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Correction réfractive

Hypermétropie (y compris l'hypermétropie latente)

L’hypermétropie est un état de réfraction de l’œil dans lequel les rayons lumineux parallèles entrants, en l’absence d’accommodation, convergent derrière la rétine. Autrement dit, c’est un état où le point éloigné se trouve à une distance finie derrière l’œil, c’est-à-dire que la lumière convergeant vers l’arrière de l’œil forme un foyer sur la rétine.

Cet état est principalement dû au fait que la puissance réfractive combinée de la cornée et du cristallin est plus faible par rapport à la longueur axiale de l’œil. Une hypermétropie forte d’environ +6 D ou plus est appelée hypermétropie élevée, et une hypermétropie très élevée de +10 D ou plus peut entrer dans la catégorie de la microphtalmie.

Classification de l’hypermétropie (selon la méthode de mesure)

Section intitulée « Classification de l’hypermétropie (selon la méthode de mesure) »

L’hypermétropie est classée en trois types selon la méthode de mesure.

Hypermétropie totale = Hypermétropie manifeste + Hypermétropie latente

TypeDéfinition
Hypermétropie totaleDegré d’hypermétropie après suppression complète de l’accommodation par un cycloplégique (atropine, etc.)
Hypermétropie manifesteDegré d’hypermétropie détectable par un examen de réfraction standard sans cycloplégique
Hypermétropie latenteDegré d’hypermétropie non détecté lors d’un examen standard mais révélé par un examen sous cycloplégique. Important chez l’enfant.
Q Qu'est-ce que l'hypermétropie latente ?
A

L’hypermétropie latente est une composante hypermétrope qui est compensée par l’accommodation lors d’un examen de réfraction standard et n’est détectée que par un examen utilisant un cycloplégique (cyclopentolate ou atropine). Chez l’enfant, la capacité d’accommodation étant très élevée, la proportion d’hypermétropie latente est importante. Ignorer l’hypermétropie latente peut conduire à un diagnostic et un traitement insuffisants de l’amblyopie ou de l’ésotropie accommodative. Par conséquent, chez l’enfant, un examen sous cycloplégique est toujours réalisé pour évaluer l’hypermétropie.

Classification selon la compensation accommodative

Section intitulée « Classification selon la compensation accommodative »
TypeDéfinition
Hypermétropie facultativePartie de l’hypermétropie manifeste qui peut être compensée par l’accommodation. Degré d’hypermétropie permettant une vision nette sans correction grâce à l’accommodation.
Hypermétropie absoluePartie de l’hypermétropie manifeste qui n’est pas compensée par l’accommodation. Nécessite une correction pour une vision nette.
Hypermétropie relativeLiée à la position des yeux : hypermétropie qui peut être compensée par l’accommodation mais entraîne un strabisme convergent.

Avec l’âge, l’élasticité du cristallin diminue, réduisant la capacité d’accommodation. Ainsi, la composante d’hypermétropie facultative chez les jeunes devient manifeste après l’âge moyen sous forme d’asthénopie et de baisse de l’acuité visuelle.

ClassificationDéfinitionPrincipales causes
Hypermétropie réfractiveFaible puissance réfractive combinée de la cornée et du cristallinCornée plate, subluxation postérieure du cristallin, modification de l’indice de réfraction due au diabète, aphakie
Hypermétropie axialeLongueur axiale courteCongénitale (nouveau-né), acquise (compression par tumeur orbitaire, soulèvement rétinien dans le décollement de rétine, etc.)

En général, les nouveau-nés sont hypermétropes, avec une distribution centrée autour de +2 D. Vers l’âge de 1 an, ils se rapprochent considérablement de l’emmétropie. Jusqu’à l’âge de 7-8 ans, l’hypermétropie augmente, puis tend à diminuer. C’est ce qu’on appelle l’emmétropisation. Dans une étude de Herrnheiser datant de 1892, la fréquence de l’hypermétropie diminue jusqu’à environ 20 ans, tandis que celle de l’emmétropie et de la myopie augmente.

La prévalence de l’amblyopie est rapportée à environ 2-4 % chez les enfants, parmi lesquels l’amblyopie anisométropique hypermétrope et l’amblyopie binoculaire hypermétrope représentent une grande proportion 1). Un risque particulièrement accru d’amblyopie et d’ésotropie accommodative est observé pour une hypermétropie de +2 D ou plus, et le risque de développer une amblyopie devient nettement plus élevé au-delà de +6 D (voir tableau) 1).

