muscariniques (principalement M1/M4) pour moduler le remodelage scléral et inhiber l’allongement axial, mais le mécanisme détaillé est encore à l’étude. 4)

Comparaison de la concentration et de l’efficacité : Dans l’essai LAMP (Yam 2019), la concentration de 0,05 % s’est avérée la plus efficace, montrant un effet de ralentissement de la progression allant jusqu’à 67 %. 3) La concentration de 0,01 % (essai ATOM2, Chia 2012) peut avoir un effet limité lorsqu’elle est utilisée seule. 3)

Procédure de prescription : 4)

  • La prescription est réservée aux ophtalmologistes
  • Il est important de commencer le traitement tôt dans l’évolution de la myopie, en particulier avant le début de l’adolescence, lorsque la progression est rapide
  • Chez les enfants de moins de 5 ans, aucun essai clinique n’a été réalisé, donc une évaluation prudente est nécessaire
  • Lors de la première visite, confirmer le diagnostic de myopie par un examen de réfraction sous cycloplégie et exclure une amblyopie ou une myopie secondaire

Suivi : 4)

  • 1 semaine à 1 mois après la première prescription : vérifier l’observance et la sécurité du collyre
  • Ensuite, un suivi régulier tous les 3 à 6 mois
  • Un examen de réfraction sous cycloplégie est recommandé une fois par an
  • Visualiser l’effet à l’aide d’outils de gestion de la progression de la myopie tels que les courbes de percentile de la longueur axiale

Effets secondaires : 4)

  • Les principaux effets secondaires sont la photophobie et la vision floue dues à la dilatation pupillaire. L’instillation avant le coucher peut atténuer ces effets.
  • Ils ont tendance à diminuer après quelques semaines de traitement.
  • Envisager le port de lunettes de soleil, verres photochromiques ou verres filtrants si nécessaire
  • Surveiller la détérioration de la vision binoculaire et les troubles de l’accommodation

Rebond et arrêt du traitement : 4)

  • L’arrêt avant la stabilisation de la progression myopique accélère la progression par rapport à l’absence de traitement (LAMP study Phase 3)
  • Un risque accru de progression rapide a été signalé en cas d’arrêt à un âge précoce
  • Il est souhaitable de poursuivre au moins jusqu’à la fin de l’adolescence
  • La progression myopique se stabilise de la fin de l’adolescence au début de la vingtaine (15 ans 48% → 18 ans 77% → 21 ans 90% → 24 ans 96%)
  • Après l’arrêt, il est recommandé de réaliser un examen de réfraction et une mesure de la longueur axiale tous les 6 mois, et d’envisager une reprise précoce du traitement en cas de reprise de la progression

5-5. Intervention optique : lunettes de gestion de la myopie

Section intitulée « 5-5. Intervention optique : lunettes de gestion de la myopie »

Des directives pour les lunettes de gestion de la myopie (lentilles à segments multiples) (1ère édition) ont été élaborées par le comité de rédaction des directives pour les lunettes de gestion de la myopie. 5)

Lentilles concernées :

  • MiYOSMART® (HOYA) : théorie DIMS (Defocus Incorporated Multiple Segments). Réduction de 52% de la réfraction et de 62% de la longueur axiale sur 2 ans (Lam 2020). 5)
  • Essilor® Stellest® (Nikon-Essilor) : théorie HAL (Highly Aspherical Lenslet). Réduction de 55 à 67% sur 2 ans (Bao 2022). 5)

Indications : 5)

  • Myopie d’au moins -0,5 D en équivalent sphérique sous cycloplégie
  • MiYOSMART® : 5 à 18 ans, Stellest® : 7 à 18 ans
  • Déconseillé avant 5 ans
  • Dès que la progression de la myopie est confirmée ou en cas d’antécédents familiaux de myopie forte

Conditions de prescription : Ophtalmologiste spécialisé dans le développement visuel et l’optique oculaire de l’enfant. 5)

Contre-indications et précautions de prescription : 5)

