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Cornée et œil externe

Conjonctivite

La conjonctivite (conjunctivitis) est un terme général désignant l’inflammation de la conjonctive. Elle se caractérise par une rougeur et un œdème dus à la dilatation des vaisseaux conjonctivaux, et s’accompagne généralement d’un écoulement oculaire. La prévalence varie selon la cause, l’âge et la saison.

La conjonctivite se divise en deux grandes catégories : infectieuse et non infectieuse.

  • Infectieuse : Les virus, les bactéries et Chlamydia sont les agents pathogènes typiques. Environ 80 % des conjonctivites infectieuses chez l’adulte sont virales, suivies par les bactéries. Chez l’enfant, les conjonctivites bactériennes et virales surviennent à des taux presque égaux.
  • Non infectieuse : La conjonctivite allergique est la plus fréquente, touchant 15 à 40 % de la population. Certains cas peuvent être dus à une toxicité médicamenteuse ou survenir secondairement à des maladies systémiques (telles que la sarcoïdose).

Parmi les conjonctivites infectieuses, la kératoconjonctivite épidémique (EKC), la conjonctivite fébrile pharyngée (PCF) et la conjonctivite hémorragique aiguë (AHC) font l’objet d’une surveillance épidémiologique par le système de surveillance des maladies infectieuses du Ministère de la Santé japonais.

Ces dernières années, la conjonctivite a attiré l’attention en tant que symptôme oculaire du COVID-19. L’incidence globale de la conjonctivite chez les patients hospitalisés est d’environ 5,9 %, et elle atteint 12,7 % dans les cas graves4).

Q La conjonctivite est-elle contagieuse ?
A

Les conjonctivites infectieuses (virales ou bactériennes) se transmettent par contact. L’adénovirus présente notamment un risque de transmission élevé de 10 à 50 %. En revanche, la conjonctivite allergique n’est pas infectieuse et ne se transmet pas. Voir les détails dans 「Causes et facteurs de risque」.

Image de conjonctivite
Image de conjonctivite
Sinan Albear, Stephen LoBue, Ayorinde Cooley, Traeson Brandenburg, et al. Povidone-Iodine as an Adjuvant Therapy for Refractory Gonorrhea Keratoconjunctivitis: A Case Report 2025 May 7 Cureus.; 17(5):e83676 Figure 2. PMCID: PMC12143893. License: CC BY.
A montre une kératopathie épithéliale ponctuée superficielle diffuse de la cornée de l’œil droit sous coloration à la fluorescéine. B montre une perte épithéliale étendue de l’œil gauche, les deux yeux présentant une hyperhémie conjonctivale et un œdème palpébral.

Les principaux symptômes subjectifs communs à la conjonctivite sont les suivants.

  • Sensation de corps étranger : due à une atteinte de l’épithélium cornéen ou à une stimulation mécanique par les papilles conjonctivales. Observée dans les conjonctivites infectieuses et non infectieuses.
  • Hyperhémie : due à la dilatation des vaisseaux conjonctivaux. C’est le signe le plus fréquent.
  • Sécrétions : leur nature varie selon la cause (voir ci-dessous).
  • Larmoiement : dû à une augmentation réflexe de la sécrétion lacrymale. Également lié à la douleur associée aux lésions épithéliales.
  • Prurit (démangeaisons) : symptôme le plus caractéristique de la conjonctivite allergique (ACD). Il est provoqué par l’histamine libérée par les mastocytes qui stimule les fibres C du nerf trijumeau.

La nature des sécrétions est un indice important pour estimer la cause.

ÉtiologieNature des sécrétions
GonocoqueAbondant, jaune, franchement purulent
Streptococcus pneumoniae, Haemophilus influenzaeAbondant, blanc-jaunâtre, séropurulent
StaphylocoqueAbondant, gris-blanc
AdénovirusAbondant, sérofibrineux
AllergieModéré, fibrineux

Les signes cliniques de la conjonctivite sont variés selon la cause et la pathologie.

