Presbytie
Points clés en un coup d’œil
Section intitulée « Points clés en un coup d’œil »1. Qu’est-ce que la presbytie ?
Section intitulée « 1. Qu’est-ce que la presbytie ? »La presbytie est un état dans lequel la vision de près devient difficile en raison d’une diminution de la capacité d’accommodation liée à l’âge. La principale cause est une diminution de la fonction accommodative due au durcissement du cristallin, à laquelle contribuent également les fonctions pupillaire et de convergence.
Les symptômes de la presbytie apparaissent généralement après l’âge de 40 ans. Avec le vieillissement de la population, le nombre de patients souffrant de presbytie tend à augmenter.
Différences selon l’erreur de réfraction et l’âge d’apparition
Section intitulée « Différences selon l’erreur de réfraction et l’âge d’apparition »En ce qui concerne la correction par lunettes, les yeux hypermétropes ont tendance à développer des symptômes plus tôt, tandis que les yeux myopes les développent plus tard. Cela est dû au fait que la quantité d’accommodation nécessaire pour voir de près avec des lunettes est plus grande pour les yeux hypermétropes et plus petite pour les yeux myopes. Cependant, cette différence disparaît presque avec la correction par lentilles de contact.
La capacité d’accommodation commence à diminuer dès la vingtaine et chute rapidement vers l’âge de 45 ans. Les symptômes de presbytie, rendant la vision de près difficile, apparaissent généralement après 40 ans, et les plaintes de difficulté à voir clairement deviennent marquées après 45 ans. Les yeux hypermétropes ont tendance à développer les symptômes plus tôt, tandis que les yeux myopes les développent plus tard.
2. Principaux symptômes et signes cliniques
Section intitulée « 2. Principaux symptômes et signes cliniques »Symptômes subjectifs
Section intitulée « Symptômes subjectifs »Les symptômes les plus fréquents au début de la presbytie sont la fatigue visuelle lors de la vision de près et une baisse de l’acuité visuelle en fin de journée. L’évolution vers une presbytie franche avec difficulté à voir de près survient après 45 ans. Il faut garder à l’esprit que les premières plaintes d’asthénopie (à partir de la fin de la trentaine) sont un signe précoce de l’apparition de la presbytie11).
Épisodes cliniques fréquents :
- En passant de la vision de loin à la vision de près, un certain temps est nécessaire pour obtenir une vision nette
- En lisant le journal et en regardant l’écran de télévision, un flou instantané apparaît
- Apparition de maux de tête, fatigue oculaire et raideur de la nuque
- Fatigue ou gêne oculaire lors de la vision de près, s’améliorant après un repos
- Lecture particulièrement difficile en faible luminosité (en fin de journée, dans une pièce sombre)
Après l’âge de 45 ans, les difficultés suivantes de vision de près apparaissent clairement.
- Doit éloigner les livres ou documents pour voir de près
- Difficulté à voir les petits caractères à la distance de lecture normale (30 à 40 cm)
- Fatigue oculaire, maux de tête et raideur de la nuque apparaissent lors de la lecture prolongée
Signes cliniques
Section intitulée « Signes cliniques »L’évaluation de l’accommodation est centrale. Chez les patients de plus de 40 ans présentant des plaintes, un examen de la fonction accommodative est réalisé. Cette période correspond également à un âge où les changements d’axe et de puissance de l’astigmatisme (d’astigmatisme direct à inverse) sont fréquents. Il est donc important de réaliser un examen de réfraction minutieux et de vérifier si une correction appropriée de l’astigmatisme est en place.
La plupart des premières plaintes de presbytie se manifestent sous forme de fatigue oculaire, et un contrôle de la fonction accommodative est indispensable à partir de la fin de la trentaine.