  • Anomalies de la vision binoculaire telles que strabisme, amblyopie, nystagmus, torticolis oculaire, etc.
  • Pseudo-myopie, dyschromatopsie, myopie associée à des maladies syndromiques héréditaires
  • En cas d’anisométropie, décision prudente

Points d’attention lors de la prescription : 5)

  • Prescrire en correction complète sur la base de la valeur autoréfractométrique sous cycloplégie
  • MiYOSMART® : S -10,00 D à 0,00 D, C -4,00 D à 0,00 D
  • Stellest® : S -12,00 D à +2,00 D, C -4,00 D à 0,00 D
  • Tolérance de centrage du verre : ≤ 1 mm horizontalement et verticalement

Suivi et fin du traitement : 5)

  • 2 semaines après le début du port : évaluation de l’acuité visuelle de loin corrigée, de l’ajustement et par questionnaire
  • Suivi tous les 6 mois : réfraction sous cycloplégie + mesure de la longueur axiale
  • En cas de progression > -0,50 D en équivalent sphérique, envisager le remplacement des verres
  • La progression de la myopie s’arrête généralement vers 18 ans ± 2 ans (stable à 48 % à 15 ans → 77 % à 18 ans → 90 % à 21 ans → 96 % à 24 ans)
  • Absence d’effet rebond : avantage des verres de lunettes

Consentement éclairé : ne guérit ni ne réduit la myopie, mais ralentit seulement sa progression. Port quotidien et utilisation appropriée à long terme nécessaires. Aucun effet secondaire signalé à ce jour. 5)

5-6. Intervention optique : lentilles de contact souples multifocales (SMCL)

Section intitulée « 5-6. Intervention optique : lentilles de contact souples multifocales (SMCL) »

Le rapport AAO OTA (Cavuoto 2024) est une revue systématique de 11 études de niveau I et 1 étude de niveau II. 6)

  • Variation de l’équivalent sphérique : groupe traité -0,22 à -0,81 D vs groupe témoin -0,50 à -1,45 D 6)
  • Allongement axial : groupe traité 0,05 à 0,39 mm vs groupe témoin 0,17 à 0,67 mm 6)
  • Aucun événement indésirable grave signalé 6)

Lentilles principales :

  • MiSight 1 day (addition +2,00 D) : essai randomisé contrôlé sur 3 ans montrant une inhibition de 59 % de la réfraction et de 52 % de l’axe (Chamberlain 2019) 2)
  • Lentille avec addition +2,50 D : inhibition de 43 % de la réfraction et de 36 % de l’axe sur 3 ans 3)
  • Type EDOF (MYLO) : sur 2 ans, SE -0,62 D vs -1,12 D 6)

Sécurité (risque de complications des lentilles de contact chez l’enfant) : 7)

  • Incidence des événements infiltrants cornéens liés aux lentilles de contact chez les 8-12 ans : 97/10 000 années-patients
  • 13-17 ans : 335/10 000 années-patients
  • Kératite microbienne chez les 8-12 ans : 0/10 000 années-patients (IC 95 % 0-70)
  • Réduction du risque avec les lentilles jetables quotidiennes

Technique consistant à porter des lentilles rigides spéciales pendant le sommeil pour aplatir temporairement la cornée centrale. L’effet est temporaire et nécessite un port nocturne quotidien pour maintenir la correction. Convient aux enfants actifs car ils peuvent voir sans correction pendant la journée.

Efficacité : Suppression de la croissance axiale de 32 à 59 % sur 2 ans. 3)

Les « Directives pour l’orthokératologie » précisent un âge d’indication de 20 ans ou plus. Cependant, 19,2 % des écoliers utilisant des lentilles de contact utilisent l’orthokératologie, et ce chiffre augmente chaque année. Des inquiétudes subsistent concernant la baisse de l’acuité visuelle nocturne, l’augmentation des aberrations cornéennes d’ordre supérieur et le risque d’infections cornéennes graves telles que la kératite à Acanthamoeba. On craint également les effets d’un manque d’oxygène cornéen dû au port nocturne et d’une diminution des cellules endothéliales cornéennes.

