La rétinopathie associée au COVID-19 (infection par le SARS-CoV-2) est un terme générique désignant un groupe de maladies vasculaires et inflammatoires du segment postérieur de l’œil survenant à la suite de l’infection.
Elle se manifeste principalement par des événements vasculaires : occlusion veineuse rétinienne (OVR), occlusion artérielle rétinienne (OAR), taches cotonneuses, hémorragies ponctuées, maculopathie aiguë paracentrale (PAMM), etc. 1) Les manifestations du segment antérieur (conjonctivite, etc.) sont relativement bien connues, mais celles du segment postérieur, y compris la rétine, sont moins fréquentes et plus variées. 1)
L’étude prospective multicentrique italienne SERPICO-19 est une étude de cohorte représentative comparant les observations rétiniennes des patients hospitalisés pour COVID-19 à celles de témoins sains. De plus, une revue systématique de 2022 a regroupé 21 études, contribuant à la compréhension de l’épidémiologie et de la pathologie des lésions rétiniennes. 1)
QLes observations rétiniennes disparaissent-elles rapidement après la guérison du COVID-19 ?
A
L’étude SERPICO-19 a confirmé l’amélioration des hémorragies, des taches cotonneuses et de la dilatation veineuse après 6 mois. 1) Cependant, en cas d’occlusion vasculaire comme l’OVR ou l’OAR, des séquelles visuelles peuvent persister.
De nombreuses lésions rétiniennes sont asymptomatiques ou ne provoquent que des symptômes mineurs. En cas d’occlusion vasculaire, les symptômes suivants apparaissent.
Baisse de l’acuité visuelle : survient de manière aiguë ou subaiguë dans l’occlusion veineuse rétinienne et l’AOR. Elle devient marquée en cas d’œdème maculaire.
Déficit du champ visuel : perte du champ visuel correspondant au site d’occlusion. Dans l’AOR, un déficit soudain du champ visuel est typique.
Métamorphopsie : survient dans les lésions touchant la macula (PAMM ou RVO maculaire).
Absence de perception d’anomalies du fond d’œil : les hémorragies ponctuées, les taches cotonneuses et la dilatation veineuse sont souvent asymptomatiques et découvertes lors de l’examen du fond d’œil.
Endophtalmie fongique : le risque augmente en cas d’immunosuppression (p. ex., corticothérapie à forte dose) associée à un COVID-19 sévère.
Uvéite liée au MIS-C : complication oculaire du syndrome inflammatoire multisystémique pédiatrique post-COVID-19. 2)
Des études sur les lésions rétiniennes dans le COVID-19 rapportent que le diamètre des veines rétiniennes est positivement corrélé à la sévérité du COVID-19. 1)
QL'inflammation oculaire liée au COVID-19 survient-elle aussi chez les enfants ?
A
Une uvéite a été rapportée chez 5 patients atteints du syndrome inflammatoire multisystémique pédiatrique (MIS-C) post-COVID-19, avec des anomalies de la surface oculaire dans 60 % des cas. 2) Une évaluation ophtalmologique est nécessaire en cas de symptômes oculaires après un COVID-19 pédiatrique.
Le SARS-CoV-2 utilise le récepteur ACE2 (enzyme de conversion de l’angiotensine 2) et la TMPRSS2 (sérine protéase) pour pénétrer dans les cellules. 1) Dans la rétine, l’ACE2 est exprimé dans la couche des cellules ganglionnaires, la couche nucléaire interne (CNI), la couche nucléaire externe (CNE) et les cellules endothéliales capillaires, constituant la base anatomique de l’invasion virale directe et de la formation de lésions. 1)
① Mécanisme d’hypercoagulabilité : la perte d’ACE2 entraîne une augmentation de l’angiotensine II (AngII), conduisant à une vasoconstriction, une inflammation et une procoagulation. 1) L’élévation des D-dimères et du fibrinogène augmente le risque de formation de thrombus, provoquant une occlusion vasculaire rétinienne.
