La « presbytie du smartphone » est un nom courant désignant la diminution de la fonction d’accommodation et la tension accommodative causées par l’utilisation prolongée d’appareils numériques de près, notamment les smartphones. Ce n’est pas un terme médical officiel, mais il est classé comme une partie de l’asthénopie technostress, de l’asthénopie informatique et du syndrome VDT.
L’utilisation prolongée de smartphones, d’écrans d’ordinateur, de jeux vidéo, etc., dans de mauvaises conditions, entraîne l’apparition de divers symptômes physiques et mentaux centrés sur le système visuel (yeux), appelés syndrome VDT. Avec les progrès récents des technologies de l’information, ce syndrome a augmenté rapidement et est également appelé asthénopie technostress ou asthénopie informatique. En raison de la diffusion mondiale des smartphones et de l’apparition des téléviseurs 3D, la tendance est à la hausse dans toutes les tranches d’âge.
La TFOS (Tear Film & Ocular Surface Society) définit la fatigue oculaire numérique (digital eye strain; DES) comme « l’apparition ou l’aggravation de symptômes et de signes oculaires récurrents spécifiquement liés à la visualisation d’écrans d’appareils numériques » 1). Ce concept englobe tous les appareils numériques, y compris les smartphones, tablettes, ordinateurs et casques VR.
La prévalence mondiale de la DES est d’environ 66 % (IC à 95 % : 59 à 74 %) 8), et a augmenté à 74 % (IC à 95 % : 66 à 81 %) en raison de l’essor du télétravail et de l’apprentissage en ligne pendant la pandémie de COVID-19 7). La diminution de la capacité d’accommodation est particulièrement problématique chez les jeunes (10-30 ans), et le smartphone est considéré comme l’appareil ayant la sévérité la plus élevée de CVS 4).
QQuelle est la différence entre la fatigue oculaire due au smartphone et la véritable presbytie ?
A
La véritable presbytie est causée par le durcissement du cristallin lié à l’âge, entraînant une diminution irréversible de la capacité d’accommodation. En revanche, la fatigue oculaire due au smartphone est principalement causée par une hypertonie du muscle ciliaire (spasme accommodatif) due à une utilisation prolongée d’appareils à courte distance, et il s’agit essentiellement d’une diminution fonctionnelle temporaire. Elle peut être réversible grâce à l’amélioration de l’environnement, au repos et à un traitement médicamenteux, ce qui la distingue de la véritable presbytie. Cependant, si elle devient chronique et sévère, la capacité d’accommodation peut diminuer de manière persistante, conduisant à un état semblable à la véritable presbytie.
Fréquence des symptômes du syndrome de vision informatique chez les utilisateurs d'appareils numériques : diagramme à barres montrant les taux d'apparition de vision floue, fatigue oculaire, irritation oculaire, rougeur, sécheresse oculaire, etc.
Sheppard AL, Wolffsohn JS. Digital eye strain: prevalence, measurement and amelioration. BMJ Open Ophthalmol. 2018 Apr 16;3(1):e000146. Figure 1. PMCID: PMC6165611. DOI: 10.1155/2018/4107590. License: CC BY.
Enquête auprès de 422 utilisateurs d’ordinateurs d’agences gouvernementales éthiopiennes montrant la fréquence de chaque symptôme du syndrome de vision informatique (CVS) sous forme de diagramme à barres et de tableau. La vision floue (62,6 %) est la plus fréquente, suivie de la fatigue oculaire (47,6 %), de l’irritation oculaire (47,4 %), de la rougeur (40,3 %), du larmoiement (43,6 %), de la sécheresse oculaire (22,3 %), des maux de tête (33,7 %) et de la diplopie (22,8 %). Cela correspond au profil des symptômes subjectifs de fatigue accommodative et de troubles de la surface oculaire dus au travail de près sur smartphone, traités dans la section « Principaux symptômes et signes cliniques ».
Les symptômes subjectifs de l’asthénopie technostressée et de la fatigue oculaire due au smartphone ne se limitent pas à la fatigue oculaire, à la douleur, à la sécheresse et à la vision floue, mais incluent également des tensions dans le cou, les épaules et les bras, des maux de dos, de la fatigue, des engourdissements des membres, des irrégularités menstruelles, ainsi que des symptômes mentaux tels que l’insomnie et la dépression.
Les principaux symptômes oculaires sont présentés ci-dessous.
