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Glaucome

Glaucome associé à l'aniridie

L’aniridie congénitale est une maladie rare caractérisée par une absence complète ou partielle de l’iris. Sa prévalence est de 1 pour 64 000 à 96 000 personnes, et elle a été classée comme maladie rare désignée au Japon en 20171).

La cause est une mutation perte de fonction du gène PAX6 sur le chromosome 11p13. PAX6 est un gène maître du développement oculaire, et la perte de fonction d’un allèle (haploinsuffisance) entraîne la maladie. Les anomalies des deux allèles sont létales in utero1). La transmission est autosomique dominante dans les deux tiers des cas, et sporadique dans le tiers restant. 60 à 90 % des cas sont bilatéraux, avec une légère prédominance masculine.

Le glaucome est une complication acquise de l’aniridie, survenant chez 50 à 75 % des patients en raison d’une dysgénésie de l’angle1). Il est rare dans la petite enfance et se développe progressivement après l’adolescence. Le glaucome associé à l’aniridie est classé comme un glaucome secondaire de l’enfant. Sa prise en charge s’inspire du traitement du glaucome congénital primitif (GCP), mais nécessite des considérations spécifiques en raison de l’anomalie de l’angle propre à l’aniridie.

L’aniridie est une maladie pan-oculaire associant, outre le glaucome, de multiples complications oculaires et systémiques, avec une forte prévalence d’hypoplasie maculaire, de déficience en cellules souches du limbe cornéen (AAK), de cataracte et de nystagmus. Dans les cas sporadiques, une délétion du gène WT1 adjacent au gène PAX6 peut entraîner un syndrome WAGR, nécessitant une attention particulière à la survenue d’une tumeur de Wilms (néphroblastome).

Q Le glaucome survient-il toujours après un diagnostic d'aniridie ?
A

Le glaucome complique 50 à 75 % des cas, mais ne se développe pas chez tous les patients. L’apparition dans la petite enfance est rare ; l’élévation progressive de la pression intraoculaire se manifeste souvent après l’adolescence, d’où l’importance d’une surveillance régulière de la pression intraoculaire tout au long de la vie.

La plainte principale dans l’aniridie est souvent un nystagmus horizontal apparaissant tôt après la naissance en raison de l’hypoplasie maculaire associée. L’absence d’iris empêche de réguler la quantité de lumière entrant dans l’œil, entraînant une photophobie sévère (sensibilité à la lumière). Un défaut de fixation est également observé, et le diagnostic est souvent posé relativement tôt dans la vie.

Les symptômes liés au glaucome sont les suivants :

  • Symptômes dus à l’élévation de la pression intraoculaire : souvent asymptomatiques et progressifs. Comme il s’agit le plus souvent d’un glaucome à angle ouvert, la douleur subjective est rare.
  • Déficit du champ visuel et baisse de l’acuité visuelle : dans les cas avancés, un rétrécissement du champ visuel ou une baisse de l’acuité visuelle peuvent être découverts à l’âge adulte.
  • Pronostic visuel : généralement mauvais, avec une acuité visuelle souvent autour de 0,1. L’hypoplasie maculaire est le principal facteur de baisse de l’acuité visuelle.

Signes cliniques (observés par le médecin lors de l’examen)

Section intitulée « Signes cliniques (observés par le médecin lors de l’examen) »

L’examen à la lampe à fente révèle divers degrés d’anomalies de l’iris, allant d’une atrophie partielle à une absence complète d’iris1). Dans les cas de déficit sévère, l’équateur du cristallin et les zonules de Zinn peuvent être observés.

Signes liés au glaucome :

  • Élévation de la pression intraoculaire : pression intraoculaire supérieure à 21 mmHg. L’épaisseur cornéenne peut être anormale (tendance à l’épaississement), rendant difficile l’estimation de la pression intraoculaire réelle.
  • Examen de la papille optique : augmentation du rapport cup/disc (C/D), amincissement du neuro-épithélium. Chez le nourrisson, un rapport C/D supérieur à 0,3 fait suspecter un glaucome.
  • Angle iridocornéen : anomalie de la racine de l’iris. Le stroma irien s’étend vers l’avant sur le trabéculum et recouvre l’angle au fur et à mesure de la progression.
  • Cornée : lignes de Haab (ruptures de l’endothélium cornéen), œdème cornéen dû à l’hypertension oculaire. Chez le nouveau-né, un diamètre cornéen ≥ 11 mm est anormal.

