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Uvéite

Guide complet des collyres et traitements locaux de l'uvéite

L’œil est un organe tout à fait unique. Il est facile à examiner de l’extérieur et permet d’administrer directement des médicaments sous forme de collyres. L’uvéite est une maladie inflammatoire de l’iris, du corps ciliaire et de la choroïde ; pour les lésions du segment antérieur, les collyres sont le traitement de première intention.

Ce guide présente les collyres les plus fréquemment utilisés dans la prise en charge de l’uvéite, classés dans les catégories suivantes.

Médicaments topiques

Corticostéroïdes topiques : traitement de base de l’inflammation du segment antérieur

Mydriatiques et cycloplégiques : prévention et traitement des synéchies postérieures de l’iris

Antibiotiques et antimicrobiens : traitement causal des uvéites infectieuses

Médicaments pour les complications

Hypotenseurs oculaires : prise en charge du glaucome secondaire et du glaucome cortisonique

Cependant : les prostaglandines et la pilocarpine sont généralement évitées dans l’uvéite

Anti-inflammatoires non stéroïdiens : alternative lorsque l’inflammation est légèrement calmée

Angiographie à la fluorescéine montrant une vascularite rétinienne.
Angiographie à la fluorescéine montrant une vascularite rétinienne.
Meng PP, et al. Use of Ultra-Widefield Fluorescein Angiography to Guide the Treatment to Idiopathic Retinal Vasculitis, Aneurysms, and Neuroretinitis-Case Report and Literature Review. Medicina (Kaunas). 2022. Figure 2. PMCID: PMC9611749. License: CC BY.
L’angiographie à la fluorescéine montre des dilatations anévrismales autour de la papille optique (A), des zones de non-perfusion périphérique (B) et une inflammation focale du nerf optique et de la macula (C). Cela correspond à la vascularite rétinienne traitée dans la section « 2. Principaux symptômes et signes cliniques ».

L’uvéite se manifeste par les symptômes subjectifs suivants :

  • Douleur oculaire et photophobie (inflammation du segment antérieur)
  • Vision trouble et baisse de l’acuité visuelle
  • Rougeur (injection ciliaire)
  • Myodésopsies et vision trouble (opacités du vitré)
SigneDétail
Précipités rétro-cornéens (PRC)Fins à graisseux (sarcoïdose, tuberculose)
Tyndall et cellules de la chambre antérieureÉvaluation de l’intensité inflammatoire de 1+ à 4+
Synéchies postérieures de l’irisPrévention et lyse par mydriatiques
Opacités du vitréIndicateur d’uvéite intermédiaire ou postérieure
Glaucome secondaireAugmentation de la pression intraoculaire → collyres hypotenseurs (attention au choix du médicament)

L’uvéite est classée en antérieure, intermédiaire, postérieure et panuvéite selon la localisation. Le choix du traitement topique dépend de cette classification et du degré d’inflammation.

Q Pourquoi utilise-t-on des mydriatiques en cas d'inflammation sévère ?
A

Lors d’une inflammation sévère de la chambre antérieure, l’iris peut adhérer à la face antérieure du cristallin, formant des synéchies postérieures. Les mydriatiques relaxent le muscle ciliaire et le sphincter de la pupille, prévenant et rompant ces adhérences. L’association tropicamide-phényléphrine (Mydrin P) est largement utilisée.

L’uvéite est divisée en infectieuse et non infectieuse.

Causes d’uvéite infectieuse :

  • Virus de l’herpès, cytomégalovirus
  • Tuberculose, syphilis, toxoplasmose, toxocarose
  • Champignons (Candida, etc.)

Causes d’uvéite non infectieuse :

  • Maladies auto-immunes (associées au HLA-B27, sarcoïdose, maladie de Harada, etc.)
  • Arthrite juvénile idiopathique associée
  • Idiopathique

Le diagnostic repose sur un examen détaillé du segment antérieur et postérieur à la lampe à fente. Des tests sérologiques (y compris PCR) sont réalisés pour exclure une uvéite infectieuse.

Avant de débuter un traitement immunomodulateur, le dépistage suivant est recommandé. 1)

  • Bilan sanguin biochimique (réalisé par 98,2 % des spécialistes)
  • Numération formule sanguine complète (réalisée par 93,7 %)
  • QuantiFERON (test TB, réalisé par 88,7 %)

L’intensité de l’inflammation est évaluée selon la classification du groupe de travail SUN (Standardization of Uveitis Nomenclature). 1)

Q Peut-on utiliser des stéroïdes pour une uvéite infectieuse ?
A

Dans l’uvéite infectieuse, des stéroïdes peuvent être utilisés en parallèle du traitement de la cause (antibiotiques, antiviraux, etc.) pour contrôler l’inflammation postopératoire. Cependant, l’administration de stéroïdes seuls sans contrôle suffisant de l’infection risque d’aggraver l’infection. Il est impératif de prioriser le traitement de la cause.

