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Cataracte et segment antérieur

Uvéite phacolytique (Phacolytic Uveitis)

L’uvéite phacolytique (Phacolytic Uveitis) est un type d’endophtalmie induite par le cristallin (lens-induced uveitis ; LIU). Elle est provoquée par une rupture de la tolérance immunitaire et une inflammation intraoculaire suite à la fuite de protéines cristalliniennes (principalement du cortex) dans l’humeur aqueuse, due à la rupture spontanée de la capsule d’une cataracte hypermûre, à des résidus corticaux après une chirurgie de la cataracte, ou à une lésion capsulaire traumatique.

Elle survient de manière unilatérale et se manifeste par une injection ciliaire, des précipités rétro-cornéens, une opacité de la chambre antérieure et du vitré, souvent associée à une hypertension oculaire. Elle est classée parmi les uvéites non infectieuses.

Selon le PPP de l’AAO sur la cataracte de l’adulte (2021), la chirurgie de la cataracte est indiquée lorsque le cristallin provoque une inflammation et un glaucome secondaire (phacolytique, particules cristalliniennes, phacoantigénique)2).

Les trois types d’endophtalmie induite par le cristallin

Section intitulée « Les trois types d’endophtalmie induite par le cristallin »

L’endophtalmie induite par le cristallin est classée en trois types selon le mécanisme pathologique.

TypeMécanismeNature de l’inflammationCause principale
Uvéite phacolytique (cette maladie)Phagocytose des protéines du cristallin par les macrophagesNon granulomateuse à faiblement granulomateuseCataracte hypermûre, cortex résiduel postopératoire, traumatisme
Uvéite phacoanaphylactiqueAllergie de type III aux protéines du cristallinFortement granulomateuseTraumatisme, postopératoire
Inflammation due to retained lens materialRéaction directe au matériel cristallinien résiduelInflammation aiguëPost-chirurgie de la cataracte

Le glaucome phacolytique est un phénotype clinique différent du même mécanisme pathologique. Les macrophages ayant phagocyté les protéines du cristallin obstruent le trabéculum, entravant l’écoulement de l’humeur aqueuse. On distingue l’uvéite lorsque les signes inflammatoires sont marqués, et le glaucome lorsque l’élévation de la pression intraoculaire prédomine avec peu de signes inflammatoires, mais les deux peuvent coexister1).

Il n’existe pas de données claires sur la prévalence ou l’incidence. Elle est classée parmi les uvéites non infectieuses. Elle survient de manière unilatérale, sans différence de sexe. Lorsqu’elle est due à une lyse spontanée, elle touche principalement les personnes âgées1). Les cas de cataracte hypermûre, de traumatisme oculaire et de résidus corticaux post-chirurgie de la cataracte sont des facteurs de risque.

Q Quelle est la différence entre l'uvéite phacolytique et le glaucome phacolytique ?
A

Il s’agit fondamentalement du même mécanisme pathologique. Les macrophages ayant phagocyté les protéines du cristallin obstruent le trabéculum : lorsque les signes inflammatoires sont marqués, on parle d’uvéite ; lorsque l’élévation de la pression intraoculaire prédomine avec peu de signes inflammatoires, on parle de glaucome. Les deux peuvent coexister.

  • Baisse de l’acuité visuelle
  • Douleur oculaire (due à l’élévation de la pression intraoculaire)
  • Rougeur (injection ciliaire)

Après chirurgie de la cataracte / traumatisme (en cas de cristallin résiduel abondant)

Une inflammation sévère survient 2 à 3 jours après la chirurgie.

Apparition d’une hyperhémie ciliaire, de précipités rétro-cornéens (KP graisseux), et d’une opacité de la chambre antérieure et du vitré.

On observe une hypertension oculaire due à un dépôt de fibrine et des synéchies postérieures de l’iris.

En cas d’inflammation sévère, une opacité du vitré peut survenir.

Cas persistants (tardifs postopératoires)

Elle se manifeste comme une iridocyclite chronique survenant tardivement après la chirurgie.

Hyperhémie ciliaire, précipités rétro-cornéens graisseux, et opacité persistante de la chambre antérieure et du vitré.

