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Correction réfractive

Anisométropie (différence de puissance entre les deux yeux)

L’anisométropie est une condition dans laquelle les deux yeux ont des degrés différents d’erreur de réfraction. Une petite différence est considérée comme une anisométropie physiologique, et une différence de réfraction d’environ 1,5 à 2,0 D ou plus est considérée comme une anisométropie. L’anisométropie astigmate est comparée en utilisant l’équivalent sphérique.

L’anisométropie est classée comme suit selon sa nature et sa localisation.

ClassificationDescription
Anisométropie hétérogèneUn œil est myope et l’autre est emmétrope ou hypermétrope.
Anisométropie de même typeLes deux yeux sont hypermétropes ou myopes avec des degrés différents (hypermétropie fréquente chez l’enfant, myopie fréquente chez l’adulte)
Anisométropie axileDifférence de longueur axiale sans différence de puissance réfractive
Anisométropie réfractiveDue à une différence de puissance réfractive, comme dans l’aphaquie unilatérale

L’amblyopie anisométropique est la cause la plus fréquente d’amblyopie. Elle représenterait environ un tiers à 50 % de toutes les amblyopies. Elle est souvent découverte lors des examens de santé à 3 ans ou avant l’entrée à l’école. Chez l’enfant, l’anisométropie hypermétropique prédomine, tandis que chez l’adulte, l’anisométropie myopique devient plus fréquente.

La prévalence de l’amblyopie est estimée entre 2 et 4 % 1). Environ un tiers des enfants présentant une anisométropie de 2 D ou plus ont une amblyopie, et même une anisométropie sphérique équivalente de 1 à 2 D multiplie par 4,5 le risque d’amblyopie 1).

Les études de population sur la prévalence de l’anisométropie estiment qu’environ 2 à 5 % de la population adulte présente une anisométropie de 1 D ou plus. Chez les enfants, les études de dépistage utilisant des appareils de photoscreening (Spot Vision Screener) ont amélioré la détection des anisométropies à risque d’amblyopie, et un dépistage précoce avant l’âge de 3 ans est en voie de standardisation 9).

La fréquence de l’amblyopie anisométropique varie selon le type d’erreur réfractive. L’anisométropie hypermétropique présente un risque d’amblyopie à partir d’environ 1 D, tandis que l’anisométropie myopique ne devient généralement risquée qu’à partir de 3 D. L’Amblyopia PPP (révision 2022) considère comme particulièrement à risque une anisométropie hypermétropique de +4,5 D ou plus (avec strabisme) ou de +6 D ou plus (sans strabisme) 1).

Q L'anisométropie n'est-elle pas sans problème puisqu'un œil voit bien ?
A

L’anisométropie isolée est souvent asymptomatique, mais elle comporte plusieurs risques. Premièrement, chez l’enfant, une amblyopie peut se développer dans l’œil présentant l’erreur réfractive la plus forte pendant la période de sensibilité visuelle. Deuxièmement, une aniséiconie (différence de taille des images perçues par les deux yeux) peut entraîner une fatigue oculaire. Troisièmement, la vision binoculaire et la vision stéréoscopique peuvent être altérées. Comme l’anisométropie n’est pas facilement détectable à l’extérieur, un dépistage réfractif lors des examens de santé est important.

L’anisométropie isolée est généralement asymptomatique ou ne provoque qu’une légère fatigue oculaire. En cas d’amblyopie associée, une baisse de l’acuité visuelle de l’œil présentant l’erreur de réfraction la plus forte devient évidente.

L’aniséiconie est une condition dans laquelle la taille des images perçues par les deux yeux est différente. Une aniséiconie supérieure à 5 % peut provoquer une fatigue oculaire. Une aniséiconie importante, supérieure à 7 %, rend impossible la vision binoculaire et la fusion. Plus la différence d’anisométropie est grande, plus le risque d’aniséiconie est élevé.

Les critères diagnostiques de l’amblyopie sont présentés ci-dessous1).

