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Correction réfractive

Aniséiconie

L’aniséiconie est une condition dans laquelle la taille ou la forme des images perçues par chaque œil diffère lorsqu’on regarde un objet avec les deux yeux.

L’image perçue dans l’espace visuel est déterminée par des facteurs réfractifs complexes tels que la puissance de chaque surface de la cornée et du cristallin, la profondeur de la chambre antérieure, la position du point nodal, et la longueur axiale de chaque œil. L’image rétinienne formée sur la rétine en est le composant principal. Cette image, influencée par des facteurs anatomiques comme le nombre de photorécepteurs dans la zone rétinienne projetée, ainsi que par la convergence et d’autres mécanismes nerveux complexes, est perçue dans le cortex visuel et comprise comme une image projetée dans l’espace visuel (image oculaire).

On dit traditionnellement qu’une aniséiconie supérieure à 5 % provoque des troubles de la fusion binoculaire, entraînant une fatigue oculaire, et que si elle devient plus forte, la vision stéréoscopique est perturbée 5). Lorsque la fonction de vision binoculaire est altérée, cela peut provoquer une fatigue oculaire et des maux de tête.

L’aniséiconie survient rarement seule ; elle est souvent associée à une anisométropie (différence de réfraction entre les deux yeux). Elle est particulièrement problématique dans les situations suivantes :

  • Après une chirurgie de la cataracte unilatérale : pathologie typique provoquant une anisométropie réfractive élevée
  • Après le traitement d’une amblyopie anisométropique : l’aniséiconie se manifeste lors du port de lunettes à correction complète
  • Après une chirurgie réfractive : lorsqu’une différence de réfraction entre les deux yeux se produit
  • Après l’implantation d’un cristallin artificiel : la différence de réfraction postopératoire peut provoquer une aniséiconie
  • Membrane épirétinienne, œdème maculaire : aniséiconie locale due à une déformation rétinienne (métamorphopsie)

Les verres de lunettes étant généralement placés à 12 mm en avant du sommet cornéen, ils produisent un effet de grandissement. Si l’on tente de corriger complètement une anisométropie (différence de réfraction entre les deux yeux), la différence de taille des images perçues à travers les verres (aniséiconie) peut provoquer des symptômes tels que fatigue oculaire, maux de tête, diplopie et troubles de la perception spatiale. Cependant, chez les enfants, une forte adaptation sensorielle permet souvent une correction complète.

L’aniséiconie est exprimée en pourcentage (%). Elle est calculée en fonction de la différence de taille (surface) des images vues par les deux yeux. La différence dans le méridien vertical est appelée aniséiconie verticale, et dans le méridien horizontal, aniséiconie horizontale. Il est important d’évaluer chaque méridien séparément. L’aniséiconie isomagnétique indique une différence de grandissement uniforme dans tous les méridiens, tandis que l’aniséiconie méridionale se produit uniquement dans un méridien spécifique 8).

Le grandissement des verres de lunettes (spectacle magnification, SM) est exprimé comme le produit de deux facteurs 8) :

  • Facteur de forme (shape factor) : grandissement dû à l’épaisseur centrale, à l’indice de réfraction et au rayon de courbure de la face avant du verre
  • Facteur de puissance (power factor) : grandissement dû à la distance verre-œil et à la puissance back vertex

En ajustant ces deux facteurs, il est possible de concevoir une prescription de lunettes minimisant l’aniséiconie. Les lentilles de contact ayant un facteur de puissance proche de 1, leur impact sur le grandissement de l’image est plus faible que celui des lunettes 6).

