La prescription de lunettes (spectacle prescription) consiste à choisir et à prescrire la puissance, le type de verre et la monture adaptés pour corriger les troubles de la réfraction (myopie, hypermétropie, astigmatisme et presbytie). Il ne s’agit pas seulement de déterminer la correction ; c’est un acte médical complet qui prend aussi en compte le confort de port, la vision binoculaire et l’aniséiconie.
Les troubles de la réfraction sont des maladies, et la correction réfractive est un acte médical1). Contrairement à une prescription en magasin d’optique, la prescription en ophtalmologie est aussi directement liée au dépistage et à l’exclusion des maladies oculaires.
Une acuité visuelle de 0,7 est considérée comme un repère pour envisager une (re)prescription de lunettes. Dans la classification de l’acuité visuelle du ministère de l’Éducation, si l’acuité visuelle est de 0,7 ou plus, on peut lire les caractères au tableau depuis les places du fond de la classe. Le critère de réussite pour le permis de conduire ordinaire est aussi de 0,7 pour les deux yeux.
Classification
Acuité visuelle
Signification de la classification
A
1,0 ou plus
On voit clairement le texte au tableau depuis le fond de la classe
B
0,9 à 0,7
On voit presque tout le texte au tableau depuis le fond de la classe
C
0,7 à 0,3
Il est difficile de lire le texte au tableau depuis le fond de la classe
D
Inférieur à 0,3
Même au premier rang, le texte au tableau n’est pas assez net
Le taux d’utilisation de lunettes chez les adultes est de 74,2 % (y compris le port en continu, le port selon les besoins et l’utilisation avec des CL), et il a été rapporté que les porteurs en continu représentaient 40,4 % des hommes et 21,8 % des femmes1). Le début du port se situe le plus souvent au collège puis au lycée, suivi de la tranche des 40 à 50 ans (lorsqu’il faut des lunettes de près en raison de la presbytie)1). Plus de la moitié des Japonais sont myopes, et les lunettes sont le moyen de correction réfractive le plus répandu.
Dans le monde, la prévalence des anomalies de réfraction chez l’adulte a été rapportée à 24 à 35 % (États-Unis, Europe de l’Ouest et Australie)15), et la prévalence de la myopie est particulièrement élevée dans les pays asiatiques. Au Japon, l’évolution de la myopie est devenue un enjeu majeur de santé publique, et l’élaboration de recommandations sur les lunettes pour la prise en charge de la myopie (2025) encourage des mesures actives contre la myopie en ophtalmologie2).
QPourquoi l’ordonnance de lunettes doit-elle être réalisée en ophtalmologie ?
A
En ophtalmologie, l’ordonnance de lunettes permet, en plus de déterminer la correction réfractive appropriée, de dépister précocement des maladies oculaires telles que la cataracte, le glaucome, l’amblyopie et le strabisme. L’anomalie de réfraction est une maladie, et sa correction est un acte médical1). Les mesures de la vision en magasin d’optique ne permettent pas de diagnostiquer ni d’exclure une maladie ; il est donc recommandé de consulter un ophtalmologiste pour la première ordonnance et lors d’un changement de correction.
Sous-correction : mauvaise vision, fatigue oculaire, maux de tête, difficulté à voir de près
Surcorrection (myopie) : fatigue oculaire due à une sollicitation excessive de l’accommodation, surtout lors du travail de près
Surcorrection de l’hypermétropie : gêne, mauvaise vision
Décalage de l’axe de l’astigmatisme : sensation d’inclinaison, déformation et gêne dans la perception du relief
Dans la prescription de lunettes chez l’adulte, tout en se basant sur la meilleure acuité visuelle obtenue avec une correction complète, il est important d’indiquer une puissance que l’on puisse porter confortablement au quotidien. Corriger entièrement une forte myopie ou un astigmatisme oblique tel quel peut entraîner une déformation et rendre le port difficile1).
L’aniséiconie est un état dans lequel la taille de l’image diffère entre les deux yeux. Les verres convexes agrandissent l’image et les verres concaves la réduisent, c’est pourquoi elle tend à apparaître lors de la correction d’une anisométropie par lunettes.
