Les troubles cornéens causés ou déclenchés par le port de lentilles de contact (LC) sont appelés troubles cornéens liés aux LC. Leur gravité varie de cas asymptomatiques ou légers à des cas graves pouvant aller jusqu’à l’ulcère cornéen. Ces dernières années, le port de LC chez les élèves du primaire et du collège a augmenté, et le rajeunissement des troubles liés aux LC dans les consultations ophtalmologiques externes est devenu un problème.
Les objectifs de la prescription de LC chez les enfants sont multiples.
Objectif de traitement de l’amblyopie : Prescription pour l’aphaquie (après chirurgie de la cataracte congénitale), les erreurs de réfraction élevées, l’astigmatisme irrégulier sévère, etc. L’adaptation est possible dès le plus jeune âge, et les parents effectuent la mise en place et le retrait des lentilles.
Correction de la réfraction : vise à corriger optiquement la myopie et l’astigmatisme. Compte tenu de la capacité d’auto-gestion, elle est généralement envisagée à partir du collège.
Ralentissement de la progression de la myopie : utilisation de lentilles de contact multifocales ou d’orthokératologie pour inhiber l’allongement axial. Peut être indiqué à partir du cours moyen (environ 8 à 10 ans).
Objectifs sportifs et esthétiques : prescription pour des raisons de commodité lors de la pratique sportive ou pour des motifs esthétiques. Réalisé après une évaluation approfondie de l’âge et de la capacité de gestion.
Types de lentilles de contact et adaptation chez l’enfant
Aucune limite d’âge claire n’est établie par la société d’ophtalmologie, mais la capacité d’auto-gestion et la coopération des parents sont des conditions préalables.
Traitement de l’amblyopie (aphaquie) : Peut être porté dès quelques semaines après la naissance. Les parents assurent la pose et le retrait.
Contrôle de la progression de la myopie (OrthoK, lentilles multifocales) : Envisager l’adaptation à partir du milieu ou de la fin de l’école primaire (environ 8 à 10 ans).
Correction réfractive générale : Après une évaluation suffisante de la capacité d’auto-gestion, l’âge recommandé est à partir du collège.
Lentilles de contact décoratives (colorées) : le risque de complications est élevé, leur prescription chez l’enfant doit être prudente en principe.
QÀ partir de quel âge peut-on porter des lentilles de contact ?
A
Pour le traitement de l’amblyopie (aphaquie), elles peuvent être utilisées dès quelques semaines après la naissance. L’orthokératologie et les lentilles multifocales pour le contrôle de la progression de la myopie sont envisageables à partir du cours moyen ou supérieur de l’école primaire (environ 8 à 10 ans), et la correction réfractive générale à partir du collège. Plus que l’âge, la capacité d’autogestion et la coopération des parents sont importantes, et l’ophtalmologiste prend une décision globale.
L’atteinte cornéenne liée aux lentilles de contact provoque une sensation de corps étranger, une gêne, des sécrétions oculaires, une rougeur, une douleur oculaire, un larmoiement, une vision trouble et une baisse de l’acuité visuelle. Certains cas sont asymptomatiques. En particulier, si la triade rougeur, sécrétions et douleur est présente, une infection cornéenne est possible et nécessite une attention particulière.
Les atteintes cornéennes dues au port de lentilles de contact présentent des motifs de coloration caractéristiques.
Motif léger
Coloration à 3h-9h : observée dans la sécheresse oculaire des porteurs de lentilles rigides (HCL) ou lors du port de lentilles à ajustement serré. Épithéliopathie cornéenne aux positions 3h et 9h.
Motif en forme de sourire : caractéristique de la sécheresse oculaire chez les porteurs de lentilles souples (SCL). Présente un motif de coloration arqué inférieur.
Lésion arquée supérieure de la cornée (SEAL) : apparition d’une épithéliopathie arquée dans la région supérieure périphérique de la cornée lors du port de lentilles souples en matériau rigide.
Coloration annulaire de l’épithélium cornéen : observée en cas d’incompatibilité entre les lentilles en silicone hydrogel et les produits d’entretien.
Forme sévère
Infiltration cornéenne : présente un spectre continu allant des formes non infectieuses (irritation mécanique) aux formes infectieuses.
Ulcère cornéen infectieux : se manifeste par la triade rougeur, sécrétions et douleur. Les causes incluent Pseudomonas aeruginosa, Acanthamoeba et champignons. Il s’agit d’une pathologie grave pouvant entraîner un mauvais pronostic visuel.
