L’IA (intelligence artificielle) est le terme général désignant les systèmes d’apprentissage automatique qui imitent l’intelligence humaine. L’apprentissage profond (DL) est un sous-ensemble de l’IA qui utilise des réseaux neuronaux multicouches pour extraire des caractéristiques avancées et prendre des décisions complexes1).
L’ophtalmologie est l’un des domaines médicaux où l’IA a le plus progressé. Les photos du fond d’œil, l’OCT (tomographie par cohérence optique), l’examen du champ visuel et d’autres données d’imagerie sont standardisés, ce qui facilite l’obtention de grandes quantités de données d’apprentissage. Les principaux usages de l’IA sont les 3 suivants.
Améliorer l’efficacité du dépistage (réduire la charge de lecture des spécialistes en ophtalmologie)
Améliorer l’accès dans les zones manquant de spécialistes
Uniformiser la précision diagnostique (réduire les différences entre établissements)
En 2018, la FDA a approuvé le premier système de diagnostic par IA entièrement autonome (IDx-DR), accélérant l’utilisation pratique du diagnostic ophtalmologique par IA2). IDx-DR peut être utilisé par du personnel non ophtalmologiste dans des services de médecine interne et de soins primaires, et détermine automatiquement s’il faut adresser le patient à un spécialiste en ophtalmologie2).
Les systèmes d’apprentissage profond ont montré une précision comparable à celle des spécialistes pour détecter la rétinopathie diabétique, le glaucome et l’AMD, et le potentiel du diagnostic par IA à partir de photos du fond d’œil a été démontré8).
QComment l’IA est-elle utilisée en ophtalmologie ?
A
L’IA analyse automatiquement les images de photos du fond d’œil et d’OCT afin de détecter des maladies comme la rétinopathie diabétique, le glaucome et la dégénérescence maculaire liée à l’âge. L’IA de dépistage (totalement autonome) peut être utilisée par des non-ophtalmologistes et sert au dépistage primaire dans les régions manquant de spécialistes. Des recherches portent aussi sur l’utilisation de chatbots IA (comme GPT-4) pour évaluer les connaissances en ophtalmologie et éduquer les patients3). Elle est considérée comme un outil d’aide, le diagnostic final étant posé par un spécialiste en ophtalmologie.
L’IA en ophtalmologie se divise globalement en trois types selon la fonction et le niveau d’autonomie.
IA de dépistage (totalement autonome)
Elle analyse automatiquement les photos du fond d’œil et détermine si une orientation est inutile ou nécessaire. Elle peut fonctionner même en l’absence de spécialistes en ophtalmologie et est appliquée aux maladies suivantes2).
Dégénérescence maculaire liée à l’âge (DMLA) : détection des drusen et de la néovascularisation
Glaucome : analyse automatique de la tête du nerf optique et de la couche des fibres nerveuses
Rétinopathie du prématuré (ROP) : dépistage néonatal en réanimation néonatale
Rétinoblastome : surveillance du fond d’œil chez l’enfant
IA d’aide au diagnostic (semi-autonome)
C’est un système qui aide le médecin dans la lecture des images. Il est utilisé pour la classification des sous-types d’AMD par segmentation automatique de la structure en couches de l’OCT, ainsi que pour l’évaluation de la gravité de l’œdème maculaire diabétique (DME).
Chatbot IA (multimodal)
Il s’agit d’une application d’un grand modèle de langage qui analyse simultanément le texte (informations d’anamnèse) et les images (photographies du fond d’œil et OCT). Les connaissances en ophtalmologie et la capacité d’interprétation d’images de ChatGPT-4 ont été évaluées, et son utilisation pour l’éducation des patients et l’anamnèse à distance est envisagée3).
2) est le premier système de diagnostic par IA entièrement autonome approuvé par la FDA en 2018. Du personnel non ophtalmologiste prend les images avec une caméra du fond d’œil sans dilatation, puis l’IA les analyse automatiquement et décide s’il faut adresser le patient. Son déploiement progresse dans les structures de soins primaires.