Q Quelle est la différence entre aniséiconie et anisométropie ?
A

L’anisométropie désigne la différence de puissance réfractive (D) entre les deux yeux, tandis que l’aniséiconie désigne la différence de taille ou de forme des images perçues par chaque œil (%). L’anisométropie n’entraîne pas toujours une aniséiconie ; le degré d’aniséiconie diffère entre l’anisométropie axiale et l’anisométropie réfractive. Par exemple, dans l’anisométropie axiale due à une différence de longueur axiale, la correction par lunettes peut égaliser le grossissement de l’image selon la loi de Knapp. En revanche, dans l’anisométropie réfractive due à une différence de puissance de la cornée ou du cristallin, la correction par lunettes peut aggraver l’aniséiconie. Pour les lentilles sphériques, la tolérance à l’aniséiconie est d’environ 6 à 8 %, et il est souhaitable que la différence de puissance sphérique entre les deux yeux ne dépasse pas 1,5 D 7).

Les symptômes de l’aniséiconie apparaissent progressivement en fonction du degré d’aniséiconie (%).

Correspondance entre la sévérité et les symptômes

Section intitulée « Correspondance entre la sévérité et les symptômes »
Degré d’aniséiconiePrincipaux symptômes
5 % ou moinsAucun symptôme (dans les limites physiologiques)
Plus de 5 % à moins de 7 %Fatigue oculaire, maux de tête, diplopie, troubles de la fusion
7 % ou plusImpossibilité de vision binoculaire et de fusion, rupture de la vision stéréoscopique

L’aniséiconie peut souvent présenter des symptômes subjectifs vagues ; les patients peuvent se plaindre de « fatigue oculaire » ou de « maux de tête » plutôt que de « difficulté à voir ». Il n’est pas rare qu’elle soit découverte pour la première fois lors d’un examen approfondi d’un patient consultant pour une fatigue oculaire comme plainte principale.

Les principaux symptômes subjectifs sont les suivants.

  • Asthénopie : fatigabilité lors des travaux en vision de près et de la lecture
  • Céphalées : douleur sourde autour des yeux et dans la région temporale
  • Diplopie et sensation spatiale anormale : survient facilement dans 5 à 7 % des cas ou plus
  • Trouble de la vision stéréoscopique : en cas d’aniséiconie sévère, la perception de la profondeur est perdue
  • Nausées et vomissements : peuvent accompagner une aniséiconie sévère

Symptômes spécifiques de l’aniséiconie méridienne

Section intitulée « Symptômes spécifiques de l’aniséiconie méridienne »

Avec la correction par lentilles cylindriques, une sensation spatiale anormale due à l’aniséiconie méridienne peut survenir. On peut observer un mélange de deux types de sensations spatiales anormales : une sensation d’inclinaison du sol, une sensation d’inclinaison des objets et une sensation de déformation de l’espace. Dans l’aniséiconie méridienne horizontale, le sol semble incliné ; dans l’aniséiconie méridienne verticale, les objets ou l’espace semblent inclinés. Ces symptômes sont traités en ajustant la puissance des lentilles cylindriques ou en modifiant l’axe.

Évaluation objective des symptômes et qualité de vie du patient

Section intitulée « Évaluation objective des symptômes et qualité de vie du patient »

Aucun score de symptômes spécifique à l’aniséiconie n’a été établi, mais cliniquement, plusieurs symptômes, notamment les difficultés de lecture, la perte de la vision stéréoscopique et une sensation de mal des transports, affectent la qualité de vie du patient. Dans l’aniséiconie survenant après une chirurgie de la cataracte, la comparaison avant et après l’opération est possible, ce qui rend la charge subjective du patient plus évidente10). En particulier chez les personnes âgées, l’adaptation aux changements de prescription est lente, et le risque de fixation des symptômes est élevé. Des tentatives de quantification des symptômes à l’aide de scores de fatigue visuelle (tels que la version modifiée du Convergence Insufficiency Symptom Survey) ont été faites9), mais aucun score validé spécifique à l’aniséiconie n’est actuellement disponible.