Le degré moyen d’hypermétropie dans l’ésotropie accommodative pure est de +5,43 D ± 2,25 D (contre +6,11 D ± 1,84 D dans les yeux amblyopes sans ésotropie), ce qui indique que l’hypermétropie élevée est un facteur de risque majeur d’amblyopie et d’ésotropie 1). Même dans des cas spéciaux présentant une anisométropie élevée (-17,50 D), comme la mégacornée unilatérale associée à la neurofibromatose de type 1 (NF1), une amblyopie sévère peut survenir si une consultation ophtalmologique précoce n’a pas eu lieu 11).

Les symptômes de l’hypermétropie varient considérablement selon le degré.

Hypermétropie faible (moins de +3 D)

Symptômes : Généralement asymptomatique.

Mécanisme : Compensée par l’accommodation en tant qu’hypermétropie facultative.

Nécessité de correction : En l’absence de symptômes, une simple surveillance peut suffire. Cependant, il faut être attentif au risque d’amblyopie et de strabisme.

Hypermétropie modérée (+3 à +6 D)

Symptômes : Fatigue accommodative (fatigue facile, maux de tête, douleurs oculaires, larmoiement). La fatigue lors des travaux en vision de près est souvent le premier signe.

Mécanisme : L’accommodation est constamment sollicitée pour voir clairement, entraînant une hypertonie du muscle accommodateur.

Nécessité de correction : Correction par lentilles convexes pour réduire la charge accommodative.

Hypermétropie élevée (+6 D ou plus)

Symptômes : Amblyopie hypermétrope, ésotropie accommodative. L’acuité visuelle de loin est également réduite. Chambre antérieure peu profonde, angle étroit, risque de glaucome aigu par fermeture de l’angle.

Mécanisme : L’accommodation ne peut pas compenser complètement, la formation de l’image sur la rétine est constamment mauvaise.

Nécessité de correction : La correction précoce par lunettes est essentielle. Elle doit être associée au traitement de l’amblyopie et du strabisme.

L’hypermétropie élevée présente des signes fundoscopiques caractéristiques.

  • Pseudo-œdème papillaire (pseudopapilledema) : Flou des bords de la papille optique. Aspect de disque encombré avec bords papillaires flous et tortuosité vasculaire.
  • Plis rétiniens du pôle postérieur : Dus à un rétrécissement relatif du pôle postérieur en raison d’un axe oculaire court.
  • Chambre antérieure peu profonde, angle étroit : Facteur prédisposant au glaucome par fermeture de l’angle.

L’hypermétropie élevée (surtout ≥ +2 D) prédispose aux complications suivantes.

  • Amblyopie hypermétrope : Risque accru d’amblyopie à partir de +2 D. Risque particulièrement élevé à partir de +4,5 D (avec strabisme) ou +6 D (sans strabisme)1).
  • Ésotropie accommodative : Survient souvent avec une hypermétropie de +2 à +8 D. Plus fréquente à partir de +2 D, rare au-delà de +8 D.
  • Glaucome par fermeture de l’angle : Dû à une chambre antérieure peu profonde et un angle étroit. Risque persistant à l’âge adulte.
  • Syndrome d’épanchement uvéal (uveal effusion) : Souvent associé à la nanophtalmie, peut provoquer un décollement de rétine exsudatif.

Elle est causée par une puissance de réfraction relativement faible de la cornée ou du cristallin.

  • Cornée plate : rayon de courbure cornéen congénitalement grand, ou aplatissement acquis dû à un ptérygion ou une maladie cornéenne
  • Déplacement postérieur du cristallin : en cas de subluxation du cristallin vers l’arrière
  • Diabète : peut provoquer une hypermétropie due à un changement de l’indice de réfraction du cristallin
  • Œil aphake : après extraction du cristallin. Généralement une hypermétropie forte (> +10 D)

Elle est causée par une longueur axiale de l’œil plus courte que la normale.

  • Congénitale : la longueur axiale du nouveau-né est courte (environ 17-18 mm, adulte environ 24 mm), hypermétropie physiologique. Avec la croissance, l’axe s’allonge et l’œil devient emmétrope
  • Acquise : en cas de raccourcissement de l’axe dû à une compression par une tumeur orbitaire, ou de soulèvement de la rétine dans la choriorétinopathie séreuse centrale ou le décollement de rétine

Les examens suivants sont nécessaires pour le diagnostic de l’hypermétropie.