Principales complications oculaires :

Hypoplasie maculaire

Fréquence : présente dans presque tous les cas.

Impact sur le pronostic visuel : principal facteur de baisse de l’acuité visuelle. Se manifeste par une absence de dépression fovéolaire et des anomalies du trajet vasculaire maculaire.

Kératopathie (AAK)

Fréquence : apparaît progressivement.

Caractéristiques : invasion de la cornée par du tissu conjonctival due à l’épuisement des cellules souches limbiques. Entraîne la formation de pannus et une opacification cornéenne.

Cataracte

Fréquence : présente dans environ 80 % des cas1).

Caractéristiques : survient chez 50 à 85 % des patients avant l’âge de 20 ans. La chirurgie est difficile en raison de la fragilité des zonules de Zinn.

Nystagmus

Fréquence : observé dans tous les cas.

Caractéristiques : principalement un nystagmus horizontal. Souvent la première plainte en début de vie. Affecte le développement visuel.

Association avec le pronostic à long terme du glaucome :

Dans une étude de cohorte portant sur 306 cas, il a été rapporté qu’aucun patient atteint de glaucome n’avait une acuité visuelle supérieure à 20/60 (0,33)15). De plus, dans une étude portant sur 30 patients, 10 (30 %) présentaient un glaucome associé, qui était la principale cause de baisse de la vision. Parmi eux, 2 patients (6 %) sont devenus aveugles16). Les lésions du champ visuel et du nerf optique dues au glaucome sont irréversibles ; un dépistage précoce et une gestion appropriée de la pression intraoculaire sont directement liés au maintien de la fonction visuelle.

Les manifestations extra-oculaires du syndrome WAGR (délétion 11p13) comprennent la tumeur de Wilms, des anomalies urogénitales et un retard de développement mental. PAX6 est également exprimé dans le système nerveux central, les îlots de Langerhans du pancréas et l’épithélium olfactif ; des associations avec une agénésie du corps calleux, l’épilepsie, des troubles cognitifs supérieurs, l’anosmie et une intolérance au glucose ont été rapportées1).

PAX6 est exprimé dès le stade précoce de l’œil et est un gène maître contrôlant la formation de l’œil en régulant divers facteurs de transcription. Les anomalies de PAX6 entraînent des malformations congénitales de l’ensemble de l’œil (aniridie, anomalie de Peters, hypoplasie maculaire, dysplasie du nerf optique, etc.).

Les types de mutations génétiques et les maladies associées sont présentés ci-dessous.

GèneChromosomeMaladies associées
PAX611p13Aniridie, hypoplasie maculaire, anomalie de Peters
WT111p13 (adjacent à PAX6)Tumeur de Wilms
PITX24q25Syndrome d’Axenfeld-Rieger de type 1
FOXC16p25Syndrome d’Axenfeld-Rieger de type 3

Les mutations de PAX6 sont souvent de type PTC (codon prématurément tronqué) comme les non-sens et les décalages du cadre de lecture, et des mutations faux-sens ont également été rapportées1). Le séquençage détecte une mutation chez près de 85 % des cas d’aniridie isolée2).

Dans une étude de registre à grande échelle, un diagnostic génétique a été obtenu dans 56,5 % des cas de glaucome associé à des anomalies oculaires non acquises, et PAX6 s’est avéré être l’un des principaux gènes responsables10).

PAX6 et WT1 (gène responsable de la tumeur de Wilms) sont proches l’un de l’autre sur 11p13, et une délétion chromosomique entraînant la perte des deux gènes associe l’aniridie à la tumeur de Wilms (syndrome WAGR : tumeur de Wilms, aniridie, anomalies génito-urinaires, retard mental).