ÂgeAmblyopie unilatéraleAmblyopie bilatérale
3 à 4 ansDifférence interoculaire ≥2 lignesLes deux yeux ≤20/50
≥5 ansDifférence interoculaire ≥2 lignesLes deux yeux ≤20/40

Degré d’anisométropie provoquant une amblyopie

Section intitulée « Degré d’anisométropie provoquant une amblyopie »

En général, une anisométropie de 2 D ou plus peut entraîner une amblyopie. Une hypermétropie de 3 D ou plus et un astigmatisme de 1,5 D ou plus favorisent l’apparition d’une amblyopie. Le risque varie selon le type d’erreur de réfraction.

Anisométropie hypermétropique

Risque d’amblyopie : peut survenir avec une différence de 1 à 1,5 D ou plus entre les deux yeux.

Caractéristiques : L’œil le plus hypermétrope ne peut pas obtenir une image rétinienne nette, ni de loin ni de près, ce qui le rend plus sujet à l’amblyopie. C’est le type le plus fréquent et le plus important cliniquement.

Anisométropie myopique

Risque d’amblyopie : peut survenir avec une différence de 3 D ou plus entre les deux yeux.

Caractéristiques : En vision de près, l’œil le plus myope obtient une image nette, ce qui le rend moins sujet à l’amblyopie. Le risque est plus faible que pour l’anisométropie hypermétropique.

Anisométropie astigmatique

Risque d’amblyopie : peut survenir avec une différence de 1,5 D ou plus entre les deux yeux.

Caractéristiques : L’axe du cylindre influence le développement visuel. L’évaluation se fait en comparant l’équivalent sphérique.

En cas d’anisométropie, l’œil le plus proche de l’emmétropie devient l’œil dominant. L’œil présentant l’erreur de réfraction la plus forte est supprimé par le cortex visuel, ce qui entraîne un trouble du développement des neurones correspondants. Dans l’anisométropie hypermétropique, l’œil le plus hypermétrope ne peut pas obtenir une image nette, ni de loin ni de près, ce qui augmente particulièrement le risque de développer une amblyopie1).

Rapport d'examen d'un autoréfractomètre (affichage de la puissance sphérique, cylindrique, axe et équivalent sphérique pour OD et OS)
Rapport d'examen d'un autoréfractomètre (affichage de la puissance sphérique, cylindrique, axe et équivalent sphérique pour OD et OS)
Kanclerz P, Przewłócka K, Arnold RW. Agreement in non-cycloplegic and cycloplegic refraction between a photoscreener and a calibrated autorefractor. BMC Ophthalmol. 2024;24:130. Figure 2. PMCID: PMC10962162. License: CC BY 4.0.
Rapport d’examen de réfraction automatique produit par le 2WIN Photoscreener (liste des puissances sphériques, cylindriques, axes, équivalents sphériques et scores de fiabilité pour l’œil droit et l’œil gauche). Pour le diagnostic de l’anisométropie, on compare les valeurs de réfraction des deux yeux, ce qui correspond à l’examen de réfraction sous cycloplégie par autoréfractomètre traité dans la section « Diagnostic et méthodes d’examen ».

Le diagnostic de l’amblyopie anisométropique est un diagnostic d’exclusion après avoir exclu les maladies organiques et le strabisme. Il est posé lorsque les conditions suivantes sont remplies.

L’examen de réfraction sous cycloplégie est indispensable. Chez l’enfant, le pouvoir d’accommodation est fort, et l’examen subjectif ou l’autoréfractomètre standard ne permettent pas de mesurer précisément le degré d’anisométropie. L’examen de réfraction objectif est réalisé après instillation de collyres cycloplégiques (atropine ou cyclopentolate). Il faut noter que le degré d’anisométropie varie considérablement selon la méthode de mesure (autoréfractomètre, méthode de changement de lentilles, présence ou non de cycloplégie).