3. Causes et facteurs de risque
Section intitulée « 3. Causes et facteurs de risque »Cause principale : changements liés à l’âge du cristallin
Section intitulée « Cause principale : changements liés à l’âge du cristallin »La cause principale de la presbytie est la diminution de la capacité d’accommodation due au durcissement du cristallin. Avec l’âge, les changements suivants se produisent :
- Durcissement du noyau du cristallin : les protéines du cristallin (cristallines) se dénaturent et forment des ponts, ce qui durcit le cristallin
- Diminution de l’élasticité : le cristallin durci a du mal à changer de forme même lorsque le muscle ciliaire se contracte
- Diminution de l’accommodation : la modification de l’épaisseur du cristallin nécessaire pour passer de la vision de loin à la vision de près est réduite
Changements de l’accommodation liés à l’âge :
| Âge | Accommodation indicative | Caractéristiques cliniques |
|---|---|---|
| 10 ans | 12 à 14 D | Accommodation suffisante |
| Vers 30 ans | 8 à 10 D | Période de stabilité temporaire |
| Vers 40 ans | Environ 5 D | Début des symptômes de presbytie |
| 45 à 50 ans | 2 à 3 D | Difficulté marquée pour la vision de près |
| 50 ans et plus | Environ 1 D | Variations individuelles, mais capacité d’accommodation très faible |
Facteurs secondaires : modifications des fonctions pupillaires et de convergence
Section intitulée « Facteurs secondaires : modifications des fonctions pupillaires et de convergence »Bien que la sclérose du cristallin soit la cause principale, les fonctions pupillaires et de convergence jouent également un rôle non négligeable. Le réflexe pupillaire est indissociable de la fonction d’accommodation. La difficulté à lire en soirée ou sous un faible éclairage pendant la presbytie est largement due à la diminution de la profondeur de champ liée à la dilatation pupillaire.
Facteurs de risque
Section intitulée « Facteurs de risque »- Âge (principal facteur de risque)
- Hypermétropie : en raison de la plus grande accommodation nécessaire pour la vision de près, les symptômes de presbytie apparaissent plus tôt
- Sexe féminin : des changements hormonaux pourraient être impliqués
- Travail en forte luminosité (tâches de près sous lumière vive) : la constriction pupillaire modifie la profondeur de champ
- Maladies systémiques (diabète, maladies cardiovasculaires)
4. Diagnostic et méthodes d’examen
Section intitulée « 4. Diagnostic et méthodes d’examen »Évaluation de la fonction accommodative
Section intitulée « Évaluation de la fonction accommodative »Lorsqu’une personne de plus de 40 ans se plaint de difficultés ou de fatigue en vision de près, un examen de la fonction accommodative est nécessaire.
① Mesure du point proche : Après correction complète, occlure un œil et rapprocher une cible depuis 50 cm jusqu’à ce qu’elle devienne floue. Mesurer la distance (point proche). L’amplitude d’accommodation = 1 / distance du point proche (m). Si une régression du point proche est observée lors de mesures répétées, une faiblesse accommodative est suspectée.
② Analyseur de fonction accommodative : Permet d’observer objectivement l’absence d’accommodation nécessaire à la vision de près. Dans le syndrome de technostress oculaire, on observe une réponse d’accommodation tonique à spasmodique face à une cible de près. Utile pour expliquer au patient la nécessité d’une correction pour la vision de près.
③ Évaluation clinique de l’amplitude d’accommodation :
| Examen | Procédure | Interprétation |
|---|---|---|
| Mesure du point proche | Mesure de la distance du point proche (monoculaire) | Comparaison avec l’amplitude d’accommodation adaptée à l’âge |
| Mesure répétée du point proche | Répétition multiple | Variabilité élevée = suspicion d’anomalie d’accommodation |
| Analyseur de la fonction accommodative | Analyse dynamique par optomètre infrarouge | HFC élevé = spasme accommodatif / tension accommodative |
Principe de Sloan
Section intitulée « Principe de Sloan »Le principe de Sloan est utilisé comme guide pour la prescription de lunettes de lecture. Il consiste à réserver la moitié de l’accommodation disponible comme réserve, et à utiliser le reste pour couvrir le travail de près. La limite clinique de l’accommodation disponible est de 4 à 5 D.