  • Environ un tiers des cas d’aniridie sont inclus dans le syndrome WAGR2)
  • Environ 30 % des cas sporadiques développent une tumeur de Wilms avant l’âge de 5 ans
  • 1,4 % des patients atteints de tumeur de Wilms présentent une aniridie congénitale
  • Degré de dysgénésie de l’angle : plus l’extension antérieure du stroma irien sur le trabéculum est importante, plus le risque est élevé
  • Âge : survient progressivement après l’adolescence avec la croissance. Une surveillance de la pression intraoculaire dès l’enfance est essentielle.
  • Antécédents de chirurgie de la cataracte : risque d’augmentation de la pression intraoculaire ou d’aggravation du glaucome après l’opération2).
Q Quels examens doivent être effectués en cas de suspicion de syndrome WAGR ?
A

Pour détecter une délétion de la région 11p13 incluant PAX6 et le gène WT1 adjacent, une analyse chromosomique sur puce à ADN (CMA) ou un test FISH est recommandé. Si une délétion du gène WT1 est confirmée, le risque de tumeur de Wilms est élevé, nécessitant une échographie abdominale régulière jusqu’à l’âge de 6 ans. Il est souhaitable de réaliser ces tests dans le cadre d’un conseil génétique2).

Le diagnostic clinique est facile par l’observation d’une absence d’iris à l’examen à la lampe à fente. Les critères diagnostiques établis par le groupe de recherche du ministère de la Santé, du Travail et des Affaires sociales sont classés dans les catégories suivantes1).

  • Certain : A (trouble visuel binoculaire ou photophobie) + B1 (dysgénésie irienne) + E (mutation du gène PAX6 ou délétion 11p13) + C (exclusion des diagnostics différentiels)
  • Probable : (1) A + B1 + F (antécédents familiaux), (2) A + B1 + B2 (hypoplasie maculaire), (3) A + B1 + B3 (kératopathie), avec exclusion de C
  • Possible : A + B1 sans pouvoir exclure complètement C

Classification de sévérité basée sur l’acuité visuelle corrigée et la restriction du champ visuel1).

SévéritéCritères
Grade IAtteinte unilatérale, œil controlatéral sain
Grade IIAtteinte bilatérale, meilleure acuité visuelle corrigée ≥ 0,3
Grade IIIAtteinte bilatérale, meilleure acuité visuelle corrigée ≥ 0,1 et < 0,3
Grade IVAtteinte bilatérale, meilleure acuité visuelle corrigée < 0,1

Les grades I à III avec rétrécissement du champ visuel dû à un glaucome secondaire passent au grade de sévérité supérieur1). Les grades III et plus sont éligibles à l’aide médicale pour les maladies rares désignées.

Les critères diagnostiques du glaucome pédiatrique sont les suivants : le diagnostic est posé si au moins 2 des critères suivants sont remplis.

  • Pression intraoculaire > 21 mmHg (y compris sous anesthésie générale)
  • Augmentation du rapport C/D progressive, asymétrie ≥ 0,2, amincissement du rebord
  • Signes cornéens : stries de Haab, diamètre cornéen ≥ 11 mm chez le nouveau-né, ≥ 12 mm avant 1 an
  • Progression de la myopie due à l’allongement de la longueur axiale
  • Reproductibilité du déficit visuel glaucomateux

Dans l’aniridie, l’épaisseur cornéenne peut être anormale (tendance à l’épaississement, amincissement en cas d’aphaquie), ce qui nécessite une interprétation prudente des valeurs de pression intraoculaire. Il n’y a pas d’interchangeabilité entre les différents tonomètres.

  • Gonioscopie et microscopie ultrasonique biomicroscopique (UBM) : évaluation de l’étendue du tissu irien résiduel et des anomalies de l’angle. Utile également pour confirmer la déviation antérieure du corps ciliaire6)
  • OCT (tomographie par cohérence optique) : évalue l’amincissement de la couche de fibres nerveuses rétiniennes glaucomateux. L’OCT maculaire permet également de déterminer le degré d’hypoplasie maculaire
  • Examen du champ visuel : difficile avant 5 ans, on utilise alors un examen dynamique du champ visuel. Réaliser régulièrement à partir de l’âge où une évaluation précise du champ visuel est possible
  • Mesure de la réfraction et de la longueur axiale : la progression de la myopie ou l’allongement de la longueur axiale sont des signes évocateurs de progression du glaucome
  • Échographie abdominale : dépistage de la tumeur de Wilms. Dans les cas sporadiques, réaliser régulièrement jusqu’à l’âge de 6 ans
  • Tests génétiques : détection des mutations par séquençage de PAX6, MLPA, CMA. Important pour confirmer le syndrome WAGR2)

Les maladies pouvant être confondues avec l’aniridie sont présentées ci-dessous1). Il s’agit de groupes de maladies à exclure comme critère C (diagnostic différentiel) du diagnostic.