Catarrhale

Hyperhémie conjonctivale: Hyperhémie de la conjonctive bulbaire et palpébrale. Maximale au niveau du cul-de-sac conjonctival.

Écoulement mucopurulent: Typique de la conjonctivite bactérienne.

Absence de follicules et de papilles: Caractéristique de la conjonctivite staphylococcique.

Folliculaire

Follicules conjonctivaux: Follicules lymphoïdes à prédominance de cellules B. Touche électivement le cul-de-sac palpébral inférieur.

Écoulement séreux: Caractéristique de la conjonctivite virale.

Adénopathie préauriculaire: Observée dans les infections à adénovirus et à Chlamydia.

Purulente

Écoulement purulent abondant: Écoulement oculaire jaune crémeux débordant de la fente palpébrale.

Œdème palpébral et chémosis: Reflet d’une inflammation sévère.

Risque de perforation cornéenne: Spécifique à la conjonctivite gonococcique.

Autres signes importants :

  • Papilles conjonctivales: Surviennent dans diverses inflammations chroniques. Lorsque leur diamètre dépasse 1 mm, on parle de papilles géantes, typiquement observées dans la catarrhe printanier et la conjonctivite à papilles géantes liée aux lentilles de contact. À la lampe à fente, les papilles présentent des vaisseaux irradiant depuis le centre, tandis que les follicules montrent des vaisseaux en périphérie, ce qui permet de les distinguer.
  • Hémorragie conjonctivale: Caractéristique sous forme de taches hémorragiques dans la conjonctivite à entérovirus. Rarement observée dans la conjonctivite allergique.
  • Chémosis (œdème conjonctival): Dû à un suintement de composants plasmatiques. Fréquent dans la conjonctivite allergique mais survient aussi dans les infections aiguës.
  • Pseudomembrane: Formation membraneuse de fibrine et de neutrophiles due à une inflammation sévère. Fréquente dans la conjonctivite à adénovirus (surtout chez les nourrissons et jeunes enfants). Chez les nourrissons, la structure épithéliale étant immature, l’épithélium infecté se détache en totalité et le décollement provoque peu de saignement. Chez l’adulte, le décollement entraîne un saignement.
  • Cicatrisation conjonctivale: Survient de façon irréversible comme séquelle inflammatoire. Dans les cas graves, elle peut évoluer vers une symblépharon.
  • Infiltrats sous-épithéliaux cornéens multiples (MSI): Infiltrats punctiformes apparaissant à la surface de la cornée 5 à 10 jours après le début de la kératoconjonctivite épidémique (EKC). Il s’agit d’un signe caractéristique de l’EKC.
  • Distinction entre hyperhémie conjonctivale et hyperhémie ciliaire: L’hyperhémie conjonctivale est maximale au niveau du cul-de-sac et diminue à l’approche du limbe, de couleur rouge vif en surface. L’hyperhémie ciliaire est maximale au niveau du limbe, de couleur rouge violacé en profondeur.

La conjonctivite associée au COVID-19 présente une réaction folliculaire, un chémosis et des sécrétions séreuses3). Des cas d’inflammation pseudomembraneuse et d’hémorragie sous-conjonctivale ont également été rapportés3).

Q Peut-on déterminer la cause d'après la couleur des sécrétions oculaires ?
A

Les caractéristiques des sécrétions oculaires aident à orienter le diagnostic étiologique. Un écoulement purulent abondant jaune crémeux évoque le gonocoque, un écoulement séro-purulent jaune-blanc évoque le pneumocoque ou Haemophilus influenzae, et un écoulement sérofibrineux évoque l’adénovirus. Cependant, un examen microbiologique est nécessaire pour un diagnostic de certitude.

Bactéries responsables de la conjonctivite bactérienne

Section intitulée « Bactéries responsables de la conjonctivite bactérienne »

La conjonctivite bactérienne présente des tendances étiologiques différentes selon la tranche d’âge des patients.

