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Correction réfractive

Fatigue oculaire (due à un trouble de l'accommodation ou à une correction inadaptée)

Graphique en forêt montrant la prévalence de la fatigue oculaire par groupe (utilisateurs d'appareils numériques, étudiants, adultes en général, etc.)
Graphique en forêt montrant la prévalence de la fatigue oculaire par groupe (utilisateurs d'appareils numériques, étudiants, adultes en général, etc.)
Song F, Liu Y, Zhao Z, et al. Clinical manifestations, prevalence, and risk factors of asthenopia: a systematic review and meta-analysis. J Glob Health. 2026;16:04053. Figure 2. PMCID: PMC12879263. License: CC BY.
Graphique en forêt montrant la prévalence de la fatigue oculaire et l’intervalle de confiance à 95 % par type de groupe (utilisateurs d’ordinateurs, utilisateurs d’appareils numériques, étudiants, adultes en général, etc.) et par questionnaire utilisé (CVS-Q, CISS, CVSS17, etc.). Inclut une comparaison entre les périodes pendant et hors COVID-19. Correspond aux tendances de prévalence (51 % au total, 90 % chez les utilisateurs numériques, augmentation due au COVID-19) traitées dans la section « Qu’est-ce que la fatigue oculaire ? ».

La fatigue oculaire (asthénopie) désigne un ensemble de symptômes vagues comprenant une sensation de fatigue ou de douleur oculaire, une vision floue, accompagnés de maux de tête, de nausées et parfois de vomissements, simplement en regardant des objets. Contrairement à une simple « fatigue oculaire », il s’agit d’un état grave où les symptômes ne disparaissent pas même après le repos, et qui est causé par des anomalies organiques et fonctionnelles des yeux et de l’ensemble du corps. Le code CIM-10 est H53.1.

À l’ère moderne où les appareils numériques sont devenus indispensables à la vie, les sous-types appelés syndrome de vision par ordinateur (CVS) et fatigue oculaire numérique (DES) augmentent rapidement. La TFOS (Tear Film & Ocular Surface Society) définit le DES comme « l’apparition ou l’aggravation de symptômes et signes oculaires récurrents spécifiquement liés à la visualisation d’écrans d’appareils numériques »5). Le CVS désigne un ensemble varié de symptômes allant des symptômes oculaires (fatigue oculaire, vision floue, sécheresse oculaire) aux symptômes musculo-squelettiques (douleurs cervicales et aux épaules) et neurologiques (maux de tête)7). La « technostress oculaire (IT oculaire) » survenant lors du travail sur écran VDT est une pathologie caractéristique principalement due à la sécheresse oculaire par diminution du clignement et à des troubles du système nerveux autonome.

Tendances de la prévalence :

Dans une revue systématique et méta-analyse de 63 études portant sur 60 589 personnes menée par Song et al., la prévalence globale de la fatigue oculaire a été rapportée à 51 % (IC à 95 % : 50–52 %)1). Elle est élevée chez les utilisateurs d’appareils numériques (90 %) et les travailleurs sur ordinateur (77 %), et a augmenté pendant la pandémie de COVID-19, passant de 45 % à 64 % chez les enfants d’âge scolaire et de 36 % à 57 % chez les étudiants universitaires1). La prévalence mondiale de la fatigue oculaire numérique est d’environ 66 % (IC à 95 % : 59–74 %), atteignant 74 % (IC à 95 % : 66–81 %) pendant la pandémie de COVID-1917).

Classification des causes :

Les causes de la fatigue oculaire peuvent être classées en quatre types : accommodative, optique, musculaire et nerveuse.