Symptôme
Mécanisme
Vision floue (la plus fréquente) · Flou de mise au point
Les symptômes les plus fréquents sont les céphalées, la fatigue oculaire, la sécheresse oculaire, la vision floue et les douleurs cervicales et scapulaires3).
Signes cliniques (observés par le médecin lors de l’examen)
Modifications du clignement : Pendant le travail sur écran, la fréquence de clignement diminue nettement, ce qui, combiné à la sécheresse du bureau, entraîne une sécheresse oculaire fonctionnelle. Après le travail, le clignement augmente de manière compensatoire.
Altération de la synergie de la vision de près : La synergie de la vision de près (accommodation, myosis, convergence) est normalement déclenchée simultanément lors de la vision de près, mais après le travail sur écran, cette synergie se rompt, entraînant un déséquilibre entre les trois composantes.
Anomalies lacrymales : On observe un raccourcissement du temps de rupture du film lacrymal (TBUT), indiquant une sécheresse oculaire par évaporation excessive4). L’utilisation du smartphone a un impact particulièrement important sur le film lacrymal. Les anomalies de la vision binoculaire (insuffisance de convergence, augmentation du retard accommodatif, disparité de fixation) sont également des signes cliniques importants du DES5).
Modifications des fonctions accommodative et de convergence : Après une utilisation prolongée, on observe une diminution de l’amplitude accommodative et un recul du point de convergence de près4). Chez l’enfant, des cas d’ésotropie aiguë acquise (AACE) ont été rapportés.
QPourquoi la vision de loin devient-elle floue après l'utilisation d'un smartphone ?
A
Cela est dû au fait que le muscle ciliaire devient en hypertonie (tension d’accommodation, spasme d’accommodation) lors d’une fixation prolongée à courte distance. Le muscle ciliaire ajuste l’épaisseur du cristallin pour faire la mise au point et se contracte lorsque l’on regarde de près. Lorsqu’il reste contracté de manière persistante, l’ajustement de la mise au point pour la vision de loin devient temporairement difficile. Habituellement, un repos suffisant permet la récupération, mais en cas de chronicité, les symptômes peuvent se prolonger.
Le développement de la presbytie due au smartphone implique une combinaison de trois mécanismes : le mécanisme d’accommodation, le mécanisme de surface oculaire et les facteurs environnementaux.
Type tension d'accommodation
Hypertonie du muscle ciliaire : La poursuite du travail de près empêche le muscle ciliaire de se relâcher.
Myopie transitoire : La vision de loin diminue après l’utilisation du smartphone.
Fréquent chez les jeunes : Particulièrement problématique chez les 10-30 ans qui ont une capacité d’accommodation élevée.
Divergence lors du visionnage 3D : L’accommodation (position de l’écran) et la convergence (image stéréoscopique) divergent, affectant le système nerveux autonome.
Type associé à la sécheresse oculaire
Diminution du clignement : Le taux de clignement diminue significativement lors de la fixation sur l’écran.
Augmentation de l’évaporation lacrymale : La diminution du clignement favorise l’évaporation du film lacrymal.
Lésions de la surface oculaire : Des lésions épithéliales et une inflammation surviennent, provoquant une sensation de corps étranger et de sécheresse.
Augmentation compensatoire du clignement : Un clignement excessif peut survenir après le travail.
Type facteurs environnementaux
Distance d’écran courte : Le smartphone est particulièrement utilisé à courte distance (30-40 cm) (OR 4,24)6)
Ergonomie inappropriée : position et posture de l’écran inadéquates (OR 3,87) 6)
Sécheresse environnementale : humidité < 40 % et exposition directe à la climatisation favorisent l’évaporation des larmes 1)
Éclairage inapproprié : l’éblouissement et les différences de luminance aggravent la fatigue visuelle
Les odds ratios des facteurs de risque quantifiés par revue systématique et méta-analyse sont présentés 6).
Facteur de risque
Odds ratio
Distance courte à l’écran
4,24
Ergonomie inappropriée
3,87
Posture inappropriée
2,65
Absence de pauses
2,24
Utilisation prolongée
2,02
Femme
1.74
Les smartphones, ayant un petit écran et étant utilisés à courte distance, présentent la sévérité la plus élevée de CVS parmi tous les appareils numériques 4). De plus, avec l’augmentation mondiale de l’utilisation des smartphones et la généralisation des téléviseurs 3D, cette affection tend à augmenter davantage dans toutes les tranches d’âge.