Tranche d’âgePrincipales bactéries responsables
Nouveau-néGonocoque・Chlamydia・Virus herpès simplex
NourrissonsHaemophilus influenzae・Pneumocoque・Moraxella
AdultesStaphylocoques
Personnes âgéesStaphylocoques・Pneumocoque・Corynebactéries

Ces dernières années, les souches bactériennes résistantes telles que le Staphylococcus aureus résistant à la méticilline (SARM), le pneumocoque résistant à la pénicilline (PRSP) et Haemophilus influenzae résistant aux antibiotiques (BLNAR) sont en augmentation, rendant certaines conjonctivites difficiles à traiter.

Le gonocoque est la seule bactérie capable d’infecter l’épithélium cornéen sain, et lorsque l’inflammation s’étend à la cornée, elle peut entraîner une perforation. Chez l’adulte, elle se manifeste comme une infection sexuellement transmissible. Au Japon, la proportion de gonocoques résistants aux fluoroquinolones dépasserait 80 %2).

Les trois principaux groupes de virus responsables de la conjonctivite sont les suivants.

  • Adénovirus : représente 65 à 90 % des conjonctivites virales. Il existe deux formes cliniques : la kératoconjonctivite épidémique (EKC) et la fièvre pharyngo-conjonctivale (PCF). Les principaux sérotypes responsables de l’EKC sont les types 54, 56 et 64 du nouveau groupe D. Le PCF est causé par les adénovirus de types 3, 4, 7, etc.
  • Entérovirus : cause de la conjonctivite hémorragique aiguë (AHC). Il s’agit de l’entérovirus de type 70 (EV70) et du variant A24 du coxsackievirus (CA24v). La période d’incubation est courte, d’un demi-jour à un jour. La guérison survient spontanément en environ une semaine, sans séquelles.
  • Virus herpès : le virus de l’herpès simplex (HSV) représente 1,3 à 4,8 % de l’ensemble des conjonctivites aiguës. Généralement unilatéral. La présence de vésicules périorbitaires et d’une kératite est importante pour le diagnostic différentiel.

La conjonctivite due à Chlamydia trachomatis se divise en deux catégories principales : le trachome et la conjonctivite à inclusions. La forme actuellement rencontrée au Japon est la conjonctivite à inclusions, l’une des infections conjonctivales liées aux infections sexuellement transmissibles. Une conjonctivite folliculaire persistante ne répondant pas aux antibiotiques (avec des follicules volumineux) doit faire suspecter une infection à Chlamydia. Chlamydia ne pouvant se multiplier qu’à l’intérieur des cellules, le traitement doit être prolongé.

Il s’agit d’une réaction allergique de type I à des allergènes transitoires (comme le pollen) ou à des allergènes persistants (comme les acariens). Des antécédents actuels ou passés de maladies atopiques (eczéma, asthme, urticaire, rhinite) constituent un facteur de risque. Elle est plus fréquente du printemps à l’été.

La conjonctivite néonatale est principalement due à une infection du canal génital (transmission verticale). Il existe des caractéristiques concernant le micro-organisme causal et le délai d’apparition. Le gonocoque se déclare 1 à 3 jours après la naissance, Chlamydia 3 à 10 jours, Moraxella à partir de 7 à 10 jours. La conjonctivite gonococcique présente un risque élevé de perforation cornéenne.

Au Japon, une prophylaxie oculaire néonatale par collyre à la fluoroquinolone est pratiquée, mais des infections de percée par Neisseria gonorrhoeae résistante aux fluoroquinolones ont été rapportées2).

Conjonctivite associée à une maladie systémique

Section intitulée « Conjonctivite associée à une maladie systémique »

Une hyperémie conjonctivale peut survenir comme symptôme partiel d’une infection systémique. On l’observe dans la rougeole, la rubéole, la maladie de Kawasaki, la dengue, et aucun traitement par collyre n’est nécessaire. Dans la maladie de Kawasaki, la conjonctivite non purulente bilatérale (épargnant le limbe) est l’un des critères diagnostiques7).