Schéma de deux méthodes d'examen de la métamorphopsie (grille d'Amsler et M-chart)
Schéma de deux méthodes d'examen de la métamorphopsie (grille d'Amsler et M-chart)
Matoba R, Morizane Y. Epiretinal membrane: an overview and update. Jpn J Ophthalmol. 2024;68(6):603-613. Figure 2. PMCID: PMC11607056. License: CC BY.
Schéma de deux méthodes d’examen pour quantifier la métamorphopsie : (A) La grille d’Amsler est constituée de lignes formant un quadrillage de 10 cm de côté ; le patient fixe le point central et signale la présence d’ondulations ou de déformations. C’est un examen qualitatif. (B) Le M-chart est composé d’une ligne droite et de 19 lignes pointillées avec des espacements de points de 0,2° à 2,0° ; le patient indique le plus petit espacement pour lequel la ligne semble droite, et ceci est enregistré comme score de métamorphopsie (M-chart score). Il s’agit d’un examen quantitatif. Cette méthode correspond à l’aniséiconie due à une déformation rétinienne (aniséiconie rétinienne) causée par une membrane épirétinienne ou un œdème maculaire, traitée dans la section « Causes et facteurs de risque ».

Les causes de l’aniséiconie sont divisées en trois catégories : facteurs réfractifs, facteurs anatomiques et mécanismes neuronaux.

Aniséiconie due à des facteurs réfractifs

Différence de puissance réfractive de la cornée et du cristallin : survient lorsque la courbure cornéenne ou la puissance du cristallin diffère entre les deux yeux. Les exemples typiques incluent l’aphaquie unilatérale, l’implantation d’un cristallin intraoculaire phaque et la chirurgie LASIK.

Différence de grossissement due aux verres de lunettes : la combinaison de la distance au sommet des lunettes (généralement 12 mm) et de la puissance du verre entraîne une différence de grossissement. Plus la puissance est élevée, plus l’effet de grossissement est important, augmentant le risque d’aniséiconie.

Anisométropie méridienne : l’aniséiconie peut également survenir lorsque la puissance ou l’axe des verres cylindriques diffère entre les deux yeux. Cependant, si la puissance et l’axe des verres cylindriques sont identiques des deux côtés, une correction complète est souvent possible même en cas d’astigmatisme sévère.

Aniséiconie due à des facteurs axiaux

Différence de longueur axiale (anisométropie axiale) : dans un œil avec une longueur axiale plus longue, la rétine est étirée, de sorte que même si l’image rétinienne a la même taille, les photorécepteurs couvrent une zone plus large, ce qui fait que l’image perçue est plus grande. Inversement, dans un œil avec une longueur axiale plus courte, l’image est perçue comme plus petite.

Application de la loi de Knapp : dans l’anisométropie axiale, la correction par lunettes élimine presque la différence de grossissement de l’image rétinienne (loi de Knapp). Par conséquent, l’anisométropie axiale est facile à traiter avec des lunettes.

Causes cliniques (classification par type d’anisométropie)

Section intitulée « Causes cliniques (classification par type d’anisométropie) »
ClassificationCauseChoix de la méthode de correction
Anisométropie axialeDifférence de longueur axiale entre les deux yeux (congénitale, liée à l’âge, etc.)Correction par lunettes avantageuse
Anisométropie réfractiveDifférence de puissance réfractive de la cornée ou du cristallin (aphaquie, post-cataracte, etc.)Lentilles de contact ou chirurgie réfractive avantageuses
Anisométropie mixteMélange d’axial et de réfractifÉvaluation individuelle nécessaire
Rétinienne (locale)Membrane épirétinienne, œdème maculaire, choriorétinopathie séreuse centrale, etc.Traitement de la maladie sous-jacente prioritaire

Les données sur la prévalence exacte de l’aniséiconie sont limitées. Dans une population adulte avec correction optique complète, la prévalence d’une aniséiconie cliniquement significative (généralement supérieure à 3-5 %) est estimée à quelques pour cent. Des études portant sur des patients après une chirurgie de la cataracte rapportent une augmentation significative des patients ressentant une aniséiconie postopératoire 10), en particulier en cas d’anisométropie résiduelle importante après une chirurgie unilatérale. Environ 80 % des patients présentant une membrane épirétinienne développent une métamorphopsie, dont une partie substantielle s’accompagne d’une aniséiconie locale 11).