Exemple : si l’accommodation disponible est de 2 D, l’accommodation utilisable est de 1 D. Si le travail de près nécessite 3 D, une addition de 2 D est nécessaire.
Examen de la réfraction
Section intitulée « Examen de la réfraction »Cette période correspond à un âge où les changements d’axe et de puissance de l’astigmatisme (d’astigmatisme direct à inverse) sont fréquents. Un examen de réfraction minutieux doit être effectué pour vérifier si la correction de l’astigmatisme est appropriée. Si l’addition est augmentée sans correction adéquate de l’astigmatisme, la correction visuelle peut être insuffisante.
Détermination de l’addition
Section intitulée « Détermination de l’addition »L’addition est déterminée en fonction de la distance de travail. Elle est généralement basée sur la distance de lecture (environ 30 à 40 cm), mais pour le travail sur écran (ordinateur), il faut également tenir compte de la distance intermédiaire (environ 60 à 70 cm). L’addition augmente avec l’âge, donc un changement de prescription est généralement nécessaire tous les 2 à 3 ans.
Différence d’âge d’apparition selon le type d’erreur de réfraction
Section intitulée « Différence d’âge d’apparition selon le type d’erreur de réfraction »| État de réfraction | Âge d’apparition des symptômes de presbytie | Raison |
|---|---|---|
| Hypermétropie corrigée par lunettes | Précoce | La quantité d’accommodation nécessaire pour la vision de près est importante |
| Myopie corrigée par lunettes | Tardive | La quantité d’accommodation nécessaire pour la vision de près est faible |
| Correction par lentilles de contact | Presque aucune différence | Avec les lentilles de contact, la différence de besoin d’accommodation entre loin et près disparaît |
Il n’existe pas de traitement curatif de la presbytie ; on compense de manière symptomatique la diminution de l’accommodation par des lunettes ou des lentilles de contact. Cependant, les personnes myopes peuvent parfois voir de près sans correction. Pour les hypermétropes et les emmétropes, envisager précocement l’utilisation de lunettes pour la presbytie peut prévenir la fatigue oculaire. Même en cas de réticence au port, une correction appropriée peut améliorer les symptômes.
Presbytie et chirurgie réfractive
Section intitulée « Presbytie et chirurgie réfractive »Lorsque des patients ayant subi une chirurgie réfractive (LASIK, PRK, etc.) atteignent l’âge de la presbytie, une gestion prenant en compte non seulement la vision de loin mais aussi la vision intermédiaire et de près est nécessaire. Dans ce cas, on peut choisir une correction plus faible (légère myopie résiduelle) ou un réglage en monovision. Il faut être prudent car une hypermétropie due à une surcorrection peut provoquer une fatigue oculaire lors des travaux de près.
De plus, l’implant de lentille intraoculaire phaque (ICL) est une option du point de vue du risque de presbytie car il préserve l’accommodation après correction de la myopie.
Points pratiques pour la prescription de la presbytie
Section intitulée « Points pratiques pour la prescription de la presbytie »Explication et consentement du patient :
- De nombreux patients sont réticents à porter des lunettes de lecture. Expliquer clairement qu’une correction appropriée réduit les symptômes tels que les maux de tête, la fatigue oculaire et les douleurs cervicales.
- Commencer la correction de la vision de près vers l’âge de 40 à 45 ans peut prévenir les symptômes liés à une correction inadaptée à l’avenir.
- Informer que l’addition doit être réévaluée tous les 2 à 3 ans.
Prescription pratique :
- Effectuer des tests d’acuité visuelle et de réfraction pour la vision de loin, de près et à distance intermédiaire (50 à 70 cm).
- Interroger attentivement sur les activités (sorties, travail de bureau, utilisation d’écrans, etc.) et choisir le type de verres adapté au mode de vie.
- Les verres progressifs doivent toujours être essayés avec des verres d’essai avant d’être prescrits.