Principaux indicateurs de performance (essai pivot d’Abràmoff et al. 2018)2) :
IDx-DR a permis un dépistage autonome de la rétinopathie diabétique dans les services de médecine interne et de soins primaires, et permet de sélectionner efficacement les cas nécessitant une orientation vers un ophtalmologiste2).
Interprétation des images ophtalmologiques par chatbot IA (ChatGPT-4)
La précision de GPT-4 sur des questions à choix multiples en ophtalmologie a été évaluée3), avec une précision globale de 70 %.
Précision globale : 70 % (299/428 questions)
Classement de la précision par domaine :
Domaine
Précision
Rétine
77 % (la plus élevée)3)
Tumeurs oculaires
72 %3)
Ophtalmologie pédiatrique
68 %3)
Uvéite
67 %3)
Glaucome
61 %3)
Neuro-ophtalmologie
58 % (la plus faible)3)
Questions fondées sur l’image : 65 %, questions non fondées sur l’image : 82 % (écart de 17 %, P < .001)3)
Cet écart montre que la capacité du chatbot à interpréter les images reste inférieure à sa compréhension du texte non fondé sur l’image. Il a été souligné qu’une intégration appropriée des chatbots multimodaux dans les milieux cliniques est essentielle3).
Caractéristique: détection automatique de la maladie plus en réanimation néonatale5)
ChatGPT-4 (OpenAI)
Objet: évaluation des connaissances en ophtalmologie et de l’interprétation d’images
Précision: taux global de bonnes réponses de 70 % (rétine 77 %, neuro-ophtalmologie 58 %)
Caractéristique: au stade de recherche pour des applications dans l’éducation des patients et les consultations à distance3)
QDans quelle mesure le diagnostic ophtalmologique par IA est-il précis ?
A
L’IA de dépistage de la rétinopathie diabétique (IDx-DR) a montré une sensibilité de 87.2 % et une spécificité de 90.7 %, avec une précision comparable à la lecture d’un spécialiste en ophtalmologie2). L’IA pour la rétinopathie du prématuré (ROP) (i-ROP DL) a également atteint une sensibilité de 91 % et une spécificité de 91 %5). En revanche, dans l’évaluation des connaissances en ophtalmologie du chatbot IA (ChatGPT-4), le taux global de bonnes réponses était de 70 %, et il était plus faible dans le domaine de la neuro-ophtalmologie, à 58 %3). Dans tous les cas, l’IA est un outil d’aide, et si une anomalie est détectée, un examen approfondi par un spécialiste en ophtalmologie est nécessaire.
4. Rapport coût-efficacité et économie de la santé
Le dépistage autonome par IA a été rapporté comme le plus coût-efficace par rapport à la télémédecine, à l’ophthalmoscopie et à l’IA assistée1). Avec un seuil de disposition à payer de $7, il a été jugé coût-efficace par rapport au dépistage assisté1).
Dépistage de l’AMD (dégénérescence maculaire liée à l’âge)
Dans une simulation de cohorte japonaise (500,000 personnes âgées de 40 ans et plus, prévalence de 3.85%), l’ICER du dépistage par IA tous les 3 ans était de $99,283/QALY ($92,890-$99,283)1). Cela dépasse le seuil de disposition à payer du Japon (environ $47,286/QALY), si bien que le rapport coût-efficacité du dépistage de l’AMD reste incertain pour l’instant1). Toutefois, les progrès de l’IA et la baisse des coûts pourraient améliorer la situation à l’avenir.
Biais des données d’apprentissage : lorsque les données d’apprentissage sont biaisées en faveur de certaines races ou tranches d’âge, la précision diminue pour les autres groupes1)
Dépendance à la qualité de l’image : la qualité des photos du fond d’œil (avec ou sans dilatation pupillaire, opacité des milieux et conditions de prise de vue) influence directement la précision de l’IA
Difficulté à prendre en charge les maladies rares : pour les maladies disposant de peu de données d’apprentissage, on n’obtient pas une précision suffisante
Problème de boîte noire : la base des décisions de l’IA n’est pas transparente, ce qui rend difficile pour les médecins de remplir leur devoir d’explication1)
Faible précision en neuro-ophtalmologie : le taux de bonnes réponses de ChatGPT-4 en neuro-ophtalmologie était de 58 %, le plus bas, et révèle des limites dans l’interprétation des affections complexes du nerf optique3)
Les questions éthiques et juridiques suivantes concernant l’IA en ophtalmologie sont évoquées1).
