Cette photographie ultra grand champ du fond d’œil de l’œil gauche, prise avec Optomap d’Optos, couvre plus de 200° en une seule image, du disque optique et de la macula jusqu’à la rétine périphérique au-delà de l’équateur. Elle correspond à la différence d’angle de vue par rapport à la caméra de fond d’œil standard (45°) évoquée dans la section « 1. Qu’est-ce qu’une caméra rétinienne grand champ ? ».
La caméra de fond d’œil ultra grand champ (ultra-widefield fundus camera: UWFC) est un appareil qui peut photographier la rétine périphérique au-delà de l’équateur (plus de 200°) en une seule prise. Les modèles représentatifs comprennent Optomap d’Optos et AFC-330 de Nidek.
Le champ de vision d’une caméra de fond d’œil standard est de 45°, et sa principale zone d’observation est le pôle postérieur autour de la macula et du disque optique. Avec une caméra de fond d’œil ultra grand champ, il est aussi possible de photographier la périphérie en une seule image, ce qui permet d’évaluer largement la dégénérescence en palissade, les déchirures rétiniennes, les zones périphériques de non-perfusion (NPA) de la rétinopathie diabétique et la progression vasculaire périphérique de la rétinopathie du prématuré (ROP).
Dans les environnements où sont disponibles une caméra de fond d’œil grand champ sans dilatation et l’OCT, les constatations du fond d’œil peuvent être obtenues largement et avec précision même sans dilatation pupillaire. Selon les conditions, cela peut être supérieur à l’examen à l’ophthalmoscope pour détecter les hémorragies rétiniennes. Toutefois, l’observation des lésions de la rétine la plus périphérique peut nécessiter un examen du fond d’œil après dilatation.
Les systèmes d’imagerie du fond d’œil ultra grand champ peuvent capturer la périphérie en une seule image, mais il est important de les utiliser en gardant à l’esprit leurs limites en matière de distorsion et de résolution. Il a été rapporté que la détection de lésions périphériques dans la rétinopathie diabétique est associée à une augmentation du risque de progression de la rétinopathie sur 4 ans1). De plus, l’angiographie à la fluorescéine grand champ (FA grand champ) a montré une amélioration de la précision de détection et de classification de la rétinopathie diabétique par rapport à l’imagerie standard ETDRS à 7 champs2).
QQuelle est la différence entre une caméra rétinienne grand champ et une caméra de fond d’œil standard ?
A
Les caméras du fond d’œil sans dilatation classiques ont un champ de vision d’environ 45° et photographient בעיקרement le pôle postérieur centré sur la macula et la zone autour de la papille optique. En revanche, les caméras du fond d’œil ultra-grand champ (par exemple Optomap) ont un champ de vision de plus de 200° et peuvent enregistrer, en une seule prise, des zones très périphériques bien au-delà de l’équateur du globe oculaire. Elles sont utiles pour détecter des lésions invisibles avec les caméras classiques, comme les déchirures et dégénérescences rétiniennes périphériques, ou les zones périphériques de non-perfusion dans la rétinopathie diabétique.
2. Classification des méthodes d’imagerie et appareils représentatifs
L’imagerie du fond d’œil ultra-grand champ comporte globalement deux méthodes, et en pratique clinique on utilise une classification en trois catégories qui inclut aussi le RetCam, spécialisé pour les enfants.
Image en trois panneaux obtenue avec une caméra de fond d’œil ultra-grand champ (UWF) montrant un dentate process (flèche) près de l’ora serrata dans la rétine périphérique temporale (couleur, sans rouge, sans vert). Cela correspond à la détection des lésions de la rétine périphérique abordées dans la section 3. Indications et intérêt clinique.
La caméra de fond d’œil ultra-grand champ est particulièrement utile pour évaluer les lésions périphériques difficiles à capturer avec les caméras de fond d’œil standard.
Rétinopathie diabétique
Principaux éléments d’évaluation : NPA périphérique (zone de non-perfusion) et néovascularisation périphérique
Intérêt clinique : la présence de lésions périphériques est associée au risque de progression de la rétinopathie diabétique sur 4 ans 1)
Avantage de la FA grand champ : par rapport à la méthode ETDRS à 7 champs, le taux de détection des NPA périphériques et de la néovascularisation est amélioré2)
Application au traitement : utilisée pour déterminer l’indication de la photocoagulation panrétinienne (PRP) et pour l’évaluation préopératoire6)
Maladies rétiniennes périphériques
Lésions principalement détectées : déchirures rétiniennes périphériques, dégénérescence en lattice, dégénérescence en snail-track et lésions périphériques liées à l’occlusion vasculaire rétinienne
Importance clinique : permet de détecter précocement les lésions précurseurs du décollement de la rétine et aide à déterminer les indications de la photocoagulation préventive au laser
Associée à l’OCT : l’OCT grand champ permet une évaluation en coupe de la périphérie (par ex. Optos Silverstone)3)
Suivi régulier : également utile pour le suivi de la dégénérescence périphérique postopératoire
ROP (rétinopathie du prématuré)
Appareil utilisé : RetCam (lentille de contact grand angle de 130°)
Objectif : dépistage et évaluation périodique du développement vasculaire périphérique
Réalisation : imagerie sous anesthésie générale ou sédation (nourrissons)
Dépistage à distance : l’efficacité du dépistage à distance à l’aide d’images RetCam a été rapportée5)
Parmi les autres indications figurent aussi les anomalies pigmentaires périphériques de la choroïde, l’évaluation de la dégénérescence périphérique de l’EPR à l’aide de l’autofluorescence du fond d’œil (FAF), et l’évaluation grand champ de l’occlusion de la veine rétinienne.