Utiliser une méthode d’examen de l’acuité visuelle adaptée à l’âge. Pour la détection de l’amblyopie, l’acuité visuelle optotypique (optotype VA) est la plus courante. Dans l’œil amblyope, l’acuité visuelle en ligne est plus réduite que celle des lettres isolées (phénomène d’encombrement).

Réaliser un test de vision stéréoscopique (test de stéréopsie Titmus, test TNO, etc.), une mesure de l’amplitude de fusion, un test aux 4 points de Worth, etc. Dans l’amblyopie anisométropique, la suppression interoculaire de l’œil sain est impliquée, donc l’évaluation de la vision binoculaire est utile pour déterminer la stratégie thérapeutique1). La sensibilité au contraste est réduite dans les fréquences spatiales moyennes à élevées, et cette réduction s’étend à la fois au champ visuel central et périphérique, ce qui la distingue de l’amblyopie strabique.

Indispensable pour exclure les maladies organiques comme cause de l’amblyopie. Réaliser un examen à la lampe à fente et un examen du fond d’œil sous dilatation.

Évaluation de l’anisométropie et de l’aniséiconie

Section intitulée « Évaluation de l’anisométropie et de l’aniséiconie »

Lorsque l’anisométropie dépasse 1,5 D, une aniséiconie (différence de taille des images vues par les deux yeux) survient facilement. Le degré d’aniséiconie des lunettes correctrices varie considérablement selon la méthode de correction (lunettes, lentilles de contact), donc il est utile de combiner la mesure de l’aniséiconie (tests New Aniseikonia Tests, etc.) pour décider de la stratégie thérapeutique. La loi de Knapp, selon laquelle la correction par lunettes est avantageuse dans l’anisométropie axiale et les lentilles de contact dans l’anisométropie réfractive, est importante pour le jugement1).

Selon une étude comparative entre l’autoréfractomètre et divers photodépisteurs, le coefficient de corrélation intraclasse (CCI) entre le photodépisteur 2WIN et l’autoréfractomètre calibré en conditions non cycloplégiques était élevé, allant de 0,88 à 0,97 pour la puissance sphérique, la puissance cylindrique et l’équivalent sphérique 9). La différence entre les mesures sous cycloplégie et sans cycloplégie (c’est-à-dire l’hypermétropie latente) tend à être faible dans les yeux myopes et élevée dans les yeux hypermétropes, ce qui confirme l’importance de l’examen sous cycloplégie pour le dépistage de l’anisométropie hypermétrope 9).

Q Pourquoi des médicaments cycloplégiques sont-ils nécessaires dans l'examen de l'anisométropie ?
A

Les enfants ont une accommodation très forte, et les examens subjectifs ou l’autoréfractométrie sans cycloplégie ne permettent pas d’obtenir des valeurs réfractives précises. En particulier dans les yeux hypermétropes, l’accommodation tend à sous-estimer le degré de réfraction, et le degré d’anisométropie peut différer considérablement. En mesurant après une paralysie complète de l’accommodation avec de l’atropine (1 %) ou du cyclopentolate (1 %), on peut obtenir la véritable valeur réfractive. L’examen réfractif sous cycloplégie est indispensable pour le diagnostic et la décision thérapeutique de l’anisométropie.

L’objectif du traitement de l’amblyopie anisométropique est de rendre l’acuité visuelle des deux yeux aussi égale que possible 1). Le choix du traitement est basé sur l’âge du patient, l’acuité visuelle et la compliance.

Port permanent de lunettes à correction complète

Section intitulée « Port permanent de lunettes à correction complète »

La première étape du traitement est le port permanent de lunettes à correction complète basé sur un examen réfractif sous cycloplégie. Le simple port permanent de lunettes améliore dans une certaine mesure l’acuité visuelle de l’œil amblyope. Lorsque la différence anisométropique est d’environ 2 D, le traitement par le seul port de lunettes est souvent possible.