Sécurité : Dans une étude multicentrique japonaise (1 438 patients), l’incidence de la kératite microbienne était de 5,4/10 000 années-patients. 3) Une étude commandée par la FDA américaine a rapporté une incidence de kératite microbienne chez l’enfant de 14/10 000 années-patients. 7) Le pronostic à long terme est inconnu et une gestion prudente est nécessaire.

  • Orthokératologie + atropine 0,01 % : le plus de preuves accumulées (Kinoshita 2020, essai randomisé contrôlé sur 2 ans) 3)4)
  • DIMS + atropine : amélioration de l’effet de suppression rapportée (Nucci 2023, Kaymak 2022) 5)
  • DIMS + atropine 0,025 % : résultats à 12 mois de l’essai ASPECT 5)
  • En avril 2025, aucun traitement de freination de la progression de la myopie autre que l’atropine à faible concentration n’est approuvé au Japon 4)
  • En cas de besoin de renforcement du traitement : vérifier l’observance → conseils sur le mode de vie → envisager un changement ou une combinaison de traitements 4)

Les chirurgies réfractives telles que PRK, LASIK et LASEK ne sont indiquées qu’après l’arrêt de la croissance oculaire (fin de l’adolescence à début de la vingtaine). En principe, elles ne sont pas pratiquées chez les enfants et les adolescents.

Q Quelle est la concentration optimale d'atropine en collyre à faible dose ?
A

L’essai LAMP (Yam 2019) a montré que la concentration à 0,05 % était la plus efficace, avec un effet de ralentissement de la progression allant jusqu’à 67 %. 3) Le collyre Rijusea® Mini 0,025 % a été approuvé pour la première fois au Japon en décembre 2024 pour freiner la progression de la myopie, et constitue actuellement la posologie standard. 4) La concentration à 0,01 % (essai ATOM2) pourrait avoir une efficacité limitée en monothérapie. 3) Le choix de la concentration optimale se fait individuellement en tenant compte de l’équilibre entre l’efficacité et les effets secondaires (photophobie, troubles de la vision de près).

Q L'orthokératologie est-elle sûre pour les enfants ?
A

Dans une étude multicentrique japonaise (1 438 patients), l’incidence de la kératite microbienne (KM) était de 5,4 pour 10 000 années-patients. 3) Une étude mandatée par la FDA américaine rapporte 14 pour 10 000 années-patients. 7) Avec des soins appropriés, c’est un traitement relativement sûr. Cependant, le nettoyage des lentilles avec de l’eau du robinet est strictement interdit car il augmente le risque de kératite à Acanthamoeba. Le pronostic à long terme étant inconnu, une prudence est de mise.

Q À partir de quel âge peut-on utiliser les lunettes de gestion de la myopie ?
A

Selon les directives pour les lunettes de gestion de la myopie (1ère édition), MiYOSMART® est indiqué de 5 à 18 ans, et Stellest® de 7 à 18 ans. 5) L’utilisation avant 5 ans est déconseillée. Les critères d’indication sont une myopie d’au moins -0,5 D en équivalent sphérique sous cycloplégie, et la prescription est particulièrement envisagée lorsque la progression de la myopie est confirmée ou en cas d’antécédents familiaux de myopie forte. Les troubles de la vision binoculaire tels que le strabisme, l’amblyopie, le nystagmus ou les anomalies de la posture de la tête sont des contre-indications ou nécessitent une prescription prudente. 5)

6. Physiopathologie et mécanismes détaillés de la maladie

Section intitulée « 6. Physiopathologie et mécanismes détaillés de la maladie »

La principale pathologie de la myopie est l’allongement de l’axe oculaire, et un allongement supérieur à trois fois l’écart type par rapport à la moyenne de l’œil emmétrope est considéré comme un critère de myopie pathologique.

On pense que l’allongement de l’axe oculaire est contrôlé par des signaux optiques provenant de la rétine.