QPeut-on faire l’examen sans dilater les pupilles ?
A
Optomap peut être réalisé sans dilatation pupillaire. Il utilise la dilatation naturelle de la pupille dans une salle sombre pour effectuer le balayage laser, donc aucun collyre anesthésiant local n’est nécessaire non plus. Cependant, la qualité de l’image s’améliore lorsque la pupille est dilatée, ce qui permet une observation plus précise. En particulier, en cas de cataracte ou de petite pupille, une prise de vue après dilatation peut être recommandée. RetCam est un système de contact, donc l’approche de la dilatation est différente.
Préparation de l’environnement : assombrir la salle d’imagerie pour favoriser la dilatation naturelle des pupilles (en l’absence de dilatation)
Positionnement : le patient pose le menton sur le repose-menton et fixe la lumière de fixation
Début du balayage : les lasers bicolores vert et rouge balayent la rétine pour obtenir une image du fond d’œil de plus de 200°
Imagerie complémentaire périphérique : des images complémentaires de la périphérie sont obtenues en déplaçant le regard dans plusieurs directions (haut, bas, temporal et nasal)
Ajout de modes : si nécessaire, réaliser des images supplémentaires en modes FA, FAF et ICG
Si une dilatation est réalisée (collyre associé de tropicamide à 0,5–1 % et de phényléphrine), la dilatation est complète 15 à 30 minutes après l’instillation. Comme une baisse de la vision et une photophobie surviennent pendant 4 à 6 heures après la dilatation, il faut en informer le patient à l’avance. Évitez la dilatation en cas de glaucome par fermeture de l’angle ou de suspicion.
Préparation à la sédation ou à l’anesthésie générale : Comme il s’agit de nourrissons ou de jeunes enfants, l’imagerie doit être réalisée lorsqu’ils restent immobiles
Préparation de la sonde : appliquer du gel de méthylcellulose sur la sonde à lentille grand angle de 130°
Imagerie par contact : placer la sonde sur la cornée et photographier soigneusement jusqu’à la périphérie
Compte rendu et évaluation : évaluer l’étendue du développement vasculaire et la présence ou non d’un plus disease
Protocole d’angiographie à la fluorescéine grand champ dans la rétinopathie diabétique
Après administration intraveineuse de fluorescéine (Fluorescite 10 % IV 10 mL), réaliser une angiographie à la fluorescéine grand champ aux temps précoce (30 secondes à 2 minutes) et tardif (10 à 15 minutes). Évaluer l’étendue et la répartition de la NPA (zone de non-perfusion) ainsi que la présence de néovaisseaux afin de décider de l’indication d’une PRP (photocoagulation panrétinienne). La supériorité de la FA grand champ par rapport à la photographie standard ETDRS en 7 champs utilisée auparavant a été rapportée2). Il faut vérifier les antécédents d’allergie au produit de contraste et préparer la prise en charge d’urgence.
5. Comment lire les constatations et points de vigilance
Lors de la lecture des images du fond d’œil ultra-grand champ, évaluez systématiquement les signes périphériques en plus du pôle postérieur. Vérifiez la périphérie dans les quatre directions suivantes, dans l’ordre : supérieure, inférieure, temporale et nasale.
Déchirures rétiniennes périphériques et dégénérescence en palissade : vérifier la présence de déchirures atrophiques et de dégénérescence en palissade près de l’ora serrata
NPA périphérique (rétinopathie diabétique) : évaluer l’étendue et la répartition de la zone de non-perfusion qui apparaît blanche en FA grand champ
Néovascularisation périphérique : au temps tardif de la FA, confirmer la fuite de fluorescéine provenant des néovaisseaux périphériques sur l’imagerie grand champ
Étendue de la progression vasculaire dans la ROP : sur les images RetCam, évaluer la ligne de progression vasculaire des zones I à III et le plus disease
QQuels sont les points à noter pour les photographies du fond d’œil grand champ ?