ClassificationPrincipales causes
AccommodativeCharge accommodative due à des erreurs de réfraction ou à la presbytie, spasme accommodatif, faiblesse accommodative
OptiqueCorrection inadaptée par lunettes (sous-correction, surcorrection, mauvaise correction de l’anisométropie)
MusculaireAnomalie de position oculaire (strabisme, hétérophorie) · insuffisance de convergence
NerveuxMaladies générales · facteurs psychologiques · troubles du système nerveux autonome dus au travail sur écran
Q « Fatigue oculaire » et asthénopie sont-elles la même chose ?
A

La « fatigue oculaire » désigne un état transitoire dont les symptômes disparaissent avec le repos. L’asthénopie est un état grave où les symptômes ne s’améliorent pas même après le repos, et se distingue comme un syndrome non spécifique basé sur des pathologies sous-jacentes telles que les erreurs de réfraction, les anomalies de position oculaire ou les maladies générales.

Les symptômes subjectifs de l’asthénopie comprennent à la fois des symptômes oculaires et généraux, avec des plaintes variées.

Fréquence des symptômes selon une méta-analyse1) :

Dans une méta-analyse de 63 études portant sur 60 589 participants, Song et al. (2026) ont rapporté les symptômes suivants.

SymptômeClassificationRemarques
Vision floue ou troubleOculaireL’une des plaintes les plus fréquentes
Fatigue oculaire, lourdeur des yeuxŒilCommun à tous les utilisateurs d’appareils numériques
Sensation de sécheresse oculaireŒil (sécheresse oculaire)Principalement due à une diminution du taux de clignement
Douleur oculaire, inconfortŒilDouleur sourde persistante
Céphalée (frontale)GénéralImplique un effort d’accommodation et de convergence
Raideur cervicale et des épaulesGénéral (système musculo-squelettique)Déclenché par une posture ou une distance de travail inappropriée
DiplopieOculaireEn cas d’insuffisance de convergence
PhotophobieOculaireLié à une pathologie de la surface oculaire

La vision floue, le flou de mise au point, la sécheresse oculaire et la sensation de lourdeur des yeux sont également fréquemment rapportés. Dans les cas graves, un blépharospasme peut survenir. Le véritable traitement de l’asthénopie consiste à en rechercher la cause et à prévenir son apparition, et il est important de la distinguer d’une simple fatigue oculaire.

Classification en 4 catégories de la fatigue oculaire numérique (DES)8) :

Asthénopie

Fatigue et lourdeur oculaires : aggravées par le travail prolongé en vision de près

Vision floue : peut survenir aussi bien en vision de loin qu’en vision de près

Douleur et gêne oculaires : perçues comme une douleur sourde persistante

Diplopie (rare) : apparaît en cas d’insuffisance de convergence

Symptômes liés à la sécheresse oculaire

Sensation de sécheresse oculaire : principalement due à une diminution de la fréquence de clignement

Sensation de corps étranger et brûlure : due à une rupture du film lacrymal

Larmoiement : par sécrétion lacrymale réflexe

Photophobie : apparaît en cas de lésion de la surface oculaire

Aggravation d'une pathologie oculaire préexistante

Révélation d’une anomalie de réfraction non corrigée : un astigmatisme léger ou une presbytie peut amplifier les symptômes

Céphalées : particulièrement fréquentes au niveau frontal

Difficulté d’accommodation : particulièrement marquée dans la presbytie

Symptômes musculosquelettiques

Douleurs cervicales et scapulaires : dues à une posture inadaptée

Douleurs lombaires : liées à une position inappropriée de l’écran

Douleurs du poignet et des doigts : survenant lors d’une utilisation prolongée du clavier

Signes caractéristiques de la fatigue oculaire liée au stress technologique :

Pendant le travail sur écran, la diminution du clignement des yeux est évidente, et combinée à la sécheresse du bureau, elle provoque une sécheresse oculaire fonctionnelle. Après le travail, on observe plutôt une augmentation compensatoire du clignement. De plus, le réflexe de vision de près (accommodation, myosis, convergence) est déclenché simultanément lors de la vision de près, mais après le travail sur écran, cette synergie se rompt, entraînant une discordance dans le déclenchement simultané des trois éléments.