Dans une étude prospective du PEDIG, 27 % des enfants âgés de 3 à 6 ans atteints d’amblyopie anisométropique ont été guéris par la seule correction par lunettes. Une amélioration moyenne de 0,29 logMAR a été obtenue, et 77 % ont présenté une amélioration d’au moins 0,2 logMAR 3). Après la prescription de lunettes, il est actuellement standard d’observer l’évolution sous la seule correction réfractive jusqu’à ce que l’acuité visuelle se stabilise 5). On vérifie le temps nécessaire pour que la réponse au traitement atteigne un plateau (jusqu’à 30 semaines) avant de commencer l’occlusion.

Le taux de succès du traitement de l’amblyopie dépend de l’âge. Une étude de surveillance de la dose d’occlusion électronique a montré que le temps d’occlusion nécessaire pour une amélioration d’une ligne était de 170 heures chez les enfants de 4 ans, 236 heures chez les enfants de 6 ans et 490 heures chez les enfants de 8 ans 3). Une intervention précoce à un âge jeune est la clé de l’amélioration des résultats, et un dépistage précoce avant l’âge de 3 ans est fortement recommandé 1).

Lorsque la différence anisométropique est de 3 D ou plus, l’amélioration de l’acuité visuelle de l’œil amblyope par le seul port de lunettes est souvent limitée. Dans ce cas, un nouvel examen réfractif est effectué et, si les lunettes sont appropriées, on commence l’occlusion de l’œil sain.

Si l’acuité visuelle ne s’améliore pas suffisamment avec le seul port de lunettes, on ajoute une occlusion de l’œil sain (patch). Un patch adhésif est appliqué directement sur l’œil sain, forçant l’utilisation de l’œil amblyope.

Pendant l’occlusion, il est important d’encourager l’utilisation active de l’œil amblyope, en privilégiant des activités de près comme la lecture ou le coloriage. Pour une amblyopie modérée, 2 heures d’occlusion par jour sont aussi efficaces que 6 heures 6). Pour une amblyopie sévère, 6 heures d’occlusion par jour sont équivalentes à une occlusion quasi totale 7). Comme le port simultané de la correction optique complète et l’occlusion de l’œil sain peuvent générer un stress important chez le patient, il est recommandé de commencer par habituer le patient au port des lunettes avant d’instaurer l’occlusion.

Il s’agit d’une méthode consistant à instiller de l’atropine à 1 % dans l’œil sain pour provoquer une paralysie de l’accommodation, rendant la vision de près floue et favorisant ainsi l’utilisation de l’œil amblyope 7). Dans l’amblyopie modérée, son efficacité est comparable à celle de l’occlusion 7).

Cette méthode consiste à placer un filtre de Bangerter (translucide) sur le verre de lunettes de l’œil sain. Selon une étude du PEDIG, après 24 semaines de traitement, la différence d’amélioration de l’acuité visuelle par rapport à l’occlusion était inférieure à 0,5 ligne 1). C’est une alternative utile en cas de mauvaise observance de l’occlusion.

5B. Choix de la méthode de correction (anisométropie axiale vs réfractive)

Section intitulée « 5B. Choix de la méthode de correction (anisométropie axiale vs réfractive) »

Le choix de la méthode de correction dépend de la cause de l’anisométropie.

Anisométropie axiale (due à une différence de longueur axiale)

Selon la loi de Knapp, la distance au sommet des lunettes (généralement 12 mm) est proche du foyer antérieur de l’œil, et la correction par lunettes annule presque la différence de grossissement de l’image rétinienne. La correction par lunettes est donc avantageuse pour l’anisométropie axiale.

Anisométropie réfractive (due à une différence de puissance réfractive de la cornée ou du cristallin : cas d’aphaquie, après chirurgie de la cataracte, etc.)

Les lentilles de contact corrigent près de la surface cornéenne, ce qui sort des conditions de la loi de Knapp et permet souvent de réduire l’aniséiconie par rapport aux lunettes. Dans les cas d’anisométropie réfractive sévère, comme l’aphaquie unilatérale, les lentilles de contact sont le premier choix.

