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Cataracte et segment antérieur

Colobome de l'iris

Le colobome uvéal (coloboma uveae) est une anomalie congénitale de l’œil causée par une fermeture incomplète de la fente embryonnaire. Le défaut se produit au niveau de la papille optique, de la choroïde, du corps ciliaire et de l’iris, en correspondance avec la fente embryonnaire. Celui qui se produit sur la face inférieure de la cupule optique est appelé colobome typique, tandis que ceux situés ailleurs (comme le colobome maculaire) sont appelés colobomes atypiques.

Le colobome irien typique (coloboma iridis) résulte d’une fermeture incomplète de la fente de la cupule optique. La cupule optique entoure les tissus qui deviendront le contenu du globe oculaire en les enveloppant par le haut, et se ferme finalement par le bas. Ainsi, le colobome irien typique est situé en bas (plutôt du côté inférotemporal) et peut être associé à un colobome du corps ciliaire, de la choroïde ou du nerf optique. Le colobome irien peut survenir isolément, mais il est souvent associé à d’autres colobomes uvéaux.

Il n’existe actuellement aucun traitement permettant de « guérir » le colobome irien lui-même. Les objectifs thérapeutiques sont le traitement symptomatique de la photophobie, la gestion et la prévention des complications, ainsi que l’optimisation de la fonction visuelle.

IndicateurContenu
Prévalence (par naissance)0,5 à 0,7 pour 10 000 naissances (étude d’épidémiologie génétique 1))
Fréquence d’occurrence (population du Minnesota, États-Unis)2,6 pour 10 000 naissances 9)
Proportion de cas bilatérauxEnviron 50 % 1)
Mode de transmissionVariable : sporadique, autosomique dominant (AD), autosomique récessif (AR), etc.
Syndromes associésPeut être découvert comme un symptôme de malformations multiviscérales, comme le syndrome CHARGE (mutation CHD7).
Q Le colobome irien est-il héréditaire ?
A

Les modes de transmission sont variés : il peut être sporadique ou se manifester chez plusieurs membres d’une famille selon un mode autosomique dominant (AD) ou récessif (AR). Il peut également apparaître comme un symptôme d’un syndrome de malformations multiples, comme le syndrome CHARGE (mutation CHD7, AD). Un conseil génétique est recommandé en cas d’antécédents familiaux ou de suspicion de syndrome.

Photographie du segment antérieur d'un colobome irien. On observe une encoche en forme de trou de serrure dans la partie inférieure de la pupille et une absence de l'iris.
Photographie du segment antérieur d'un colobome irien. On observe une encoche en forme de trou de serrure dans la partie inférieure de la pupille et une absence de l'iris.
Lingam G, et al. Ocular coloboma-a comprehensive review for the clinician. Eye (Lond). 2021. Figure 2. PMCID: PMC8302742. License: CC BY.
Photographie du segment antérieur montrant clairement un colobome irien avec une encoche en forme de trou de serrure dans la partie inférieure de la pupille. Il s’agit d’un signe clinique représentatif du colobome irien, adapté à la description des principaux symptômes et signes cliniques.
  • Acuité visuelle : Dans les cas de colobome irien isolé, l’acuité visuelle est souvent bonne. Si le colobome s’étend jusqu’à la macula, l’acuité visuelle devient mauvaise.
  • Photophobie (sensibilité à la lumière) : Le défaut de régulation de la quantité de lumière dû à l’absence de l’iris provoque une photophobie. Cela peut être une gêne importante dans la vie quotidienne.
  • Nystagmus : Un nystagmus peut être observé en cas d’atteinte bilatérale. Il est particulièrement marqué dans les cas de mauvaise acuité visuelle.

Le colobome est situé du côté inférotemporal, plus large au niveau du bord pupillaire et se rétrécissant vers la racine (pupille en trou de serrure). Il est souvent associé à une microphtalmie, une cataracte ou un colobome choroïdien.

Colobome irien

Localisation : Prédominance inférieure (inférotemporale).

Aspect : Déformation pupillaire en trou de serrure. Plus large au bord pupillaire et se rétrécissant vers la racine.

Symptômes principaux : Photophobie due à un trouble de la régulation de la lumière. L’acuité visuelle est souvent bonne en cas de colobome isolé.

Colobome ciliaire

Localisation : Souvent contigu à une absence d’iris.

Caractéristiques : Rarement isolé. Souvent contigu à un grand colobome choroïdien. Défaut de l’épithélium et du muscle.

Complications : Fragilisation de la zonule de Zinn. Diminution du soutien du cristallin.

Colobome choroïdien

Observation : Observé comme une lésion jaune-blanche déprimée aux bords nets dans la partie inférieure du fond d’œil.

Complications : Formation de déchirures rétiniennes sur le bord du défaut → risque élevé de décollement de rétine. Extension à la macula entraîne un mauvais pronostic visuel.