Le diagnostic de la presbytie due au smartphone et de l’ophtalmopathie due au technostress repose principalement sur l’évaluation des symptômes cliniques. Les examens suivants sont combinés.
L’anamnèse comprend une vérification détaillée de l’environnement de travail, du temps de travail sur ordinateur, de l’état mental autre que les symptômes oculaires (insomnie, etc.) et de la prise de médicaments tels que les psychotropes et les antihistaminiques.
Points clés de l’anamnèse :
Type d’appareil numérique (smartphone, PC, tablette, etc.) et durée d’utilisation quotidienne
Principaux scénarios d’utilisation (travail, loisirs, jeux) et posture/distance d’utilisation
Moment d’apparition des symptômes (pendant l’utilisation, après l’utilisation, au réveil)
Présence de fluctuations de la vision (vision floue de loin après une utilisation prolongée)
Symptômes autres qu’oculaires (maux de tête, raideur de la nuque, troubles du sommeil)
Antécédents de prescription de lunettes ou de lentilles de contact et date de la dernière mise à jour
Médicaments pris (vérification des médicaments affectant la fonction d’accommodation)
Examens basés sur les directives de travail sur écran VDT :
Les directives du ministère de la Santé, du Travail et de la Protection sociale du Japon pour la gestion de la santé au travail lors des travaux sur écran de visualisation (VDT) recommandent les examens ophtalmologiques suivants pour les travailleurs sur VDT :
Examen de l’acuité visuelle (acuité visuelle à 5 m et de près)
Examen de la réfraction (vérification de la correction appropriée à une distance de 50 cm)
Examen de la position des yeux (présence et degré de phorie)
Examen de la fonction d’accommodation
Il est particulièrement important de noter que les lunettes de correction pour la vision de loin ne sont pas optimisées pour la distance de travail VDT de 30 à 50 cm. Par conséquent, l’utilisation de verres progressifs conçus pour l’environnement de travail VDT est considérée comme efficace pour prévenir l’apparition du syndrome de technostress oculaire. Il est important d’expliquer au patient que des lunettes offrant une bonne acuité visuelle corrigée à 30 cm ne garantissent pas un confort de travail sur VDT.
Voici une liste des principales méthodes d’examen.
Méthode d’examen
Objectif
Points clés
Examen de la réfraction
Quantification de la tension accommodative
La comparaison avec l’état sous paralysie accommodative est importante
Examen de la fonction d’accommodation
Mesure de l’amplitude d’accommodation et du point proche
Accommodomètre, mesures répétées, analyseur de fonction accommodative
Examen de l’acuité visuelle
Distance, près, intermédiaire
Comparaison avant/après utilisation du smartphone utile
DESQ (Digital Eye Strain Questionnaire) : pour tous les appareils numériques
Indicateurs objectifs de fatigue : la fréquence critique de fusion (CFF), l’analyse des clignements (taux de clignement, proportion de clignements incomplets), la réponse pupillaire, etc., permettent de quantifier la fatigue visuelle1).
Diagnostic différentiel : distinguer la sécheresse oculaire, l’asthénopie, les erreurs de réfraction (myopie, hypermétropie, astigmatisme), l’insuffisance d’accommodation, le strabisme/hétérophorie, et les anomalies de position oculaire. Exclure également les troubles d’accommodation d’origine médicamenteuse (antiallergiques, psychotropes).
Le traitement repose sur trois piliers : amélioration de l’environnement et du comportement, traitement médicamenteux et correction de la réfraction.
Amélioration de l'environnement et du comportement
Pause de 10 à 15 minutes toutes les heures : regarder au loin pour détendre le muscle ciliaire
Maintenir une distance appropriée : garder une distance de 40 à 70 cm avec le smartphone ou l’ordinateur
Règle 20-20-20 : toutes les 20 minutes, regarder à 20 pieds (environ 6 mètres) pendant 20 secondes8)
Aménagement de l’éclairage : éviter la lumière directe du soleil, assurer un éclairage intérieur suffisant. Éviter que l’air conditionné ou le chauffage ne souffle directement sur les yeux
Traitement médicamenteux
Larmes artificielles : collyre Soft Santear, 2 à 3 gouttes par instillation, 5 à 6 fois par jour
Collyres hydratants : collyre Hyalein 0,1 %, 1 goutte 5 à 6 fois par jour, en plus de collyre Mucosta UD 2 % ou Diquas 3 %, 1 goutte 5 à 6 fois par jour
Traitement du spasme d’accommodation : collyre Mydrin M 0,4 %, 1 fois par jour au coucher (pour détendre le muscle ciliaire)
Traitement de l’asthénopie : collyre Sancoba 0,02 %, 3 à 5 fois par jour
Correction de la réfraction
Lunettes ou lentilles de contact de puissance appropriée : Il est important d’éviter la sous-correction et la surcorrection.