Chez l’adulte, le problème d’amblyopie est moins fréquent, mais l’aniséiconie peut entraîner une fatigue visuelle ou des troubles de la vision binoculaire. Lorsque la différence anisométropique dépasse 1,5 D, l’aniséiconie devient plus évidente ; on peut alors envisager le passage aux lentilles de contact plutôt qu’aux lunettes, ou la prescription de lunettes en monovision. La chirurgie réfractive (LASIK, etc.) chez l’adulte peut être efficace pour améliorer l’anisométropie et réduire l’aniséiconie 10).

Selon les directives de chirurgie réfractive (8e édition), l’indication du LASIK, SMILE et ICL pour l’anisométropie myopique chez l’adulte est évaluée de la même manière que pour les autres anomalies réfractives, mais une chirurgie unilatérale comporte un risque d’aniséiconie postopératoire, donc une évaluation préopératoire de l’aniséiconie et une information du patient sont obligatoires 10).

Le filtre de Bangerter (translucide) est une méthode qui consiste à le placer sur le verre de lunettes de l’œil sain pour encourager l’utilisation de l’œil amblyope. Dans l’étude PEDIG, la différence d’amélioration de l’acuité visuelle par rapport au patch après 24 semaines était inférieure à 0,5 ligne, ce qui en fait une alternative utile en cas de mauvaise compliance au patch 1).

Le traitement numérique dichoptique (vision binoculaire) utilise un casque VR ou une tablette pour présenter des images de contraste différent à l’œil amblyope et à l’œil sain, visant à lever la suppression interoculaire 3). Une étude utilisant un casque Luminopia (72 heures chez l’enfant) a montré une amélioration de l’acuité visuelle de 0,15 logMAR 3). Cependant, à l’heure actuelle, les preuves ne dépassent pas celles du patch conventionnel 1).

Protocole pratique de l’occlusion

La durée quotidienne d’occlusion est déterminée par la sévérité de l’amblyopie 1).

Sévérité de l’amblyopieDurée d’occlusion recommandéePreuves à l’appui
Amblyopie modérée (20/40 à 20/80)2 heures par jourPEDIG ATS 2B : 2 h = effet de 6 h (I+, recommandation forte)
Amblyopie sévère (20/100 ou moins)6 heures par jourPEDIG ATS 2A : 6 h ≈ occlusion à temps plein (I+, recommandation forte)
Cas de mauvaise réponse au traitementAugmentation (2→6 heures)PEDIG ATS 15 : amélioration supplémentaire avec l’augmentation (I+)

Le patch standard consiste à appliquer un patch adhésif opaque directement sur l’œil sain. Les couvertures en tissu pour lunettes sont translucides et moins efficaces, donc déconseillées. L’utilisation active de l’œil amblyope pendant l’occlusion (lecture, coloriage, travaux de près) améliore l’efficacité1).

Q Quand faut-il commencer le traitement de l'amblyopie anisométropique ?
A

La période de sensibilité visuelle s’étend généralement jusqu’à l’âge de 8 ans environ. Un traitement débuté dans cette période permet une bonne récupération de l’acuité visuelle. Cependant, il ne faut pas abandonner le traitement en raison de l’âge, car certains patients répondent même après cette période. En cas de découverte tardive, d’anisométropie importante ou de mauvaise observance, un bon développement visuel peut ne pas être obtenu. Le dépistage et le traitement précoces sont les principes les plus importants.

L’accommodation des deux yeux se produit de manière égale (loi de Hering). Le point de départ de l’accommodation est la valeur réfractive des deux yeux sous paralysie accommodative. En cas d’anisométropie, un œil n’obtient jamais une mise au point optimale. Dans l’hypermétropie anisométropique, l’œil le plus hypermétrope ne peut pas faire la mise au point de loin comme de près, et ne reçoit pas d’image nette pendant la croissance.