L’aniséiconie devient problématique lorsque la différence de réfraction entre l’œil opéré de la cataracte unilatérale et l’œil sain dépasse 1,5 D. Un mauvais alignement postopératoire d’un IOL torique (supérieur à 30 degrés) peut non seulement annuler l’effet correcteur mais aussi augmenter l’aniséiconie méridienne 1). Après une chirurgie réfractive (LASIK, SMILE, etc.), une aniséiconie peut également se manifester en cas de chirurgie unilatérale ou de différence de correction entre les deux yeux 8).

Le diagnostic de l’aniséiconie nécessite des tests spécifiques pour mesurer quantitativement la différence de taille d’image entre les deux yeux. Les quatre principales méthodes de mesure sont les suivantes.

Méthode d’examenPrincipe / MéthodeCaractéristiques
Test de PolaSépare les images de chaque œil à l’aide d’un filtre polarisant. Présente des figures en forme de U face à face et compare leurs tailles.Simple. Utilise des lunettes polarisantes. Une différence de 3,5 % indique une aniséiconie ; au-delà de 2 écarts, la vision binoculaire est perturbée.
Méthode au grand amblyoscopeMesure l’aniséiconie tout en permettant des tests de vision simultanée, d’amplitude de fusion et de stéréopsie.Permet une évaluation complète de la fonction binoculaire.
Haploscope à différence de phaseProjette des images en demi-lune sur un écran frontal, les parties droites se faisant face, et compare les tailles des demi-lunes gauche et droite.Mesure précise avec des images en demi-lune. Évaluation possible dans des conditions proches de la vision quotidienne.
Nouveaux tests d’aniséiconieSépare les yeux avec des lunettes rouge-vert. Utilise des figures en demi-lune n° 0 à 24 (1’ à 24’) pour mesurer quantitativement l’aniséiconie de 1 à 24 % (les demi-lunes vertes augmentent progressivement de 1 à 24 %).Large plage de mesure (1 à 24 %), haute précision quantitative. Largement utilisé en clinique.

La mesure de l’aniséiconie doit être effectuée après une correction réfractive appropriée (lunettes ou lentilles de contact). Comme le degré d’aniséiconie varie selon l’état de correction, il est utile de mesurer séparément avec des lunettes et des lentilles de contact pour déterminer le diagnostic et la stratégie thérapeutique.

En outre, en évaluant simultanément la fonction binoculaire (vision simultanée, amplitude de fusion, stéréopsie) lors du diagnostic de l’aniséiconie, on peut comprendre globalement la relation avec les symptômes5). L’haploscope à différence de phase présente l’avantage d’évaluer simultanément l’angle de strabisme, la correspondance rétinienne, la suppression, la fusion, la stéréopsie et l’aniséiconie dans des conditions proches de la vision quotidienne5).

Le New Aniseikonia Tests est réalisé en salle claire à une distance d’examen de 40 cm. Après correction de la réfraction, l’œil avec la plus forte amétropie porte un filtre rouge et l’œil avec la plus faible amétropie un filtre vert. Le numéro auquel les demi-lunes rouge et verte semblent de même taille correspond au pourcentage d’aniséiconie, mesurable par pas de 1 %.

La M-chart est utile pour quantifier l’aniséiconie locale (métamorphopsie) due à une membrane épirétinienne ou à une dégénérescence maculaire. Elle se compose de 19 lignes pointillées avec des espacements de points de 0,2° à 2,0°. Le plus petit espacement auquel le patient perçoit une ligne droite est enregistré comme score de métamorphopsie, une méthode quantitative 11). Contrairement à la grille d’Amsler qui est qualitative (présence d’ondulations ou de distorsions), la M-chart permet de numériser les scores dans les directions verticale et horizontale, et est utilisée pour le suivi pré- et postopératoire et l’évaluation de l’efficacité du traitement.

Calcul de l’aniséiconie dans la conception de la correction optique

Section intitulée « Calcul de l’aniséiconie dans la conception de la correction optique »

Le calcul prédictif de l’aniséiconie lors de la prescription de lunettes peut être effectué selon les étapes suivantes.