Lunettes pour distance intermédiaire : Après 40 ans, des lunettes pour la distance intermédiaire (écran d’ordinateur) sont nécessaires.
Lunettes à prismes : Indiquées en cas d’anomalie de la position des yeux.
Exercices de clignement : Fermer les yeux pendant 2 secondes × 2 fois + fermeture forte pendant 2 secondes, répéter comme une série 4).
Intervention nutritionnelle : Selon une revue systématique du TFOS, la supplémentation orale en acides gras oméga-3 a montré une efficacité avec des preuves de haute qualité dans la gestion du DES 2). Elle améliore les symptômes de sécheresse oculaire via des effets antioxydants et anti-inflammatoires.
QComment prévenir la presbytie numérique ?
A
La mesure préventive la plus importante est la pratique de la règle 20-20-20 (toutes les 20 minutes, regarder à 6 mètres pendant 20 secondes) et le maintien d’une distance appropriée avec l’appareil (40 à 70 cm). De plus, augmenter consciemment le clignement des yeux, optimiser l’environnement de travail (éclairage, position de l’écran, humidité) et corriger les troubles de la réfraction si nécessaire sont efficaces. Si les symptômes persistent ou si des symptômes de presbytie apparaissent même chez les jeunes, il est recommandé de consulter un ophtalmologiste pour un examen de la fonction accommodative et un test de sécheresse oculaire.
Trois mécanismes principaux sont impliqués dans le développement de la presbytie numérique et du syndrome de technostress oculaire1).
Aperçu de la pathologie :
La presbytie numérique ne doit pas être considérée comme une maladie unique, mais comme un spectre de pathologies combinées. Les trois composantes que sont la tension accommodative (anomalie fonctionnelle), la sécheresse oculaire (trouble de la surface oculaire) et l’insuffisance de convergence (trouble de la vision binoculaire) s’aggravent mutuellement, tendant à devenir chroniques et sévères. Il est important d’évaluer chacune d’elles et de les traiter de manière combinée pour une amélioration à long terme.
1. Tension accommodative et myopie transitoire
Le travail prolongé en vision de près entraîne une hypertonie du muscle ciliaire, fixant le cristallin dans un état épais (état de vision de près). Dans cet état, l’ajustement de la mise au point pour la vision de loin devient difficile, provoquant une myopie transitoire. Chez les jeunes, la force contractile du muscle ciliaire étant élevée, une tension accommodative plus forte est susceptible de se produire. Les smartphones sont particulièrement utilisés à courte distance et sur un petit écran, ce qui en fait l’appareil exerçant la charge accommodative la plus élevée.
2. Diminution du clignement et aggravation de la sécheresse oculaire
Lors du travail sur écran, la fréquence de clignement diminue nettement, et combinée à la sécheresse du bureau, elle provoque une sécheresse oculaire fonctionnelle. La fréquence normale de clignement est de 15 à 20 fois par minute, mais elle diminue significativement lors de la fixation de l’écran. L’augmentation des clignements incomplets favorise également l’évaporation du film lacrymal, entraînant un raccourcissement du TBUT et des lésions de la surface oculaire. Après le travail, le clignement augmente de manière compensatoire.
3. Rupture de la synergie des trois composantes de la réaction de vision de près
La réaction de vision de près (accommodation, myosis, convergence) est déclenchée simultanément lors de la vision de près, mais après un travail sur écran, cette synergie se rompt, entraînant une discordance dans le déclenchement simultané des trois composantes. Cela provoque une augmentation de l’exophorie, une insuffisance de convergence et une disparité de fixation, sources de vision floue, de diplopie et de fatigue oculaire. Les troubles de la vision binoculaire (insuffisance de convergence, augmentation du retard accommodatif) sont une pathologie importante du syndrome de l’œil sec lié aux écrans, se manifestant particulièrement après une utilisation prolongée de l’appareil5). Chez l’enfant, des cas d’ésotropie aiguë acquise (AACE) ont été rapportés.