La loi de Hering sur l’accommodation égale signifie que les deux yeux répondent de manière égale à un stimulus accommodatif partagé. Dans l’anisométropie, si l’accommodation se fixe à une distance où l’œil dominant (plus proche de l’emmétropie) fait la mise au point confortablement, l’œil amblyope forme continuellement une image rétinienne hors foyer. Cette dégradation continue de l’image rétinienne entrave le développement visuel et constitue la base physiopathologique de l’amblyopie3).

Différence entre anisométropie axiale et anisométropie réfractive

Section intitulée « Différence entre anisométropie axiale et anisométropie réfractive »

L’anisométropie axiale est due à une différence de longueur axiale, tandis que l’anisométropie réfractive est due à une différence de puissance réfractive de la cornée ou du cristallin. Cette distinction influence directement le choix de la correction.

Selon la loi de Knapp, dans l’anisométropie axiale, si le deuxième point principal de la lentille de lunettes coïncide avec le foyer antérieur de l’œil, la taille de l’image rétinienne est égale à celle d’un œil normal. En revanche, dans l’anisométropie réfractive, l’aniséiconie persiste avec des lunettes, donc les lentilles de contact sont plus adaptées.

La différenciation clinique de l’anisométropie se fait par les méthodes suivantes.

  1. Biométrie (mesure de la longueur axiale) : Mesure de la longueur axiale des deux yeux avec IOL Master, Lenstar, etc., et vérification de la différence (généralement 1 mm de différence correspond à environ 3 D de différence réfractive).
  2. Mesure de la puissance cornéenne : évaluation de l’asymétrie de la courbure cornéenne entre les deux yeux par kératométrie et topographie cornéenne.
  3. Décomposition de la différence de puissance réfractive : décomposition de l’anisométropie totale en facteurs cornéens, cristalliniens et axiaux, afin d’identifier le facteur principal.
  4. Mesure comparative de l’aniséiconie avec lunettes et lentilles de contact : mesure de l’aniséiconie dans différentes conditions de correction à l’aide de tests tels que le New Aniseikonia Test.

La distinction entre anisométropie axiale et réfractive est également importante dans le traitement de l’amblyopie. Dans l’anisométropie axiale, la correction par lunettes applique la règle de Knapp, minimisant l’aniséiconie. Par conséquent, la correction optique complète est plus facile à maintenir pour le traitement de l’amblyopie, ce qui améliore l’observance.

Pendant la période de sensibilité du développement visuel, si l’image rétinienne d’un œil est floue, le développement des neurones du cortex visuel correspondant à cet œil est altéré.

Suppression interoculaire et troubles de la vision binoculaire

Section intitulée « Suppression interoculaire et troubles de la vision binoculaire »

La physiopathologie de l’amblyopie anisométropique implique non seulement l’effet direct du flou de l’image rétinienne, mais aussi la suppression interoculaire provenant de l’œil sain 1). La sensibilité au contraste est réduite dans les fréquences spatiales moyennes à élevées, et cette réduction s’étend à la fois au champ visuel central et périphérique. Ce point diffère de l’amblyopie strabique, qui présente un déficit uniquement dans le champ visuel central.

L’amblyopie anisométropique est associée à une erreur de réfraction dans 46 à 79 % de tous les cas d’amblyopie, et 19 à 50 % d’entre eux sont de type mixte avec strabisme associé 1). Le degré de suppression interoculaire peut être quantifié par la taille et la profondeur du scotome de suppression, ce qui est utile pour surveiller l’effet du traitement de l’amblyopie (levée de la suppression et récupération de la sensibilité au contraste).

