Aspect d’une caméra de fond d’œil sans dilatation (Topcon)
Jason Ruck. Non-mydriatic Topcon retinal camera. Wikimedia Commons. 2007. Figure 1. Source ID: commons.wikimedia.org/wiki/File:Retinal_camera.jpg. License: CC BY-SA 3.0.
Il s’agit d’une photo de l’aspect d’une caméra de fond d’œil sans dilatation fabriquée par Topcon, montrant la forme standard d’un appareil de table avec unité principale, oculaire, mentonnière et joystick de commande. Elle correspond à l’appareil de caméra de fond d’œil sans dilatation présenté dans la section « 1. Qu’est-ce que la photographie du fond d’œil sans dilatation ? ».
La photographie du fond d’œil sans dilatation est une méthode d’imagerie qui permet de photographier le fond d’œil sans utiliser de collyre dilatateur. Dans une pièce sombre ou faiblement éclairée, elle favorise la dilatation naturelle de la pupille et observe le pôle postérieur avec une caméra du fond d’œil à illumination coaxiale selon la méthode indirecte. Le champ de vision standard est de 45°, et l’examen cible surtout la macula, la papille optique et les zones autour des arcades vasculaires.
Dans les environnements associant une caméra grand champ sans dilatation et l’OCT, il est possible d’obtenir des images diagnostiques larges et précises même sans dilatation. Selon les conditions, cela peut être meilleur que l’observation à l’ophtalmoscope pour détecter une hémorragie rétinienne. En revanche, l’examen des lésions de la périphérie rétinienne nécessite un examen du fond d’œil après dilatation.
Elle est largement utilisée pour le dépistage de la rétinopathie diabétique, du glaucome, de l’AMD et de la rétinopathie hypertensive. Ces dernières années, l’association avec une analyse automatique par IA (intelligence artificielle) a attiré l’attention pour améliorer l’efficacité du dépistage1), et l’utilisation de la photographie du fond d’œil en télémédecine (téléophtalmologie) se développe également2).
QQu’est-ce qu’une caméra sans dilatation ?
A
C’est un appareil qui permet de photographier le fond d’œil sans utiliser de collyre dilatateur. L’image est prise dans une pièce sombre après que la pupille s’est dilatée naturellement. Il ne nécessite pas non plus de collyre anesthésiant, et l’un de ses avantages est de pouvoir rentrer chez soi et conduire immédiatement après l’examen. Toutefois, si la pupille ne s’ouvre pas suffisamment ou si un examen détaillé de la partie périphérique postérieure de l’œil est nécessaire, un examen avec collyre dilatateur peut être requis.
Caméra de fond d’œil sans dilatation (modèle standard)
Champ de vision : 45° (prise centrée sur le pôle postérieur)
Anesthésie : Pas besoin de collyre anesthésiant
Modes de prise de vue principaux : couleur, vert (sans lumière rouge), infrarouge
Indications : dépistage de la rétinopathie diabétique, du glaucome et de l’AMD
Caméra grand champ du fond d’œil sans dilatation
Champ de vision : 100–200° (Optos, etc.)
Anesthésie : pas d’anesthésie locale nécessaire
Modes de prise de vue principaux : couleur, FAF, FA (avec produit de contraste)
Indications : cas nécessitant l’observation de la périphérie rétinienne
Autofluorescence du fond d’œil (FAF)
Principe : détecte la fluorescence de la lipofuscine par excitation avec une lumière bleue de courte longueur d’onde (488 nm)
Protocole : Deux images du pôle postérieur (centrées sur la papille et la macula) sont la norme
Précision du dépistage : Les caméras sans dilatation ont une bonne sensibilité et spécificité pour la rétinopathie diabétique3)
GL de la Société d’ophtalmologie du diabète : Un examen du fond d’œil régulier est recommandé dès la première consultation6)
Glaucome
Principaux signes : augmentation du rapport C/D, NFLD (défaut de la couche des fibres nerveuses), hémorragie de la papille
Critères d’évaluation : Un examen complémentaire est nécessaire si le rapport C/D est de 0,7 ou plus, ou si la différence entre les deux yeux est de 0,2 ou plus. Un examen complémentaire est nécessaire si le rapport R/D est de 0,1 ou moins
Remarque : À combiner avec la mesure par OCT de l’épaisseur de la couche des fibres nerveuses rétiniennes (RNFL)
Analyse par IA : L’apprentissage profond présente une grande précision pour la détection automatique de la neuropathie optique glaucomateuse5)
Dans le dépistage des patients diabétiques, la norme est de prendre deux images du pôle postérieur (centrées sur la papille et la macula). Si une caméra grand angle est disponible, une seule image peut la remplacer. Après une photographie sans dilatation pupillaire, il est recommandé d’ajouter un OCT pour évaluer l’œdème maculaire. Si le stade a progressé au stade préprolifératif ou au-delà, envisagez un examen complémentaire par angiographie à la fluorescéine (FA).