Q Comment déterminer s'il s'agit d'une fatigue oculaire ?
A

Si après une utilisation prolongée d’appareils numériques, la sécheresse, la fatigue, le flou et les maux de tête surviennent de manière répétée et s’améliorent à l’arrêt de l’utilisation, il est très probable qu’il s’agisse d’une fatigue oculaire numérique. Elle peut être évaluée à l’aide de questionnaires standardisés tels que le CVS-Q (Computer Vision Syndrome Questionnaire, score ≥6 pour DES). Si les symptômes persistent, il est important de consulter un ophtalmologiste pour vérifier la présence d’erreurs de réfraction, de troubles de l’accommodation ou de sécheresse oculaire.

La fatigue oculaire est une maladie multifactorielle, résultant de la combinaison de facteurs ophtalmiques, systémiques et environnementaux.

Facteurs ophtalmiques :

  • Erreurs de réfraction (hypermétropie, astigmatisme, anisométropie, correction inappropriée par lunettes) : l’hypermétropie, l’hypermétropie latente et l’astigmatisme perturbent la fonction d’accommodation, entraînant de nombreuses plaintes lors de travaux prolongés de près.
  • Anomalies de position oculaire (strabisme, hétérophorie) : même un strabisme latent de faible angle peut provoquer une fatigue oculaire, des maux de tête et des douleurs cervicales.
  • Anomalies d’accommodation (presbytie, spasme accommodatif, faiblesse accommodative) : la fatigue visuelle est la plainte initiale la plus fréquente de la presbytie (à partir de la fin de la trentaine)
  • Troubles de convergence et de divergence : l’insuffisance de convergence associée à un défaut d’accommodation provoque une diplopie et une fatigue visuelle en vision de près
  • Sécheresse oculaire : les symptômes d’irritation dus à des lésions de la surface oculaire sont la principale cause de fatigue visuelle
  • Glaucome et hypertonie oculaire : associés aux anomalies de la papille optique et aux défauts du champ visuel

Facteurs systémiques :

  • Troubles cardiovasculaires (hypotension, anémie) : souvent associés à une plainte de fatigue oculaire
  • Anomalies endocriniennes (dysfonction thyroïdienne) : facteur important de fatigue visuelle
  • Maladies digestives (gastroptose, hépatopathie) : la fatigue visuelle apparaît comme une plainte non spécifique
  • Grossesse, anomalies menstruelles, ménopause : périodes propices aux plaintes fonctionnelles
  • Syndrome de Barré-Liéou (séquelles de lésion cervicale) : troubles autonomes avec anomalies objectives pupillaires et accommodatives
  • Médicaments (psychotropes, antihistaminiques) : de nombreux médicaments réduisent la fonction accommodative, la prise de médicaments doit toujours être vérifiée

Facteurs environnementaux :

  • Travail sur écran (syndrome de technostress oculaire, syndrome de l’œil informatique) : anomalies fréquentes de l’accommodation, de la position oculaire et de la sécrétion lacrymale
  • Syndrome du bâtiment malsain (sick building syndrome) : irritation chimique (formaldéhyde, etc.) dans les bâtiments mal ventilés
  • Éclairage (éblouissement, contraste de luminance, position de l’écran)
  • Climatisation (sécheresse, soufflage direct) : l’utilisation de la climatisation est le facteur de risque le plus important avec un OR de 23,02
  • Environnement de travail (posture inappropriée, distance d’écran, travail prolongé sur écran VDT)

Facteurs de risque et facteurs protecteurs selon une méta-analyse (OR) 1) :

FacteurOR (IC à 95 %)Classification
Utilisation de la climatisation23,02 (4,94–107,18)Risque
Maladies oculaires préexistantes2,59 (1,43–4,69)Risque
Posture assise inappropriée2,02 (1,51–2,70)Risque
Hypermétropie1,56 (1,10–2,30)Risque
Myopie1,51 (1,27–1,81)Risque
Temps d’écran (par heure supplémentaire)1,15 (1,09–1,21)Risque
Pauses régulières0,21 (0,09–0,51)Protection
Sommeil de bonne qualité0,24 (0,20–0,30)Protection
Connaissances en utilisation d’ordinateur0,20 (0,13–0,30)Protection
Filtre antireflet0,34 (0,19–0,64)Protection