ExamenObjectif
Réfraction objective (autoréfractomètre)Quantification de la réfraction (valeur de référence)
Rétinoscopie (skiascopie)Mesure objective de la réfraction chez l’enfant. Excellent contrôle de l’accommodation
Réfraction subjective (acuité visuelle corrigée)Détermination de la prescription finale
Réfraction sous cycloplégieDétection de l’hypermétropie vraie (hypermétropie totale). Indispensable chez l’enfant
Topographie cornéenne et biométrieÉvaluation de la longueur axiale et de la profondeur de la chambre antérieure. Évaluation anatomique de l’hypermétropie élevée

Chez les jeunes enfants, en raison du manque de concentration pour maintenir une mise au point correcte sur la distance, l’instillation de collyres cycloplégiques est indispensable pour la réfraction objective.

Premier choix : collyre au cyclopentolate 1% (Cyplégine®)

Une à deux instillations par jour suffisent pour obtenir une cycloplégie adéquate. L’effet apparaît 30 à 60 minutes après l’instillation et dure environ une demi-journée. Attention aux effets secondaires (rougeur du visage, tachycardie, agitation).

Collyre à l’atropine (si une cycloplégie plus forte est nécessaire)

Quel que soit l’âge, il est nécessaire d’utiliser une solution d’atropine à 1 %, instillée 2 fois par jour pendant 7 jours. La cycloplégie est la plus complète, permettant de détecter la totalité de l’hypermétropie latente. L’effet dure 1 à 2 semaines, et la mydriase ainsi que la photophobie persistent, il est donc important d’expliquer cela au patient.

Pour détecter l’hypermétropie latente, un examen réfractif objectif sous cycloplégie est indispensable ; sans cycloplégie, il existe un risque de sous-estimer considérablement le degré d’hypermétropie.

Valeurs réfractives normales chez le jeune enfant (sous cycloplégie au cyclopentolate à 1 %)

Section intitulée « Valeurs réfractives normales chez le jeune enfant (sous cycloplégie au cyclopentolate à 1 %) »
ÂgeValeur réfractive normaleValeur réfractive nécessitant une correction par lunettes
3 moisS+4DS+6D ou plus
1 anS+2DS+4D ou plus
2 ansS+1DS+3D ou plus
3 ansS+1DS+3D ou plus

Si la valeur est supérieure de 2D ou plus à la normale, envisager le port de lunettes.

De plus, comme critères diagnostiques de l’amblyopie, on utilise une différence interoculaire ≥ 2 lignes ou une acuité binoculaire ≤ 20/50 à 3-4 ans, et une différence interoculaire ≥ 2 lignes ou une acuité binoculaire ≤ 20/40 à partir de 5 ans1).

La pseudo-névrite optique doit être distinguée de l’œdème papillaire. Dans l’hypermétropie forte, les bords de la papille optique sont flous, mais il n’y a pas de fuite à l’angiographie à la fluorescéine, et le champ visuel et l’acuité visuelle sont généralement normaux.

Q Pourquoi les enfants ont-ils besoin de médicaments cycloplégiques pour l'examen de l'hypermétropie ?
A

Les enfants ont une capacité d’accommodation (capacité de mise au point) beaucoup plus grande que les adultes, et même en cas d’hypermétropie, ils accommodent inconsciemment pour voir clairement. Par conséquent, un examen de réfraction standard sans cycloplégie sous-estime considérablement le degré d’hypermétropie. En particulier, l’hypermétropie latente n’est pas détectée sans cycloplégie. En mesurant après avoir complètement paralysé l’accommodation avec des gouttes de cyclopentolate ou d’atropine, le véritable degré d’hypermétropie est révélé. Prescrire des lunettes correctrices appropriées sur la base de cette valeur contribue à la prévention et au traitement de l’amblyopie et de l’ésotropie accommodative.

Sur la base du degré de réfraction sous cycloplégie obtenu par l’instillation de collyres cycloplégiques, faire porter des lunettes ou des lentilles de contact.

Le choix du degré de prescription repose sur les principes suivants.

  • Traitement de l’amblyopie : la correction d’une hypermétropie de +2D ou plus est efficace
  • Traitement de l’ésotropie accommodative : une correction de +1 D ou plus a un effet thérapeutique. Dans l’ésotropie accommodative pure, la correction complète ou une réduction de 0,5 D est standard.
  • Asthénopie uniquement : une lentille convexe de +0,25 D peut parfois être efficace.