- Mesurer précisément la distance interpupillaire (DIP) et aligner le centre optique du verre avec le centre de la pupille.
- Un décalage du point d’ajustement peut provoquer une fatigue oculaire et une diplopie dues à l’effet prismatique.
Suivi :
- Effectuer une vérification subjective 1 à 2 semaines après la première prescription.
- En cas d’inconfort, modifier progressivement l’addition.
- Les changements d’axe de l’astigmatisme (astigmatisme direct → inverse) sont fréquents en période pré-presbytie (40 ans), d’où la nécessité de contrôles réfractifs réguliers.
5. Traitement standard
Section intitulée « 5. Traitement standard »Il n’existe pas de traitement pour la presbytie ; on compense de manière symptomatique la diminution de l’accommodation par des lunettes ou des lentilles de contact. Les lunettes de près sont composées de la correction de l’erreur de réfraction et d’une addition pour la presbytie. Le degré d’addition nécessaire varie en fonction de la distance de travail de près.
Les principales méthodes de correction de la presbytie sont les suivantes :
5-1. Verres progressifs (les plus courants)
Section intitulée « 5-1. Verres progressifs (les plus courants) »
La méthode la plus courante pour corriger la presbytie est l’utilisation de verres progressifs, qui représentent plus de 80 % des lunettes pour la presbytie. Ils sont conçus pour que la puissance de réfraction change continuellement du centre de vision de loin au centre de vision de près. La zone de transition est appelée zone progressive, et la différence de puissance entre la vision de loin et de près est appelée addition. Le changement de puissance entraîne inévitablement des aberrations sur les bords, mais les verres sont conçus pour les minimiser.
Il est important d’utiliser des verres d’essai progressifs lors de la prescription afin que le patient puisse ressentir la sensation visuelle avant d’établir l’ordonnance.
Les trois types de verres progressifs sont présentés ci-dessous.
| Type | Principaux utilisateurs | Caractéristiques | Zone de vision de loin | Zone de vision de près |
|---|---|---|---|---|
| Type loin-près | Principalement travailleurs en extérieur | Priorité à la vision de loin | Large | Étroite |
| Type intermédiaire-proche | Principalement travailleurs en intérieur | Accent sur la vision intermédiaire à proche | Étroite | Large |
| Type proche-proche | Travailleurs sur écran longue durée | Accent sur la vision de près | Aucune | Large |
Les verres de proximité doivent être utilisés en alternance avec les verres progressifs pour la vision de loin, qui sont les lunettes de tous les jours. Pour les personnes dont le travail principal nécessite une vision de près ou la lecture prolongée, il est également nécessaire de disposer de verres unifocaux (lunettes) dédiés à la vision de près.
Il est extrêmement important de mesurer avec précision la distance interpupillaire (DIP) et d’ajuster correctement la DIP au centre de vision de loin du verre.
Le choix dépend du mode de vie. Les verres pour la vision de loin et de près conviennent si vous sortez ou conduisez souvent ; les verres pour la vision intermédiaire et de près sont adaptés pour une utilisation en intérieur ou au bureau ; les verres de proximité sont recommandés pour un travail prolongé sur ordinateur. Il est courant d’utiliser plusieurs types en alternance, et la prescription est faite après un essai chez l’ophtalmologiste.
5-2. Correction par verres unifocaux
Section intitulée « 5-2. Correction par verres unifocaux »Les verres progressifs et les verres multifocaux sont pratiques car ils évitent de changer de lunettes, mais il est indéniable que leur netteté est inférieure à celle des verres unifocaux. En particulier, de nombreux patients se plaignent de cette gêne en vision de près. Pour les personnes dont le travail principal nécessite une vision de près ou la lecture prolongée, il est également nécessaire de disposer de verres unifocaux (lunettes) dédiés à la vision de près.