Colobome du nerf optique

Observation : Élargissement et excavation de la papille optique. Le défaut s’étend autour de la papille.

Complications : Déficit du champ visuel et atrophie optique. Impact important sur l’acuité visuelle.

Selon la classification phénotypique de Hornby et al., l’étendue du colobome au segment postérieur est un facteur majeur du pronostic visuel : plus le défaut atteint la macula, plus le pronostic est mauvais8).

Q Quel est l'impact d'une absence d'iris sur la vision ?
A

Si l’absence d’iris est isolée, l’acuité visuelle est souvent bonne. Cependant, si le colobome choroïdien s’étend à la macula, la vision diminue fortement et le pronostic est mauvais. En cas de bilatéralité, un nystagmus peut être associé et une amblyopie peut coexister. Un suivi ophtalmologique régulier de l’acuité visuelle et du fond d’œil est important.

Vers la 6e à 7e semaine de gestation, la fermeture de la fissure embryonnaire (fissure optique / fissure choroïdienne) se produit. La fermeture commence à l’équateur inférieur et progresse dans les deux directions vers le pôle postérieur et la périphérie. Ainsi, la choroïde postérieure et la partie inférieure de l’iris ont tendance à rester sous forme de colobome. Si la fermeture est incomplète, des colobomes se forment dans l’uvée inférieure (iris, corps ciliaire, choroïde) et le nerf optique.

En ce qui concerne les facteurs environnementaux, des études animales ont rapporté l’implication de substances tératogènes, mais les facteurs de risque établis chez l’homme sont limités2).

Il est clair que diverses mutations génétiques sont impliquées dans le colobome2).

GèneMode de transmissionPhénotype associé
PAX2ADSyndrome papillorénal (syndrome colobome rénal)
CHD7ADSyndrome CHARGE (décrit ci-dessous)
SOX2ADAnophtalmie / microphtalmie + colobome
VSX2ARMicrophtalmie + colobome
SHHADHoloprosencéphalie + colobome
GDF6ADMicrophtalmie/colobome
GDF3ADMicrophtalmie/colobome
Q Qu'est-ce que le syndrome CHARGE ?
A

C’est un syndrome de malformations multi-organes dû à une mutation du gène CHD7. Le nom provient de l’acronyme de ses principales manifestations : Colobome, Heart defects (malformations cardiaques), Atresia choanae (atrésie des choanes), Retardation of growth/development (retard de croissance/développement), Genital anomalies (anomalies génitales), Ear anomalies (anomalies de l’oreille). La transmission est autosomique dominante, et le colobome est souvent le signe d’appel. Une prise en charge pluridisciplinaire est nécessaire pour la gestion systémique.

  • Examen à la lampe à fente : L’observation du segment antérieur révèle un défaut irien inférieur (pupille en trou de serrure). C’est le principal signe pour le diagnostic définitif.
  • Examen du fond d’œil sous dilatation : Vérifier la présence de colobome choroïdien et de colobome du nerf optique. Évaluer l’extension à la macula.
  • Échographie oculaire en mode B : Confirmer la microphtalmie et évaluer la longueur axiale.
  • OCT (tomographie par cohérence optique) : Évaluer l’extension du défaut à la macula et l’hypoplasie maculaire.
  • Tonométrie : Réalisée comme dépistage du glaucome associé. Une mesure régulière de la pression intraoculaire est importante.
  • Examens systémiques : Échocardiographie, audiométrie et tomodensitométrie des choanes pour exclure le syndrome de CHARGE.
  • Tests génétiques : Analyse des gènes CHD7 (CHARGE), PAX2, SOX2, etc.

La distinction avec l’aniridie est cliniquement importante. Les critères diagnostiques de l’aniridie (Jpn J Ophthalmol 2020) mentionnent le colobome irien comme diagnostic différentiel4).

MaladiePoints de distinction
AniridieMutation PAX6. L’iris est presque totalement absent (>2/3). Souvent associée à une kératopathie et une hypoplasie maculaire4). Le risque de tumeur de Wilms (syndrome WAGR) est spécifique à l’aniridie et n’est généralement pas présent dans le colobome irien.
Dialyse traumatique de l’irisAntécédent de traumatisme. Rupture irienne irrégulière correspondant au site du traumatisme.
Syndrome ICEAcquis, unilatéral. Anomalie de l’endothélium cornéen (cellules atypiques au microscope spéculaire) prédominante
Persistance de la membrane pupillaireStructure membraneuse persistante dans la zone pupillaire. Le stroma irien n’est pas défectueux
Q Quand et comment la colobome irien est-elle découverte ?
A

Elle est souvent découverte à la naissance ou dans la petite enfance lors de l’examen du segment antérieur, sous forme de pupille en trou de serrure. Le diagnostic est confirmé par la lampe à fente, et un examen du fond d’œil sous dilatation permet de vérifier les complications choroidiennes ou du nerf optique. En cas de suspicion de syndrome CHARGE, un bilan général cardiaque, ORL et nasal est réalisé. Elle peut aussi être découverte fortuitement lors de visites scolaires ou de bilans de santé infantile.