Dans une étude prospective du PEDI (Pediatric Eye Disease Investigator Group), 27 % des enfants âgés de 3 à 6 ans atteints d’amblyopie anisométropique ont guéri de leur amblyopie par le seul port de lunettes, avec une amélioration moyenne de 0,29 logMAR2). Après prescription de lunettes, la stratégie standard actuelle consiste à observer l’évolution sous correction réfractive seule jusqu’à ce que l’acuité visuelle se stabilise2).

Première étape : port permanent de lunettes à correction complète

Prescrire le port permanent de lunettes à correction complète basée sur un examen réfractif sous cycloplégie. Le simple port de lunettes permet souvent une certaine amélioration de l’acuité visuelle. Après prescription de lunettes, la stratégie standard actuelle consiste à observer l’évolution sous correction réfractive seule jusqu’à ce que l’acuité visuelle se stabilise2).

Deuxième étape : occlusion (patch)

Si l’acuité visuelle ne s’améliore pas suffisamment avec le seul port de lunettes, un patch adhésif est appliqué sur l’œil sain.

  • Amblyopie modérée (20/40 à 20/80) : 2 heures d’occlusion par jour sont aussi efficaces que 6 heures5).
  • Amblyopie sévère : 6 heures d’occlusion par jour sont presque aussi efficaces que l’occlusion à temps plein6).

Troisième étape : collyre à l’atropine (pénalisation)

Instiller de l’atropine à 1 % dans l’œil sain pour provoquer une cycloplégie et un flou visuel de près, encourageant ainsi l’utilisation de l’œil amblyope. Dans l’amblyopie modérée, l’efficacité est comparable à celle de l’occlusion7). Utile comme alternative en cas de mauvaise observance de l’occlusion.

Filtre de Bangerter

Méthode consistant à placer un filtre translucide sur le verre de lunettes de l’œil sain. Dans l’étude PEDI, la différence d’amélioration de l’acuité visuelle après 24 semaines était inférieure à 0,5 ligne par rapport à l’occlusion1).

Dans l’esotropie accommodative pure, instiller de l’atropine à 0,5 % trois fois par jour pendant 3 à 5 jours, puis porter des lunettes de correction complète ou des lunettes avec une puissance inférieure de 0,5 D. Il est important de porter les lunettes en continu et de s’assurer que la monture ne glisse pas.

Dans l’esotropie accommodative partielle, des lunettes pour hypermétropie sont également prescrites, mais l’esotropie résiduelle est traitée par chirurgie ou prismes.

Classification et prise en charge de l’esotropie accommodative

TypeCaractéristiquesTraitement
Esotropie accommodative pureDisparition complète du strabisme après correction de l’hypermétropieLunettes de correction complète de l’hypermétropie (pas de prisme de Fresnel)
Esotropie accommodative partielleEsotropie résiduelle après correction (>10∆)Lunettes + chirurgie (pour la résiduelle)
Type à rapport AC/A élevéHypermétropie normale mais augmentation de l’esotropie en vision de prèsCorrection de l’hypermétropie + lunettes bifocales (addition de +2,5 à +3,0 D pour la vision de près)
Esotropie accommodative non réfractiveRapport AC/A anormalement élevéMyotiques (échothiophate) ou verres bifocaux

Dans l’esotropie accommodative compliquée d’amblyopie hypermétropique, il est nécessaire de réaliser simultanément la prescription de lunettes, le traitement de l’amblyopie et la correction du strabisme. Si une chirurgie du strabisme est effectuée alors que l’amblyopie n’est pas traitée, il existe un risque de levée de la suppression interoculaire postopératoire entraînant une diplopie. Par conséquent, le principe est de traiter l’amblyopie en premier ou en parallèle 1).

Chez l’adulte atteint d’esotropie accommodative (ésotropie sans lunettes), le fait d’enlever les lunettes peut entraîner des limitations sociales et professionnelles. Dans de tels cas, une chirurgie réfractive (comme le LASIK) peut être réalisée dans le but d’améliorer le strabisme. Cependant, il est nécessaire d’expliquer clairement avant l’opération que l’objectif principal de la chirurgie réfractive est la correction de la réfraction et que l’effet sur le strabisme est secondaire 15).