Les facteurs de risque spécifiques à la fatigue oculaire numérique incluent une courte distance d’écran (OR 4,24), une ergonomie inappropriée (OR 3,87) et l’absence de pauses (OR 2,24)15). Lorsque l’écran est positionné plus haut que le niveau des yeux, la surface oculaire exposée augmente, aggravant les symptômes de sécheresse oculaire5). Une méta-analyse chez les travailleurs sur ordinateur a identifié la durée d’utilisation des écrans, l’environnement de travail et la correction optique comme principaux déterminants de la prévalence14).

Des cas de décalage hypermétrope et de symptômes de fatigue oculaire sont rapportés après une infection au COVID-19, suggérant une diminution de la capacité du muscle ciliaire à maintenir l’accommodation2).

Q Quelle est la relation entre le temps d'écran et la fatigue oculaire ?
A

Chaque heure supplémentaire de temps d’écran augmente le risque de fatigue oculaire d’un OR de 1,15 (IC à 95 % : 1,09–1,21)1). En revanche, prendre des pauses régulières réduit le risque à un OR de 0,21. La combinaison d’une limitation du temps d’écran et de pauses régulières est importante.

Le diagnostic de la fatigue oculaire repose avant tout sur un historique détaillé du patient. Il est essentiel de vérifier soigneusement la durée d’utilisation des écrans, l’environnement de travail, le moment d’apparition des symptômes subjectifs, les antécédents de prescription de lunettes et la prise de médicaments tels que les psychotropes ou les antihistaminiques.

Examens ophtalmologiques essentiels :

ExamenObjectifPoints clés
Test d’acuité visuelle de loin et de prèsConfirmation de l’erreur de réfractionMesure à 5 m, vision de près (30 cm) et distance intermédiaire (50 cm)
Examen de réfractionVérification de la correction appropriéeAutoréfractomètre + réfraction subjective. Collyre cycloplégique si nécessaire
Examen de la fonction accommodativeÉvaluation de l’amplitude et de l’état d’accommodationMesure du point proche, mesure répétée, analyseur de fonction accommodative (analyse HFC)
Examen de la position oculaireÉvaluation du strabisme et de l’hétérophorieTest d’occlusion alternée et test du prisme
Test de vision stéréoscopiqueÉvaluation de la vision binoculaireTNO et Titmus
Test de sécheresse oculaireÉvaluation des troubles de la surface oculaireTBUT, test de Schirmer, coloration à la fluorescéine
Examen à la lampe à fenteExclusion des maladies du segment antérieurInclut l’évaluation de la dysfonction des glandes de Meibomius
Examen du fond d’œilExclusion du glaucome et des maladies du fond d’œilVérification de l’aspect de la papille optique et des anomalies du champ visuel

Il a été suggéré que l’instabilité du film lacrymal peut être une cause majeure de fatigue visuelle3), et l’évaluation de la dysfonction des glandes de Meibomius est également importante.

Évaluation par questionnaire :

Les questionnaires standardisés suivants existent 8)12).

QuestionnaireNombre d’itemsCritères diagnostiques
CVS-Q (Computer Vision Syndrome Questionnaire)16 symptômesScore ≥ 6 : DES
CVSS17 (Computer Vision Symptom Scale)17 itemsBasé sur le modèle de Rasch
DESQ (Digital Eye Strain Questionnaire)Plusieurs itemsAdapté à tous les appareils numériques

Examens objectifs (pour la recherche et les centres spécialisés) 5) :

  • Fréquence critique de fusion (CFF) : quantification de la fatigue visuelle
  • Analyse des clignements (taux de clignement, proportion de clignements incomplets) : aide au diagnostic du DES
  • Réflexe pupillaire et analyse des micro-mouvements d’accommodation (Fk-map) : évaluation de la tension et du spasme accommodatif
  • Enregistrement des mouvements oculaires et mesure de la disparité de fixation : évaluation de l’insuffisance de convergence

Maladies à exclure :

Il est nécessaire d’exclure les maladies présentant des symptômes similaires à l’asthénopie, telles que le glaucome à angle fermé, l’uvéite et la névrite optique. Une attention particulière doit être portée aux points suivants.