  1. Vérifier la puissance de correction, la distance au sommet et les paramètres de conception de la lentille (courbure avant, épaisseur centrale, indice de réfraction) pour chaque œil.
  2. Calculer le facteur de forme et le facteur de puissance pour chaque œil, puis déterminer le grossissement de chacun.
  3. Calculer la différence de grossissement entre les deux yeux en pourcentage.
  4. Si la valeur calculée dépasse 5 %, envisager de modifier la méthode de correction (passer aux lentilles de contact ou ajuster la distance au sommet).

Ce calcul devient plus complexe avec des lentilles toriques, nécessitant un calcul individuel pour chaque méridien 8).

Q Comment mesure-t-on l'aniséiconie ?
A

Il existe quatre principales méthodes de mesure de l’aniséiconie. ① Test Pola (comparaison de la taille de figures en forme de U avec des filtres polarisants), ② Grand amblyoscope (mesure de l’aniséiconie et évaluation simultanée de la vision binoculaire), ③ Haploscope à différence de phase (comparaison de la taille d’images en demi-lune, évaluation proche de la vision quotidienne), ④ New Aniseikonia Tests (quantification de 1 à 24 % par pas de 1 % avec des lunettes rouge-vert). Tous reposent sur le principe de séparation optique des images des deux yeux pour comparer leurs tailles. Le New Aniseikonia Tests a une large plage de mesure et est le plus utilisé en clinique. Les résultats variant selon l’état de correction (lunettes, lentilles de contact), il est important de mesurer dans chaque condition.

Il n’existe actuellement aucun traitement curatif de l’aniséiconie. L’objectif du traitement est de maintenir l’aniséiconie dans les limites tolérables (≤ 5 %) par le choix de la méthode de correction de la réfraction.

Une lentille iséiconique est une lentille qui corrige optiquement l’aniséiconie en agrandissant l’image de l’œil le plus petit. Les lentilles iséiconiques ont une limite de grossissement et ne sont pas commercialisées car elles sont extrêmement épaisses et peu pratiques. Par conséquent, il est important de veiller à minimiser l’aniséiconie ou à la maintenir dans des limites acceptables lors de la correction réfractive.

Choix de la méthode de correction (optimisation selon le type d’anisométropie)

Section intitulée « Choix de la méthode de correction (optimisation selon le type d’anisométropie) »

Pour minimiser l’aniséiconie, le choix de la méthode de correction en fonction du type d’anisométropie (axiale ou réfractive) est important.

Anisométropie axiale (principalement due à une différence de longueur axiale)

La correction par lunettes est avantageuse. Selon la loi de Knapp, placer la lentille correctrice au foyer antérieur de l’œil élimine presque la différence de grossissement d’image. Comme la distance au sommet des lunettes est généralement proche des conditions de la loi de Knapp, la correction par lunettes peut réduire l’aniséiconie dans l’anisométropie axiale6).

Anisométropie réfractive (principalement due à une différence de puissance cornéenne ou cristallinienne)

La correction par lentilles de contact ou chirurgie réfractive est avantageuse. Les lentilles de contact corrigent plus près de la cornée que le foyer antérieur de l’œil, réduisant ainsi la différence de grossissement par rapport aux lunettes6). En cas d’anisométropie réfractive sévère, comme après une chirurgie de la cataracte unilatérale, les lentilles de contact sont souvent le premier choix.

De plus, dans les cas où l’aniséiconie pose problème, on peut envisager de passer aux lentilles de contact ou de prescrire des lunettes en monovision (déterminer la puissance de l’œil controlatéral en fonction de l’œil avec la myopie la plus faible ou l’hypermétropie la plus forte, laissant une myopie résiduelle dans l’œil controlatéral).