Problèmes liés à la télévision 3D et à la réalité virtuelle
Lors du visionnage de la télévision 3D, l’accommodation (position physique de l’écran) et la convergence (profondeur apparente de l’image stéréoscopique) divergent. Cette divergence peut affecter le système nerveux autonome et provoquer une fatigue oculaire, des maux de tête et des nausées.
Lien avec la progression de la myopie
Il a été suggéré qu’une augmentation du temps d’écran à long terme pourrait contribuer à la véritable progression de la myopie. En particulier, le travail de près prolongé pendant l’enfance est connu comme un facteur de risque d’allongement de la longueur axiale, et l’utilisation du smartphone peut en être une cause. Cependant, l’effet sur la progression de la myopie est dû à un mécanisme (allongement de la longueur axiale) fondamentalement différent de la tension accommodative (pseudo-myopie), et les deux doivent être distingués.
Utilisation du smartphone et longueur axiale :
L’effet protecteur des activités de plein air contre la progression de la myopie serait principalement dû à la promotion de la sécrétion de dopamine rétinienne par la lumière solaire (inhibition de l’allongement de la longueur axiale). D’autre part, l’utilisation du smartphone augmenterait le temps passé à l’intérieur en remplacement du travail de près, réduisant ainsi le temps d’activité de plein air, ce qui contribuerait également à la progression de la myopie. En d’autres termes, en plus des problèmes optiques du smartphone lui-même, les changements de mode de vie (réduction des activités de plein air) sont des facteurs médiateurs importants.
Appareils numériques et sommeil :
L’utilisation du smartphone avant le coucher entraîne une perturbation du rythme circadien par la lumière bleue (suppression de la sécrétion de mélatonine), un état de surexcitation mentale et une diminution de la qualité du sommeil. Le manque de sommeil aggrave la fatigue oculaire et la diminution de la fonction accommodative le lendemain matin, formant un cercle vicieux. Dans la gestion de la presbytie due au smartphone, la limitation de l’utilisation des appareils avant le coucher est également une instruction importante.
Presbytie due au smartphone et choix de correction :
Chez les patients atteints de presbytie due au smartphone, les points d’attention suivants concernant la correction existent :
Éviter la surcorrection : Une correction de loin trop forte augmente l’effort accommodatif lors du travail de près, aggravant la presbytie due au smartphone.
Utilité des lunettes pour distance intermédiaire : Après 40 ans, les verres progressifs pour distance intermédiaire adaptés au travail sur écran (50 à 70 cm) sont efficaces.
Utilisation de cycloplégiques : L’instillation d’une goutte de Midrin M (tropicamide à 0,4 %) avant le coucher soulage l’hypertonie du muscle ciliaire.
Traitement simultané de la sécheresse oculaire : La sécheresse oculaire est fréquemment associée à la presbytie due au smartphone, donc une combinaison de larmes artificielles, de gouttes contenant de l’acide hyaluronique et de Sancoba est la base.
Lunettes pour vision intermédiaire, traitement de la sécheresse oculaire
50 ans et plus
Presbytie progressive + DES
Lunettes avec addition appropriée, envisager lentilles multifocales
Effets sur le système nerveux autonome
L’utilisation prolongée d’appareils numériques entraîne une activation soutenue du système nerveux sympathique, réduisant relativement l’innervation parasympathique (accommodation, clignement, sécrétion lacrymale). Ce mécanisme est récemment considéré comme le fondement commun du spasme accommodatif, de la sécheresse oculaire et de la diminution du clignement. De plus, les troubles neurovégétatifs après un travail sur écran (insomnie, palpitations, fatigue) sont compris comme faisant partie des symptômes systémiques de l’asthénopie liée à la technostress.
Fréquence de clignement normale et clignement incomplet :
Le taux de clignement des yeux varie considérablement selon que l’on est au repos les yeux fermés, en conversation, en lecture ou en travail sur écran.
État
Taux de clignement (clignements/min)
Après repos yeux fermés
15 à 20
En conversation
18 à 26
En lecture
4 à 8
En travail sur écran (VDT)
3 à 7
Lors de calculs simples
3 à 5
L’augmentation des clignements incomplets (clignements superficiels) est caractéristique du travail sur écran, et l’absence de réinitialisation complète du film lacrymal accélère la sécheresse de la surface oculaire. Les exercices de clignement sont une méthode d’entraînement efficace pour corriger ces clignements incomplets4).