La conjonctivite est le symptôme oculaire le plus fréquent de la COVID-196). Le récepteur ACE-2 du SARS-CoV-2 est exprimé sur la cornée et la conjonctive, faisant de la surface oculaire une cible potentielle d’infection3). Des cas où la conjonctivite est apparue comme le seul symptôme de la COVID-19 ont également été rapportés3).

Q Les lentilles de contact sont-elles un facteur de risque de conjonctivite ?
A

Le port de lentilles de contact est une cause de conjonctivite papillaire géante (CL-GPC). La lentille est en contact constant avec la conjonctive palpébrale supérieure, provoquant une irritation, une inflammation et la formation de papilles géantes. De plus, la contamination des lentilles ou de la solution d’entretien augmente le risque de conjonctivite infectieuse, d’où l’importance d’un entretien approprié des lentilles.

Le diagnostic de la conjonctivite repose sur les signes cliniques et les examens microbiologiques.

L’examen microbiologique pour détecter le micro-organisme causal est la clé du diagnostic8).

  • Examen microscopique direct: Examen microscopique d’un frottis de sécrétions oculaires ou de raclage conjonctival.
    • Coloration de Giemsa: Coloration de dépistage polyvalente. Avec la solution de coloration rapide Diff-Quick®, une image de coloration quasi équivalente à la méthode conventionnelle peut être obtenue en 15 secondes8). Tous les micro-organismes se colorent en bleu.
    • Coloration de Gram: Différencie les bactéries Gram positif et Gram négatif. Avec le kit rapide Favor G®, la coloration est possible en 3 minutes8).
    • Dans la conjonctivite bactérienne, on observe une infiltration à prédominance de neutrophiles ; dans la conjonctivite virale, une infiltration à prédominance de lymphocytes (cellules mononucléées).
  • Culture d’isolement : Permet l’identification de l’agent pathogène et un antibiogramme. Le prélèvement se fait à l’aide d’un écouvillon avec milieu de transport et doit être envoyé rapidement pour culture. La conservation au froid est recommandée. Cependant, l’agent pathogène n’est détecté que dans environ la moitié des cas de conjonctivite bactérienne. La culture est recommandée chez les nouveau-nés, les cas récurrents, les cas résistants au traitement et les cas suspects d’infection à gonocoque.
  • Kit de détection des antigènes adénoviraux : Diagnostic rapide par immunochromatographie (Adeno Check®・Capitia® Adeno Eye). La sensibilité est d’environ 80 % ; il faut être prudent vis-à-vis des faux négatifs. Des kits peu invasifs utilisant les larmes comme échantillon sont également disponibles.
  • Aller Watch® IgE lacrymal : Mesure du taux d’IgE total dans les larmes par immunochromatographie. La spécificité est d’environ 100 %. La sensibilité varie selon la sévérité : environ 60 % pour la conjonctivite allergique et environ 90 % pour la kératoconjonctivite vernale.
  • Coloration des éosinophiles (Eosinostain® etc.) : Si des éosinophiles sont mis en évidence dans les sécrétions conjonctivales, on peut diagnostiquer une DAC.

Chlamydia se diagnostique par immunofluorescence ou PCR sur des frottis conjonctivaux. Si une infection à Chlamydia a déjà été diagnostiquée dans un autre service, il n’est pas nécessaire de refaire un examen ophtalmologique. Pour le virus de l’herpès simplex, l’immunofluorescence et la PCR sont utiles, mais comme il peut y avoir une excrétion asymptomatique dans les larmes, un résultat positif peut ne pas refléter une pathogénicité réelle.

Les signes cliniques suivants sont utiles pour le diagnostic différentiel de la conjonctivite infectieuse.