L’hypermétropie latente peut passer inaperçue dans l’enfance, car l’acuité visuelle sans correction est souvent bonne. Avec la diminution de la capacité d’accommodation liée à l’âge, la compensation peut faillir, en commençant par une gêne de la vision de près puis en s’étendant aux distances intermédiaires et de loin. Les symptômes s’aggravent typiquement du soir à la nuit.
QQu’est-ce que l’aniséiconie ?
A
L’aniséiconie est un état dans lequel la taille de l’image diffère entre les deux yeux en raison d’une différence de puissance des verres correcteurs portés par chaque œil. Lorsque l’aniséiconie dépasse 4 % (soit environ 3 D en termes de puissance), la vision binoculaire est altérée. Il est souhaitable que la différence de puissance entre les verres soit de 1,5 D ou moins. Elle peut s’accompagner de sensations subjectives caractéristiques, comme une sensation de porte tournante ou une sensation d’inclinaison, et disparaît lorsqu’un œil est couvert, ce qui aide au diagnostic différentiel.
Myopie : Les rayons parallèles se focalisent en avant de la rétine. La cause principale est l’allongement de l’axe oculaire (myopie axiale). Elle se corrige avec des verres concaves
Hypermétropie : Les rayons parallèles se focalisent en arrière de la rétine. Si la capacité d’accommodation est insuffisante, la vision de loin comme de près devient difficile. Elle se corrige avec des verres convexes
Astigmatisme : La courbure de la cornée et du cristallin diffère selon les méridiens, de sorte que le foyer ne se rassemble pas en un seul point. Il se corrige avec des verres cylindriques
Presbytie : La diminution de l’élasticité du cristallin avec l’âge rend l’accommodation insuffisante et empêche la mise au point de près. On la corrige avec une addition (ajout de verres convexes).
L’examinateur utilise l’auto-réfractomètre pour mesurer objectivement l’état de réfraction du patient. Cela correspond à la mesure objective de la réfraction par auto-réfractomètre présentée dans la section « 4. Méthodes de diagnostic et d’examen ».
Examen de réfraction subjective avec un phoroptère
L’image montre un patient posant le visage contre les oculaires d’un phoroptère (appareil complet de réfraction) tout en regardant la cible visuelle et en subissant une réfraction subjective. Cela correspond à la réfraction subjective décrite dans la section 4, « Méthodes de diagnostic et d’examen » (détermination subjective de la correction finale après mesure de la valeur objective avec un auto-réfractomètre).
Parcours d’examen chez l’adulte
Recherche de l’usage prévu : Déterminer les situations d’utilisation et la distance de vision, comme la conduite, le travail sur ordinateur, la pratique d’un instrument de musique ou le sport.
Vérification des lunettes actuelles : Contrôler la puissance des lunettes actuelles avec un lensomètre.
Examen de réfraction : Après mesure de la valeur objective avec un auto-réfractomètre, déterminer la correction finale par examen subjectif.
Examen de l’accommodation : Évaluer l’amplitude accommodative et l’utiliser pour calculer l’addition de près.
Mesure de la DP : Mesurer la distance interpupillaire et l’indiquer sur l’ordonnance de lunettes.
Parcours d’examen chez l’enfant
Réfraction sous cycloplégie : Le premier choix est le cyclopentolate 1 % (Cyclogyl®), instillé deux fois à 10 minutes d’intervalle, puis la réfraction est réalisée 45 à 60 minutes après la première instillation 3). En cas d’hypermétropie importante ou de résistance au traitement, on utilise de l’atropine 1 % deux fois par jour pendant 7 jours.
Mesure de la longueur axiale : Une mesure par interférométrie laser est recommandée 2). Elle sert au suivi de la progression de la myopie.
Évaluation de la vision binoculaire : Évaluer le test de couverture, la stéréopsie de près et le retard accommodatif.
Examen du fond d’œil : Indispensable pour exclure l’amblyopie et une maladie organique.
Examen avant la prescription de lunettes pour le contrôle de la myopie
Avant de prescrire des lunettes pour le contrôle de la myopie (verres multisegmentés), les évaluations suivantes sont nécessaires2).
