Nerf oculomoteur (III)
Fréquence : la plus élevée (environ 80 %).
Signes : ptosis, déviation oculaire « vers le bas et l’extérieur », diplopie. Si les fibres parasympathiques sont atteintes, une anomalie pupillaire peut survenir.
Le syndrome de Tolosa-Hunt (STH) est une ophtalmoplégie douloureuse causée par une inflammation granulomateuse idiopathique du sinus caverneux, de la fissure orbitaire supérieure et de l’apex orbitaire.
Il est défini comme répondant aux critères A à D suivants.
L’incidence annuelle est d’environ 1 cas par million d’habitants, ce qui en fait une maladie très rare, reconnue comme telle par la NORD. L’âge de prédilection se situe entre 30 et 60 ans, avec une légère prédominance féminine.
Le nerf oculomoteur (III) est le plus souvent touché (environ 80 %), suivi du nerf abducens (VI, environ 70 %). 2)
Nerf oculomoteur (III)
Fréquence : la plus élevée (environ 80 %).
Signes : ptosis, déviation oculaire « vers le bas et l’extérieur », diplopie. Si les fibres parasympathiques sont atteintes, une anomalie pupillaire peut survenir.
Nerf trochléaire (IV)
Fréquence : moins fréquent que le nerf III.
Signes : Diplopie verticale comme plainte principale. Souvent associée à une atteinte du III.
NC VI (nerf abducens)
Fréquence : Environ 70 %.
Signes : Diplopie horizontale, ésotropie due à un déficit d’abduction du côté atteint. Le nerf abducens est le seul nerf non protégé dans la paroi durale du sinus caverneux, il est donc facilement atteint même en cas de paralysie isolée.
NC V1 (nerf ophtalmique)
Fréquence : Relativement fréquente.
Signes : Perte de sensation ou hypoesthésie de la région frontale. La douleur ou les anomalies sensorielles dans le territoire de la première branche du trijumeau suggèrent une lésion du sinus caverneux antérieur ou de la fissure orbitaire supérieure. En cas de lésion du sinus caverneux postérieur, toutes les branches du trijumeau peuvent être touchées.
L’association d’une douleur orbitaire postérieure unilatérale et d’une paralysie oculomotrice est caractéristique du syndrome de Tolosa-Hunt (THS). Cependant, le THS est un diagnostic d’exclusion ; il faut d’abord éliminer une tumeur, une infection, une lésion vasculaire, etc. De plus, comme 30 à 40 % des cas récidivent, une surveillance attentive est nécessaire même après une réponse aux stéroïdes.
Il s’agit d’une inflammation granulomateuse aseptique idiopathique du sinus caverneux, de la fissure orbitaire supérieure et de l’apex orbitaire. L’histopathologie révèle une infiltration de fibroblastes, lymphocytes et plasmocytes, ainsi que des granulomes non caséeux (parfois avec des cellules géantes), classée comme inflammation granulomateuse non spécifique.
Dans le THS typique, aucune cause infectieuse ou tumorale n’est identifiée, mais une infection virale récente peut être un facteur de risque.
Le THS est un diagnostic d’exclusion, combinant les données cliniques, d’imagerie, biologiques et l’exclusion d’autres maladies.
L’IRM/ARM est le premier choix. Elle fournit des informations plus détaillées sur le sinus caverneux et l’apex orbitaire que la tomodensitométrie.
Il est nécessaire d’exclure les principales maladies différentielles suivantes.
| Catégorie | Principales maladies | Réponse aux stéroïdes |
|---|---|---|
| Inflammation/Auto-immunité | Sarcoïdose, Granulomatose avec polyangéite, Maladie liée aux IgG4 | Variable |
| Tumeur | Méningiome, Lymphome, Cancer métastatique | Aucune/Minime |
| Infection | Thrombose du sinus caverneux, Infection fongique, Tuberculose | Aucune/Aggravation |
| Vasculaire | Fistule carotido-caverneuse, Anévrisme de l’artère carotide interne, Anévrisme cérébral | Aucune |
| Endocrinien/métabolique | Paralysie diabétique du IIIe nerf crânien | Aucun |
| Neurologique/démyélinisant | Sclérose en plaques, neuromyélite optique, ADEM, maladie de Behçet neurologique, encéphalopathie de Wernicke | Aucun |
| Tronc cérébral/vasculaire | Accident vasculaire du tronc cérébral | Aucun |
| Autres | Migraine ophtalmoplégique, pseudotumeur orbitaire | Variable |
Le test au Tensilon et le test de glace sont utiles pour différencier la myasthénie grave, et la présence de fluctuations diurnes est un indice important. La réponse aux stéroïdes soutient le diagnostic de THS mais ne le confirme pas. Il faut noter que le lymphome malin peut également être temporairement calmé par les stéroïdes.
Administrer 50 à 60 mg/jour de prednisolone pendant les 3 premiers jours. La douleur orbitaire s’améliore souvent de façon spectaculaire. Une réduction précoce de la dose peut entraîner une rechute, il faut donc réduire progressivement avec prudence.