Mesures contre la photophobie (première intention)

Section intitulée « Mesures contre la photophobie (première intention) »

Il n’existe pas de traitement curatif du colobome irien lui-même. Le traitement symptomatique de la photophobie, qui est le symptôme principal, constitue le point de départ du traitement.

  • Lunettes filtrantes : Mesure la plus fondamentale pour compenser le trouble de la régulation lumineuse dû au colobome irien et réduire la photophobie. Le degré de filtrage et la couleur du filtre sont choisis en fonction des symptômes.
  • Lentilles de contact colorées avec iris (lentilles prothétiques) : Permettent à la fois une amélioration esthétique et une réduction de la photophobie. Elles complètent optiquement le colobome irien.
  • Correction de la réfraction : Correction des anomalies réfractives par lunettes ou lentilles de contact ordinaires.
  • Prévention de l’amblyopie : Chez l’enfant, une correction réfractive appropriée et l’occlusion de l’œil sain sont importantes pour prévenir l’amblyopie et le strabisme.

Chirurgie de la cataracte

Particularités : La chirurgie est difficile en raison de la fragilité des zonules de Zinn, d’une mauvaise dilatation pupillaire et d’une microphtalmie.

Technique : Phacoémulsification + implantation de LIO. Envisager l’utilisation d’un anneau de tension capsulaire (CTR). Un dispositif de dilatation pupillaire (anneau de Malyugin, etc.) peut être nécessaire.

Options : Envisager l’implantation simultanée d’un iris artificiel (Customflex Artificial Iris, etc.)5). Cela peut améliorer l’esthétique et réduire la photophobie.

Traitement du glaucome

Traitement médicamenteux : Utiliser des collyres hypotenseurs tels que les analogues de prostaglandines, les bêta-bloquants et les inhibiteurs de l’anhydrase carbonique.

Chirurgie : En cas de résistance au traitement médicamenteux, envisager une trabéculotomie ou une trabéculectomie (chirurgie filtrante).

Suivi : Le glaucome provoque des lésions irréversibles du champ visuel, donc une surveillance régulière de la pression intraoculaire et des examens du champ visuel sont essentiels.

Traitement du décollement de rétine

Pathologie : Il peut être dû à des déchirures rétiniennes à l’intérieur ou en bordure du colobome choroïdien, ou à des déchirures sans rapport avec le colobome.

Traitement : La vitrectomie est la base. L’utilité d’une photocoagulation laser prophylactique au bord du colobome choroïdien a été rapportée6).

Pronostic : Les cas de décollement de rétine ont souvent un mauvais pronostic. Un diagnostic et un traitement précoces sont importants.

Surveillance régulière

Complications ciblées : Une surveillance régulière des trois complications majeures (glaucome, cataracte, décollement de rétine) est indispensable.

Gestion pédiatrique : L’évaluation régulière de l’amblyopie, du strabisme et des anomalies des mouvements oculaires est également importante.

Fréquence de surveillance : Continuer les consultations ophtalmologiques tous les 3 à 12 mois selon l’état et l’âge.

Q Peut-on traiter un colobome irien par chirurgie ?
A

Il n’existe pas de chirurgie curative pour le colobome irien lui-même. L’objectif du traitement est le traitement symptomatique de la photophobie et la gestion des complications. En cas de cataracte associée, une phacoémulsification avec implantation de lentille intraoculaire est réalisée, mais le risque est élevé en raison de la fragilité des zonules de Zinn. L’iris artificiel (Customflex Artificial Iris) est une option efficace pour l’amélioration esthétique et la réduction de la photophobie. En cas de glaucome ou de décollement de la rétine, un traitement chirurgical spécifique est effectué.

Développement oculaire embryonnaire et fermeture de la fissure optique

Section intitulée « Développement oculaire embryonnaire et fermeture de la fissure optique »

Au cours du développement oculaire embryonnaire, la fissure optique se forme après la formation de la cupule optique. Vers la 6e-7e semaine de gestation, la fermeture de la fissure optique commence au niveau de l’équateur inférieur et progresse vers les pôles postérieur et périphérique. Si cette fermeture est incomplète, des colobomes se forment dans l’uvée inférieure (iris, corps ciliaire, choroïde) et le nerf optique.

La fermeture de la fissure optique nécessite un contrôle coordonné du remodelage de la membrane basale, de la prolifération cellulaire et de l’apoptose7). Toute perturbation de ce processus complexe peut entraîner un colobome.