Parfois, une augmentation de la pression intraoculaire est associée.

Rupture spontanée de la cataracte hypermûre

On observe des substances scintillantes (macrophages ayant phagocyté des protéines du cristallin) dans la chambre antérieure.

Elle se manifeste par une douleur oculaire soudaine, une rougeur, un œdème cornéen et une hypertension oculaire élevée.

Le fait que la pression intraoculaire soit élevée malgré une chambre antérieure profonde est important pour la distinguer du glaucome aigu par fermeture de l’angle.

Parfois, un hypopion est observé.

Dans un cas représentatif des directives de pratique clinique pour l’uvéite de la Société japonaise d’inflammation oculaire (2019), une femme de 81 ans présentait une hyperhémie conjonctivale et ciliaire marquée, une opacification de la chambre antérieure, un hypopion et une impossibilité de voir le fond d’œil ; une échographie en mode B a révélé une légère opacité dans le vitré antérieur1).

Q Quels sont les signes caractéristiques de l'uvéite phacolytique ?
A

Sur fond de cataracte hypermûre, on observe une opacité scintillante dans la chambre antérieure (due à la phagocytose des protéines du cristallin par les macrophages), accompagnée de précipités rétro-cornéens graisseux et d’une hypertension oculaire. Le fait que la pression intraoculaire soit élevée malgré une chambre antérieure profonde est un point clé pour la distinguer du glaucome aigu par fermeture de l’angle.

La cause directe est la fuite de protéines du cristallin dans l’humeur aqueuse suite à une rupture de la capsule du cristallin. La tolérance immunitaire est rompue, et les macrophages phagocytent massivement les protéines du cristallin, circulant ainsi dans la chambre antérieure.

  • Rupture spontanée de la capsule dans la cataracte hypermûre : fréquente chez les personnes âgées. Fuite spontanée des composants du cristallin dans la chambre antérieure.
  • Cortex résiduel après chirurgie de la cataracte : une inflammation sévère survient souvent 2 à 3 jours après l’opération. En cas de résidu important, l’apparition est aiguë.
  • Traumatisme (plaie oculaire perforante) : apparition aiguë due à une rupture directe de la capsule du cristallin.
  • Résidus cristalliniens abondants : inflammation sévère 2 à 3 jours après la chirurgie
  • Cas survenant tardivement après la chirurgie : se manifeste comme une iridocyclite chronique persistante

Il n’existe pas de critères diagnostiques établis1). En cas de rupture de la capsule cristallinienne due à un traumatisme ou de résidus corticaux abondants après une chirurgie de la cataracte, avec apparition dans les jours ou semaines suivant l’intervention, la probabilité de cette pathologie est élevée. Le diagnostic peut être posé si la présence de résidus cristalliniens est évidente1).

Il est important de noter l’exposition de composants cristalliniens dans la chambre antérieure et le vitré1).

  • Examen à la lampe à fente : vérification de l’inflammation de la chambre antérieure, des précipités rétrocornéens, de la fibrine, des substances brillantes et des résidus de cristallin
  • Mesure de la pression intraoculaire : présence ou non d’une augmentation de la pression intraoculaire
  • Échographie en mode B : exclusion d’une opacité du vitré, d’un abcès ou d’un décollement de la rétine
  • Examen bactériologique (humeur aqueuse, humeur vitrée) : diagnostic différentiel avec l’endophtalmie infectieuse. Culture bactérienne, PCR1)
  • Examen histopathologique de l’humeur aqueuse : diagnostic différentiel définitif par détection de composants du cristallin1)
  • Bilan sanguin d’urgence : numération leucocytaire, marqueurs inflammatoires, glycémie
Maladie différentiellePoint clé du diagnostic différentiel
Endophtalmie infectieuse postopératoire de la cataracteEn cas de résidu de cristallin minime. Diagnostic différentiel par culture bactérienne et PCR
Endophtalmie bactérienne tardive (P. acnes, etc.)Apparition quelques semaines à quelques mois après l’opération. Plaque blanche dans le sac capsulaire
TASSApparition dans les 24 heures suivant l’opération. Œdème cornéen diffus non infectieux
Uvéite phaco-antigéniqueMécanisme allergique de type III. Inflammation granulomateuse plus sévère. KP graisseux de mouton prononcé
Ophtalmie sympathiqueBilatérale tardive postopératoire. Décollement de rétine exsudatif au fond d’œil
Q Comment différencier une endophtalmie tardive post-cataracte ?
A