  • Colobome irien : déficit irien dû à une fermeture incomplète de la fissure optique, typiquement localisé en bas. Peut être associé à un colobome choroïdien. Il se distingue de l’aniridie par le fait que l’iris est déficient de manière diffuse dans l’aniridie
  • Anomalie d’Axenfeld-Rieger : caractérisée par une adhésion irienne à l’anneau embryonnaire postérieur (déplacement antérieur et épaississement de la ligne de Schwalbe), avec déviation pupillaire. Causée par des mutations PITX2/FOXC1, et non PAX6
  • Déficit irien traumatique ou postopératoire : peut être différencié par les antécédents de traumatisme ou de chirurgie
  • Atrophie irienne due à une infection antérieure par un virus de la famille des Herpesviridae : souvent unilatérale, vérifier les antécédents d’infection et l’hypoesthésie cornéenne. L’atrophie irienne due au zona ou à l’herpès simplex est souvent segmentaire
  • Syndrome irido-cornéo-endothélial (ICE) : atrophie irienne unilatérale fréquente chez les femmes adultes. Présente une déformation et une adhérence de l’iris associées à une anomalie progressive de l’endothélium cornéen.

En cas d’hypertension oculaire ou de glaucome dans l’aniridie, une gestion précoce de la pression intraoculaire est nécessaire pour préserver la fonction visuelle 2). Le traitement est envisagé par étapes dans l’ordre suivant.

① Traitement médicamenteux

Première étape : abaissement de la pression intraoculaire par collyres ou médicaments oraux.

Médicaments utilisés : bêta-bloquants, inhibiteurs de l’anhydrase carbonique (IAC), analogues des prostaglandines.

② Chirurgie de reconstruction de la voie d'écoulement

Deuxième étape : en cas d’efficacité insuffisante du traitement médicamenteux.

Techniques : goniotomie, trabéculotomie. L’indication dépend du degré de dysgénésie de l’angle.

③ Chirurgie filtrante / tube

Troisième étape : lorsque la reconstruction de la voie d’écoulement est difficile ou inefficace.

Techniques : trabéculectomie, chirurgie avec tube long (Ahmed/Baerveldt).

④ Cyclocoagulation

Dernier recours : lorsque tous les autres traitements sont inefficaces.

Attention : risque élevé de phtyse bulbaire (perte de fonction oculaire) ; une hypoplasie du corps ciliaire a été rapportée dans l’aniridie.

Le contrôle de la pression intraoculaire par collyres ou médicaments oraux est le traitement de première intention. Une étude observationnelle à long terme portant sur 60 cas a rapporté que 31 cas ont développé un glaucome, et que chez 12 d’entre eux, la pression intraoculaire a pu être contrôlée uniquement par un traitement médicamenteux3).

Les principaux médicaments utilisés sont les suivants :

  • Bêta-bloquants (timolol, etc.) : chez l’enfant, attention à la bradycardie et au bronchospasme. Commencer à faible concentration.
  • Inhibiteurs de l’anhydrase carbonique (IAC) : collyres locaux (dorzolamide, brinzolamide) ou administration systémique (acétazolamide oral).
  • Analogues des prostaglandines (latanoprost, etc.) : efficaces, mais leur effet chez l’enfant pourrait être plus faible que chez l’adulte.
  • Agonistes des récepteurs alpha2-adrénergiques (brimonidine) : contre-indiqué chez les enfants de moins de 2 ans. Risque de symptômes neuropsychiatriques graves, y compris le coma2)7).