  • Glaucome/hypertonie oculaire : les signes de la papille optique et du champ visuel sont essentiels pour le diagnostic différentiel
  • Sécheresse oculaire (y compris MGD) : l’instabilité du film lacrymal peut être la cause principale de l’asthénopie
  • Maladies systémiques (thyroïdiennes, hématologiques, neurologiques) : ne pas négliger les pathologies organiques
  • Médicamenteux : troubles de l’accommodation dus aux psychotropes, antihistaminiques, anticholinergiques, etc.

Le traitement de l’asthénopie repose sur une approche multifactorielle adaptée à la cause. Le plus important est d’identifier et d’éliminer la cause ; un simple traitement symptomatique entraîne des récidives. Le traitement est effectué selon l’ordre de priorité suivant :

  1. Correction des causes ophtalmiques (correction réfractive, traitement de la position oculaire, traitement de la sécheresse oculaire)
  2. Amélioration de l’environnement et du comportement (optimisation de l’environnement de travail sur écran, habitudes de pause)
  3. Traitement médicamenteux (collyres, intervention nutritionnelle)
  4. Traitement des maladies systémiques et des causes médicamenteuses (gestion de la maladie sous-jacente, ajustement des médicaments)

Correction réfractive et correction de la position oculaire

Prescription de lunettes appropriée : moyen le plus important pour traiter la fatigue oculaire. Corriger avec précision l’hypermétropie, l’astigmatisme et l’anisométropie. Une sous-correction ou une surcorrection peut toutes deux provoquer une fatigue oculaire.

Prescription de lentilles de contact : en cas d’anisométropie importante, les lentilles de contact sont plus efficaces que les lunettes pour réduire l’aniséiconie.

Lunettes à prisme : pour une hétérophorie d’environ 10 dioptries prismatiques (Δ), les lunettes à prisme sont efficaces. En cas d’anomalie verticale de la position oculaire, même un petit angle peut réduire la zone de fusion, donc un traitement actif doit être envisagé.

Orthoptie : entraînement pour l’insuffisance de convergence et les troubles de la vision binoculaire. La chirurgie est indiquée pour les anomalies oculaires à grand angle.

Amélioration de l'environnement VDT et modification du comportement

Pauses régulières : faire une pause de 10 à 15 minutes toutes les heures et essayer de regarder au loin.

Règle 20-20-20 : toutes les 20 minutes, regarder à 20 pieds (environ 6 m) pendant 20 secondes13).

Distance et position de l’écran : la distance entre l’œil et l’ordinateur doit être de 40 à 70 cm. Régler l’écran de manière à ce que le regard soit légèrement vers le bas.

Éclairage et environnement : éviter la lumière directe du soleil et assurer un éclairage intérieur suffisant. Veiller à ce que le flux d’air du chauffage ou de la climatisation ne soit pas dirigé directement vers vous et à une bonne ventilation. La gestion de l’humidité est également importante.

Traitement médicamenteux et nutritionnel

Larmes artificielles : collyre Soft Santear, 2 à 3 gouttes par instillation, 5 à 6 fois par jour.

Gouttes hydratantes : Hyalein (0,1 %) 1 goutte 5 à 6 fois par jour + Mucosta UD (2 %) ou Diquas (3 %) 1 goutte 5 à 6 fois par jour

Traitement du spasme d’accommodation : Mydrin M (0,4 %) 1 goutte au coucher (relâchement de l’hypertonie du muscle ciliaire)

Gouttes pour la fatigue oculaire : Sancoba (0,02 %) 3 à 5 fois par jour

Supplémentation en acides gras oméga-3 : seule intervention nutritionnelle orale avec des preuves de haute qualité selon une revue systématique du TFOS6)

Exercice de clignement : fermer les yeux 2 secondes × 2 fois + fermer fortement 2 secondes, répéter comme une série11). Efficace comme exercice de clignement conscient pendant le travail sur écran.