Prise en charge de l’aniséiconie méridienne

Si la correction par lentille cylindrique pose un problème d’aniséiconie méridienne, les mesures suivantes sont prises :

  1. Réduire la puissance de la lentille cylindrique (la vision est sacrifiée en raison de l’augmentation de l’astigmatisme résiduel)
  2. Décaler l’axe de la lentille cylindrique à 180 ou 90 degrés (de préférence dans les 15 degrés)
  3. Régler la distance au sommet plus courte

Dans les cas ① et ②, la vision avec lunettes est sacrifiée en raison de l’augmentation de l’astigmatisme résiduel. Il faut donc ajuster au cas par cas en tenant compte du compromis entre acuité visuelle et confort de port.

Protocole de gestion de l’aniséiconie post-cataracte

Section intitulée « Protocole de gestion de l’aniséiconie post-cataracte »

La procédure à suivre en cas d’aniséiconie après une chirurgie de la cataracte unilatérale est présentée ci-dessous10)4).

ÉtapeMesure à prendre
① Évaluation de la réfraction postopératoireMesure de la réfraction à 3-4 semaines. Si l’anisométropie résiduelle est ≤1,5 D, essayer une correction par lunettes.
② Essai de correction par lunettesLa composante axiale de l’anisométropie peut être compensée par des lunettes. Si l’aniséiconie est ≤5 %, poursuivre le port de lunettes.
③ Passage aux lentilles de contactSi la composante réfractive de l’anisométropie est importante, les lentilles de contact sont avantageuses. Elles réduisent l’aniséiconie par rapport aux lunettes.
④ Chirurgie de la cataracte de l’œil controlatéralSi l’œil controlatéral présente également une cataracte, envisager une chirurgie pour éliminer la différence de réfraction.
⑤ Ajustement de la puissance ou échange de l’IOLEn cas d’aniséiconie postopératoire sévère et non corrigeable, envisager une chirurgie de modification de la puissance de l’IOL.

Pour prévenir l’aniséiconie après une chirurgie de la cataracte, il est important d’évaluer la réfraction binoculaire préopératoire et de définir la réfraction cible. Le PPP pour la cataracte chez l’adulte recommande de fixer la réfraction résiduelle cible pour une chirurgie unilatérale en fonction de la réfraction de l’œil sain4).

Type d’anisométropieMéthode de correction recommandéeRemarques
Anisométropie axileCorrection par lunettesLa différence de grossissement est éliminée selon la loi de Knapp
Anisométropie réfractive (légère)Correction par lentilles de contact ou lunettesL’ajustement de la distance au sommet est également efficace
Anisométropie réfractive (élevée : après chirurgie de la cataracte, etc.)Les lentilles de contact sont le premier choixAvec les lunettes, l’aniséiconie augmente
Aniséiconie rétinienneTraitement de la maladie sous-jacente (par exemple, membrane épirétinienne)Souvent, elle ne disparaît pas complètement
Q L'aniséiconie est-elle traitable ?
A

À l’heure actuelle, il n’existe pas de traitement curatif pour l’aniséiconie elle-même. Les lentilles iséiconiques, un moyen de correction optique, sont théoriquement efficaces mais ne sont pas encore commercialisées. L’objectif du traitement est de maintenir l’aniséiconie dans des limites acceptables (≤5 %) grâce à un choix optimal de la méthode de correction réfractive. Dans l’anisométropie axiale, la correction par lunettes, et dans l’anisométropie réfractive, les lentilles de contact ou la chirurgie réfractive permettent souvent de réduire ou de faire disparaître les symptômes. L’aniséiconie locale due à une membrane épirétinienne ou à une maladie maculaire peut ne pas disparaître complètement après le traitement de la maladie sous-jacente.

Mécanismes de la différence d’image rétinienne entre les deux yeux

Section intitulée « Mécanismes de la différence d’image rétinienne entre les deux yeux »

La cause fondamentale de l’aniséiconie est la différence de taille et de forme des images rétiniennes entre les deux yeux. Les facteurs à l’origine de cette différence peuvent être classés comme suit.