Les verres bifocaux sont moins souvent prescrits en raison du saut d’image et de problèmes esthétiques, mais ils offrent un champ de vision large et net, ce qui en fait une option utile pour les professions nécessitant une bonne vision de loin et intermédiaire, ou pour les cas où l’acuité visuelle corrigée n’est pas bonne.
Points clés pour la prescription de lunettes dédiées à la vision de près :
- Réglage de la puissance en fonction de la distance de travail de près (30–40 cm : lecture, 50–70 cm : travail sur écran)
- La mesure précise de la distance interpupillaire (DIP) est essentielle
- Si le centre optique de la lentille n’est pas aligné avec le centre de la pupille, cela peut provoquer une fatigue oculaire ou une diplopie due à un effet prismatique
- Lors du choix de la monture, tenir compte de la taille et de la position permettant d’utiliser la partie pour la vision de près
5-3. Lentilles de contact progressives
Section intitulée « 5-3. Lentilles de contact progressives »Les lentilles de contact progressives sont une option pour les patients qui ne souhaitent pas porter de lunettes.
Lentilles rigides : Il existe plusieurs designs, comme les lentilles bifocales (partie supérieure pour la vision de loin, partie inférieure pour la vision de près) et les lentilles à progression de puissance. Il n’y a pas d’autre moyen que d’essayer pour déterminer lequel convient.
Lentilles souples : Il existe divers designs, comme les lentilles concentriques (souvent avec une zone centrale pour la vision de près et une zone périphérique pour la vision de loin), les lentilles à puissance progressive, et les lentilles à profondeur de champ étendue (EDOF). Il faut choisir en fonction des besoins de l’utilisateur, en imaginant si le type stabilise la vision de loin, la vision intermédiaire ou la vision de près.
Tous ces types de lentilles présentent l’inconvénient d’une netteté d’image inférieure à celle des lentilles unifocales. Une diminution de la sensibilité au contraste peut également survenir. La sensibilité au contraste diminue particulièrement dans les environnements sombres où la pupille se dilate, il faut donc être prudent lors de la conduite de nuit. Si les lentilles bifocales ne conviennent vraiment pas, l’association de lentilles unifocales avec des lunettes de lecture peut parfois être utile 8).
Lors de la prescription, il est souvent préférable de vérifier l’œil dominant et l’œil non dominant, et d’ajuster l’œil dominant pour la vision de loin et l’œil non dominant pour la vision de près.
5-4. Méthode de monovision
Section intitulée « 5-4. Méthode de monovision »Il s’agit d’une méthode de correction qui consiste à corriger un œil pour la vision de loin et l’autre pour la vision de près, couvrant ainsi la vision de loin et de près par la vision monoculaire de chaque œil. Elle permet de se passer de lunettes, mais il faut être attentif à la diminution de la vision stéréoscopique ; une sélection appropriée des patients permet d’obtenir un taux de satisfaction élevé 3)4).
Cette méthode ne réussit pas dans tous les cas et peut être difficile chez les patients ayant une vision binoculaire normale. Le taux de succès moyen est de 73 %, et une sélection appropriée des patients ainsi qu’un dépistage clinique sont importants pour la réussite 5).
Pour plus de détails, voir l’article sur la « méthode de monovision » (/refractive/monovision/).
5-5. LIO de correction de la presbytie (lentille intraoculaire multifocale)
Section intitulée « 5-5. LIO de correction de la presbytie (lentille intraoculaire multifocale) »
Lors d’une chirurgie de la cataracte, une lentille intraoculaire (IOL) multifocale permettant de corriger simultanément la presbytie est une option. Son application sur un cristallin sain relève d’un traitement sélectionné ou d’une médecine privée, il est donc nécessaire de sélectionner soigneusement les patients éligibles.