Si l’image rétinienne reste floue pendant la période de sensibilité visuelle (période critique), les colonnes de dominance oculaire correspondant à l’œil amblyope dans le cortex visuel primaire (V1) se rétrécissent, tandis que les zones corticales dominées par l’œil sain s’élargissent relativement. Ce changement a été établi dans des expériences animales et confirmé chez l’homme par des études en IRMf 3). Il a été démontré que le traitement (occlusion, atropine) inverse les changements plastiques des colonnes de dominance oculaire et rétablit la représentation corticale de l’œil amblyope. Cette neuroplasticité persiste dans une certaine mesure même chez l’adulte, constituant la base biologique des interventions thérapeutiques pour l’amblyopie de l’adulte 3).

Mukit et al. (2023) ont rapporté le cas d’une fillette de 6 ans présentant une amblyopie anisométropique sévère (-17,50 D) due à un mégalophtalmie unilatérale associée à la neurofibromatose de type 1 (NF1) 2). La longueur axiale présentait une différence marquée de 22 mm et 27 mm entre les deux yeux, et comme une consultation ophtalmologique précoce n’avait pas été effectuée, au moment de la découverte, l’acuité visuelle de l’œil amblyope était réduite à la perception lumineuse et la vision stéréoscopique avait complètement disparu.

7. Recherches récentes et perspectives d’avenir (rapports en phase de recherche)

Section intitulée « 7. Recherches récentes et perspectives d’avenir (rapports en phase de recherche) »

Cette méthode de traitement consiste à présenter des images de contraste ou de contenu différent à chaque œil, encourageant ainsi l’utilisation de l’œil amblyope 3). Des jeux et des vidéos utilisant des casques VR ou des tablettes sont testés.

Halicka et al. (2021) ont rapporté qu’un adulte de 22 ans atteint d’amblyopie anisométropique a suivi 44 heures d’entraînement dichoptique en environnement VR, et que l’acuité visuelle corrigée de l’œil amblyope est passée de 0,05 à 0,5 4). De plus, la vision stéréoscopique a été progressivement acquise grâce à l’entraînement, et l’IRMf a montré des changements dans les schémas d’activité du cortex visuel. L’acuité visuelle de 0,4 a été maintenue un an après la fin de l’entraînement.

Xiao (Luminopia) et al. ont rapporté une amélioration de l’acuité visuelle de 0,15 logMAR après 72 heures d’utilisation d’un casque chez des enfants 3). Chez les adultes atteints d’amblyopie anisométropique, une amélioration de l’acuité visuelle de 0,15 logMAR (une ligne d’amélioration par 27 heures) a été rapportée dans le groupe de traitement dichoptique 3).

Il n’est pas encore clair si le traitement dichoptique est supérieur à l’occlusion traditionnelle 3). Halicka et al. ont rapporté qu’un adulte de 22 ans atteint d’amblyopie anisométropique a suivi 44 heures d’entraînement dichoptique en environnement VR, et que l’acuité visuelle corrigée de l’œil amblyope est passée de 0,05 à 0,5, avec une acquisition progressive de la vision stéréoscopique 4).

Possibilité de traitement pour l’amblyopie chez l’adulte

Section intitulée « Possibilité de traitement pour l’amblyopie chez l’adulte »

Traditionnellement, l’amblyopie chez l’adulte après la période de sensibilité visuelle était considérée comme difficile à traiter. Cependant, des études animales et humaines ont montré qu’une certaine plasticité des voies visuelles persiste après la période de sensibilité 4).

L’apprentissage perceptif, l’entraînement anti-suppression et l’entraînement dichoptique en environnement VR ont été testés chez des adultes amblyopes, et des améliorations de l’acuité visuelle et de la vision stéréoscopique ont été rapportées 3)4). Des recherches supplémentaires sont nécessaires sur la stabilité à long terme des effets et la comparaison avec les traitements existants.

Halicka et al. (2021) ont rapporté qu’un adulte de 22 ans atteint d’amblyopie anisométropique a suivi 44 heures d’entraînement dichoptique en environnement VR, et que l’acuité visuelle corrigée de l’œil amblyope est passée de 0,05 à 0,5 4). De plus, la vision stéréoscopique a été progressivement acquise grâce à l’entraînement, et l’IRMf a montré des changements dans les schémas d’activité du cortex visuel. L’acuité visuelle de 0,4 a été maintenue un an après la fin de l’entraînement 4).