Facteurs réfractifs

La courbure cornéenne, la puissance réfractive de chaque surface du cristallin, la profondeur de la chambre antérieure et la position du point nodal, lorsqu’elles diffèrent entre les deux yeux, affectent directement le grossissement de l’image formée sur la rétine. L’œil ayant la puissance réfractive la plus forte a tendance à produire une image rétinienne plus petite (rétrécissement). Avec la correction par lunettes, la position relative de la lentille par rapport à l’œil (distance au sommet) modifie le grossissement de l’image, de sorte que la correction par lunettes elle-même peut augmenter ou diminuer l’aniséiconie.

Facteurs axiaux (loi de Knapp)

Dans un œil avec un axe long, la rétine est étirée ; pour une même taille d’image rétinienne, les photorécepteurs couvrent une zone plus large, de sorte que l’image perçue est plus grande. Inversement, dans un œil avec un axe court, l’image est perçue comme plus petite.

La loi de Knapp est une loi optique selon laquelle l’effet de grossissement d’une lentille correctrice est nul lorsque la lentille est placée au foyer antérieur de l’œil. La position des lunettes satisfait approximativement cette condition, de sorte que la correction par lunettes n’affecte pas la différence de grossissement de l’image rétinienne due à l’anisométropie axiale, et l’aniséiconie due à l’anisométropie axiale est presque éliminée lors du port de lunettes.

Facteurs anatomiques

La densité des photorécepteurs rétiniens n’est pas uniforme. Si le nombre de photorécepteurs recrutés pour une même surface d’image rétinienne diffère entre les deux yeux, la taille perçue de l’image au niveau du cortex visuel peut différer. La déformation rétinienne due à une membrane épirétinienne ou à un œdème maculaire entraîne des changements locaux de densité des photorécepteurs, provoquant une aniséiconie locale (métamorphopsie).

Mécanismes neuronaux

La fusion binoculaire nécessite une intégration complexe de l’information au niveau du cortex visuel. Lorsque les images des deux yeux diffèrent considérablement, le processus de fusion central échoue, entraînant une fatigue oculaire, une diplopie et des troubles de la vision stéréoscopique. Les troubles de la fusion commencent au-delà de 5 % et la fusion devient impossible au-delà de 7 %.

Raison pour laquelle le port de lunettes aggrave l’aniséiconie dans l’anisométropie réfractive

Section intitulée « Raison pour laquelle le port de lunettes aggrave l’aniséiconie dans l’anisométropie réfractive »

Les lentilles de contact corrigent la vision à une position plus proche de la cornée que le foyer antérieur de l’œil. Dans ce cas, comme elles s’écartent des conditions de la loi de Knapp, elles affectent le grossissement de l’image même en cas d’anisométropie réfractive, et peuvent souvent réduire l’aniséiconie par rapport aux lunettes. C’est la base optique pour laquelle les lentilles de contact sont considérées comme avantageuses dans l’anisométropie réfractive.

En revanche, l’utilisation de lentilles de contact dans l’anisométropie axiale fait que les conditions de la loi de Knapp ne sont plus remplies, ce qui peut augmenter l’aniséiconie par rapport au port de lunettes. Par conséquent, distinguer précisément entre anisométropie axiale et réfractive est directement lié au choix de la méthode de correction optimale.

Chez les enfants, pendant la période de sensibilité du développement de la vision binoculaire, une adaptation sensorielle à l’aniséiconie se produit facilement, et même en cas d’anisométropie élevée, une correction complète est souvent acceptée. En revanche, chez les adultes, la capacité d’adaptation sensorielle est réduite, et les symptômes ont tendance à se manifester facilement lorsque l’aniséiconie survient brusquement (par exemple après une chirurgie de la cataracte).

Pour maintenir la fusion binoculaire, les images rétiniennes des deux yeux doivent conserver une certaine similitude en termes de taille, de forme et de contraste. Lorsque l’aniséiconie augmente, la réponse binoculaire des neurones binoculaires dans le cortex visuel diminue, la suppression interoculaire devient prédominante et la fusion se rompt.