Pour les THS réfractaires ou récurrents, les médicaments suivants sont des options.
| Médicament | Dose indicative |
|---|---|
| Azathioprine | 2 mg/kg/jour |
| Méthotrexate | 7,5 à 25 mg/semaine |
| Mycophénolate mofétil | 1 à 2 g/jour |
| Infliximab | 3 à 5 mg/kg/prise |
| Ciclosporine | 2 à 5 mg/kg/jour |
| Radiothérapie | 30 à 60 Gy |
Dans les cas de récidives fréquentes, une association d’azathioprine et de faibles doses de stéroïdes a montré une efficacité pour prévenir les rechutes. 3) En cas de résistance aux stéroïdes, le rituximab est également une option.
Après le traitement, une IRM de contrôle confirme la disparition des lésions. Une récidive survient dans 30 à 40 % des cas, nécessitant un suivi à long terme.
La douleur s’améliore généralement de façon marquée dans les 24 à 72 heures suivant le début des stéroïdes. En revanche, la récupération des mouvements oculaires est souvent plus lente, pouvant prendre plusieurs semaines à plusieurs mois. Une diminution trop rapide de la dose peut entraîner une rechute ; il est donc courant de réduire progressivement la dose sur 3 à 4 mois.
L’inflammation granulomateuse aseptique idiopathique du sinus caverneux, de la fissure orbitaire supérieure et de l’apex orbitaire en est la cause. Histologiquement, on observe une infiltration de fibroblastes, lymphocytes et plasmocytes, des granulomes non caséeux (parfois avec cellules géantes) et un épaississement de la dure-mère. 2)
| Site de la lésion | Nerfs touchés | Symptômes caractéristiques |
|---|---|---|
| Fissure orbitaire supérieure à sinus caverneux antérieur | NC III, IV, VI, V1 | Ophtalmoplégie externe douloureuse, douleur et paresthésie dans le territoire du premier nerf trijumeau |
| Sinus caverneux moyen à postérieur | NC III, IV, VI, V1, V2, V3 | Atteinte de toutes les branches du trijumeau |
| Sinus caverneux postérieur (avec atteinte du nerf optique) | Ci-dessus + nerf optique | Correspond au syndrome de l’apex orbitaire, RAPD positif |
La douleur ou les anomalies sensorielles limitées au territoire de la première branche du nerf trijumeau (V1) suggèrent une lésion du sinus caverneux antérieur ou de la fissure orbitaire supérieure, tandis que l’atteinte des deuxième et troisième branches (V2, V3) oriente vers une lésion du sinus caverneux moyen ou postérieur.
L’inflammation granulomateuse implique directement les nerfs crâniens III, IV, V1 et VI, provoquant une paralysie des muscles oculaires et des douleurs par compression extrinsèque. L’atteinte des fibres sympathiques de l’artère carotide interne entraîne un syndrome de Horner, et l’atteinte des fibres parasympathiques du nerf III provoque des anomalies pupillaires.
Une partie des THS pourrait représenter une forme de maladie orbitaire associée aux IgG4. Dans ce cas, on observe une élévation du taux sérique d’IgG4 et une infiltration tissulaire de plasmocytes IgG4-positifs.
Ang et al. (2023) ont rapporté plus de 14 cas d’inflammation orbitaire post-vaccinale (dont THS). Des cas ont été documentés après vaccination avec Pfizer/BioNTech, Moderna, CoronaVac et Janssen, avec un délai d’apparition de 9 heures à 42 jours (médiane autour de 5 à 35 jours). Il a été suggéré que la dégradation des molécules d’ARNm pourrait déclencher une inflammation, et les patients ayant des antécédents d’inflammation orbitaire pourraient présenter un risque de récidive plus élevé. Le THS est également répertorié comme événement indésirable d’intérêt particulier (AESI) dans le système VAERS (Vaccine Adverse Event Reporting System). 1)4)
Gogu et al. (2022) ont rapporté le cas d’un homme de 45 ans qui a développé une THS deux semaines après avoir été infecté par le COVID-19 au 9e jour suivant la vaccination. Il a ensuite présenté un accident vasculaire cérébral ischémique et une encéphalite hémorragique, et est décédé. Cela suggère un possible double mécanisme impliquant une anomalie immunitaire et une infection. 7)
Nilofar et al. (2024) ont rapporté le cas d’une femme de 54 ans chez qui un LED a été diagnostiqué après une THS comme manifestation initiale. Les anticorps ANA 4+, anti-ADN natif et anti-Sm étaient positifs, et un traitement d’entretien par hydroxychloroquine et mycophénolate mofétil a été instauré. 6)
Mohebbi et al. (2024) ont rapporté le cas d’une femme de 40 ans atteinte de granulomatose avec polyangéite C-ANCA-PR3 positive qui s’est présentée avec des symptômes de type THS. Elle a été traitée par des pulses de stéroïdes et du rituximab. 5)
Thu et al. (2021) ont rapporté le cas d’une femme de 48 ans ayant présenté trois récidives avec une mauvaise réponse aux stéroïdes à faible dose, chez qui l’ajout d’azathioprine à 2 mg/kg/jour a permis de supprimer les récidives. 3)
Des cas de THS ont été rapportés avec plusieurs types de vaccins (ARNm, vecteur adénoviral, inactivé), avec un délai d’apparition allant de 9 heures à 42 jours après la vaccination. Cependant, à l’heure actuelle, la relation de cause à effet n’est pas établie. Le THS est répertorié comme événement indésirable d’intérêt particulier dans le VAERS et fait l’objet d’une surveillance continue. 1)4)