Les recommandations de chirurgie réfractive (8e édition) définissent l’âge, le degré de correction et les contre-indications de la correction réfractive7), et l’ophtalmologiste décide du plan de prescription en prenant en compte de manière globale les lunettes, les lentilles de contact et la correction chirurgicale. À une époque où une intervention active est requise pour la prise en charge de la myopie, un grand essai randomisé de Jiang et al. a rapporté que la thérapie par lumière rouge de faible intensité répétée (RLRL) est efficace pour freiner la progression de la myopie8). L’association de plusieurs approches avec les lunettes devrait devenir la stratégie standard de prise en charge de la myopie à l’avenir.
QPourquoi des gouttes cycloplégiques sont-elles nécessaires lors de la prescription de lunettes chez l’enfant ?
A
Les jeunes enfants ne parviennent pas à maintenir correctement la mise au point de loin, d’où la nécessité de gouttes cycloplégiques pour l’examen de réfraction3). Sans cycloplégie, l’accommodation intervient et entraîne des erreurs qui surestiment la myopie et sous-estiment l’hypermétropie. Le premier choix est le cyclopentolate à 1 %, mais lorsqu’un traitement d’une hypermétropie importante ou d’une amblyopie est nécessaire, on utilise l’atropine à 1 % en collyre (2 fois par jour pendant 7 jours).
5. Méthodes de traitement standard (types de lunettes et pratique de la prescription)
Il s’agit de l’apparence d’une monture d’essai utilisée pour vérifier la vision avec des verres correcteurs des erreurs de réfraction. Elle correspond à la réfraction subjective et au réglage de la puissance abordés dans la section « 5. Méthodes de traitement standard (types de lunettes et pratique de la prescription) ».
Pendant l’enfance, la capacité d’accommodation dépasse 10D, et la capacité d’adaptation sensorielle est également forte. En principe, les erreurs de réfraction peuvent être corrigées complètement. Cependant, avec l’âge, la capacité d’accommodation diminue et des considérations optiques deviennent nécessaires.
Cas exceptionnels chez l’adulte pour lesquels une sous-correction de la myopie est appropriée1):
Lorsque l’effet de grossissement des lunettes est important dans une forte myopie et qu’un vault satisfaisant ne peut pas être obtenu
Lorsque la myopie compense la vision de près à l’âge de la presbytie (une myopie jusqu’à −3D peut être avantageuse à cet âge)
Jeunes ayant une forte accommodation et sujets à une surcorrection
Voici les repères d’âge pour la puissance d’addition de près chez l’œil emmétrope.
Âge
Repère de puissance d’addition
52 ans
+0.50D
56 ans
+1.00D
60 ans
+1.50D
64 ans
+2.00D
68 ans
+2.50D
En présence d’une myopie existante, on soustrait la puissance de myopie pour calculer la puissance additionnelle (par exemple : à 56 ans avec une myopie de -0.5D, la correction de la vision de près n’est pas +1.00D mais +0.50D).
Indications : base de la correction de la myopie, de l’hypermétropie et de l’astigmatisme. Prescrits séparément pour la vision de loin et de près.
Caractéristiques : prescription simple et facile à adapter. Les verres de loin et de près sont souvent fabriqués séparément.
Matériau : avec des verres asphériques double face à indice de réfraction ultra élevé (1.74–1.76), une prescription jusqu’à -20D est possible.
Verres progressifs
Indications : lunettes multifocales standard pour la presbytie.
Caractéristiques : Il n’y a pas de ligne de séparation, donc pas de saut d’image. En revanche, des zones d’aberration astigmatique apparaissent de part et d’autre du couloir progressif.
Points d’attention : Plus l’addition est forte et plus le couloir progressif est court, plus le problème d’aberration astigmatique est marqué.
Lunettes pour vision intermédiaire et de près
Indications : Pour une utilisation uniquement à distance intermédiaire et de près, comme le travail sur ordinateur, le travail manuel et la pratique d’instruments de musique.
Caractéristiques : Offrent une large zone de vision de près avec peu d’aberration astigmatique.
Lunettes pour le contrôle de la myopie (verres multi-segments)
Indications : Myopie de −0,5 D ou plus aux deux yeux, sous cycloplégie, de 5 à 18 ans2).
Produits : MiYOSMART® (HOYA, 5 à 18 ans) · Essilor® Stellest® (Nikon-Essilor, 7 à 18 ans).
Efficacité : Taux moyen de ralentissement de la progression de la myopie de 55 à 59 % sur 2 ans2).