Conjonctivite papillaire géante (GPC) : formation de papilles géantes sur la conjonctive palpébrale supérieure due à une réaction allergique. Caractérisée par des démangeaisons et des sécrétions oculaires.
QQuels sont les symptômes chez un enfant portant des lentilles de contact qui justifient une consultation ?
A
Si les trois signes que sont la rougeur, les sécrétions oculaires et la douleur sont présents, une infection cornéenne est possible : il faut immédiatement cesser le port des lentilles et consulter un ophtalmologiste. En cas de sensation de corps étranger, de vision trouble ou de baisse de l’acuité visuelle persistante, une consultation précoce est recommandée. Même en l’absence de symptômes, il est important de poursuivre des consultations ophtalmologiques régulières (tous les 3 à 6 mois).
Chez l’enfant, les facteurs suivants augmentent le risque de troubles cornéens.
Immaturité de la capacité d’auto-gestion : plus l’enfant est jeune, plus le taux d’observance des soins est faible. Les manipulations non hygiéniques lors de la mise en place et du retrait sont fréquentes.
Habitude de se frotter les yeux : aggrave les lésions épithéliales cornéennes et augmente le risque de progression vers le kératocône.
Port pendant le bain ou la natation : l’eau du robinet et de piscine est une source de contamination par Acanthamoeba.
Utilisation de lentilles de contact décoratives : les lentilles de couleur ou non approuvées peuvent avoir un contrôle de qualité insuffisant.
Absence de contrôles réguliers : retarde la détection précoce des anomalies.
Les lentilles de contact réutilisables présentent un risque de kératite à Acanthamoeba (KA) 3,84 fois plus élevé (OR 3,84 ; IC à 95 % 1,75–8,43) que les lentilles jetables quotidiennes. 2)
Même avec les lentilles jetables quotidiennes, les facteurs suivants augmentent le risque. 2)
Facteur de risque
Odds ratio (OR)
Absence de contrôles réguliers
10.12
Réutilisation de lentilles jetables quotidiennes
5.41
Port nocturne
3.93
Douche avec les lentilles
3.29
On estime que 30 à 62 % des cas de kératite amibienne pourraient être évités en passant des lentilles réutilisables aux lentilles jetables quotidiennes (estimation du PAR%). 2)
Examen du fond d’œil : en cas de forte myopie, vérifier également la dégénérescence de la rétine périphérique.
Évaluation de la capacité d’auto-gestion : évaluer globalement l’âge, la personnalité, les habitudes d’hygiène et la motivation.
Confirmation de la compréhension et de la coopération des parents : en particulier chez les jeunes enfants, l’implication active des parents est indispensable.
Diagnostic des troubles cornéens liés aux lentilles de contact
En cas d’aphakie (après chirurgie de la cataracte congénitale), on choisit des lentilles de contact en silicone hydrogel (SCL) ou des lentilles de contact rigides (HCL). Les HCL sont adaptées aux forts astigmatismes irréguliers. Elles peuvent être prescrites dès la petite enfance, et les parents assurent la pose et le retrait des lentilles. Un port approprié des lentilles de contact vise à améliorer l’acuité visuelle en cas d’amblyopie.
Les lentilles de contact souples jetables quotidiennes sont recommandées en première intention. Pour l’astigmatisme élevé, choisir des lentilles toriques souples ou rigides. Il est important de respecter la durée de port et d’effectuer un suivi régulier.
Objectif de contrôle de la progression de la myopie
Lentilles de contact souples multifocales (MiSight, etc.)
Les lentilles de contact multifocales à conception de contrôle de défocalisation périphérique ont montré un effet significatif de ralentissement de la progression de la myopie dans les 12 essais contrôlés randomisés et comparatifs (11 de niveau I). 1)
L’essai randomisé contrôlé de 3 ans sur MiSight 1 day (addition +2,00 D à double foyer) (Chamberlain 2019) a donné les résultats suivants. 1)
Progression réfractive : groupe traité −0,51±0,64 D, groupe témoin −1,24±0,61 D (P<0,0001)
Allongement axial : groupe traité +0,30±0,27 mm, groupe témoin +0,62±0,30 mm (P<0,0001)
Effet de freinage de 59% sur la progression de la réfraction et de 52% sur l’allongement axial
Aucun événement indésirable grave n’a été rapporté dans les 12 essais cliniques. 1) Les données concernant la durée de port optimale, le pronostic à long terme et le rebond après l’arrêt sont actuellement limitées. 1)
Technique consistant à porter des lentilles rigides spéciales pendant le sommeil pour aplatir temporairement la partie centrale de la cornée. Permet de voir sans correction pendant la journée, ce qui convient aux enfants actifs. Il a été rapporté une inhibition de l’allongement axial de 32 à 59% sur deux ans. 3)
Dans une étude multicentrique japonaise (1 438 patients), l’incidence de la kératite microbienne (KM) était de 5,4/10 000 années-patients. 3) Le port nocturne nécessite une attention particulière au risque d’infection cornéenne, et une surveillance régulière de la courbure cornéenne et des changements de puissance est essentielle.