L’hypermétropie élevée chez l’enfant (≥ +6 D) est une cause d’amblyopie et d’esotropie accommodative. Il est nécessaire de détecter précocement la totalité de l’hypermétropie et de la corriger avec des lunettes ou autres. Après l’enfance, les lentilles de contact sont également une option. Les signes tels qu’une longueur axiale courte et une chambre antérieure peu profonde persistent, nécessitant une surveillance continue des risques de complications à l’âge adulte (glaucome par fermeture de l’angle, etc.). En cas de microphtalmie compliquée d’un syndrome d’épanchement uvéal, la sclérectomie est efficace 3). Dans les cas de nanophtalmie, un suivi régulier est recommandé 3).

Chez l’adulte (≥ 20 ans, réfraction stable), le LASIK (laser in situ keratomileusis) ou la PRK (photorefractive keratectomy) au laser excimer permettent de corriger l’hypermétropie. Les recommandations pour la chirurgie réfractive (8e édition) suggèrent une limite supérieure de correction hypermétropique d’environ +6 D (équivalent sphérique) ; au-delà, l’indication doit être soigneusement évaluée 4).

Le LASIK pour l’hypermétropie est plus sujet à la régression que pour la myopie, en particulier pour les hypermétropies élevées ≥ +4 D, où la stabilité réfractive à long terme tend à diminuer 4). Cela est lié à la particularité du motif d’ablation cornéenne (ablation périphérique, épargne centrale) et à l’interaction avec les changements de forme cornéenne liés à l’âge, qui accélèrent la régression.

La PRK ne crée pas de volet cornéen, elle est donc parfois choisie pour les patients ayant une cornée fine ou une activité élevée (sports, profession). Cependant, l’opacité sous-épithéliale (haze) postopératoire est plus fréquente dans la correction de l’hypermétropie que dans celle de la myopie, ce qui peut affecter la précision corrective à long terme 4).

La correction de l’hypermétropie par lentille intraoculaire phaque (ICL, IPCL, etc.) est considérée comme une option pour les cas d’hypermétropie élevée (>+6 D) non éligibles au LASIK. Comme elle n’implique pas d’ablation cornéenne, le risque de régression est faible, mais il existe des risques de complications telles que la cataracte, l’augmentation de la pression intraoculaire et la diminution des cellules endothéliales cornéennes 4).

Q L'hypermétropie chez l'enfant disparaît-elle avec la croissance ?
A

De nombreux enfants présentent une hypermétropie physiologique (environ +2 D) pendant la petite enfance, qui se normalise avec la croissance à mesure que l’axe oculaire s’allonge. Cependant, le processus de normalisation peut passer par une augmentation temporaire de l’hypermétropie jusqu’à l’âge de 7 à 8 ans, suivie d’une diminution. L’hypermétropie légère s’améliore souvent naturellement avec la croissance, mais en cas d’hypermétropie élevée (≥+6 D) ou de complications telles qu’une amblyopie ou une ésotropie accommodative, une correction peut être nécessaire même après la croissance. De plus, en cas d’hypermétropie élevée, la chambre antérieure peu profonde persiste à l’âge adulte, nécessitant une gestion continue du risque de glaucome par fermeture de l’angle.

Image composite d'échographie, UBM, OCT et fond d'œil d'une hypermétropie élevée (microphtalmie)
Image composite d'échographie, UBM, OCT et fond d'œil d'une hypermétropie élevée (microphtalmie)
Carricondo PC, Andrade T, Prasov L, Ayres BM, Moroi SE. Nanophthalmos: A Review of the Clinical Spectrum and Genetics. J Ophthalmol. 2018;2018:2735465. Figure 1. PMCID: PMC5971257. License: CC BY.
Image composite en 9 panneaux d’une microphtalmie (nanophtalmie) : (a–c) échographie mode B montrant un axe oculaire court, une sclère/chorioïde épaissie, un décollement séreux de la rétine et une effusion choroïdienne ; (d–f) microscopie ultrasonore (UBM) montrant une chambre antérieure peu profonde, une fermeture de l’angle et une rotation antérieure du diaphragme cristallinien ; (g–h) OCT montrant des plis choroïdiens et rétiniens prononcés ; (i) photographie du fond d’œil montrant une papille congestive avec des bords flous et une tortuosité vasculaire. Correspond aux caractéristiques anatomiques de l’hypermétropie élevée (axe oculaire court, chambre antérieure peu profonde, pseudo-névrite optique) traitées dans la section « Physiopathologie et mécanismes détaillés ».