Bien que le seuil de 5 % ait été historiquement proposé, il existe en réalité de grandes variations individuelles, allant de patients se plaignant de fatigue oculaire même avec 2 à 3 % à ceux ne présentant aucun symptôme même avec 8 % 8). La capacité de maintien de la fusion dépend également de la réserve d’accommodation, de l’amplitude de convergence et de la capacité de vision stéréoscopique, et lorsque ces fonctions sont réduites (fatigue, presbytie, etc.), la tolérance à l’aniséiconie a tendance à diminuer.

Dans le domaine de l’aniséiconie, les recherches et développements suivants sont en cours.

Méthode de mesure informatisée de l’aniséiconie

Section intitulée « Méthode de mesure informatisée de l’aniséiconie »

Les instruments de test conventionnels (tels que les New Aniseikonia Tests) utilisent des cibles analogiques, mais le développement de systèmes de mesure quantitatifs utilisant des ordinateurs ou des écrans numériques progresse. Il a été rapporté que les méthodes quantitatives d’aniséiconie utilisant des tablettes montrent une bonne corrélation avec les méthodes conventionnelles, et leur utilisation pratique en tant qu’outil de test simple en consultation externe est attendue.

Dans la chirurgie réfractive comme le LASIK et l’ICL, l’aniséiconie peut devenir un problème postopératoire chez les patients présentant une forte anisométropie préopératoire. L’importance d’évaluer l’aniséiconie avant l’opération et de planifier la chirurgie pour minimiser la différence de réfraction entre les deux yeux est reconnue 1). En particulier pour la chirurgie unilatérale, un consentement éclairé basé sur la prédiction de l’aniséiconie postopératoire est important. Les résultats à 5 ans de l’incision arquée au laser femtoseconde (FLACS-AK) montrent que l’astigmatisme préopératoire se stabilise à 0,55 D après l’opération 3).

Algorithme d’optimisation de la puissance de l’IOL après la chirurgie de la cataracte

Section intitulée « Algorithme d’optimisation de la puissance de l’IOL après la chirurgie de la cataracte »

Chez les patients atteints de cataracte avec une forte anisométropie, la recherche sur les algorithmes d’optimisation de la puissance de l’IOL qui lient l’état réfractif de l’œil sain à la réfraction cible postopératoire progresse. Il est suggéré que la fixation d’un objectif de réfraction postopératoire tenant compte de l’aniséiconie contribue à l’amélioration de la fonction visuelle et de la qualité de vie.

Des tentatives de correction en temps réel de la taille des images binoculaires à l’aide de la réalité augmentée (RA) et de techniques de correction d’image électronique sont également en phase de recherche. La possibilité qu’elles puissent remplacer les lentilles iséiconiques à l’avenir est discutée, mais elles n’ont pas encore atteint l’application clinique.

Intervention chirurgicale pour l’aniséiconie rétinienne

Section intitulée « Intervention chirurgicale pour l’aniséiconie rétinienne »

Pour l’aniséiconie rétinienne due à une membrane épirétinienne, un trou maculaire ou un œdème maculaire, un décollement de membrane par vitrectomie ou un traitement est effectué. Bien que le décollement de membrane puisse améliorer la métamorphopsie et l’aniséiconie dans certains cas, l’amélioration peut être incomplète ou de nouveaux symptômes peuvent apparaître après la chirurgie, il est donc important d’expliquer cela aux patients 2).


  1. Mallareddy V, Daigavane S. Innovations and outcomes in astigmatism correction during cataract surgery: a comprehensive review. Cureus. 2024;16(8):e67828. doi:10.7759/cureus.67828

  2. Matoba R, Morizane Y. Epiretinal membrane: an overview and update. Jpn J Ophthalmol. 2024;68(6):603-613. doi:10.1007/s10384-024-01091-x

  3. Pham TMK, Nguyen XH, Pham TTT, Hoang TT. Five years follow-up outcomes of femtosecond laser-assisted cataract surgery on patients with preexisting corneal astigmatism. Int Med Case Rep J. 2025;18:373-379.

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