Q Les lunettes filtrant la lumière bleue sont-elles efficaces contre la fatigue oculaire ?
A

Les essais contrôlés randomisés actuels n’ont pas confirmé de preuves que les verres filtrant la lumière bleue réduisent significativement les symptômes de fatigue oculaire 5). Les principales causes de la fatigue oculaire sont la fatigue accommodative, les anomalies du clignement et les facteurs environnementaux, et non les caractéristiques de longueur d’onde de la lumière. Pour la prévention, il est recommandé de privilégier d’abord la règle 20-20-20, une correction réfractive appropriée et l’optimisation de l’environnement de travail.

Les mécanismes de la fatigue oculaire varient selon la cause et impliquent souvent une combinaison de plusieurs mécanismes.

Mécanismes liés aux erreurs de réfraction et à une correction inappropriée :

En l’absence de correction, plisser les yeux ou utiliser une correction réfractive inappropriée peut entraîner une tension accommodative, un spasme accommodatif, ou à l’inverse une insuffisance accommodative ou une paralysie accommodative. Ces anomalies de l’accommodation sont une cause majeure de fatigue oculaire et peuvent évoluer vers un cercle vicieux.

Mécanismes accommodatifs (syndrome de technostress oculaire) :

Le mécanisme de la tension accommodative due au travail sur écran VDT et à l’utilisation prolongée des smartphones est le suivant. La poursuite du travail en vision de près provoque une contraction et une tension continues du muscle ciliaire, rendant la relaxation difficile (tension accommodative). En cas d’aggravation, cela conduit à un spasme accommodatif, entraînant une baisse de l’acuité visuelle de loin similaire à une pseudo-myopie. L’appareil d’analyse de la fonction accommodative (Fk-map) montre un motif de tension à spasme accommodatif avec des valeurs HFC élevées pour les cibles de près. Dans cet état, l’asthénopie a tendance à devenir chronique. L’instillation d’un agent paralytique de l’accommodation (Mydrin M) avant le coucher permet de détendre le muscle ciliaire et d’améliorer la condition.

Mécanisme de la convergence et de la vision binoculaire :

Dans l’insuffisance de convergence associée à un dysfonctionnement accommodatif, la convergence accommodative et la convergence fusionnelle sont toutes deux insuffisantes, provoquant une diplopie et une asthénopie en vision de près. L’utilisation à courte distance des appareils numériques nécessite un effort accommodatif prolongé, entraînant une diminution de l’amplitude accommodative, un recul du point de convergence de près et une augmentation du retard accommodatif9)10).

Mécanisme des anomalies du clignement et des troubles de la surface oculaire :

Lors de l’utilisation d’appareils numériques, la fréquence de clignement diminue et les clignements incomplets augmentent5)8). La fréquence normale de clignement est de 15 à 20 fois par minute, mais elle diminue significativement lors de la fixation d’un écran. La réduction de la fréquence de clignement favorise l’évaporation des larmes, augmente l’osmolarité lacrymale et provoque une sécheresse et une inflammation de la surface oculaire. L’instabilité du film lacrymal est l’une des principales causes de fatigue visuelle3).

Mécanismes nutritionnels et métaboliques :

Le DHA (acide docosahexaénoïque) représente environ 50 % des phospholipides des photorécepteurs rétiniens, et il a été suggéré que la supplémentation en acides gras polyinsaturés oméga-3 (AGPI) est efficace pour réduire le stress oxydatif de la rétine et de la surface oculaire4).