L’hypermétropie résulte d’une puissance réfractive combinée de la cornée et du cristallin relativement faible par rapport à la longueur axiale. Dans un œil normal, une puissance réfractive combinée d’environ 58 à 60 D et une longueur axiale d’environ 24 mm sont équilibrées, permettant aux rayons lumineux parallèles de se focaliser précisément sur la rétine. Dans l’œil hypermétrope, cet équilibre est rompu et le foyer se forme en arrière de la rétine.

Le cristallin peut augmenter sa puissance réfractive par contraction du muscle ciliaire (accommodation), compensant ainsi l’hypermétropie. Tant que l’accommodation reste dans les limites possibles, il n’y a pas de baisse de l’acuité visuelle (hypermétropie facultative). Cependant, comme l’accommodation doit être maintenue en permanence, une fatigue du muscle accommodatif (asthénopie) survient facilement.

Avec l’âge, l’élasticité du cristallin diminue, réduisant la capacité d’accommodation. Ainsi, une hypermétropie asymptomatique chez le jeune peut se manifester à l’âge moyen ou avancé par une asthénopie et une baisse de l’acuité visuelle. La proportion d’hypermétropie absolue augmente, nécessitant le port de verres correcteurs.

Chez le nouveau-né, l’axe oculaire est court (environ 17 à 18 mm) et il existe une hypermétropie physiologique (environ +2 D). Avec la croissance, l’axe oculaire s’allonge (environ 24 mm chez l’adulte), équilibrant la puissance réfractive et la longueur axiale pour aboutir à l’emmétropie. Ce processus d’emmétropisation est régulé par un mécanisme de rétroaction dépendant des entrées visuelles.

Vers l’âge de 7 à 8 ans, il y a une période où la puissance hypermétrope augmente temporairement. Si l’évaluation des erreurs de réfraction est négligée à ce moment, une amblyopie ou un strabisme convergent peut passer inaperçu.

Ampleur de l’hypermétropie latente chez l’enfant

Section intitulée « Ampleur de l’hypermétropie latente chez l’enfant »

Chez l’enfant, la tension du muscle ciliaire est plus forte et l’accommodation est plus importante que chez l’adulte. Par conséquent, une grande partie de l’hypermétropie est cachée sous forme d’hypermétropie latente, et un examen sans paralysie de l’accommodation ne peut pas mesurer avec précision la puissance hypermétrope. Les lunettes prescrites sans détection de l’hypermétropie latente entraînent une sous-correction appropriée, réduisant l’efficacité du traitement de l’amblyopie et du strabisme.

Caractéristiques anatomiques de l’hypermétropie élevée

Section intitulée « Caractéristiques anatomiques de l’hypermétropie élevée »

Dans l’hypermétropie élevée axiale, la longueur axiale de l’œil est courte, ce qui entraîne une chambre antérieure peu profonde. Les yeux avec une chambre antérieure peu profonde ont tendance à avoir un angle étroit, ce qui augmente le risque de crise de glaucome aigu par fermeture de l’angle. De plus, en raison du raccourcissement de l’axe, la région postérieure est relativement rétrécie, ce qui peut entraîner un flou des bords de la papille optique (pseudo-névrite optique) ou des plis rétiniens postérieurs.

Dans la nanophtalmie avec hypermétropie élevée, une anomalie pathologique de la sclère peut comprimer les veines vortiqueuses au niveau de leur traversée sclérale, entraînant un syndrome d’épanchement uvéal. Dans le type I (véritable nanophtalmie avec épaississement scléral) où l’axe est court et l’hypermétropie élevée, une sclérectomie peut être efficace en cas de décollement de rétine exsudatif 3). Une surveillance régulière est recommandée dans les cas de nanophtalmie.

Gestion du risque de glaucome par fermeture de l’angle

Section intitulée « Gestion du risque de glaucome par fermeture de l’angle »

Les yeux avec une hypermétropie élevée (surtout ≥+6D, axiale) ont une chambre antérieure peu profonde et un angle étroit. Avec l’âge, l’épaississement du cristallin rétrécit davantage l’angle, augmentant le risque de glaucome aigu par fermeture de l’angle (AACG).

Les mesures suivantes sont recommandées pour la gestion du risque d’AACG 1) :

  • Évaluation régulière de la profondeur de la chambre antérieure et de la largeur de l’angle (UBM, AS-OCT, etc.)
  • En cas de besoin de dilatation, vérification préopératoire de la profondeur de la chambre antérieure et préparation à une intervention d’urgence
  • Envisager une iridotomie laser prophylactique (LPI) chez les adultes hypermétropes élevés avec chambre antérieure peu profonde

La chirurgie de la cataracte remplace le cristallin par une lentille artificielle plus fine, ce qui élimine le risque de fermeture de l’angle lié à l’hypermétropie élevée. Dans les cas d’hypermétropie élevée avec axe très court (≥+8D, axe <21 mm), une extraction prophylactique du cristallin clair peut être envisagée avant l’apparition de la cataracte pour prévenir le glaucome par fermeture de l’angle.