  • Défocalisation hypermétrope périphérique : Lorsqu’un flou hypermétrope se produit dans la rétine périphérique, l’œil tente de le corriger en allongeant l’axe oculaire. Les lentilles de contact multifocales et les verres de lunettes anti-myopie réduisent cette défocalisation périphérique pour inhiber l’allongement de l’axe oculaire. 2)
  • Hypothèse de la dopamine : La libération de dopamine dans la rétine inhibe l’allongement de l’axe oculaire. La lumière vive extérieure favorise la sécrétion de dopamine, donc les activités en extérieur sont considérées comme efficaces pour prévenir la myopie. 3)
  • Mécanisme de l’atropine à faible concentration : On pense qu’elle inhibe l’allongement de l’axe oculaire via les récepteurs muscariniques (principalement M1/M4), mais le mécanisme détaillé est encore à l’étude. 3)
  • Mécanisme de la thérapie RLRL : On pense que l’irradiation par lumière rouge à 650 nm augmente l’épaisseur de la choroïde et inhibe l’allongement de l’axe oculaire. 3)

Signification clinique du contrôle de la progression de la myopie

Section intitulée « Signification clinique du contrôle de la progression de la myopie »

L’augmentation du risque associée à une progression de la myopie de 1 D est la suivante. 7)

  • Maculopathie myopique : augmentation de 58 %
  • Glaucome à angle ouvert : augmentation de 20 %
  • Cataracte sous-capsulaire postérieure : augmentation de 21 %
  • Décollement de la rétine : augmentation de 30 %

On estime que le nombre d’années de déficience visuelle évitables par une réduction de 1 D est de 0,74 an/personne pour un œil à -3 D et de 1,22 an/personne pour un œil à -8 D. 7) Le NNT (nombre de patients à traiter pour prévenir un cas de déficience visuelle sur 5 ans) est estimé entre 4,1 et 6,8 personnes, et le NNH (nombre de patients à traiter pour qu’un événement indésirable se produise) pour la kératite microbienne liée aux lentilles de contact est estimé entre 38 et 945 personnes, ce qui indique que les bénéfices du contrôle de la progression de la myopie dépassent largement les risques. 7)

Mécanismes des complications de la myopie pathologique

Section intitulée « Mécanismes des complications de la myopie pathologique »

Lorsque l’allongement axial devient sévère, un étirement mécanique se produit sur la choroïde, la rétine et la sclère.

  • Formation de staphylome postérieur : Bombement localisé de la sclère. Il provoque une rétinoschisis maculaire (MRS) via une traction vitréenne. La MRS est observée dans 9 à 34 % des yeux myopes pathologiques avec staphylome postérieur. 1)
  • Atrophie choroïdienne et formation de CNV : L’amincissement choroïdien progresse, et des néovaisseaux choroïdiens pénètrent par les fissures de la membrane de Bruch. La tache de Fuchs est un état cicatriciel de la CNV.

Gopalakrishnan et al. (2024) ont rapporté un cas de progression de la MRS après injection intravitréenne d’aflibercept (IVA) pour une néovascularisation maculaire associée à la myopie pathologique. 1) La patiente était une femme de 49 ans (œil droit : -16 D, longueur axiale 28,16 mm ; œil gauche : -13 D, longueur axiale 27,35 mm). Une bonne évolution a été obtenue par PPV 25G + pelage de la membrane limitante interne + tamponnement au gaz SF6 pour l’aggravation de la MRS après IVA. Il faut être attentif à l’aggravation de la MRS après injection d’anti-VEGF.