Souvent difficile sur la seule clinique. Réaliser des examens bactériologiques (culture, PCR) de l’humeur aqueuse ou du vitré, et détection histopathologique des composants du cristallin pour différencier. Cependant, l’absence de germe ne permet pas d’exclure totalement une infection, nécessitant une évaluation globale.

Le plus important est de diagnostiquer et de traiter précocement l’inflammation.

En cas de résidu important de composants cristalliniens, l’ablation chirurgicale est indispensable et constitue le traitement le plus efficace.

  • Phacoémulsification (PEA) : l’aspiration du cortex cristallinien résiduel est le traitement curatif
  • Extraction intracapsulaire du cristallin (EICC) + vitrectomie antérieure : en cas de liquéfaction associée à une cataracte hypermûre
  • Cas représentatif : lavage de la chambre antérieure → confirmation de la cataracte hypermûre → extraction intracapsulaire du cristallin + vitrectomie antérieure → évolution favorable1)
  • Si du cortex cristallinien persiste, il doit être complètement retiré

Traitement médicamenteux (avant chirurgie, en cas de résidu minime)

Section intitulée « Traitement médicamenteux (avant chirurgie, en cas de résidu minime) »
Quantité de cristallin résiduelStratégie thérapeutiqueTechnique chirurgicale
Grande quantitéAblation chirurgicale → collyre stéroïdien postopératoirePEA ou ICCE ± vitrectomie antérieure
Petite quantité (résorption spontanée attendue)Collyre stéroïdien + hypotenseur oculaire + mydriatique → surveillanceChirurgie si inefficace
Très petite quantitéPeut guérir par simple surveillance
Complication d’élévation de la pression intraoculaireBêta-bloquant + inhibiteur de l’anhydrase carbonique ± lavage de la chambre antérieureL’ablation du cristallin est le traitement curatif

Médicaments du traitement médicamenteux :

  • Collyre stéroïdien : collyre de bétaméthasone phosphate sodique à 0,1 % (à visée anti-inflammatoire)
  • Injection sous-conjonctivale de stéroïdes : ajoutée en cas d’inflammation sévère
  • Collyre bêta-bloquant : maléate de timolol à 0,5 % (pour l’hypertension oculaire avant la chirurgie)
  • Inhibiteur de l’anhydrase carbonique : collyre de dorzolamide à 1 % ou voie orale (acétazolamide 250 mg)
  • Mydriatiques : atropine 1% collyre ou tropicamide 0,5% collyre (prévention des synéchies postérieures et gestion de la pupille)
  • Si le résidu est très faible : une simple surveillance peut suffire à la guérison1)
Q Ne peut-on pas guérir uniquement avec des médicaments ?
A

Si les composants du cristallin sont en faible quantité et qu’une résorption spontanée est prévisible, une surveillance avec des collyres corticostéroïdes et des hypotenseurs oculaires peut être envisagée. Cependant, en cas de résidu important, l’ablation chirurgicale est le traitement de fond. L’administration prolongée de corticostéroïdes n’est pas recommandée ; si l’efficacité est insuffisante, envisager rapidement une intervention chirurgicale.

6. Physiopathologie et mécanisme détaillé de la maladie

Section intitulée « 6. Physiopathologie et mécanisme détaillé de la maladie »

Normalement, les protéines du cristallin sont enfermées dans la capsule cristallinienne et existent en tant qu’« antigènes séquestrés » sans contact avec le système immunitaire. Lorsque la capsule cristallinienne est endommagée (traumatisme, chirurgie, rupture spontanée de la cataracte hypermûre), les protéines du cristallin s’échappent dans l’humeur aqueuse, déclenchant une inflammation par les mécanismes suivants.