Le traitement local de base de l’uvéite repose sur les collyres stéroïdiens. Par ordre croissant de puissance : fluorométholone → lotéprednol → riméxolone → prednisolone → difluprednate.

Nom du médicamentConcentrationCaractéristiques/UtilisationsPrincipaux effets secondaires
Fluorométholone (FML)Inflammation légèreAugmentation de la pression intraoculaire (faible)
Lotéprednol (Lotemax)0,2, 0,5, 1 %Risque d’hypotonieAugmentation de la pression intraoculaire (faible)
Prednisolone (Pred Forte)0,12, 1 %Traitement standard de l’inflammation intraoculaireCataracte et augmentation de la pression intraoculaire
Difluprednate (Durezol)0,05 %Puissant. Cas gravesCataracte et augmentation de la pression intraoculaire

À propos de la réduction progressive (tapering)

La réduction progressive des corticostéroïdes topiques (collyres) n’est pas obligatoire. Si la durée du traitement est inférieure à 3-4 semaines, aucune réduction progressive n’est nécessaire, quelle que soit la dose. Une réduction progressive n’est recommandée que pour les traitements de plus de 3-4 semaines, afin de favoriser la récupération de l’axe hypothalamo-hypophyso-surrénalien. Ce concept s’applique aux corticostéroïdes systémiques ; pour les collyres topiques, le risque de suppression surrénalienne est quasiment inexistant.

Tant que l’inflammation de la chambre antérieure persiste, l’instillation de collyres mydriatiques doit être poursuivie pour prévenir la formation de synéchies postérieures.

Nom du médicamentDurée d’actionConcentrationPrincipales indications
Atropine7 à 12 jours0,5 à 3 %Uvéite sévère, hyphéma
Scopolamine3 à 7 jours0,25 %En cas d’allergie à l’atropine
Homatropine1 à 3 jours2 à 5 %Utile pour l’uvéite
CyclopentolateEnviron 1 jourUvéite et examen de la réfraction
Tropicamide6 à 24 heures0,5 %, 1 %Examen du fond d’œil sous dilatation

La combinaison tropicamide-phényléphrine (Mydrin P) est largement utilisée au Japon comme mydriatique standard en cas d’inflammation de la chambre antérieure. La prescription de base recommandée est une instillation une fois par jour avant le coucher.

Dans l’uvéite, un glaucome secondaire ou un glaucome cortisonique survient fréquemment. En cas d’élévation de la pression intraoculaire, les bêta-bloquants et les inhibiteurs de l’anhydrase carbonique sont privilégiés.

Classe de médicamentMédicament représentatifCaractéristiques
Bêta-bloquantsTimolol, BétaxololInhibition de la production d’humeur aqueuse. 2 fois par jour
Inhibiteurs de l’anhydrase carboniqueDorzolamide, BrinzolamideInhibition de la production d’humeur aqueuse. 3 fois par jour
Alpha-agonistesBrimonidineInhibition de la production et facilitation de l’écoulement de l’humeur aqueuse. Contre-indiqué chez les nourrissons

Médicaments hypotenseurs oculaires à éviter dans l’uvéite :

  • Analogues des prostaglandines (latanoprost, etc.) : peuvent augmenter paradoxalement la pression intraoculaire. Risque d’exacerbation de l’inflammation également signalé
  • Pilocarpine : myotique pouvant favoriser les synéchies postérieures de l’iris

Un traitement systémique est envisagé pour les uvéites intermédiaires, postérieures ou panuvéites insuffisamment contrôlées par les collyres stéroïdiens du segment antérieur.

Le traitement de première intention standard est la prednisolone orale (dose initiale de 1 mg/kg/jour, à réduire en 4 semaines). 1) En cas de dépendance aux stéroïdes ou de difficulté à les arrêter, on ajoute un immunomodulateur conventionnel ou un agent biologique.