B. Traitement des troubles cornéens liés aux lentilles de contact
Arrêt immédiat du port des lentilles de contact : C’est la mesure initiale la plus importante. Si la cause est éliminée, les troubles cornéens non infectieux ont un bon pronostic.
Kératite infectieuse : Instaurer des collyres antibiotiques à large spectre et les adapter en fonction des résultats de culture. Utiliser des fluoroquinolones contre le Pseudomonas aeruginosa.
Kératite amibienne à Acanthamoeba : utilisation à long terme de collyres à base de polyhexaméthylène biguanide (PHMB) et de propamidine. Le traitement est difficile et le pronostic souvent défavorable.
Atteintes épithéliales cornéennes non infectieuses : utilisation de collyres anti-inflammatoires (corticoïdes avec prudence), de larmes artificielles et de collyres à l’acide hyaluronique.
Lié à la sécheresse oculaire : lubrification par larmes artificielles et collyres à l’acide hyaluronique.
GPC (conjonctivite papillaire géante) : arrêt du port de lentilles de contact + collyres antiallergiques (antihistaminiques, kétotifène, etc.).
C. Points clés de la gestion des lentilles de contact chez l’enfant
Les lentilles de contact jetables quotidiennes sont les plus hygiéniques et recommandées. Elles ne nécessitent aucun entretien et minimisent les risques liés à l’hygiène.
Fournir une éducation suffisante aux parents (utilisation correcte de la solution de nettoyage et de conservation).
Les examens réguliers doivent être effectués tous les 3 à 6 mois. Même en l’absence de symptômes, les consultations régulières doivent être poursuivies.
Établir des règles d’utilisation pendant l’école et les activités extrascolaires (retrait pour la natation, etc.).
Éduquer strictement à l’interdiction du port prolongé et de la poursuite en cas de douleur oculaire.
Interdire le bain, la natation et la douche pendant le port des lentilles.
QLes lentilles de contact multifocales peuvent-elles vraiment ralentir la progression de la myopie chez l'enfant ?
A
Cela est soutenu par des preuves de niveau I. Dans l’essai randomisé contrôlé de 3 ans sur MiSight 1 day, la progression de la réfraction a été réduite de 59 % et l’allongement axial de 52 %. 1) Les 12 essais cliniques ont tous confirmé un effet inhibiteur significatif, sans rapport d’événements indésirables graves. 1) Cependant, les données sur la durée optimale de port et le rebond après arrêt sont limitées, nécessitant un suivi ophtalmologique continu.
QQu'est-ce qui est plus sûr entre les lentilles de contact jetables quotidiennes et celles à renouvellement bi-hebdomadaire ?
A
Les lentilles de contact jetables quotidiennes sont les plus sûres sur le plan hygiénique. Par rapport aux lentilles souples réutilisables, le risque de kératite à Acanthamoeba est réduit d’environ un quart (OR 3,84). 2) Sans nécessité d’entretien, elles minimisent les risques d’hygiène chez l’enfant et sont donc recommandées comme première intention.
Les lésions cornéennes dues au port de lentilles de contact résultent de quatre mécanismes principaux.
1. Stimulation mécanique
Le contact direct de la lentille de contact avec l’épithélium cornéen provoque une desquamation et une érosion des cellules épithéliales. Un ajustement inapproprié (trop raide ou trop plat) augmente la stimulation mécanique. Cela entraîne des motifs de coloration caractéristiques tels que la staining 3-9 heures et le SEAL.
2. Hypoxie
La lentille de contact posée sur la cornée limite l’apport d’oxygène à la cornée. L’hypoxie est particulièrement marquée en cas de port prolongé de lentilles souples non en silicone ou de port nocturne. L’hypoxie provoque un œdème cornéen, une diminution des cellules endothéliales et une néovascularisation cornéenne (formation de pannus). Les lentilles en hydrogel de silicone, grâce à leur haute perméabilité à l’oxygène (valeur Dk/t élevée), réduisent le risque d’hypoxie.
3. Infection
La kératite infectieuse se développe lorsque des agents pathogènes pénètrent par de petites lésions de l’épithélium cornéen.