Q Quel est l'avantage de ralentir la progression de la myopie ?
A

Selon une estimation, le ralentissement de la progression myopique de 1 D réduit le risque de maculopathie myopique de 37 % et permet d’éviter 0,74 à 1,22 années de déficience visuelle. 7) Le NNT (nombre de patients à traiter pour prévenir un cas de déficience visuelle sur 5 ans) est estimé entre 4,1 et 6,8, ce qui constitue une intervention efficace. Comparé au NNH de la MK liée aux lentilles de contact (38 à 945), le bénéfice du ralentissement de la progression myopique dépasse largement les risques. 7)


Thérapie par lumière rouge de faible intensité répétée (RLRL)

Section intitulée « Thérapie par lumière rouge de faible intensité répétée (RLRL) »

La thérapie RLRL utilisant une lumière rouge de 650 nm est une nouvelle intervention qui inhibe l’allongement axial en augmentant l’épaisseur choroïdienne. 3)

  • Son application pour la prévention de l’apparition de la myopie est également étudiée, avec un effet de réduction d’environ 50 % suggéré. 3)
  • Les données de sécurité à long terme sont insuffisantes et nécessitent une validation future. 3)
  • La combinaison d’Ortho-K et de RLRL est étudiée comme option pour les cas de progression rapide. 3)

De nouvelles conceptions optiques de verres de lunettes, telles que PLARI, NLARI, CARE, DOT, MYOGEN, MyoCare, sont en cours de développement et d’évaluation. 3)

La recherche sur les thérapies combinées visant à obtenir un effet de contrôle de la myopie supérieur à celui des monothérapies progresse. 3) L’établissement d’approches personnalisées pour les cas de progression rapide reste un défi.

Déploiement de programmes de vision en milieu scolaire

Section intitulée « Déploiement de programmes de vision en milieu scolaire »

Aux États-Unis, le programme de vision en milieu scolaire (SBVP) a rapporté un taux d’échec au dépistage de 38,4 % et un taux de prescription de lunettes de 25,2 % dans 410 écoles, confirmant un besoin plus élevé de soins ophtalmiques dans les écoles à faible revenu. 8) À Taïwan, à Singapour et en Chine, le déploiement à grande échelle de programmes d’activités de plein air en milieu scolaire a été couronné de succès, et l’aménagement d’environnements d’apprentissage en extérieur est proposé. 3)

Approches environnementales et sociales de la prévention de la myopie

Section intitulée « Approches environnementales et sociales de la prévention de la myopie »
  • Impact de la COVID-19 : L’augmentation des activités de près et la diminution des activités de plein air pendant la pandémie ont été associées à une accélération de la progression de la myopie chez les enfants 3)
  • Recherche sur les facteurs environnementaux : L’impact de l’urbanisme, de l’éclairage scolaire et de l’accès aux espaces verts sur la prévalence de la myopie est étudié 3)
  • Nécessité de recherches mondiales : La plupart des données actuelles proviennent d’Asie de l’Est, et une accumulation de données dans d’autres régions est nécessaire 3)

Une corrélation entre la consommation de graisses saturées et de cholestérol et la longueur axiale a été rapportée, et la possibilité de contrôler la myopie par des interventions nutritionnelles est étudiée. 3)


  1. Gopalakrishnan N, et al. Progression of macular retinoschisis following intravitreal aflibercept injection for myopic macular neovascularization. BMC Ophthalmology. 2024;24:224.

  2. OTA Committee. Multifocal soft contact lenses for the treatment of myopia progression in children. Ophthalmology. 2024.

  3. Yam JC, et al. Interventions for slowing the onset and progression of myopia. Prog Retin Eye Res. 2025;109:101410.

  4. 低濃度アトロピン点眼液を用いた近視進行抑制治療の治療指針作成委員会. 低濃度アトロピン点眼液を用いた近視進行抑制治療の手引き. 日眼会誌. 2025;129:851-854.

  5. 近視管理用眼鏡ガイドライン作成委員会. 近視管理用眼鏡(多分割レンズ)ガイドライン(第1版). 日眼会誌. 2025;129:855-860.

  6. Cavuoto KM, et al. Multifocal soft contact lenses for the treatment of myopia progression in children: a report by the American Academy of Ophthalmology. Ophthalmology. 2024.

  7. Bullimore MA, et al. The risks and benefits of myopia control. Ophthalmology. 2021;128:1561-1579.

  8. Kallem M, et al. Associations between school-based vision program outcomes and school characteristics in 410 schools. Ophthalmology. 2025;132:452-460.

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