Premier choix d’immunomodulateur conventionnel (par maladie) :1)

Agents biologiques :1)

L’adalimumab est le premier choix pour 97,7 % des spécialistes. Les essais VISUAL I/II ont établi l’efficacité de l’inhibition du TNF-α, approuvée par la FDA et l’EMA. La combinaison de méthotrexate et d’adalimumab est utilisée par 84,0 % des spécialistes. 1)

Q Puis-je continuer à utiliser des stéroïdes topiques longtemps sans les réduire ?
A

Pour une utilisation de moins de 3 à 4 semaines, la réduction n’est pas nécessaire. Les directives de la Société européenne d’endocrinologie indiquent également qu’« aucune réduction n’est nécessaire pour une utilisation de moins de 3 à 4 semaines, quelle que soit la dose ». Cependant, au-delà de 3 à 4 semaines, une réduction progressive est nécessaire pour permettre la récupération de l’axe hypothalamo-hypophyso-surrénalien. Les collyres topiques ne présentent pratiquement aucun risque de suppression surrénalienne systémique, mais une réduction progressive est plus sûre qu’un arrêt brutal.

L’augmentation de la pression intraoculaire dans l’uvéite est due aux mécanismes suivants :

  1. Obstruction du trabéculum (par cellules inflammatoires et protéines)
  2. Trabéculite (inflammation directe)
  3. Nodules de l’angle iridocornéen
  4. Synechies antérieures périphériques
  5. Augmentation de la pression intraoculaire due aux corticostéroïdes
  6. Glaucome néovasculaire
  7. Bloc pupillaire par synechies postérieures

Comme les stratégies thérapeutiques diffèrent, il est important d’évaluer précisément le mécanisme de l’augmentation de la pression intraoculaire par gonioscopie.

Mécanisme d’action des mydriatiques et cycloplégiques :

Les anticholinergiques (atropine, tropicamide, etc.) relaxent le muscle ciliaire et le sphincter de la pupille, provoquant une mydriase et une cycloplégie. La relaxation du muscle ciliaire réduit la douleur et la photophobie, et diminue le contact entre la face postérieure de l’iris et la face antérieure du cristallin, prévenant ainsi les synechies postérieures. Les agonistes des récepteurs adrénergiques (phényléphrine, etc.) contractent le dilatateur de la pupille et aident à la mydriase.

Mécanisme d’action des corticostéroïdes topiques :

Les collyres corticostéroïdes calment l’inflammation du segment antérieur en inhibant la production de cytokines inflammatoires et en entravant la migration des cellules immunitaires. Le difluprednate, plus puissant, a une forte affinité pour les récepteurs et montre une efficacité supérieure dans les inflammations sévères du segment antérieur. Cependant, il comporte un risque élevé de cataracte et d’augmentation de la pression intraoculaire, donc il est de principe de choisir la puissance minimale nécessaire.

Algorithme de traitement local de l'uvéite antérieure

Étape 1 : Collyre stéroïdien (choisir la puissance selon le degré d’inflammation)

Étape 2 : Mydriatiques (ex. Midrin P) pour prévenir les synéchies postérieures de l’iris

Étape 3 : En cas d’élévation de la pression intraoculaire, bêta-bloquants et inhibiteurs de l’anhydrase carbonique (prostaglandines et pilocarpine contre-indiqués)

Étape 4 : Contrôle insuffisant → corticostéroïdes systémiques ou injection sous-ténonienne

Traitement local complémentaire pour les régions intermédiaire et postérieure

Injection sous-ténonienne : Triamcinolone (40 mg/mL) 0,5 mL

Indications : Œdème maculaire, opacité vitréenne, inflammation du pôle postérieur

Traitement systémique : Pour les régions intermédiaire et postérieure, les corticostéroïdes systémiques sont la base

Immunomodulateurs : Ajoutés en cas de mauvais contrôle pendant plus de 6 mois

Les progrès des agents biologiques ont considérablement modifié le traitement de l’uvéite. L’utilisation généralisée de l’adalimumab est établie, et les résultats des essais VISUAL I/II et SYCAMORE ont accumulé des preuves pour de nombreux types de maladies. 1)

Les défis futurs incluent :

  • Diffusion de l’administration locale utilisant des systèmes de libération prolongée (ex. implant intravitréen de dexaméthasone)
  • Amélioration de l’accès au traitement grâce à l’arrivée des biosimilaires d’agents biologiques
  • Établissement de la combinaison optimale d’immunomodulateurs et de la durée du traitement
  • Clarification du moment optimal pour l’arrêt du traitement (généralement après plus de 2 ans de maintien de la rémission) 1)
  1. Branford JA, et al. Practice patterns of a large international group of uveitis specialists in the treatment of non-infectious uveitis. Br J Ophthalmol. 2025;109:482–489. doi:10.1136/bjo-2024-326239

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