Intervalle approximatif pour les photographies de suivi
Suivi de la DMLA (stade des drusen) : tous les 6 à 12 mois
Il est important d’évaluer l’évolution dans le temps grâce à une photographie régulière. La comparaison avec des images antérieures améliore la détection des changements subtils.
4. Comment interpréter les signes normaux et anormaux
Mikael Haggstrom. Fundus photograph of normal left eye. Wikimedia Commons. 2012. Figure 1. Source ID: commons.wikimedia.org/wiki/File:Fundus_photograph_of_normal_left_eye.jpg. License: CC BY-SA.
Il s’agit d’une photographie en couleur du fond d’œil de l’œil gauche d’un homme en bonne santé de 25 ans, montrant des signes normaux du fond d’œil, notamment un disque optique rouge orangé aux bords nets, la macula, les arcades vasculaires supérieure et inférieure et le trajet des vaisseaux rétiniens. Elle correspond à l’image normale du disque optique et de la macula traitée dans la section « 4. Comment interpréter les signes normaux et anormaux ».
Lors de l’observation du disque optique, on utilise les indicateurs suivants.
Rapport C/D (cup/disc) : s’il est de 0,7 ou plus, ou si la différence entre les deux yeux est de 0,2 ou plus, envisager un bilan complémentaire de glaucome
Rapport R/D (rim/disc) : s’il est de 0,1 ou moins, il nécessite un bilan complémentaire
Règle ISNT : normalement, la largeur du rebord est la plus grande dans l’ordre I (inférieur) > S (supérieur) > N (nasal) > T (temporal)
Hémorragie du disque : marqueur de progression du glaucome. Vérifier avec soin pour ne pas la manquer
NFLD (défaut de la couche des fibres nerveuses) : se présente comme une zone sombre en forme de coin
Signes normaux du disque optique
Rapport C/D : 0,3 à 0,6 (forte variabilité individuelle)
Rapport R/D : supérieur à 0,1
Largeur du bord : présente de façon uniforme selon la règle ISNT
Couleur de la papille : orange pâle à orange rougeâtre. Bords nets
Signes de la papille optique nécessitant un examen complémentaire
Rapport C/D : 0,7 ou plus (ou une différence entre les deux yeux de 0,2 ou plus)
Rapport R/D : 0,1 ou moins
Amincissement localisé ou perte de largeur du bord : souvent aux pôles supérieur et inférieur
Hémorragie papillaire : signe d’évolution du glaucome
Croisement artérioveineux et rétrécissement artériolaire
Peut aussi servir d’indicateur pour évaluer la prise en charge globale
QQuelles maladies peut-on détecter sur une photo du fond d’œil ?
A
La photo du fond d’œil peut détecter la rétinopathie diabétique, le glaucome, la dégénérescence maculaire liée à l’âge, la rétinopathie hypertensive et l’occlusion de la veine rétinienne. La forme de la papille optique aide à juger une suspicion de glaucome, et la présence ou l’absence d’hémorragies, de taches cotonneuses et de néovaisseaux sert à évaluer le stade de la rétinopathie diabétique. Comme des anomalies peuvent être repérées avant l’apparition des symptômes, un examen régulier du fond d’œil est important.
5. Limites de l’imagerie et décision de dilatation
Impossible d’observer la rétine périphérique extrême : L’imagerie sans dilatation vise surtout le pôle postérieur. La dilatation est nécessaire pour observer la dégénérescence en palissade et les déchirures rétiniennes
Impossible d’observer le vitré : Si l’évaluation d’une opacité du vitré, comme dans l’uvéite, est nécessaire, l’examen du fond d’œil sous dilatation est indispensable
Baisse de qualité en cas de cataracte et de petite pupille : si l’opacité du cristallin est importante ou si la pupille ne se dilate pas (petite pupille), la qualité de l’image diminue
Dépend du diamètre pupillaire : si la pupille ne se dilate pas suffisamment (repère : moins de 4 mm), il n’est pas possible d’obtenir une image nette
L’utilisation des collyres mydriatiques est décidée en tenant compte de l’état de l’angle irido-cornéen et des conditions sociales au moment de la consultation, comme le fait de conduire. Vérifier les points suivants avant la dilatation.
Angle irido-cornéen : en principe contre-indiqué en cas de glaucome à angle fermé ou de suspicion de celui-ci
Allergie à la phényléphrine : la vérification des antécédents est indispensable, surtout lors de la première dilatation
Conduite de voiture ou de vélo : Ne pas conduire pendant 4 à 6 heures après la dilatation. Il faut l’expliquer au patient à l’avance
Types de collyres mydriatiques : le plus souvent, on utilise une association de tropicamide (0,5 à 1 %) et de phényléphrine (2,5 à 5 %)
QPeut-on se passer de dilatation pupillaire ?
A
Lors des examens de suivi de routine du diabète et du glaucome stables, il suffit souvent d’associer une caméra du fond d’œil grand champ et l’OCT, même sans dilatation pupillaire. En revanche, si un examen précis de l’inflammation intraoculaire (uvéite) ou de la périphérie rétinienne est nécessaire, ou lors de la première consultation, un examen avec dilatation est recommandé. Après la dilatation, la vision est floue pendant environ 4 à 6 heures, mais c’est temporaire.