En cas de kératopathie par insuffisance de cellules souches limbiques (AAK) ou de risque d’aggravation de l’AAK, envisager l’utilisation de préparations sans conservateur (preservative-free)7).

Chirurgie reconstructrice de la voie d’écoulement (goniotomie et trabéculotomie)

Section intitulée « Chirurgie reconstructrice de la voie d’écoulement (goniotomie et trabéculotomie) »

Des rapports indiquent que la goniotomie est efficace pour contrôler l’hypertension oculaire et le glaucome4), et la chirurgie reconstructrice de la voie d’écoulement est envisagée comme première intervention2). La trabéculotomie est également rapportée comme efficace en première intention5). Cependant, les points d’attention suivants existent :

  • Chez les patients où le tissu irien résiduel recouvre le trabéculum, la trabéculotomie peut être inefficace.
  • En raison de l’absence de tissu irien, il existe un risque de lésion des zonules de Zinn lors de la trabéculotomie, ce qui peut affecter le développement du cristallin.
  • Le degré d’anomalie de l’angle dans l’aniridie varie considérablement d’un individu à l’autre ; l’indication est posée sur la base d’une évaluation détaillée de l’angle par gonioscopie et UBM6).

Cette option est choisie lorsque la reconstruction de la voie d’écoulement est difficile ou inefficace. Des rapports indiquent un contrôle de la pression intraoculaire11), mais les problèmes suivants subsistent.

  • Chez les enfants, les résultats sont généralement médiocres, et une fistule bulbaire postopératoire a été rapportée dans environ un quart des cas8)
  • Des cas de glaucome malin postopératoire ont été rapportés
  • L’utilisation d’antimétabolites (tels que la mitomycine C) doit être évaluée avec prudence en raison du risque d’aggravation de l’AAK

Chirurgie par tube long (chirurgie d’implant de glaucome)

Section intitulée « Chirurgie par tube long (chirurgie d’implant de glaucome) »

Les implants de glaucome Baerveldt et Ahmed sont disponibles. Cette option est choisie lorsque la trabéculectomie est inefficace ou lorsque les résultats de la chirurgie filtrante sont jugés médiocres en raison de la pathologie de l’angle2).

Une méta-analyse des implants Ahmed et Baerveldt dans le glaucome pédiatrique (32 études, 1221 yeux) a montré une réduction de la pression intraoculaire moyenne préopératoire de 31,8 mmHg à 16,5 mmHg (IC à 95 % : 15,5–17,6) à 12 mois. Le taux de succès était de 87 % (IC à 95 % : 0,83–0,91) à 12 mois et de 77 % (IC à 95 % : 0,71–0,83) à 24 mois, mais diminuait à long terme, atteignant 37 % (IC à 95 % : 0,32–0,42) à 120 mois9).

Arroyave et al. (2003) ont résumé l’utilisation des dispositifs de drainage du glaucome (GDD) dans le glaucome associé à l’aniridie, rapportant un certain effet de réduction de la pression intraoculaire14). Une revue récente indique également que les dispositifs de drainage du glaucome constituent une option majeure lorsque la reconstruction de la voie d’écoulement ou la chirurgie filtrante est insuffisante13). Au Japon, des cas d’efficacité de l’implant Baerveldt ont été rapportés12). Dans les yeux aniridiques, en raison de l’absence d’iris, il est recommandé d’insérer l’extrémité du tube de manière tangentielle plutôt qu’en direction du centre cornéen7). Dans les yeux phaques, il faut veiller à éviter tout contact non seulement avec l’endothélium cornéen mais aussi avec le cristallin.

Il s’agit de la dernière option lorsque tous les traitements chirurgicaux échouent2).