La fermeture de la fissure optique implique la coordination de divers signaux moléculaires tels que SHH (Sonic Hedgehog), PAX2, BMP et l’acide rétinoïque7). Dans des modèles animaux comme le poisson zèbre et la souris, des mutations de pax2, shh et vsx2 reproduisent le colobome7). Ces études permettent d’élucider progressivement le mécanisme moléculaire global de la fermeture de la fissure optique.

Caractéristiques histologiques du colobome choroïdien

Section intitulée « Caractéristiques histologiques du colobome choroïdien »

Dans le colobome choroïdien, l’examen histologique révèle une absence de l’épithélium pigmentaire et de la choriocapillaire, ainsi qu’une dysplasie de la rétine neurale indifférenciée. Les bords du colobome présentent du tissu rétinien dégénéré, ce qui constitue un risque de formation de déchirures rétiniennes. Cette caractéristique histologique est la base physiopathologique du risque élevé de décollement de la rétine.

Le pronostic visuel est souvent bon pour un colobome irien isolé, mais il se dégrade à mesure que le colobome choroïdien s’étend au pôle postérieur et à la macula. En cas de bilatéralité, un nystagmus peut être observé, avec un risque d’amblyopie associé. De plus, un décollement de la rétine survient dans un nombre considérable de cas, notamment dû à des déchirures rétiniennes dans ou le long des bords du colobome choroïdien, ou à des déchirures indépendantes du colobome. Les cas de décollement de la rétine ont souvent un pronostic défavorable.

  • Progrès du diagnostic génétique : L’analyse groupée des gènes liés au colobome par séquençage de nouvelle génération (NGS) se généralise2). En collaboration avec le conseil génétique, la précision du pronostic familial s’améliore.
  • Concept du spectre MAC : Le concept de compréhension intégrée du spectre MAC (Microphthalmie, Anophtalmie, Colobome) progresse10). Les chevauchements génétiques et phénotypiques de chaque pathologie deviennent plus clairs.
  • Diffusion de l’iris artificiel : L’iris artificiel Customflex Artificial Iris (HumanOptics) a reçu l’approbation de la FDA (2018)5) et est utilisé comme option pour l’esthétique et la réduction de la photophobie en cas de déficit irien. Une accumulation continue de données d’utilisation au Japon est attendue.
  • Thérapie génique : La thérapie génique directe pour le colobome en est au stade de la recherche fondamentale et n’a pas encore atteint l’application clinique.
  • Recherche sur les cellules iPS : La recherche fondamentale sur la régénération rétinienne et la reconstruction de l’iris à l’aide de cellules iPS est en cours, et une future application clinique est attendue.
  1. Morrison D, FitzPatrick D, Hanson I, et al. National study of microphthalmia, anophthalmia, and coloboma (MAC) in Scotland: investigation of genetic aetiology. J Med Genet. 2002;39(1):16-22. PMID: 11826019
  2. Gregory-Evans CY, Williams MJ, Halford S, Gregory-Evans K. Ocular coloboma: a reassessment in the age of molecular neuroscience. J Med Genet. 2004;41(12):881-891. PMID: 15591273
  3. Pagon RA, Graham JM Jr, Zonana J, Yong SL. Coloboma, congenital heart disease, and choanal atresia with multiple anomalies: CHARGE association. J Pediatr. 1981;99(2):223-227. PMID: 6166737
  4. 大家義則, 川崎諭, 西田希, 他. 無虹彩症の診断基準および重症度分類. 日眼会誌. 2020;124(2):83-88.
  5. Mayer CS, Laubichler AE, Khoramnia R, et al. Challenges and complication management in novel artificial iris implantation. J Ophthalmol. 2018;2018:3262068. PMID: 30305935
  6. Gopal L, Badrinath SS, Kumar KS, et al. Optic disc in fundus coloboma. Ophthalmology. 1996;103(12):2120-2127. PMID: 9003347
  7. Patel A, Sowden JC. Genes and pathways in optic fissure closure. Semin Cell Dev Biol. 2019;91:55-65. PMID: 29944949
  8. Hornby SJ, Adolph S, Gilbert CE, et al. Visual acuity in children with coloboma: clinical features and a new phenotypic classification system. Ophthalmology. 2000;107(3):511-520. PMID: 10711890
  9. Nakamura KM, Diehl NN, Mohney BG. Incidence, ocular findings, and systemic associations of ocular coloboma: a population-based study. Arch Ophthalmol. 2011;129(1):69-74. PMID: 21220631
  10. Skalicky SE, White AJ, Grigg JR, et al. Microphthalmia, anophthalmia, and coloboma and associated ocular and systemic features: understanding the spectrum. JAMA Ophthalmol. 2013;131(12):1517-1524. PMID: 24177188

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