CauseSignes conjonctivauxPériode d’incubationGanglion pré-auriculaire
Adénovirus (EKC)Folliculaire aiguë (sévère)Environ 7 joursPrésent
Adénovirus (PCF)Folliculaire aiguë (légère)Environ 7 joursOui
Entérovirus (AHC)Hémorragique aiguëDemi-jour à 1 jourOui
BactérienneCatarrhaleVariableNon
ChlamydiaFolliculaire subaiguëVariableOui

Le traitement de la conjonctivite est choisi en fonction de la cause. Le principe de base est de déterminer le traitement sur la base d’un diagnostic correct.

Le traitement initial est une thérapie empirique, et le médicament est modifié en fonction des résultats de la culture.

  • Adultes : Choisir des collyres de la famille des fluoroquinolones (lévofloxacine, gatifloxacine, moxifloxacine, etc.) ou des céphèmes, en ciblant les staphylocoques. Instiller 3 à 4 fois par jour.
  • Enfants : Choisir des céphèmes ou des macrolides, en couvrant Haemophilus influenzae, Streptococcus pneumoniae et Moraxella. Parmi les fluoroquinolones, la tosufloxacine (OzeX®, Tosflo®) est prise en charge par l’assurance maladie pour les enfants.
  • Nouveau-né : Le céfmenoxime de la famille des β-lactamines (Bestroon® collyre 0,5 %) est le traitement de première intention. 5 instillations par jour.

Les collyres antibactériens agissent généralement en quelques jours et la guérison survient en environ 1 semaine. En cas de persistance, évoquer une résistance bactérienne, une infection à Chlamydia, une conjonctivite allergique ou une canaliculite lacrymale.

  • Conjonctivite gonococcique : Souvent résistante aux fluoroquinolones. Les céphalosporines constituent le traitement de première intention, mais en cas de gonocoque multirésistant, associer la ceftriaxone (Rocephin®) en perfusion intraveineuse2).
  • SARM : Utiliser l’ofloxacine collyre (Ofloxan®), la pommade ophtalmique de vancomycine ou le collyre autopréparé d’arbékacine® (1 ampoule dissoute dans 20 mL de sérum physiologique).
  • Conjonctivite à Moraxella : La plupart des antibactériens sont efficaces. Collyre fluoroquinolone 3 fois par jour. En cas de blépharite–kératite de l’angle externe, pommade ophtalmique 2 fois par jour.
  • Nouveau-né : Pommade ophtalmique d’ofloxacine (Tarivid®) 0,3 % 5 fois par jour pendant 8 semaines. Dans les cas graves ou avec symptômes généraux, associer l’azithromycine (Zithromac® granulés pédiatriques 10 %) 10 mg/kg 1 fois par jour pendant 3 jours.
  • Adulte : Traitement local prolongé associé à l’azithromycine ou la doxycycline par voie orale.
  • Adénovirus : Il n’existe actuellement aucun antiviral efficace. Instiller un collyre antibiotique pour prévenir la surinfection et un collyre anti-inflammatoire non stéroïdien. Pour le MSI, les corticoïdes en collyre sont efficaces. Les mesures de prévention de l’infection (lavage des mains, désinfection du matériel, nettoyage de la salle d’examen) sont primordiales.
  • Conjonctivite herpétique : Appliquer une pommade ophtalmique d’aciclovir (Zovirax®) 5 fois par jour. Pour le zona ophtalmique, un traitement antiviral général est indiqué ; en cas de conjonctivite isolée, le traitement local n’est généralement pas nécessaire.
  • Fièvre pharyngo-conjonctivale : Traitement symptomatique analogue à la KÉC. Interdiction de piscine pendant 1 mois.
  • Conjonctivite hémorragique aiguë : Il n’existe pas de traitement spécifique ; seul un collyre antibiotique est instillé pour prévenir la surinfection. Guérison sans séquelles en environ 1 semaine.

Légère à modérée

Collyre antihistaminique : Olopatadine (Patanol®), épinastine (Alesion®), lévocabastine (Livostin®), etc.

Stabilisateur des mastocytes : Cromoglycate de sodium (Intal®), etc. Un traitement préventif avant la saison pollinique est efficace.