  • La cyclocryocoagulation entraîne une fistule bulbaire dans de nombreux cas et une incidence élevée de cataracte, ce qui rend difficile le maintien de la fonction visuelle postopératoire selon les rapports
  • Dans l’aniridie, une hypoplasie du corps ciliaire a été confirmée par UBM6), et le risque de fistule bulbaire est plus élevé que dans les yeux sains8)
  • Cette option n’est choisie que lorsque son utilité est élevée malgré le risque de complications telles que la fistule bulbaire, qui entraînent un mauvais pronostic visuel
  • Photophobie : Les lunettes filtrantes et les lentilles de contact souples (LCS) avec iris artificiel sont des options2)
  • Soins de basse vision : reposant sur la correction optique de base, utilisation d’aides visuelles telles que loupes, lunettes pour amblyopes et appareils de lecture grossissants 2). Le soutien éducatif via des manuels agrandis et des consultations dans les écoles spécialisées pour déficients visuels est également important.
  • Chirurgie de la cataracte : survient chez 50 à 85 % des patients avant l’âge de 20 ans. Le risque de complications peropératoires est élevé en raison de la fragilité des zonules de Zinn. Une attention particulière doit être portée à l’aggravation postopératoire du glaucome et à la fibrose antérieure 2).
  • Opacité du stroma cornéen : la kératoplastie transfixiante présente un taux élevé de rejet, et le pronostic visuel à long terme est souvent mauvais en raison du glaucome et de la défaillance du greffon 2). En cas d’opacité stromale sévère, une greffe de cornée associée à une greffe de limbe ou une kératoprothèse de Boston (cornée artificielle) peut être envisagée.

Gestion à long terme de la pression intraoculaire et suivi

Section intitulée « Gestion à long terme de la pression intraoculaire et suivi »

Dans la prise en charge du glaucome associé à l’aniridie, une surveillance régulière de la pression intraoculaire tout au long de la vie est essentielle. Le suivi doit tenir compte des points suivants.

  • Enfance : chez les nourrissons, même les collyres peuvent entraîner un surdosage par rapport au poids et à la surface corporelle ; il convient d’utiliser des concentrations les plus faibles possible. Un examen de la pression intraoculaire sous anesthésie générale peut être nécessaire.
  • Âge scolaire à adolescence : période où le glaucome a tendance à se manifester de manière progressive ; dès que les examens du champ visuel sont possibles, évaluer régulièrement la présence de déficits du champ visuel glaucomateux.
  • Postopératoire : une méta-analyse après chirurgie de drainage par tube montre un taux de succès de 87 % à 12 mois, mais qui chute à 37 % à 120 mois 9) ; il faut donc garder à l’esprit la nécessité potentielle d’une chirurgie supplémentaire à long terme.
  • Collaboration multidisciplinaire : la collaboration avec la pédiatrie (dépistage de la tumeur de Wilms), la génétique (conseil génétique) et le soutien éducatif (classes pour amblyopes, écoles spécialisées pour déficients visuels) est importante. La plupart des patients peuvent fréquenter une classe ordinaire, mais nécessitent des aides telles que des manuels agrandis.
Q Si une chirurgie du glaucome devient nécessaire, quelle technique chirurgicale est choisie ?
A

On essaie d’abord un traitement médicamenteux ; si inefficace, on envisage une reconstruction de la voie d’écoulement comme la goniotomie ou la trabéculotomie. Si cela est difficile ou inefficace, on opte pour une trabéculectomie, puis pour une chirurgie avec tube long (implant Ahmed ou Baerveldt). Ce n’est qu’en cas d’échec du contrôle de la pression intraoculaire avec tous ces traitements que la cyclocryothérapie est envisagée comme dernier recours2).

Q Les collyres pour le glaucome peuvent-ils aggraver la cornée ?
A

L’aniridie peut être associée à une kératopathie par insuffisance de cellules souches limbiques (AAK). L’utilisation prolongée de collyres contenant des conservateurs (comme le chlorure de benzalkonium) peut aggraver les lésions épithéliales cornéennes, il est donc recommandé d’envisager des formulations sans conservateur7).

PAX6 code un facteur de transcription régulant l’expression génique et est un gène maître exprimé dès le stade précoce de l’œil. Il intervient dans la formation de la cupule optique, la différenciation du cristallin, le développement de l’épithélium cornéen et de la rétine. L’haploinsuffisance de PAX6 affecte non seulement l’iris mais aussi la macula, les cellules souches limbiques, le nerf optique et l’ensemble du globe oculaire.

PAX6 est également exprimé dans le système nerveux central, les îlots de Langerhans du pancréas et l’épithélium olfactif, et l’hypoplasie de ces tissus entraîne diverses complications extra-oculaires1).