② Tempête cytokinique : la libération massive de cytokines inflammatoires telles que le TNF-α et l’IL-6 endommage l’endothélium vasculaire rétinien. 1) Les lésions endothéliales et la microthrombose aggravent de manière combinée la circulation rétinienne.
Les comorbidités telles que l’hypertension et le diabète peuvent augmenter le risque de rétinopathie liée au COVID-19. 1) Cependant, la plupart des jeunes patients atteints d’occlusion veineuse rétinienne ne présentent pas ces facteurs de risque, et l’infection par le COVID-19 elle-même peut constituer un facteur de risque indépendant.
Le diagnostic des lésions rétiniennes liées à la COVID-19 repose sur une combinaison d’examens ophtalmologiques et de marqueurs systémiques de coagulation et d’inflammation.
Examen du fond d’œil : permet d’observer directement les hémorragies rétiniennes, les taches cotonneuses, la dilatation veineuse et l’œdème papillaire. En cas de baisse brutale de l’acuité visuelle, il est réalisé en urgence.
Tomographie par cohérence optique (OCT) : dans la PAMM, elle détecte une bande hyperréflective au niveau du plexus capillaire profond. Elle est également essentielle pour évaluer l’œdème maculaire.
Angiographie à la fluorescéine (FA) : évalue la coloration des parois vasculaires au site d’occlusion veineuse, l’extravasation du colorant et les zones de non-perfusion. Dans l’RAO, elle confirme le retard de remplissage artériel.
L’évaluation des marqueurs de coagulation et d’inflammation est importante pour comprendre la physiopathologie de l’occlusion vasculaire rétinienne liée au COVID-19. 1)
D-dimères : une élévation a été rapportée chez 61 % des patients atteints d’RAO. 1)
CRP et ferritine : reflètent l’intensité de l’inflammation et peuvent être des indicateurs de risque de lésions rétiniennes.
Fibrinogène : indicateur d’hypercoagulabilité. Son élévation est associée aux événements thrombotiques. 1)
Il n’existe pas de traitement standard établi pour les lésions rétiniennes liées au COVID-19 ; le traitement est principalement symptomatique en fonction de la nature de chaque lésion.
Occlusion veineuse rétinienne (OVR) : en cas d’œdème maculaire, les injections intravitréennes d’anti-VEGF (ranibizumab, aflibercept, bevacizumab) sont le traitement de première intention. La photocoagulation au laser est utilisée pour traiter les zones de non-perfusion périphériques.
RAO (occlusion artérielle rétinienne) : dans les premières heures suivant le début, une intervention thérapeutique d’urgence (baisse de la pression intraoculaire, ponction de la chambre antérieure, oxygénothérapie hyperbare, etc.) peut être envisagée. Cependant, les preuves d’efficacité sont limitées. En cas d’hypercoagulabilité sous-jacente, un traitement anticoagulant peut être envisagé. 1)
Endophtalmie fongique : survient dans un état d’immunosuppression après un COVID-19 sévère. Elle est traitée par une combinaison d’antifongiques systémiques (voriconazole, amphotéricine B, etc.) et d’injections intravitréennes.
Uvéite associée au MIS-C : un traitement systémique par corticoïdes ou immunosuppresseurs est administré dans le cadre du traitement du MIS-C lui-même. 2)
QEn cas d'occlusion veineuse rétinienne après le COVID-19, un traitement anti-VEGF est-il nécessaire même chez les jeunes ?
A
Pour une occlusion veineuse rétinienne avec œdème maculaire, le traitement anti-VEGF est indiqué quel que soit l’âge. L’âge médian des occlusions veineuses rétiniennes liées au COVID-19 est de 39 ans, et des cas ont été rapportés même sans facteurs de risque cardiovasculaire. 1) La nécessité du traitement est déterminée par l’atteinte maculaire.