A
Les photographies du fond d’œil grand champ, en particulier les images périphériques, présentent à la fois une distorsion et des limites de résolution. À mesure que l’on se rapproche de la périphérie, l’image est étirée, de sorte que la taille et la forme d’une lésion peuvent sembler légèrement différentes de la réalité. De plus, des cils ou des paupières peuvent apparaître sur les bords supérieur et inférieur. Si une zone très périphérique près de l’ora serrata paraît suspecte, un examen détaillé par fond d’œil dilaté avec lentille à trois miroirs ou ophtalmoscopie indirecte est nécessaire.
Optomap (Optos) utilise un système d’ophtalmoscope laser à balayage (scanning laser ophthalmoscope : SLO). Il génère une image du fond d’œil ultra-grand champ de plus de 200° selon le mécanisme suivant.
Laser à deux longueurs d’onde : deux lasers sont utilisés, vert (532 nm) et rouge (633 nm). La lumière verte convient à l’observation de la rétine superficielle (vaisseaux sanguins, hémorragie, couche des fibres nerveuses), tandis que la lumière rouge convient à l’observation de la rétine profonde (choroïde, RPE)
Technologie du point de balayage virtuel : en balayant le laser à partir d’un foyer virtuel à l’intérieur de l’œil, il est possible de balayer aussi la périphérie tout en corrigeant la distorsion due à la courbure de la cornée et du cristallin.
Optique confocale : ne détecte que la lumière réfléchie provenant d’une profondeur spécifique, ce qui permet d’obtenir des images à fort contraste.
Balayage simultané à deux longueurs d’onde : génère des images en fausses couleurs en acquérant simultanément les signaux de 532 nm et de 633 nm (le canal vert est attribué aux canaux rouge et vert, et le canal rouge au canal bleu).
Cette technologie permet d’obtenir en peu de temps (quelques secondes) des images du fond d’œil en champ ultra-large de plus de 200°, sans dilatation pupillaire.
Autofluorescence du fond d’œil en champ ultra-large (FAF) : un laser de 488 nm ou 532 nm excite la lipofuscine, ce qui permet d’évaluer largement l’état métabolique de l’EPR périphérique (épithélium pigmentaire rétinien).
FA en champ ultra-large (angiographie à la fluorescéine) : après injection intraveineuse de fluorescéine, les vaisseaux rétiniens sont photographiés au laser. Utile pour évaluer la NPA périphérique.
OCT en champ large (Optos Silverstone) : en plus des images en champ ultra-large obtenues par SLO, des balayages OCT sont intégrés, ce qui permet une évaluation en coupe de la périphérie3)
Évaluation en coupe de la rétine périphérique par OCT en champ ultra-large (Optos Silverstone) : un appareil qui intègre l’imagerie du fond d’œil en champ ultra-large par SLO et l’OCT permet peu à peu d’observer la structure en coupe de la rétine périphérique, auparavant difficile à évaluer. Il a été rapporté que le UWF-OCT d’Optos Silverstone peut obtenir des images en coupe de la rétine de plus de 100° en un seul balayage3)
Analyse automatique des images du fond d’œil en ultra grand champ à l’aide de l’IA : Un système d’apprentissage profond a été développé pour détecter automatiquement la rétinopathie diabétique proliférante (cas non traités) sur les images du fond d’œil en ultra grand champ. Une sensibilité et une spécificité élevées ont été rapportées, et son utilisation future pour le dépistage est attendue4)
Amélioration de la précision de l’évaluation du NPA périphérique avec la FA/ICG en ultra grand champ : Plusieurs études ont montré que l’angiographie à la fluorescéine en ultra grand champ améliore la détection du NPA périphérique et de la néovascularisation dans la rétinopathie diabétique, ainsi que la précision de la classification de la gravité, par rapport à la photographie standard ETDRS en 7 champs2). L’évaluation quantitative du NPA périphérique devrait aider à mieux préciser le moment de l’intervention thérapeutique
Application au dépistage à distance de la ROP : Des essais cliniques ont montré qu’un système de dépistage à distance utilisant RetCam permet d’évaluer la rétinopathie du prématuré dans des établissements sans ophtalmologiste sur place. L’efficacité des systèmes de télémédecine pour l’évaluation de la ROP aiguë a été confirmée5)
Photographie du fond d’œil en ultra grand champ connectée au smartphone : Des recherches progressent également sur la photographie du fond d’œil en ultra grand champ à l’aide d’adaptateurs pour smartphone, et son utilisation pour le dépistage de la ROP et de la rétinopathie diabétique dans des contextes à ressources limitées est à l’étude
Silva PS, Cavallerano JD, Haddad NM, et al. Peripheral lesions identified on ultrawide field imaging predict increased risk of diabetic retinopathy progression over 4 years. Ophthalmology. 2015;122(5):949-956.
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