Lorsque la différence de correction dépasse 1,5 D, des mesures contre l’aniséiconie sont nécessaires. Si elle dépasse 4 % (environ 3 D), la vision binoculaire est altérée.
Les trois mesures principales sont :
Réduire la puissance cylindrique : pour maintenir constant le cercle de moindre confusion, on ajoute la moitié de la puissance cylindrique à la puissance sphérique (exemple : passer de −1.00D=−cyl2.50D A135° à −1.50D=−cyl1.50D A135°)
Décaler l’axe : un décalage vers 90° ou 180° réduit la disparité de cisaillement. Comme l’astigmatisme résiduel augmente, le décalage de l’axe doit rester inférieur ou égal à 15°
Réduire la distance au sommet : rapprocher la monture du visage réduit l’effet de grossissement
Elles sont utilisées pour corriger le strabisme et la diplopie. Les prismes intégrés peuvent être prescrits jusqu’à 10Δ par œil (3 à 6Δ pour les verres progressifs), et les prismes de Fresnel jusqu’à 40Δ. L’ordonnance doit préciser le type de prisme, la puissance et la direction de la base.
Avec la correction par lunettes chez les yeux très myopes, il se produit une minification de l’image. Par rapport aux lentilles de contact (CL), les CL souples augmentent les aberrations d’ordre supérieur, et les CL rigides peuvent rendre la vision instable à cause des mouvements de la lentille. Les lunettes offrent une accommodation apparente et un effet prismatique, particulièrement utiles à partir du milieu de la vie.
Points à noter pour la prescription de lunettes en cas de forte myopie (−6D ou plus)1) :
Effet de la distance au sommet : déplacer les lunettes vers l’avant ou l’arrière modifie la puissance effective. En cas de forte myopie, même un faible changement de distance au sommet a un grand effet
Minification de l’image : les verres concaves forts réduisent la taille de l’image, et les objets peuvent paraître plus petits et plus éloignés. Il faut être prudent en marchant et pour juger les marches, surtout lors du premier port de nouvelles lunettes
Effet prismatique : les verres concaves produisent un effet prismatique lorsqu’on regarde en dehors du centre. Un bon ajustement des lunettes est important
Choix de verres fins : les verres à indice de réfraction ultraélevé (1.74–1.76) réduisent l’épaisseur et améliorent l’aspect et le poids
Approche de la prescription de lunettes pour les yeux atteints de diverses maladies
Le Guide de prescription de lunettes pour adultes (2025) décrit en détail la prescription pour les yeux atteints d’une maladie1).
Maladies cornéennes (comme le kératocône, etc.) : Dans les cas légers qui ne peuvent pas être pris en charge par des lentilles RGP, des lunettes sphériques peuvent aussi être utiles. L’astigmatisme irrégulier ne peut pas être corrigé par des lunettes
Œil pseudophake : Après une chirurgie de la cataracte, une erreur réfractive résiduelle peut apparaître selon le réglage de puissance de la LIO. Une hypermétropie ou une myopie axiale résiduelle peut être corrigée avec des lunettes monofocales ou des verres progressifs
Maladies rétiniennes (DMLA, RP, etc.) : La prescription pour les yeux malvoyants vise à maximiser la fonction visuelle, et l’association avec des lunettes filtrantes ou des loupes peut être envisagée si nécessaire
Prise en charge des lunettes de traitement de l’amblyopie chez l’enfant
Chez les enfants atteints d’amblyopie, de strabisme ou après une chirurgie de cataracte congénitale, environ 70 % du coût des lunettes ou des lentilles de contact nécessaires au traitement est remboursé3). L’intervalle de renouvellement de la prise en charge est le suivant3) :
Première fois : Lorsque l’ophtalmologiste juge que c’est médicalement nécessaire sur la base de l’ordonnance
Renouvellement : Pour les moins de 5 ans, après au moins 1 an ; pour les 5 ans et plus, après au moins 2 ans, en cas de changement important de correction
Pour demander la prise en charge, il faut l’ordonnance de l’ophtalmologiste, le reçu et la carte d’assurance, puis déposer la demande auprès de l’organisme d’assurance maladie auquel on est affilié ou de la municipalité.