Tendances mondiales de la prévalence : Selon une méta-analyse, la prévalence poolée du DES est de 66 % (IC à 95 % : 59-74 %), une affection fréquente touchant 2 personnes sur 3 8). Pendant la pandémie de COVID-19, en raison de l’augmentation du télétravail et de l’apprentissage en ligne, elle est passée à 74 % (IC à 95 % : 66-81 %) 7). Une prévalence de 82 % a été rapportée chez les non-étudiants et de 70 % chez les étudiants. Globalement, la prévalence de la fatigue oculaire est de 51 % (IC à 95 % : 50-52 %), atteignant 90 % chez les utilisateurs d’appareils numériques 11).
Impact sur les enfants : Le DES est également appelé « pandémie silencieuse » chez les enfants 9). Une étude indienne a montré que le temps d’écran moyen a doublé, passant de 1,9 heure avant le COVID à 3,9 heures, et la prévalence du DES chez les enfants a atteint 50,2 %. Les facteurs de risque identifiés sont l’âge de 14 ans et plus, le sexe masculin et l’utilisation d’appareils plus de 5 heures par jour. La limitation du temps d’écran et la garantie de temps d’activité en plein air sont importantes pour prévenir la progression de la myopie et la fatigue oculaire chez les enfants.
Fatigue oculaire post-COVID-19 : Des cas de décalage hypermétrope et de symptômes de fatigue oculaire après une infection au COVID-19 ont été rapportés, suggérant une diminution de la capacité d’accommodation du muscle ciliaire 12). La presbytie due au smartphone et la diminution de la capacité d’accommodation en tant que séquelle du COVID-19 pourraient avoir des mécanismes similaires.
Évaluation objective de la stabilité du film lacrymal : Le développement de méthodes d’évaluation objective de la stabilité du film lacrymal progresse 13). Si cette technologie est appliquée cliniquement, elle permettra de diagnostiquer et de surveiller objectivement la composante de sécheresse oculaire associée à la presbytie due au smartphone. L’évaluation objective du film lacrymal deviendra de plus en plus importante dans la gestion du DES.
Progrès des interventions nutritionnelles : La supplémentation en caroténoïdes maculaires (lutéine, zéaxanthine, mésozéaxanthine) a montré une amélioration des performances visuelles et des fonctions cognitives, et est attendue comme approche complémentaire pour le DES 10). Concernant la supplémentation en acides gras oméga-3, la revue systématique du TFOS la classe comme la méthode de gestion ayant le plus haut niveau de preuve 2). Le DHA (acide docosahexaénoïque) représente environ 50 % des phospholipides des photorécepteurs rétiniens, et il est suggéré que la supplémentation en acides gras polyinsaturés oméga-3 (AGPI) est efficace pour réduire le stress oxydatif de la surface oculaire 14).
Outils de diagnostic standardisés : Les questionnaires standardisés sont importants pour évaluer la fatigue oculaire et le DES 15), et le CVS-Q (score ≥ 6 pour le DES) est largement utilisé. Ils sont utiles pour appréhender un large éventail de symptômes, allant des symptômes oculaires (fatigue oculaire, vision floue, sécheresse oculaire) aux symptômes musculo-squelettiques (douleurs cervicales et aux épaules) 16). La durée d’utilisation du VDT, l’environnement de travail et l’état de correction optique ont été identifiés comme les principaux facteurs déterminants de la prévalence 17), confirmant à nouveau l’importance de la gestion du temps d’écran et de l’aménagement de l’environnement de travail.
Adaptation aux nouvelles technologies : Les casques de réalité virtuelle (VR) imposent une charge visuelle de près différente des écrans traditionnels, suscitant des inquiétudes quant à de nouveaux impacts sur les fonctions d’accommodation et de convergence. Le développement de systèmes de surveillance et de prévention du DES utilisant l’IA et des dispositifs portables est en cours. Avec les appareils VR, la distance d’accommodation (focalisation à quelques cm à quelques dizaines de cm devant les yeux) et la distance de convergence (profondeur apparente des objets dans l’espace virtuel) divergent (conflit vergence-accommodation), ce qui rend la fatigue oculaire, les maux de tête et les nausées particulièrement problématiques en cas d’utilisation prolongée. L’élaboration de directives ophtalmologiques pour l’ère future de la XR (réalité étendue) est un défi.
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