Vie privée du patient et sécurité des données : mise en place de réglementations pour la gestion dans le cloud et le partage international des images du fond d’œil
Responsabilité en cas de diagnostic erroné : en cas d’erreur de diagnostic de l’IA, la responsabilité incombe-t-elle au médecin ou au fabricant de l’IA
Processus réglementaires et d’approbation : systèmes d’évaluation appropriés pour les dispositifs médicaux à IA sous la FDA (États-Unis), la loi japonaise sur les produits pharmaceutiques et les dispositifs médicaux, etc.
Garantir l’explicabilité : importance de présenter la base des décisions de l’IA de manière compréhensible pour les médecins et les patients
Le coût initial de mise en place (matériel, logiciel et formation du personnel) peut être élevé1)
La différence de rapport coût-efficacité entre les pays à faible revenu et les pays à revenu élevé est importante1)
Les systèmes de remboursement par l’assurance sont en cours de développement dans chaque pays, et la mise en œuvre au Japon est encore en phase de développement
QLe diagnostic oculaire par IA est-il sûr ?
A
Les systèmes approuvés par des autorités de régulation comme la FDA (comme IDx-DR) ont été soumis à des essais cliniques rigoureux et un certain niveau de sécurité a été confirmé2). Cependant, le diagnostic par IA est un outil d’aide, et le diagnostic final ainsi que le plan de traitement doivent être décidés par un ophtalmologiste. Il n’est pas recommandé aux patients de s’autodiagnostiquer uniquement avec un chatbot IA (comme ChatGPT). La précision de l’IA peut diminuer en cas de mauvaise qualité d’image, de maladies rares et dans le domaine de la neuro-ophtalmologie3), donc s’il existe un doute d’anomalie, il est important de consulter rapidement un ophtalmologiste.
6. Base technique : comment fonctionne l’apprentissage profond
Image avec une carte thermique Grad-CAM superposée à une photo du fond d’œil. Les zones sur lesquelles l’IA se concentre sont indiquées par une échelle de couleurs pour trois catégories : œil normal, suspicion de glaucome et suspicion de rétinopathie diabétique
Arias-Serrano I, et al. Artificial intelligence based glaucoma and diabetic retinopathy detection using MATLAB — retrained AlexNet convolutional neural network. F1000Research. 2024;12:14. Figure 8. PMCID: PMC11143403. License: CC BY.
Figure comparative montrant des cartes thermiques Grad-CAM d’AlexNet, ResNet50 et GoogLeNet superposées à des photos du fond d’œil (colonne de gauche) d’un œil normal (Non_D), d’une suspicion de glaucome (Sus_G) et d’une suspicion de rétinopathie diabétique (Sus_R). Du rouge au jaune indique une attention plus élevée, et le bleu une attention plus faible. Dans les cas de glaucome, une forte activation est observée autour de la papille du nerf optique, tandis que dans les cas de rétinopathie diabétique, une forte activation est observée dans la région de la macula jusqu’au pôle postérieur. Cela correspond aux techniques de visualisation Grad-CAM et de réseau neuronal convolutif abordées dans la section « Base technique : comment fonctionne l’apprentissage profond ».
Le réseau neuronal convolutif (CNN : Convolutional Neural Network) est la technologie centrale du diagnostic ophtalmologique par IA.