Les matériaux en polycarbonate et en Trivex ont une résistance aux chocs 10 fois supérieure à celle des verres en plastique ordinaires. Chez les cas d’amblyopie, de strabisme ou de vision monoculaire, il est souhaitable d’expliquer et de recommander des verres résistants aux chocs afin de réduire le risque de cécité due à un traumatisme oculaire.
Déroulement des examens pour une prescription de lunettes (adultes, version détaillée)
D’après le guide 2025 de l’examen visuel et de la prescription de lunettes chez l’adulte, déroulement des examens en consultation externe1).
Demande sur l’usage : bien comprendre les situations d’utilisation et les distances de vision, par exemple la conduite, l’ordinateur de bureau (distance écran 40〜80 cm), le smartphone (30〜40 cm), le jeu d’un instrument de musique (distance de la partition 50〜70 cm) et le travail de près (environ 30 cm).
Vérification des lunettes actuelles : mesurer, avec un frontofocomètre, la puissance et le prisme des lunettes actuelles. Interroger sur le port, la satisfaction et les points d’insatisfaction.
Réfraction objective : mesurer la sphère, le cylindre et l’axe avec un autoréfractomètre. Réaliser la mesure au moins 3 fois pour confirmer la reproductibilité.
Réfraction subjective : affiner, avec un phoroptère ou une monture d’essai, dans l’ordre sphère → cylindre → axe. L’objectif est MPMVA (maximum plus pour la meilleure acuité visuelle).
Test de l’accommodation : évaluer l’amplitude d’accommodation. Utilisé pour calculer l’addition de près. En cas de retard accommodatif, envisager une addition de près.
Mesure de l’acuité visuelle : noter l’acuité visuelle corrigée de loin et de près (33 cm).
Mesure de la DP (distance interpupillaire) : mesurer avec précision la DP de loin et la DP de près. Les erreurs de DP peuvent entraîner des erreurs prismatiques.
Rédaction de l’ordonnance : noter sphère, cylindre, axe, add, prisme, DP et distance au sommet.
Types de médicaments cycloplégiques et mode d’emploi
2 fois à 10 minutes d’intervalle → après 30 minutes
Effet cycloplégique faible. Utilisé pour la dilatation pupillaire chez l’adulte
Lors de l’utilisation de l’atropine, surveiller la fièvre, la tachycardie, la sécheresse buccale et les rougeurs du visage (hypersensibilité/absorption systémique). Chez l’enfant, une compression du sac lacrymal doit être effectuée rigoureusement 3).
QLes lunettes de prise en charge de la myopie peuvent-elles guérir la myopie ?
A
Les lunettes de prise en charge de la myopie ne guérissent pas la myopie ; elles en ralentissent la progression. MiYOSMART® et Essilor® Stellest® ont montré, dans des essais cliniques de deux ans, un ralentissement moyen de 55 à 59 % de la progression de la myopie2). Comme l’effet de freinage disparaît à l’arrêt du port, il est recommandé de poursuivre jusqu’à la fin de l’adolescence, lorsque la progression de la myopie se stabilise. Un suivi régulier avec mesure de la réfraction et de la longueur axiale est nécessaire.
6. Physiopathologie et mécanisme détaillé d’apparition
Comme les verres de lunettes sont placés à distance du sommet cornéen, l’image paraît agrandie (verres convexes) ou réduite (verres concaves) selon la puissance. Les verres convexes rapprochent les objets proches de la distance focale et déplacent sur la rétine le foyer qui se formerait derrière la rétine dans l’hypermétropie. Les verres concaves divergent les rayons parallèles et déplacent vers l’arrière le foyer qui se formerait en avant de la rétine dans la myopie afin qu’il se forme sur la rétine.
En cas de différence de puissance réfractive entre les deux yeux, la prescription de lunettes à correction complète entraîne une différence de taille d’image entre les deux yeux (aniséïkonie). Les verres convexes agrandissent et les verres concaves réduisent, et plus la distance entre le verre et l’œil est grande, plus l’effet de grossissement augmente. Les verres cylindriques utilisés pour corriger l’astigmatisme provoquent une aniséïkonie méridienne, où le grossissement diffère selon la direction du méridien.