Comparaison des IOL trifocales et des IOL EDOF (méta-analyse de 22 études portant sur 2 200 yeux) 1) :
| Indicateur | IOL trifocale | IOL EDOF | Différence significative |
|---|---|---|---|
| Acuité visuelle de près non corrigée (UCNVA) | Supérieure (DM 0,12 logMAR) | — | Oui (P<0,00001) |
| Acuité visuelle de près corrigée (DCNVA) | Excellente (DM 0,12) | — | Oui (P = 0,002) |
| Acuité visuelle de loin corrigée (CDVA) | — | Excellente (DM −0,01) | Oui (P = 0,01) |
| Acuité visuelle de loin non corrigée (UDVA) | Aucune différence | Aucune différence | Aucune (P=0,84) |
| Acuité visuelle intermédiaire non corrigée (UIVA) | Aucune différence | Aucune différence | Aucune (P=0,68) |
| Indépendance vis-à-vis des lunettes | Significativement supérieur (OR 0,26) | — | Oui (P=0,02) |
| Questionnaire QoV | Significativement supérieur (DM 1,24) | — | Oui (P=0,03) |
| Taux d’halos | — | Tendance à la suppression (OR 0,64) | Aucun (P=0,10) |
Principaux IOL trifocaux : AcrySof IQ PanOptix, FineVision, AT LISA tri, TECNIS Synergy1)
Principaux IOL EDOF : TECNIS Symfony, Eyhance, AcrySof IQ Vivity1)
Une méta-analyse de 2 200 yeux a montré que les IOL trifocales sont supérieures pour la vision de près et l’indépendance aux lunettes, tandis que les IOL EDOF sont supérieures pour l’acuité visuelle de loin corrigée et la suppression des phénomènes optiques (comme les halos)1). Le choix dépend du mode de vie, de la profession et des besoins du patient. Pour les personnes qui conduisent souvent de nuit, l’EDOF peut être avantageux, tandis que celles qui privilégient la vision de près optent souvent pour une IOL trifocale.
6. Physiopathologie et mécanismes détaillés
Section intitulée « 6. Physiopathologie et mécanismes détaillés »Diminution de l’élasticité du cristallin et trouble de l’accommodation
Section intitulée « Diminution de l’élasticité du cristallin et trouble de l’accommodation »L’accommodation est la fonction par laquelle le cristallin modifie son épaisseur grâce à la contraction et au relâchement du muscle ciliaire, permettant de faire la mise au point sur des objets proches ou lointains. Selon l’œil théorique de Gullstrand, l’amplitude maximale d’accommodation est d’environ 12 D, mais elle diminue avec l’âge, conduisant à la presbytie.
Avec l’âge, les changements suivants se produisent :
- Sclérose du noyau du cristallin : Les protéines du cristallin (cristallines) subissent une dénaturation et une réticulation, durcissant le cristallin. La principale cause de la diminution de l’accommodation est la perte d’élasticité du cristallin, en particulier celle du noyau.
- Diminution de l’élasticité : Le cristallin durci a du mal à changer de forme même lorsque le muscle ciliaire se contracte. Bien qu’il existe des rapports sur la diminution des fibres musculaires et l’augmentation du tissu conjonctif dans le muscle ciliaire avec l’âge, on pense que sa force de contraction reste considérable après l’implantation d’un cristallin artificiel pour la presbytie.
- Diminution de l’accommodation : L’accommodation passe de 12 à 14 D chez les adolescents à environ 5 D à 40 ans et à environ 1 D à 50 ans. Elle diminue fortement entre 40 et 50 ans.
Profondeur de foyer et diamètre pupillaire
Section intitulée « Profondeur de foyer et diamètre pupillaire »La profondeur de foyer de l’œil est influencée par divers facteurs tels que le diamètre pupillaire, la longueur axiale, les aberrations et l’acuité visuelle potentielle, mais elle est généralement estimée à ±0,3 à 0,5 D. Chez les patients presbytes ou porteurs d’implants intraoculaires, une prescription de lunettes tenant compte de la profondeur de foyer peut améliorer la zone de vision nette et le confort de port.