Mécanisme post-COVID-19 :

Après une infection par la COVID-19, une diminution de l’innervation parasympathique se produit, entraînant une baisse de la tension du muscle ciliaire, ce qui provoque un déplacement réfractif vers l’hypermétropie et l’apparition de symptômes de fatigue oculaire 2). Dans trois cas (une femme de 31 ans, un homme de 25 ans et un homme de 22 ans), un déplacement vers l’hypermétropie a été observé, et les symptômes se sont améliorés avec une prescription de lunettes appropriée. Ce mécanisme serait dû à une atteinte du système nerveux autonome et parasympathique en tant que séquelle neurologique de la COVID-19, et il est nécessaire de prêter attention aux changements de l’état réfractif lors de l’évaluation ophtalmologique des patients atteints de COVID long.

Fatigue oculaire et stabilité du film lacrymal :

L’instabilité du film lacrymal est l’une des principales causes de fatigue visuelle 3). Sans un film lacrymal normal, la surface oculaire n’est pas optiquement uniforme, ce qui entraîne des fluctuations de l’acuité visuelle et un flou. La diminution du taux de clignement lors de l’utilisation d’appareils numériques est un mécanisme majeur de cette instabilité du film lacrymal. La sécheresse oculaire par évaporation due à un dysfonctionnement des glandes de Meibomius (MGD) est une comorbidité importante qui aggrave la fatigue oculaire et nécessite une évaluation et un traitement actifs.

Q L'infection par la COVID-19 est-elle associée à la fatigue oculaire ?
A

Des cas de déplacement vers l’hypermétropie et de symptômes de fatigue oculaire après une infection par la COVID-19 ont été rapportés, et on pense qu’une diminution de la capacité d’accommodation du muscle ciliaire est impliquée 2). Une correction réfractive appropriée peut améliorer les symptômes dans certains cas.

Proposition d’une définition diagnostique unifiée :

Il n’existe pas de définition diagnostique consensuelle au niveau international pour l’asthénopie, ce qui rend difficile la comparaison entre les études. Une méta-analyse de Song et al. (2026) propose les critères diagnostiques unifiés suivants 1).

Définition proposée : « Syndrome principalement dû au travail visuel, se manifestant par un ou plusieurs symptômes oculaires ou visuels (fatigue oculaire, vision floue, douleur, etc.), partiellement ou totalement soulagés par le repos ». Si cette définition est standardisée, elle devrait améliorer la qualité des futures études épidémiologiques et interventionnelles.

Orientations futures pour le traitement et la prise en charge :

Le traitement actuel de l’asthénopie est principalement symptomatique, mais les évolutions suivantes sont attendues :

  • Gestion personnalisée par IA : surveillance en temps réel du taux de clignement, du temps d’écran et de la posture à l’aide de dispositifs portables, avec retour d’information individualisé
  • Évaluation précise des composants lacrymaux : amélioration de la précision diagnostique par la mesure des marqueurs inflammatoires lacrymaux (IL-6, IL-8, ICAM-1, etc.) à l’aide de gouttes oculaires
  • Évaluation en environnement VR : développement d’un protocole standardisé d’évaluation de la vision binoculaire à l’aide d’un casque de réalité virtuelle
  • Progrès de la pharmacothérapie : protection de la surface oculaire et réduction de la fatigue visuelle grâce à des collyres favorisant la production de mucine et des collyres anti-inflammatoires
  • Interventions de santé numérique : évaluation de l’efficacité des applications de modification du comportement d’utilisation des écrans et des systèmes de rappel de pauses régulières

Tendances mondiales de la prévalence13)17) :

PopulationPrévalence
Monde (en temps normal, DES)66% (IC à 95% : 59–74%)
Pendant la COVID-19 (DES)74% (IC à 95% : 66–81%)
Non-étudiants (pendant le COVID)82%
Étudiants (pendant le COVID)70%
Tous âges, fatigue oculaire globale51% (IC à 95% : 50–52%)
Utilisateurs d’appareils numériques90%
Travailleurs sur ordinateur77%

Impact sur les enfants :

La DES est également qualifiée de « pandémie de l’ombre » chez les enfants 16). Avant et après la pandémie de COVID-19, le temps d’écran moyen a doublé, passant de 1,9 heure à 3,9 heures, et la prévalence de la DES chez les enfants a atteint 50,2 %. Les facteurs de risque identifiés sont l’âge de 14 ans et plus, le sexe masculin et l’utilisation d’appareils plus de 5 heures par jour.