Dans la presbytie, la diminution de l’élasticité du cristallin entraîne une insuffisance d’accommodation, rendant la mise au point de près difficile. La puissance d’addition (add) compense ce manque d’accommodation par une puissance positive ajoutée pour la vision de près, et la quantité nécessaire augmente progressivement avec l’âge. L’étude de Pointer a montré que la puissance d’addition de l’œil non dominant tend à être légèrement supérieure à celle de l’œil dominant14), ce qui peut être pris en compte lors de la prescription.
Physiologie de l’accommodation et de la cycloplégie
L’accommodation se fait par la contraction du muscle ciliaire → le relâchement des zonules → le bombement du cristallin. Chez l’adulte, l’amplitude d’accommodation diminue d’environ 0.27D par an. Elle est d’environ 6D à 40 ans, 3D à 50 ans et 1D à 60 ans (table d’accommodation de Duane). Les lunettes qui compensent cette baisse physiologique avec une puissance d’addition sont les lunettes de presbytie et les verres progressifs.
Le retard accommodatif est une situation dans laquelle le foyer réel se situe derrière la distance de fixation (Near Lag), et il pose surtout problème chez les jeunes myopes. On pense que le défocus hypermétropique en périphérie rétinienne sert de signal pour l’allongement axial et favorise la progression de la myopie. Les lunettes de contrôle de la myopie (lentilles multisegments) limitent cet allongement axial en transformant ce défocus périphérique en défocus myopique10).
Le principal mécanisme de la progression de la myopie est l’allongement axial (myopie axiale). Lorsqu’un allongement axial de 1 mm survient, l’erreur de réfraction change d’environ -2.5 à -3.0D. L’allongement axial est principalement dû à l’étirement de la sclère, et l’on pense que les signaux de défocus rétinien régulent la croissance de l’œil11). L’étude de Bullimore et al. a montré qu’une réduction de 1D de la progression de la myopie diminue significativement le risque futur de baisse de vision et de myopie pathologique9), de sorte qu’un faible ralentissement de la progression a déjà une grande importance à long terme.
Les lunettes de contrôle de la myopie (verres multisegments) ont une conception optique qui contrôle le défocus périphérique. La technologie DIMS (MiYOSMART®) et la technologie HALT (Stellest®) seraient censées envoyer des signaux pour freiner l’allongement axial en imposant un défocus myopique à la rétine périphérique. Elles sont conçues pour maintenir une bonne vision centrale avec une correction complète tout en contrôlant simultanément le défocus en vision périphérique2).
Preuves de l’efficacité des lunettes de contrôle de la myopie :
MiYOSMART® (HOYA, technologie DIMS) : dans un RCT de 2 ans, la progression de l’équivalent sphérique a été réduite de 52 % et l’allongement axial de 62 %5)
Essilor Stellest® (Nikon-Essilor, technologie HALT) : dans un RCT de 2 ans, la progression de l’équivalent sphérique a été réduite de 67 % (temps de port ≥12 heures/jour)6)
Si le port est interrompu, il peut y avoir un effet rebond, et il est recommandé de continuer jusqu’à la fin de l’adolescence, lorsque la progression de la myopie se stabilise (recommandation des recommandations)2)
Contrairement aux lentilles de contact, les verres de lunettes ne forment pas de lentille lacrymale. Ainsi, l’astigmatisme irrégulier ne peut pas être corrigé avec des lunettes, et il faut des lentilles RGP ou des lentilles sclérales.
Dans le Guide 2025 pour l’examen de l’acuité visuelle et la prescription de lunettes chez l’adulte, l’ajustement des lunettes est mis en avant comme faisant partie de la prescription1). Les points de contrôle de l’ajustement en consultation externe sont les suivants.
Distance verre-œil (BVD) : généralement 12–14 mm. Plus elle est courte, plus les effets de taille d’image des verres convexes et concaves changent
Inclinaison pantoscopique : l’angle vertical de la monture. Plus l’inclinaison pantoscopique est grande, plus le pouvoir astigmatique augmente
Distance interpupillaire (PD) et décentrement du centre optique du verre : si une erreur prismatique se produit, elle peut provoquer une diplopie et une fatigue oculaire
Hauteur des plaquettes nasales et largeur de la monture : le glissement pendant le port modifie l’effet de la correction
Une collaboration avec un technicien de fabrication de lunettes (qualification nationale) est recommandée. Pour les lunettes de contrôle de la myopie, il est souhaitable que le fabricant soit un technicien de fabrication de lunettes2).