Plus le diamètre pupillaire est petit, plus la profondeur de foyer est grande. La difficulté à lire en soirée ou sous un faible éclairage chez les presbytes est principalement due à l’augmentation du diamètre pupillaire, qui réduit la profondeur de foyer. C’est la principale cause des difficultés de lecture en soirée ou sous faible éclairage chez les patients presbytes.
Évolution de l’accommodation avec l’âge
Section intitulée « Évolution de l’accommodation avec l’âge »| Âge | Accommodation (D) | Caractéristiques |
|---|---|---|
| 10 ans | 12 à 14 | Accommodation presque maximale |
| 20 ans | 10 à 12 | Diminution progressive |
| 30 ans | 8 à 10 | Période de stabilité temporaire |
| 40 ans | environ 5 | Apparition des symptômes de presbytie |
| 45 ans | 2 à 3 | Diminution rapide |
| 50 ans et plus | environ 1 | Variations individuelles |
L’addition nécessaire augmente avec l’âge, ce qui nécessite généralement un changement de prescription tous les 2 à 3 ans. Avec la généralisation des appareils numériques, la fatigue oculaire numérique (DES) augmente dans la tranche d’âge de la presbytie 9)10), et l’adaptation à l’environnement VDT en même temps que la correction de la presbytie devient un enjeu important.
Différences entre œil hypermétrope et œil myope
Section intitulée « Différences entre œil hypermétrope et œil myope »Étant donné que la quantité d’accommodation nécessaire lors de la correction par lunettes diffère, l’âge d’apparition de la presbytie varie. L’œil hypermétrope nécessite une plus grande accommodation pour la vision de près, donc les symptômes apparaissent plus tôt, tandis que l’œil myope nécessite moins d’accommodation, donc ils apparaissent plus tard. Avec la correction par lentilles de contact, cette différence disparaît presque.
La plupart des premières plaintes de presbytie (fatigue oculaire à partir de la fin de la trentaine) proviennent de la fatigue oculaire, il est donc important de vérifier la fonction accommodative. En particulier chez les patients ayant un temps d’écran long, on estime que le risque de fatigue oculaire augmente d’un facteur 1,15 par heure d’écran supplémentaire 12), et il faut être attentif à ce facteur combiné avec la presbytie.
7. Recherches récentes et perspectives futures
Section intitulée « 7. Recherches récentes et perspectives futures »Collyres correcteurs de la presbytie
Section intitulée « Collyres correcteurs de la presbytie »Un collyre à faible concentration de pilocarpine (nom commercial : Vuity® 1,25 %) a été approuvé par la FDA américaine en 2021 comme collyre correcteur de la presbytie, agissant en augmentant la profondeur de champ par myosis (rétrécissement de la pupille). Il n’est pas approuvé au Japon et ne bénéficie ni d’une autorisation de mise sur le marché ni d’une couverture d’assurance. L’effet apparaît 1 à 3 heures après l’instillation et dure environ 6 heures. L’importance de la vision intermédiaire à l’ère des appareils numériques augmente, et le besoin de correction de la presbytie par collyre est en hausse2).
Implants cornéens (dispositifs à sténopé)
Section intitulée « Implants cornéens (dispositifs à sténopé) »L’implant cornéen KAMRA est une méthode qui consiste à implanter un dispositif à sténopé de 3,8 mm de diamètre dans le stroma cornéen pour améliorer la vision de près en augmentant la profondeur de champ. Son utilisation a été interrompue dans certains cas, et l’établissement de résultats à long terme et de la sécurité reste un défi.
PresbyLASIK (chirurgie laser de correction de la presbytie)
Section intitulée « PresbyLASIK (chirurgie laser de correction de la presbytie) »Il s’agit d’une technique de chirurgie réfractive au laser qui crée un profil multifocal sur la cornée. Il existe deux méthodes : l’une où le centre est réglé pour la vision de près (center-near) et l’autre pour la vision de loin (center-distance). L’évaluation de la stabilité à long terme de la forme cornéenne et de la qualité visuelle est en cours. Avec l’utilisation croissante des smartphones et tablettes, la vision à distance intermédiaire (50 à 80 cm) devient plus importante13), et il est nécessaire de prendre en compte l’utilisation des appareils numériques dans l’évaluation de l’indication du presbyLASIK.