Dysgénésie de l’angle et mécanisme du glaucome

Section intitulée « Dysgénésie de l’angle et mécanisme du glaucome »

Sur le plan pathologique, on observe une absence de muscle lisse à l’exception de la racine de l’iris, avec un développement incomplet de l’angle. Le mécanisme du glaucome progresse par étapes comme suit3).

  1. Dysgénésie congénitale de l’angle due à une mutation de PAX6
  2. Extension antérieure du stroma irien résiduel (tissu de la racine de l’iris) sur le trabéculum
  3. Recouvrement progressif du trabéculum, obstruant la voie d’écoulement de l’humeur aqueuse
  4. Augmentation de la pression intraoculaire → neuropathie glaucomateuse

Ces modifications progressives de l’angle ont été rapportées par Grant et Walton en 19743) et ont été confirmées récemment par UBM comme un déplacement antérieur du corps ciliaire6). Selon le degré de dysgénésie de l’angle, on peut observer à la fois des formes à angle ouvert et à angle fermé.

Physiopathologie de la kératopathie associée à l’aniridie (AAK)

Section intitulée « Physiopathologie de la kératopathie associée à l’aniridie (AAK) »

Les mutations de PAX6 affectent également les cellules souches du limbe cornéen, entraînant un dysfonctionnement des cellules souches épithéliales de la cornée.

  • Dysfonctionnement des cellules épithéliales cornéennes → anomalie de la membrane de Bowman
  • Formation d’un pannus riche en vaisseaux (invasion du tissu conjonctival dans la cornée)
  • Opacification cornéenne progressive → baisse de l’acuité visuelle

L’AAK, bien que normale dans la petite enfance, se développe et progresse souvent avec la croissance1). Il existe deux types de kératopathie : l’opacité cornéenne centrale congénitale (COO) et l’AAK, et il a été rapporté que le taux de glaucome associé est plus élevé dans les cas de COO que dans les cas d’AAK16). Les antimétabolites et les collyres contenant des conservateurs utilisés dans le traitement du glaucome risquent d’aggraver l’AAK, ce qui influence le choix de la stratégie thérapeutique. La gestion de la cornée et du glaucome étant interdépendante, une évaluation intégrée des deux est nécessaire.

En tant que constatation anatomique spécifique à l’aniridie, une hypoplasie du corps ciliaire a été rapportée à l’UBM6). Cette constatation est un facteur augmentant le risque de perforation oculaire lors de la cyclocoagulation, et suggère également que la production d’humeur aqueuse par le corps ciliaire pourrait être inférieure à la normale.


7. Recherches récentes et perspectives futures (rapports en phase de recherche)

Section intitulée « 7. Recherches récentes et perspectives futures (rapports en phase de recherche) »

Chen et Walton (1999) ont rapporté que, sur la base de l’évolution naturelle de l’angle iridocornéen dans l’aniridie, une goniotomie prophylactique avant l’apparition d’une hypertension oculaire ou d’un glaucome pourrait prévenir le développement du glaucome4). Cependant, il s’agit d’une étude descriptive sans groupe témoin, et les preuves sont limitées2).

L’efficacité d’une intervention chirurgicale préventive nécessite des études prospectives futures.

Reconstruction cornéenne par greffe de cellules souches

Section intitulée « Reconstruction cornéenne par greffe de cellules souches »

Pour le traitement de la déficience en cellules souches épithéliales cornéennes (AAK), la transplantation de limbe allogénique et la transplantation de muqueuse buccale cultivée sont envisagées. Dans certains cas, un traitement chirurgical vise la reconstruction de la surface oculaire 2). En cas d’opacité du stroma cornéen associée, une greffe de cornée combinée peut être utile.

Les études de registre à grande échelle commencent à élucider le profil génétique du glaucome infantile et précoce 10). L’analyse de corrélation entre le type de mutation PAX6 (type PTC, type faux-sens, etc.) et le risque de glaucome ainsi que la sévérité de la maladie devrait permettre le développement d’une médecine personnalisée basée sur la stratification des risques.


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