Sévère

Collyre corticoïde : Utilisation à faible dose et de courte durée. Attention au risque d’hypertonie oculaire et de glaucome.

Collyre à la cyclosporine : Utilisé dans les cas sévères comme la kératoconjonctivite vernale.

Le traitement de la maladie sous-jacente est fondamental. L’inflammation conjonctivale est traitée par collyre corticoïde (dexaméthasone 4 à 6 fois par jour ou fluorométholone 3 fois par jour). La pseudomembrane est retirée délicatement avec une pince si elle provoque une atteinte de l’épithélium cornéen. Veiller à minimiser le traumatisme conjonctival et le saignement. Dans la conjonctivite ligneuse, si l’acide tranexamique est en cause, son arrêt permet l’amélioration5).

Q Les antibiotiques sont-ils nécessaires en cas de conjonctivite virale ?
A

Il n’existe aucun antiviral efficace contre l’adénovirus. Des collyres antibiotiques sont parfois utilisés pour prévenir une surinfection, mais leur utilisation systématique n’est pas recommandée. La guérison est spontanée dans 1 à 2 semaines dans la majorité des cas. En cas d’apparition de MSI (infiltrats sous-épithéliaux cornéens multiples), un collyre corticoïde est efficace.

6. Physiopathologie et mécanismes détaillés de la maladie

Section intitulée « 6. Physiopathologie et mécanismes détaillés de la maladie »

La conjonctive est une muqueuse fine, richement vascularisée, constituée d’un épithélium pavimenteux stratifié non kératinisé, recouvrant la face interne des paupières et la sclérotique antérieure. Le mucus (MUC-5AC) sécrété par les cellules caliciformes conjonctivales contribue à la stabilité du film lacrymal. Le chorion contient des glandes lacrymales accessoires (glandes de Krause et de Wolfring) disséminées, qui sécrètent les larmes.

  • Bactérienne : Liée à une prolifération anormale de la flore conjonctivale commensale ou à une infection directe exogène. Les bactéries infiltrent l’épithélium conjonctival et parfois le chorion. Le gonocoque adhère aux cellules épithéliales muqueuses via ses pili et ses protéines de membrane externe, et peut envahir l’épithélium cornéen sain. Le lipooligosaccharide (LOS) de la membrane externe de la paroi cellulaire agit comme une endotoxine.
  • Virale (adénovirus) : Hautement contagieuse, avec une période d’incubation de 5 à 12 jours et une période de contagiosité estimée à 10–14 jours. L’inflammation est à prédominance lymphocytaire, caractérisée par une réaction folliculaire. Dans l’EKC, des MSI apparaissent sous l’épithélium cornéen en réaction immunitaire.
  • Chlamydia : Le corps élémentaire (elementary body) pénètre dans la cellule hôte, se transforme en corps réticulé (reticulate body) et se multiplie. Il se transforme à nouveau en corps élémentaire et est libéré hors de la cellule. Les médicaments n’agissant que sur le corps réticulé, un traitement au long cours est nécessaire pour éliminer le corps élémentaire.

La réaction allergique de type I est le mécanisme de base. Lorsque l’allergène pont les récepteurs IgE de surface, les mastocytes conjonctivaux sont activés et libèrent de l’histamine, des leucotriènes, des prostaglandines et des cytokines. Ces substances augmentent la perméabilité vasculaire, provoquant un œdème et une infiltration d’éosinophiles et de neutrophiles.

Mécanisme de la conjonctivite pseudomembraneuse et ligneuse

Section intitulée « Mécanisme de la conjonctivite pseudomembraneuse et ligneuse »

La pseudomembrane est une membrane constituée de fibrine, de neutrophiles et d’exsudat, formée à la surface conjonctivale en raison d’une inflammation sévère. La conjonctivite ligneuse est causée par un déficit en plasminogène de type I dû à une mutation récessive du gène PLG 5). Le plasminogène est le précurseur de la plasmine, principale enzyme de fibrinolyse ; son déficit altère l’élimination de la fibrine à la surface muqueuse, entraînant la formation d’une pseudomembrane épaisse de consistance ligneuse (woody) 5).