La population mondiale atteinte de myopie devrait passer de 1,3 milliard en 2000 à 4,9 milliards en 2050 (dont 940 millions de personnes atteintes de forte myopie)4). Les deux produits actuellement recommandés dans les recommandations sont MiYOSMART® et Essilor® Stellest®, et MYOGEN®, MyoCare® et les verres DOT seront réévalués lors des futures mises à jour2). Bullimore et al. ont montré qu’une diminution de 1 D de la progression de la myopie réduit de façon significative le risque futur de déficience visuelle9).
Mise en place du système de techniciens de fabrication de lunettes
Un système de techniciens de fabrication de lunettes (qualification nationale) a été mis en place afin de standardiser l’ajustement des montures. Dans les recommandations sur les lunettes de contrôle de la myopie, il est souhaitable que le fabricant des lunettes de contrôle de la myopie soit un technicien de fabrication de lunettes2).
Préoccupations épidémiologiques concernant la forte myopie
La prévalence de la forte myopie chez les collégiens est de 11,3 %, dépassant les 8,2 % observés chez les adultes2), et l’aggravation de la myopie chez les jeunes constitue un enjeu de santé publique. L’histoire naturelle de la myopie est résumée de manière exhaustive dans le digest 2023 de l’IMI (International Myopia Institute)10). Une prise en charge active de la myopie est nécessaire dès l’âge scolaire.
La prévalence des troubles de la réfraction chez l’adulte varie fortement selon les pays et les ethnies. Dans un rapport de Kempen et al., la prévalence des troubles de la réfraction chez les adultes aux États-Unis, en Europe occidentale et en Australie était de 24 à 35 %15). Les troubles de la réfraction, y compris la presbytie, sont un problème qui touche presque tous les adultes, et l’importance des prescriptions de lunettes continuera de croître.
Évolution des verres à conception personnalisée et des verres progressifs
Les fabricants de verres développent des conceptions progressives spécialisées pour les distances courtes à moyennes pour les HMD (affichages tête montée) et les smartphones. Avec les verres à « conception personnalisée » qui tiennent compte des aberrations du front d’onde, il est possible d’optimiser la conception des verres en mesurant, par numérisation 3D, la forme de la monture, la distance verre-œil, l’angle pantoscopique et la hauteur pupillaire. Cela contribue à améliorer le confort de port en cas de forte myopie et de fort astigmatisme. Les méthodes de prise en charge de l’aniséiconie dans la prescription de lunettes pour anisométropie sont décrites en détail dans le Guide de prescription de lunettes pour adultes12). Les principes physiologiques de la détermination de l’addition pour les yeux presbytes sont également expliqués en détail dans le même guide13). L’addition débute généralement au milieu de la quarantaine, et l’âge moyen nécessitant +1,0 D a été rapporté autour de 55 à 60 ans14).
Holden BA, Fricke TR, Wilson DA, et al. Global prevalence of myopia and high myopia and temporal trends from 2000 through 2050. Ophthalmology. 2016;123(5):1036-1042.
Bao J, Huang Y, Li X, et al. Spectacle lenses with aspherical lenslets for myopia control vs single-vision spectacle lenses: a randomized clinical trial. JAMA Ophthalmol. 2022;140(5):472-478.
Jiang Y, Zhu Z, Tan X, et al. Effect of repeated low-level red-light therapy for myopia control in children: a multicenter randomized controlled trial. Ophthalmology. 2022;129(5):509-519.
Bullimore MA, Brennan NA. Myopia control: why each diopter matters. Optom Vis Sci. 2019;96(6):463-465.
Sankaridurg P, Berntsen DA, Bullimore MA, et al. IMI 2023 digest. Invest Ophthalmol Vis Sci. 2023;64(6):7.
Troilo D, Smith EL 3rd, Nickla DL, et al. IMI - Report on experimental models of emmetropization and myopia. Invest Ophthalmol Vis Sci. 2019;60(3):M31-M88.
Pointer JS. The presbyopic add: the non-dominant eye’s fine time. Clin Exp Optom. 2007;90(2):100-107.
Kempen JH, Mitchell P, Lee KE, et al. The prevalence of refractive errors among adults in the United States, Western Europe, and Australia. Arch Ophthalmol. 2004;122(4):495-505.
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