Mécanisme de déclenchement :

  • Fuite de protéines du cristallin dans l’humeur aqueuse → rupture de la tolérance immunitaire → recrutement massif de macrophages
  • Constats pathologiques : inflammation granulomateuse centrée sur le cristallin. Les macrophages et les neutrophiles s’accumulent dans le cortex cristallinien résiduel
  • Si l’inflammation persiste, une membrane cyclitique se forme autour du cortex cristallinien

Double mécanisme d’élévation de la pression intraoculaire :

  1. Les macrophages ayant phagocyté le cortex cristallinien obstruent physiquement le trabéculum
  2. Les protéines solubles de haut poids moléculaire du cristallin libérées obstruent le trabéculum

Différences physiopathologiques entre l’uvéite phacolytique et l’uvéite phacoanaphylactique5) :

  • Phacolytique : la phagocytose par les macrophages prédomine. Inflammation non granulomateuse à faiblement granulomateuse.
  • Phacoanaphylactique : l’allergie de type III (réaction à complexes immuns) prédomine. Inflammation granulomateuse plus marquée.

Diagnostic différentiel avec l’ophtalmie sympathique 1) : l’uvéite d’origine cristallinienne est unilatérale et provoque rarement un décollement de rétine exsudatif au fond d’œil.

Pronostic et évolution :

  • Si le cristallin est retiré chirurgicalement tôt, l’inflammation disparaît généralement.
  • Les stéroïdes seuls sont difficiles à contrôler à long terme et un surdosage est contre-indiqué.
  • La formation d’une membrane cyclitique est de mauvais pronostic.
  • En cas de glaucome phacolytique associé, la pression intraoculaire se normalise souvent après l’ablation du cristallin 4).
Q Pourquoi la pression intraoculaire augmente-t-elle lorsque le cristallin fuit ?
A

Les macrophages ayant phagocyté les protéines du cristallin, ainsi que les protéines cristalliniennes solubles de haut poids moléculaire elles-mêmes, obstruent le trabéculum (voie d’écoulement de l’humeur aqueuse), ce qui entrave l’écoulement de l’humeur aqueuse et augmente la pression intraoculaire.

  • La détection des protéines spécifiques du cristallin dans l’humeur aqueuse par Western blot a été rapportée comme aide diagnostique objective de l’uvéite d’origine cristallinienne post-traumatique 3). La détection de protéines spécifiques du cristallin telles que l’α-cristalline et la β-cristalline dans l’humeur aqueuse devrait améliorer la précision du diagnostic.
  • L’imagerie multimodale par OCT du segment antérieur et microscopie ultrasonique (UBM) est explorée comme outil auxiliaire pour la visualisation et la quantification des substances cristalliniennes dans la chambre antérieure.
  • L’élucidation des mécanismes moléculaires de la réponse immunitaire aux protéines du cristallin progresse, et à l’avenir, on espère une application au diagnostic précoce basé sur des biomarqueurs et à un traitement immunomodulateur.
  • La revue de Nche et Amer (2020) classe les uvéites d’origine cristallinienne en types phacolytique, phacoantigénique et lié aux particules de cristallin, et place l’ablation précoce du cristallin au centre du traitement 5).
  1. 日本眼炎症学会ぶどう膜炎診療ガイドライン作成委員会. ぶどう膜炎診療ガイドライン. 日眼会誌. 2019;123(6):635-696.
  2. American Academy of Ophthalmology Cataract/Anterior Segment Panel. Cataract in the Adult Eye Preferred Practice Pattern. San Francisco, CA: American Academy of Ophthalmology; 2021.
  3. Tanito M, Kaidzu S, Katsube T, Nonoyama S, Takai Y, Ohira A. Diagnostic Western blot for lens-specific proteins in aqueous fluid after traumatic lens-induced uveitis. Jpn J Ophthalmol. 2009;53(4):436-439. doi:10.1007/s10384-009-0671-x.
  4. Epstein DL. Diagnosis and management of lens-induced glaucoma. Ophthalmology. 1982;89(3):227-230.
  5. Nche EN, Amer R. Lens-induced uveitis: an update. Graefes Arch Clin Exp Ophthalmol. 2020;258(7):1359-1365.

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