Progrès de la chirurgie réfractive pour la correction de l’hypermétropie

Section intitulée « Progrès de la chirurgie réfractive pour la correction de l’hypermétropie »

La correction de l’hypermétropie par laser excimer (LASIK/PRK) a été considérée comme moins stable que la correction de la myopie, avec une tendance à la régression (myopisation de la réfraction). Ces dernières années, l’amélioration des motifs d’ablation cornéenne a amélioré la précision, et de bons résultats ont été rapportés pour l’hypermétropie modérée (environ +3D).

L’extension de l’indication du SMILE (small incision lenticule extraction) à l’hypermétropie est également étudiée. L’adaptation à l’hypermétropie élevée (>+6D) reste limitée, et des options chirurgicales incluant l’implant phaque (ICL) pour l’hypermétropie peuvent être envisagées 13). Les directives KLEx (SMILE) précisent les conditions d’éligibilité pour la myopie et l’astigmatisme myopique, tandis que le LASIK reste prédominant pour la correction de l’hypermétropie 13). Les précautions concernant le calcul de la puissance de l’IML chez les yeux hypermétropes lors de la chirurgie de la cataracte (influence de la profondeur de la chambre antérieure et de l’épaisseur du cristallin) sont également importantes, et les formules récentes (comme Barrett Universal II) ont amélioré la précision pour les yeux hypermétropes 14).

Efficacité du dépistage de l’hypermétropie chez l’enfant

Section intitulée « Efficacité du dépistage de l’hypermétropie chez l’enfant »

Le dépistage collectif par photodépistage (photo screening) s’est avéré efficace pour la détection précoce de l’hypermétropie et de l’amblyopie chez l’enfant, qui étaient difficiles à détecter avec les tests de vision traditionnels 8). L’introduction du photodépisteur lors des examens de santé à 3 ans se généralise, et on espère une amélioration du taux de détection précoce de l’amblyopie. Le Spot Vision Screener permet de mesurer la réfraction, l’angle de strabisme, la différence de diamètre pupillaire et la distance interpupillaire, et affiche une anomalie si les valeurs dépassent les seuils de risque d’amblyopie 8).

Protocole de traitement de l’amblyopie hypermétrope (gestion par étapes)

Section intitulée « Protocole de traitement de l’amblyopie hypermétrope (gestion par étapes) »

Le traitement de l’amblyopie hypermétrope (isoamétropique/anisométropique) suit les étapes suivantes 1).

Étape 1 (0 à 18 semaines) : Lunettes de correction complète uniquement

Prescrire des lunettes de correction complète basées sur un examen de réfraction sous cycloplégie, et surveiller uniquement avec les lunettes jusqu’à ce que l’acuité visuelle se stabilise. Dans l’étude PEDIG, la correction par lunettes seule a amélioré l’acuité visuelle de l’œil amblyope de 0,29 logMAR en moyenne, et 27 % ont dépassé le seuil d’amblyopie 7). Si l’occlusion est initiée sans cette étape, un surtraitement peut survenir chez les cas qui s’améliorent avec les lunettes seules.

Étape 2 (après 18 semaines) : Ajout d’occlusion ou d’atropine

Si l’acuité visuelle atteint un plateau 18 semaines après la prescription des lunettes, ajouter une occlusion ou de l’atropine. Dans l’amblyopie binoculaire (isoamétropique), l’occlusion n’est pas possible car l’œil amblyope ne peut être identifié, et le port continu de lunettes de correction complète est la base du traitement.

Troisième étape (après amélioration de l’acuité visuelle) : diminution progressive, arrêt et surveillance de la récidive

Lorsque l’acuité visuelle est normalisée (ou 4 mois après confirmation d’un plateau), l’occlusion est réduite progressivement. Le taux de récidive de l’amblyopie est d’environ 24 % dans l’année suivant l’arrêt du traitement, ce qui rend un suivi régulier indispensable 2). En cas de récidive, la réponse au retraitement est généralement bonne.