Des tentatives d’augmentation de l’effet du traitement de l’amblyopie en combinant la lévodopa (précurseur de la dopamine) avec l’occlusion ont été rapportées. Un essai contrôlé randomisé multicentrique par le PEDIG est en cours.

Traitement après la période de sensibilité (7 à 17 ans)

Section intitulée « Traitement après la période de sensibilité (7 à 17 ans) »

Dans l’étude PEDIG (ATS 3), 25 à 23 % des enfants âgés de 7 à 17 ans non traités auparavant et ayant reçu uniquement une correction par lunettes pendant 24 semaines ont obtenu une amélioration de l’acuité visuelle d’au moins 0,2 logMAR 8). Lorsqu’une occlusion de 2 à 6 heures était ajoutée, 53 % du groupe des 7 à 12 ans se sont améliorés d’au moins 0,2 logMAR. Ce résultat remet en cause l’idée reçue selon laquelle le traitement est limité à la période sensible (jusqu’à 8 ans) et montre qu’il ne faut pas abandonner le traitement en raison de l’âge 1).

Même pour les cas d’amblyopie découverts après l’entrée à l’école (8 à 12 ans), la norme actuelle recommande un traitement actif, sur la base des données de l’étude PEDIG 1).

L’observance du traitement de l’amblyopie (temps d’occlusion réel / temps d’occlusion prescrit) est en moyenne inférieure à 50 %, et diminue lorsque la durée prescrite augmente. En particulier, une occlusion de plus de 6 heures a un impact important sur la vie quotidienne de l’enfant, et la coopération de la famille ainsi que la mise en place d’un système de soutien sont essentielles au succès du traitement 3).

Voici des mesures pratiques pour améliorer l’observance :

  • Motivation : visualisation des objectifs d’amélioration de l’acuité visuelle (carte de suivi, graphique)
  • Plan d’activités : concrétisation d’activités utilisant activement l’œil amblyope pendant l’occlusion (lecture, jeux, travaux manuels)
  • Introduction progressive : commencer par 1 heure, puis augmenter la durée en fonction de l’adaptation
  • Surveillance électronique : les capteurs de mesure de l’occlusion (dose-monitor) sont destinés à la recherche, mais un calendrier tenu à domicile peut servir d’alternative utile
  • Consultations régulières : vérification de l’acuité visuelle et ajustement de la prescription tous les 2 à 3 mois. Après stabilisation de l’acuité, diminution progressive 1)

Le traitement de l’amblyopie nécessite souvent une longue durée (plusieurs mois à années). Une éducation et un soutien continus du patient et des parents sont importants pour prévenir l’abandon du traitement et la récidive après l’arrêt. Le taux de récidive de l’amblyopie est d’environ 24 % dans l’année suivant l’arrêt du traitement 3). Il est recommandé de vérifier l’acuité visuelle tous les 3 à 6 mois pendant au moins un an après la fin du traitement 1). En cas de récidive, la réponse au retraitement est souvent bonne, donc une détection précoce et une réintervention précoce améliorent le pronostic.


  1. American Academy of Ophthalmology. Amblyopia Preferred Practice Pattern 2022 Update. Ophthalmology. 2023;130(3):P136-P178.

  2. Mukit FA, Cape HT, Huq SS, et al. An isolated case of unilateral macro-ophthalmia with resultant anisometropic amblyopia in neurofibromatosis 1. Cureus. 2023;15(9):e44679.

  3. Meier K, Tarczy-Hornoch K. Recent treatment advances in amblyopia. Annu Rev Vis Sci. 2022.

  4. Halicka J, Bittsansky M, Sivak S, et al. Virtual reality visual training in an adult patient with anisometropic amblyopia: visual and functional magnetic resonance outcomes. Vision. 2021;5(2):22.

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