La caméra du fond d’œil sans dilatation est une caméra du fond d’œil à illumination coaxiale (méthode indirecte). Elle observe la rétine à travers la cornée, le cristallin et le corps vitré. Elle se compose des éléments suivants.
Source lumineuse : éclaire la rétine avec une lampe flash (blanche, verte, bleue, infrarouge)
Capteur d’image : acquisition numérique des images à l’aide d’un capteur CCD ou CMOS
Système optique : forme une image réelle inversée à l’aide d’un objectif, d’une lentille de champ et d’une lentille du fond d’œil
Filtres spectraux : remplacés selon le mode de capture (couleur, vert, infrarouge, FAF, etc.)
Photographie en couleur : la plus courante. Permet d’évaluer globalement les hémorragies, les taches blanches et la forme de la papille optique
Photographie en lumière verte (sans rouge) : élimine la lumière rouge et met en évidence la couche superficielle des fibres nerveuses et les hémorragies. Utile pour observer les NFLD
Photographie infrarouge : utilisée pour observer les couches profondes (épithélium pigmentaire rétinien et choroïde). Moins sensible aux cataractes et aux opacités du vitré
Autofluorescence du fond d’œil (FAF) : détecte la fluorescence de la lipofuscine par excitation avec une lumière bleue de courte longueur d’onde (488 nm). Évalue l’état métabolique de l’épithélium pigmentaire rétinien. Utile pour évaluer la DMLA, la rétinite pigmentaire et l’atrophie géographique
Elles sont enregistrées sous forme d’images numériques dans le dossier médical électronique et servent à comparer les changements au fil du temps. Une résolution standard d’au moins 15 mégapixels est recommandée. Notez la date de prise de vue, l’œil, la direction de prise de vue et les réglages de l’appareil.
7. Recherches les plus récentes et perspectives d’avenir
Diagnostic automatique de la rétinopathie diabétique par IA : la recherche progresse sur la détection de la rétinopathie diabétique avec une sensibilité et une spécificité élevées grâce à l’analyse automatique des images du fond d’œil par apprentissage profond. Des systèmes de diagnostic par IA développés et validés à partir de données de populations multiethniques ont été rapportés1). De plus, un essai pivotal d’un système de diagnostic autonome par IA en soins primaires a été mené, et les efforts vers une utilisation pratique s’accélèrent4)
Application à la téléophtalmologie : la téléophtalmologie, dans laquelle des images prises avec une caméra du fond d’œil sans dilatation sont interprétées à distance par des spécialistes, se répand. Elle contribue en particulier au dépistage de la rétinopathie diabétique dans les régions où l’accès aux spécialistes est difficile2). Toutefois, des défis subsistent concernant la qualité des images, la mise en place du système et le remboursement
Dépistage du glaucome par IA : la recherche progresse aussi sur la détection automatique de la neuropathie optique glaucomateuse par apprentissage profond à partir de photographies couleur du fond d’œil. Une étude a rapporté des performances comparables à celles des spécialistes5)
Programme britannique de dépistage de la rétinopathie diabétique : le dépistage national par caméra du fond d’œil sans dilatation est pratiqué depuis 2003 et a contribué à réduire la perte visuelle liée au diabète3)
Extension de l’utilisation de la FAF : l’amélioration de la précision de l’analyse de l’autofluorescence du fond d’œil (FAF) élargit son utilisation pour prévoir l’évolution de l’atrophie géographique dans la DMLA et pour le suivi de la rétinite pigmentaire.
Ting DSW, Cheung CY, Lim G, Tan GSW, Quang ND, Gan A, et al. Development and Validation of a Deep Learning System for Diabetic Retinopathy and Related Eye Diseases Using Retinal Images From Multiethnic Populations With Diabetes. JAMA. 2017;318(22):2211-2223. doi:10.1001/jama.2017.18152. PMID:29234807; PMCID:PMC5820739.
Sim DA, Keane PA, Tufail A, et al. Automated retinal image analysis for diabetic retinopathy in telemedicine: potential and pitfalls. Ophthalmic Surg Lasers Imaging Retina. 2015;46(6):615-624.
Scanlon PH. The English National Screening Programme for diabetic retinopathy 2003-2016. Acta Diabetol. 2017;54(6):515-525.
Abràmoff MD, Lavin PT, Birch M, Shah N, Folk JC. Pivotal trial of an autonomous AI-based diagnostic system for detection of diabetic retinopathy in primary care offices. NPJ digital medicine. 2018;1:39. doi:10.1038/s41746-018-0040-6. PMID:31304320; PMCID:PMC6550188.
Li Z, He Y, Keel S, et al. Efficacy of a deep learning system for detecting glaucomatous optic neuropathy based on color fundus photographs. Ophthalmology. 2018;125(8):1199-1206.