Pseudomonas aeruginosa : agent pathogène le plus fréquent de la kératite infectieuse liée aux lentilles de contact. Forme un ulcère à progression rapide.
Acanthamoeba : protozoaire présent dans l’eau du robinet, l’eau de piscine, etc. Le risque augmente avec la réutilisation de lentilles souples ou l’exposition à l’eau. Caractérisé par une douleur intense et un infiltrat annulaire.
Champignons : relativement rares mais difficiles à traiter.
4. Réaction allergique
Une réaction allergique au matériau de la lentille, aux produits d’entretien ou aux dépôts peut entraîner la formation de papilles géantes sur la conjonctive tarsale supérieure (conjonctivite papillaire géante, GPC). Une papille est définie comme une élévation d’un diamètre supérieur ou égal à 0,3 mm sur la paupière supérieure.
Mécanisme de ralentissement de la progression de la myopie par les lentilles de contact multifocales
Avec une lentille unifocale, l’image se forme sur la rétine au centre, mais en périphérie, elle se forme en arrière de la rétine (défocalisation hypermétropique périphérique). On pense que cela constitue un signal d’allongement axial, conduisant à la progression de la myopie. 1)
Les lentilles de contact multifocales réduisent ou éliminent la défocalisation hypermétrope périphérique en plaçant une addition de puissance dans la zone périphérique. 1)
Conception bifocale (MiSight, etc.) : zone de correction centrale + zone de traitement concentrique (puissance positive). La lumière périphérique est focalisée en avant de la rétine, supprimant le signal d’allongement axial.
Conception à profondeur de champ étendue (EDOF) (MYLO, etc.) : la lentille entière possède une puissance variable, offrant un contrôle de défocalisation plus continu. Un essai randomisé contrôlé (ERC) de 2 ans a significativement inhibé l’allongement axial (SE : groupe traité −0,62 D vs groupe témoin −1,12 D ; AL : groupe traité 0,37 mm vs groupe témoin 0,67 mm ; P<0,001). 3)
La cornée des enfants est très élastique et a tendance à s’adapter plus rapidement que celle des adultes au port de lentilles de contact. Cependant, s’il y a une habitude de se frotter les yeux, la stimulation mécanique répétée de l’épithélium cornéen présente un risque de progression du kératocône. Il est important d’instruire le patient de ne pas se frotter les yeux pendant le port de lentilles de contact.
Pour dépasser l’efficacité des monothérapies dans le contrôle de la progression de la myopie, des combinaisons de plusieurs traitements sont étudiées. 3)
OrthoK + atropine à faible concentration (0,01%) : C’est actuellement la combinaison pour laquelle les preuves sont les plus accumulées.
Lentilles de contact à double foyer + atropine 0,05% : Des rapports indiquent qu’elle est efficace dans les cas de progression rapide de la réfraction.
OrthoK + thérapie par lumière rouge de faible intensité répétée (RLRL) : étudiée comme option pour les cas de progression rapide et de forte myopie.
Les données sur la durée de port optimale des lentilles de contact multifocales sont actuellement limitées. 1) Les données de suivi à long terme au-delà de 3 ans et l’évaluation du rebond de progression myopique après l’arrêt des lentilles multifocales sont des enjeux futurs. 1)
Des études comparatives de diverses conceptions optiques, y compris la conception à profondeur de foyer étendue (EDOF, comme MYLO), sont en cours. 3) Le développement de lentilles de contact de nouvelle génération visant un contrôle plus efficace du défocus, telles que les conceptions à gradient de puissance et les conceptions multifocales à haute addition, se poursuit.
Sécurité à long terme du port de lentilles de contact chez l’enfant
Aucun événement indésirable grave n’a été rapporté dans 12 essais cliniques de lentilles de contact multifocales. 1) En ce qui concerne l’incidence à long terme de la kératite microbienne en orthokératologie, des études prospectives à plus grande échelle sont nécessaires.
Cavuoto KM, Trivedi RH, Prakalapakorn SG, Oatts JT, Nallasamy S, Morrison DG, Pineles SL, Chang MY. Multifocal Soft Contact Lenses for the Treatment of Myopia Progression in Children: A Report by the American Academy of Ophthalmology. Ophthalmology. 2025;132(4):495-503. doi:10.1016/j.ophtha.2024.09.031. PMID:39503665; PMCID:PMC11930616.
Carnt N, Minassian DC, Dart JKG. Acanthamoeba Keratitis Risk Factors for Daily Wear Contact Lens Users: A Case-Control Study. Ophthalmology. 2023;130(1):48-55. doi:10.1016/j.ophtha.2022.08.002. PMID:35952937.
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