Traitement numérique et par réalité virtuelle de l’amblyopie

Section intitulée « Traitement numérique et par réalité virtuelle de l’amblyopie »

Une étude utilisant un casque Luminopia (72 heures d’utilisation chez l’enfant) a rapporté une amélioration de l’acuité visuelle de 0,15 logMAR 2). Chez l’adulte atteint d’amblyopie anisométropique, une amélioration de 0,15 logMAR (1 ligne d’amélioration par 27 heures) a également été rapportée 2), et des études comparatives avec l’occlusion conventionnelle sont en cours. Dans un entraînement dichoptique en environnement VR, 44 heures d’entraînement ont permis une amélioration de l’acuité visuelle de 0,05 à 0,5 et l’acquisition de la vision stéréoscopique 10). Le PPP pour le strabisme adulte (2023) souligne également l’importance de la correction réfractive pour l’ésotropie hypermétrope, et propose un flux de gestion systématique pour les indications chirurgicales en cas de strabisme résiduel après correction 15). Une étude sur le moment approprié d’arrêt de l’occlusion lors des bilans préscolaires montre que la prédictibilité de l’acuité visuelle à 4 ans est élevée (r=0,83, p<0,01) et que la poursuite de l’occlusion après 4 ans n’est pas toujours efficace dans certains cas 9). De plus, chez les enfants amblyopes non traités âgés de 7 à 17 ans, la correction par lunettes seule a amélioré l’acuité visuelle de 25 % après 24 semaines, et l’occlusion supplémentaire a amélioré 53 % (7-12 ans), démontrant qu’un traitement est possible même après la période sensible 12).

  1. American Academy of Ophthalmology. Amblyopia Preferred Practice Pattern 2022 Update. Ophthalmology. 2023;130(3):P136-P178.

  2. Meier K, Tarczy-Hornoch K. Recent treatment advances in amblyopia. Annu Rev Vis Sci. 2022.

  3. Carricondo PC, Andrade T, Prasov L, Ayres BM, Moroi SE. Nanophthalmos: A Review of the Clinical Spectrum and Genetics. J Ophthalmol. 2018;2018:2735465. doi:10.1155/2018/2735465

  4. 日本眼科学会屈折矯正委員会. 屈折矯正手術のガイドライン(第8版). 日眼会誌. 2024;128(2):135-139.

  5. Pediatric Eye Disease Investigator Group. A randomized trial of prescribed patching regimens for treatment of severe amblyopia in children. Ophthalmology. 2003;110:2075-2087.

  6. Pediatric Eye Disease Investigator Group. A randomized trial of atropine vs. patching for treatment of moderate amblyopia in children. Arch Ophthalmol. 2002;120:268-278.

  7. Pediatric Eye Disease Investigator Group. Treatment of anisometropic amblyopia in children with refractive correction. Ophthalmology. 2006;113:895-903.

  8. Kanclerz P, Przewłócka K, Arnold RW. Agreement in non-cycloplegic and cycloplegic refraction between a photoscreener and a calibrated autorefractor. BMC Ophthalmol. 2024;24(1):130. doi:10.1186/s12886-024-03375-z. PMID:38528448; PMCID:PMC10962162.

  9. Drews-Botsch CD, Cotsonis G, Celano M, et al. Is patching after age 4 beneficial for children born with a unilateral congenital cataract? Ophthalmology. 2025;132:389-396. doi:10.1016/j.ophtha.2024.09.032

  10. Halicka J, Bittsansky M, Sivak S, et al. Virtual reality visual training in an adult patient with anisometropic amblyopia: visual and functional magnetic resonance outcomes. Vision. 2021;5(2):22.

  11. Mukit FA, Cape HT, Huq SS, et al. An isolated case of unilateral macro-ophthalmia with resultant anisometropic amblyopia in neurofibromatosis 1. Cureus. 2023;15(9):e44679.

  12. Pediatric Eye Disease Investigator Group. Randomized trial of treatment of amblyopia in children aged 7 to 17 years. Arch Ophthalmol. 2005;123:437-447.

  13. Wang Y, Xie L, Yao K, et al. Evidence-based guidelines for keratorefractive lenticule extraction surgery. Ophthalmology. 2025. doi:10.1016/j.ophtha.2025.

  14. Mallareddy V, Daigavane S. Innovations and outcomes in astigmatism correction during cataract surgery: a comprehensive review. Cureus. 2024;16(8):e67828. doi:10.7759/cureus.67828

  15. American Academy of Ophthalmology. Adult Strabismus Preferred Practice Pattern. Ophthalmology. 2023.

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