Le SARS-CoV-2 utilise le récepteur ACE-2 pour pénétrer dans les cellules hôtes. Le récepteur ACE-2 est également exprimé sur la cornée et la conjonctive 3), ce qui fait de la surface oculaire une cible potentielle d’infection. Il a également été suggéré que le virus pourrait être excrété dans les voies respiratoires via le canal nasolacrymal 3). La fréquence élevée de conjonctivite dans les cas graves de COVID-19 pourrait refléter la propagation de la tempête cytokinique systémique à la surface oculaire 4).


Dans l’essai de phase 3 INVIGORATE (croisé, en quadruple insu) mené chez des patients atteints de conjonctivite allergique saisonnière, le collyre au reproxalap à 0,25 % a significativement amélioré le score de prurit (différence moyenne -0,50 ; p < 0,001) et le score d’hyperhémie conjonctivale (différence moyenne -0,14 ; p < 0,001) par rapport au véhicule1). Le reproxalap est un agent au mécanisme d’action innovant qui capture chimiquement les espèces aldéhydes réactives (RASP), régulant ainsi indirectement les voies inflammatoires en amont, notamment NF-κB et l’inflammasome1). Étant donné que 45 % des déclarations d’effets indésirables à la FDA concernant les antihistaminiques existants sont des « échecs thérapeutiques », le reproxalap est considéré comme une nouvelle option thérapeutique prometteuse1).

Prise en charge du gonocoque résistant aux fluoroquinolones

Section intitulée « Prise en charge du gonocoque résistant aux fluoroquinolones »

Une conjonctivite gonococcique néonatale due à Neisseria gonorrhoeae résistant aux fluoroquinolones (CMI de lévofloxacine 12 μg/mL) a été rapportée au Japon2). Elle est survenue malgré une prophylaxie par collyre de lévofloxacine et a été traitée avec succès par cefotaxime intraveineux et azithromycine orale2). L’analyse du génome complet a confirmé des mutations faux-sens dans les gènes gyrA et parC2). Bien que certains pays européens aient abandonné la prophylaxie oculaire néonatale systématique, aucune augmentation des conjonctivites gonococciques n’a été signalée2), ce qui conduit à recommander un renforcement du dépistage maternel et une restructuration des stratégies préventives.

Une méta-analyse portant sur 11 études et 2 308 patients a montré que l’incidence de la conjonctivite était significativement plus élevée chez les patients atteints de COVID-19 sévère (OR 2,4 ; IC à 95 % 1,4–4,0 ; p = 0,002)4). Cette association a été confirmée tant chez les populations asiatiques (OR 2,5) que dans la région euro-méditerranéenne (OR 2,3)4). Des études prospectives supplémentaires sont nécessaires pour déterminer si la conjonctivite peut constituer un marqueur de sévérité de la COVID-19.

Développement thérapeutique pour la conjonctivite ligneuse

Section intitulée « Développement thérapeutique pour la conjonctivite ligneuse »

Un rapport a fait état de la disparition temporaire des symptômes chez un patient atteint de conjonctivite ligneuse tardive compliquée d’hydrocéphalie congénitale, après l’association de collyre au tacrolimus 0,01 %, de sérum autologue 20 %, de plasma frais congelé (PFC) en collyre et d’une excision chirurgicale5). Le collyre et l’injection intraveineuse de plasminogène sont disponibles dans certaines régions et sont considérés comme une option thérapeutique prometteuse pour l’avenir5).


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  2. Mizushima H, Komori M, Yoshida CA, Miyairi I. Neonatal Gonococcal Conjunctivitis Caused by Fluoroquinolone-Resistant Neisseria gonorrhoeae. Emerg Infect Dis. 2025;31(10):2043-2045.
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  8. 感染性角膜炎診療ガイドライン(第3版). 日本眼科学会.

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