Potentiel des suppléments d’acides gras oméga-3 :

La supplémentation en PUFAs oméga-3 pourrait réduire le stress oxydatif de la surface oculaire et améliorer la fatigue visuelle en stabilisant le film lacrymal 4). La revue systématique du TFOS considère la supplémentation orale en acides gras oméga-3 comme l’approche de gestion ayant le plus haut niveau de preuve 6).

Techniques d’évaluation objective de la stabilité du film lacrymal :

Le développement de méthodes pour évaluer objectivement la stabilité du film lacrymal progresse 3). Si cette technologie est appliquée cliniquement, elle pourrait permettre de diagnostiquer et de surveiller objectivement la fatigue oculaire liée à la sécheresse oculaire. La généralisation de l’évaluation non invasive du film lacrymal (NIBUT : Non-Invasive Break-Up Time) pendant l’utilisation d’appareils numériques pourrait permettre de suivre en temps réel les changements de la surface oculaire avant et après le temps d’écran.

Impact des casques de réalité virtuelle :

Les casques de réalité virtuelle (VR) imposent une charge visuelle de près différente des écrans traditionnels, suscitant des inquiétudes quant à leur impact sur les fonctions d’accommodation et de vergence. Le développement de systèmes de surveillance et de prévention du DES utilisant l’IA et les appareils portables progresse également.

Fatigue oculaire et économie de la santé :

La fatigue oculaire est étroitement liée à une baisse de productivité et à une augmentation des coûts de santé à l’échelle mondiale. Avec la généralisation du télétravail depuis la pandémie de COVID-19, l’importance économique des mesures contre la fatigue oculaire au travail (aménagement ergonomique, institutionnalisation de pauses régulières, examens ophtalmologiques périodiques) est réévaluée. Compte tenu d’une augmentation du risque d’un facteur OR de 1,15 par heure supplémentaire de temps d’écran, il est probable que l’investissement dans l’amélioration de l’environnement de travail entraîne une réduction des coûts de santé à long terme1).

Programmes de prévention de la fatigue oculaire :

Les mesures suivantes sont recommandées pour prévenir la fatigue oculaire au travail et à l’école :

  1. Examens ophtalmologiques réguliers : détection et traitement précoces des anomalies de réfraction, des troubles de l’alignement oculaire et de la sécheresse oculaire
  2. Évaluation ergonomique : hauteur et distance du moniteur, éclairage de la pièce, hauteur de la chaise, etc.
  3. Institutionnalisation de la règle 20-20-20 : structuration des pauses régulières, comme dans la technique Pomodoro
  4. Outils de gestion du temps d’écran : enregistrement de la durée d’utilisation et définition de limites
  5. Introduction de filtres antireflets : efficace comme facteur protecteur avec un OR de 0,341)
  1. Song F, Liu Y, Zhao Z, et al. Clinical manifestations, prevalence, and risk factors of asthenopia: a systematic review and meta-analysis. J Glob Health. 2026;16:04053.

  2. Thakur M, Panicker T, Satgunam P. Refractive error changes and associated asthenopia observed after COVID-19 infection: Case reports from two continents. Indian J Ophthalmol. 2023;71:2592-2594.

  3. Watanabe M, Hirota M, Takigawa R, et al. Objective evaluation of relationship between tear film stability and visual fatigue [Response to Letter]. Clin Optom. 2025;17:281-282.

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  6. Downie LE, Craig JP, Wolffsohn JS, et al. TFOS Lifestyle: Impact of the digital environment on the ocular surface – Management and treatment. Ocul Surf. 2023;30:253-285.

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