Extrait automatiquement des caractéristiques de manière hiérarchique à partir des images du fond d’œil et des images OCT en entrée
Les couches peu profondes reconnaissent les caractéristiques de bas niveau comme les contours et la couleur, tandis que les couches plus profondes reconnaissent des caractéristiques abstraites comme les motifs vasculaires, les hémorragies, l’œdème et la forme de la papille du nerf optique
Apprendre de façon répétée à partir de grandes quantités de données d’entraînement (images de référence annotées par des spécialistes)
Collecte des données : collecte à grande échelle de photos du fond d’œil, d’OCT et de données d’examen du champ visuel
Annotation : des ophtalmologistes attribuent à chaque image des étiquettes de référence (stade et constatations)
Apprentissage et optimisation : ajustement répété des paramètres du réseau pour les rapprocher de la bonne réponse
Validation et essais cliniques : évaluation des performances sur des cohortes externes et essai pilote en pratique clinique réelle
Apprentissage par transfert (appliquer à des images ophtalmiques des modèles préentraînés d’autres domaines, comme ImageNet) est largement utilisé comme méthode pour atteindre une haute précision même lorsque les données d’entraînement sont limitées.
Des recherches avancent aussi sur la génération d’images synthétiques à l’aide de GAN (réseaux antagonistes génératifs) afin d’augmenter artificiellement les données d’entraînement pour les maladies rares.
L’IA multimodale qui traite simultanément le texte (informations de l’anamnèse) et les images (photos du fond d’œil et OCT) est de plus en plus appliquée en ophtalmologie avec le développement des grands modèles de langage (comme GPT-4)3). Bien qu’elle puisse intégrer des informations plus variées qu’une CNN à modalité unique, il a été montré que sa capacité à interpréter les images reste inférieure à sa compréhension du texte3).
L’analyse de photos du fond d’œil par apprentissage profond a montré qu’il pourrait être possible de prédire, à partir des seules photos du fond d’œil, des facteurs de risque systémiques tels que l’âge, le sexe, la pression artérielle systolique, les antécédents de tabagisme et l’HbA1c6). Une certaine précision a également été rapportée pour la prédiction du risque futur d’événements cardiovasculaires (infarctus du myocarde et AVC), ce qui attire l’attention sur la possibilité que les photos du fond d’œil servent de fenêtre sur l’état de santé général. Des IA de prédiction pour la démence, les maladies rénales et l’anémie sont également encore au stade de la recherche6).
Intégration avec les caméras du fond d’œil pour smartphone
Grâce à la prise de vue du fond d’œil à l’aide d’une petite lentille fixée sur un smartphone et à l’analyse par IA, il a été montré que le dépistage de la DR chez les patients diabétiques en Inde était pratique7). La sensibilité comme la spécificité ont été comparables à celles des caméras spécialisées du fond d’œil, et le dépistage par IA associé à des appareils polyvalents à faible coût pourrait contribuer à sa diffusion dans les pays en développement et les zones rurales.
En combinant le dépistage par IA et la télémédecine, on espère améliorer l’accès aux soins ophtalmologiques dans les régions isolées et les pays en développement. Même dans les établissements dépourvus de spécialiste en ophtalmologie, l’IA peut effectuer un premier dépistage et n’orienter vers la lecture à distance par un spécialiste que les cas positifs, ce qui permet une utilisation plus efficace des ressources médicales.
Des recherches progressent sur une IA capable de prédire à l’avance la réponse au traitement anti-VEGF (ranibizumab, aflibercept, faricimab, etc.) et de proposer le schéma d’administration optimal pour chaque patient. Les modèles qui prédisent l’effet du traitement à partir des images OCT pourraient contribuer à réduire le nombre d’injections et à améliorer le pronostic visuel.
Applications de l’IA générative à l’éducation des patients et à l’aide à l’interrogatoire
Les grands modèles de langage (comme GPT-4) font l’objet de recherches pour des usages tels que l’explication des maladies aux patients, la rédaction des documents de consentement éclairé et l’aide à l’interrogatoire3). Cependant, la prévention des erreurs et des biais dans les informations médicales, ainsi que le maintien de la relation médecin-patient, restent des défis. Il n’est pas recommandé que les patients prennent des décisions d’autodiagnostic ou d’autotraitement en se basant uniquement sur un chatbot3).
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