Lors d’autopsies, l’ARN du SARS-CoV-2 a été détecté dans 21 % des tissus rétiniens de patients décédés du COVID-19. 1) Il s’agit d’une découverte importante indiquant que le virus peut envahir directement la rétine. Les sites d’expression de l’ACE2 dans la rétine (couche des cellules ganglionnaires, couche nucléaire interne, couche nucléaire externe, endothélium capillaire) sont des cibles du virus. 1)
Lésions endothéliales vasculaires et microthrombus
Des études histologiques de patients COVID-19 ont confirmé des lésions de l’endothélium capillaire rétinien et des microthrombus. 1) Les lésions endothéliales sont causées à la fois par l’hypercoagulabilité et la tempête cytokinique, entraînant une altération de la microcirculation rétinienne.
L’atteinte rétinienne du COVID-19 est conceptualisée selon le modèle ECOR (Eye as Complement to fOldRs). 1) Ce modèle décrit une évolution biphasique de la pathologie :
Phase 1 (aiguë) : Vascularite aiguë et lésions endothéliales dues à la tempête cytokinique. Correspond à la phase où surviennent les hémorragies rétiniennes et les taches cotonneuses.
Phase 2 (prolongée / séquelles) : Hypercoagulabilité persistante et tendance à la fibrose. C’est la phase où peuvent survenir des événements d’occlusion vasculaire tels que les occlusions veineuses rétiniennes et les RAO.
① Hypercoagulabilité : La perte de fonction de l’ACE2 due au SARS-CoV-2 perturbe l’équilibre du système rénine-angiotensine, entraînant un excès d’AngII. 1) L’AngII favorise l’activation endothéliale, l’expression du facteur tissulaire et l’activation plaquettaire, mesurée par l’élévation des D-dimères et du fibrinogène.
② Tempête cytokinique : La libération massive de cytokines inflammatoires telles que le TNF-α, l’IL-6 et l’IL-1β augmente la perméabilité endothéliale. 1) L’adhésion accrue des leucocytes à l’endothélium vasculaire et la formation de microthrombus se combinent, entraînant une occlusion et une ischémie des capillaires rétiniens.
7. Recherches récentes et perspectives futures (rapports en phase de recherche)
La plupart des connaissances actuelles reposent sur des études rétrospectives et des observations sur un petit nombre de cas. 1) Des études de cohorte prospectives à plus grande échelle sont nécessaires pour déterminer la prévalence exacte, les facteurs de risque et le pronostic des rétinopathies liées à la COVID-19. 1)
Différence physiopathologique entre occlusion artérielle et veineuse
Il est suggéré que les occlusions veineuses rétiniennes et les RAO liées à la COVID-19 pourraient avoir des mécanismes pathogéniques différents. 1) Dans l’occlusion artérielle, l’hypercoagulabilité (élévation des D-dimères) est prédominante, tandis que dans l’occlusion veineuse, l’inflammation endothéliale et la stase sanguine seraient impliquées, mais la différence exacte entre les deux pathologies reste inconnue. 1)
Le suivi à 6 mois de l’étude SERPICO-19 a montré une amélioration de la plupart des hémorragies, des taches cotonneuses et de la dilatation veineuse observées en phase aiguë. 1) Cependant, des données supplémentaires sont nécessaires pour le pronostic à long terme au-delà de la période d’observation.
Des modifications microvasculaires rétiniennes ont été rapportées chez les patients atteints de COVID long, et leur évaluation par tomographie par cohérence optique angiographique (OCTA) est à l’étude. La question de savoir si la rétine peut servir de « fenêtre » sur les troubles microcirculatoires systémiques pour l’évaluation des séquelles est un sujet de recherche future.
D’Alessandro E, Schiavone M, De Gaetano AM, et al. Retinal manifestations of COVID-19: a systematic review. Biomedicines. 2022;10:2710.
Fernández-Martínez MDÁ, Martín-Gutiérrez A, González-López JJ, et al. Uveitis and other ocular manifestations in children with multisystem inflammatory syndrome associated with COVID-19. Ocul Immunol Inflamm. 2022;30(7-8):1949-1954.
Copiez le texte de l'article et collez-le dans l'assistant IA de votre choix.
Article copié dans le presse-papiers
Ouvrez un assistant IA ci-dessous et collez le texte copié dans la conversation.