Lentille intraoculaire ajustable par la lumière (Light Adjustable Lens)
Section intitulée « Lentille intraoculaire ajustable par la lumière (Light Adjustable Lens) »Il s’agit d’un implant intraoculaire dont la puissance peut être ajustée après l’opération par exposition aux UV, permettant de corriger les erreurs de réfraction postopératoires. Depuis la pandémie de COVID-19, le télétravail et l’apprentissage en ligne ont entraîné une augmentation rapide du temps d’écran, ce qui a accru la prévalence de la fatigue oculaire numérique chez les personnes presbytes 14)15). À l’avenir, la correction de la presbytie mettra l’accent non seulement sur l’acuité visuelle, mais aussi sur la qualité de la fonction visuelle lors de l’utilisation d’appareils numériques. Des effets de l’augmentation du temps d’écran ont également été rapportés chez les enfants et les jeunes adultes 16), ce qui suscite des inquiétudes quant à un rajeunissement des symptômes de type presbytie (tension accommodative). La recherche sur l’application d’interventions nutritionnelles (acides gras oméga-3, caroténoïdes maculaires, etc.) à la fatigue oculaire liée à la presbytie progresse également 17).
Progrès des implants intraoculaires en mini-monovision
Section intitulée « Progrès des implants intraoculaires en mini-monovision »La recherche progresse sur une approche de compromis qui consiste à adopter un réglage de mini-monovision (addition de +0,75 à +1,00 D) lors de la chirurgie de la cataracte, afin de préserver une certaine vision de près tout en minimisant l’impact sur la vision stéréoscopique 6). Des études comparant les implants multifocaux et la monovision avec implants monofocaux montrent que les implants multifocaux offrent une meilleure acuité visuelle à toutes les distances, mais avec une fréquence plus élevée de halos et d’éblouissement 7).
8. Références
Section intitulée « 8. Références »-
Karam M, Alkhowaiter N, Alkhabbaz A, et al. Extended depth of focus versus trifocal for intraocular lens implantation: an updated systematic review and meta-analysis. Am J Ophthalmol. 2024;267:92-113.
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Wolffsohn JS, et al. TFOS Lifestyle: Impact of the digital environment on the ocular surface. Ocul Surf. 2023;30:213-252.
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Greenbaum S. Monovision pseudophakia. J Cataract Refract Surg. 2002;28(8):1439-1443.
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Evans BJ. Monovision: a review. Ophthalmic Physiol Opt. 2007;27(5):417-439. PMID: 17718882. doi:10.1111/j.1475-1313.2007.00488.x.
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Jain S, Arora I, Azar DT. Success of monovision in presbyopes: review of the literature and potential applications to refractive surgery. Surv Ophthalmol. 1996;40(6):491-499.
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Park ESY, Ahn H, Han SU, et al. Visual outcomes, spectacle independence, and patient satisfaction of pseudophakic mini-monovision using a new monofocal intraocular lens. Sci Rep. 2022;12(1):21716. PMID: 36522397. PMCID: PMC9755282. doi:10.1038/s41598-022-26315-7.
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Zhang F, Sugar A, Jacobsen G, Collins M. Visual function and patient satisfaction: comparison between bilateral diffractive multifocal intraocular lenses and monovision pseudophakia. J Cataract Refract Surg. 2011;37(3):446-453.
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Kaur K, et al. Digital Eye Strain- A Comprehensive Review. Ophthalmol Ther. 2022;11:1655-1680.
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León-Figueroa DA, Barboza JJ, Siddiq A, et al. Prevalence of computer vision syndrome during the COVID-19 pandemic: a systematic review and meta-analysis. BMC Public Health. 2024;24:640. PMID: 38424562. PMCID: PMC10902934. doi:10.1186/s12889-024-17636-5.
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