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Ophtalmologie pédiatrique et strabisme

Transposition musculaire dans le strabisme

1. Qu’est-ce que la transposition dans le strabisme ?

Section intitulée « 1. Qu’est-ce que la transposition dans le strabisme ? »

La transposition (chirurgie de transposition) est une intervention qui modifie le trajet des muscles extra-oculaires pour corriger les déviations oculaires et les limitations des mouvements oculaires dues à une paralysie ou un dysfonctionnement.

Depuis que Hummelsheim a rapporté la première transposition pour la paralysie du nerf abducens en 1908 1), de nombreuses techniques modifiées ont été développées. Il existe diverses variantes, comme la méthode de Jensen, et des techniques mini-invasives comme la méthode de Nishida, qui obtiennent des effets équivalents sans résection des vaisseaux nourriciers.

Cette procédure est contre-indiquée chez les patients présentant une insuffisance vasculaire ou un risque vasculaire majeur, ainsi qu’en cas de restriction du muscle antagoniste.

Q Dans quels cas la procédure de transposition est-elle réalisée ?
A

Les principales indications sont le strabisme paralytique (paralysie du nerf abducens ou oculomoteur), le syndrome de Duane (en cas de torticolis compensateur ou de déviation horizontale marquée), l’insuffisance d’élévation monoculaire, et les muscles perdus ou glissés. Elle est choisie lorsqu’il existe une limitation sévère des mouvements oculaires ne pouvant être corrigée par une procédure de recul/résection standard.

  • Diplopie : augmente particulièrement dans la direction de la paralysie. C’est la plainte la plus fréquente.
  • Tête compensatrice : rotation de la face vers le côté de l’œil paralysé pour réduire la diplopie
  • Inconfort cervical : dû à la persistance de la tête compensatrice

Signes cliniques (signes observés par le médecin lors de l’examen)

Section intitulée « Signes cliniques (signes observés par le médecin lors de l’examen) »
  • Déviation oculaire : dans la paralysie du nerf abducens, on observe une ésotropie
  • Trouble de la motilité oculaire : limitation des mouvements dans la direction de la paralysie de l’œil atteint. Les cas ne dépassant pas la ligne médiane sont candidats à la chirurgie de transposition
  • Cas chroniques de paralysie complète : atrophie marquée du muscle droit externe
  • Test de couverture et diagramme de Hess : vérifier le motif de déviation primaire
  • Test de traction forcée (FDT) : évaluer la présence de restriction. En cas de restriction, la chirurgie de transposition est contre-indiquée
  • Test de force contractile active : vérifier la fonction résiduelle du muscle affecté

Les principales maladies indiquées pour la chirurgie de transposition sont présentées ci-dessous.

Strabisme paralytique

Paralysie du nerf abducens : indication la plus courante. Les causes acquises incluent les traumatismes, les accidents vasculaires cérébraux, les tumeurs cérébrales, les neuropathies périphériques, les infections virales et le diabète.

Paralysie du nerf oculomoteur : la transposition du tendon du muscle oblique supérieur (procédure de Scott) ou la transposition nasale du muscle droit latéral sont indiquées.

Autres indications

Syndrome de Duane (DRS) : la position compensatoire de la tête, la déviation horizontale et la co-contraction sévère sont des indications chirurgicales.

Insuffisance d’élévation monoculaire (MED/paralysie du double élévateur) : la méthode de Nishida modifiée est utilisée.

Muscle perdu ou glissé : la transposition est choisie lorsque la réinsertion conventionnelle est impossible.

Strabisme fixe associé à une forte myopie : la combinaison des muscles droit supérieur et oblique externe (méthode de Yokoyama) est efficace.

En cas de paralysie incomplète où l’œil peut se déplacer jusqu’en position primaire, une transposition antéro-postérieure (raccourcissement du muscle paralysé + recul de l’antagoniste) est possible. En cas de paralysie incomplète ne dépassant pas la ligne médiane ou de paralysie complète, une transposition musculaire est nécessaire.

Q Une transposition musculaire est-elle toujours nécessaire en cas de paralysie du nerf abducens ?
A

En cas de paralysie incomplète où l’œil se déplace au-delà de la ligne médiane, une opération de résection-avancée (raccourcissement du muscle paralysé + recul du muscle antagoniste) est possible. L’indication d’une opération de transposition n’est posée qu’en cas de paralysie incomplète ne dépassant pas la ligne médiane ou de paralysie complète. De plus, pendant les 6 mois suivant l’apparition, le principe est d’observer une période de surveillance conservatrice en attendant une récupération spontanée.

ExamenObjectif
Test de couvertureÉvaluation de l’amplitude et de la direction du déplacement
Diagramme de HessVisualisation des schémas de trouble moteur de chaque muscle extraoculaire
Test de tractionPrésence de restriction (si restriction, la chirurgie de transposition est contre-indiquée)
Test de force de contraction activeÉvaluation de la fonction résiduelle du muscle affecté
Mesure au prismeQuantification de la déviation (DP)
Imagerie crânienne (TDM/IRM)Recherche de lésions du tronc cérébral, de la base du crâne, du sinus caverneux et de l’orbite
IRM T1 coupe coronaleÉvaluation de l’atrophie du muscle oblique supérieur (diagnostic différentiel de la décompensation)

Le test de traction est un examen préopératoire essentiel, car une restriction rend la chirurgie de déplacement inappropriée.

En principe, l’indication chirurgicale est évaluée après une période d’observation conservatrice de 6 mois.

  • Observation : Observation pendant environ 6 mois sous administration de vitamines et de médicaments améliorant la circulation.
  • Lunettes à prisme : Utiles pour l’amélioration symptomatique de la diplopie.
  • Toxine botulique : utilisée en début d’évolution pour prévenir la contracture du muscle antagoniste. Dans les cas légers, une intervention chirurgicale peut devenir inutile.

Transposition tendineuse complète (FTT)

Les muscles droits supérieur et inférieur sont transposés en totalité vers le côté du muscle droit latéral. Pour éviter une ischémie du segment antérieur, une chirurgie simultanée sur les muscles droits horizontaux est évitée.

Technique de renforcement : raccourcissement des muscles droits supérieur et inférieur avant transposition, suture ajustable, suture de fixation postérieure (6 à 8 mm en arrière de l’insertion du muscle droit latéral) sont ajoutés.

Procédure de Hummelsheim

Déplacer la moitié du tendon des muscles droits supérieur et inférieur. La moitié des vaisseaux ciliaires peut être préservée, réduisant le risque d’ischémie du segment antérieur.

Version modifiée : Ajout d’un recul du muscle droit interne, d’un raccourcissement du tendon du muscle déplacé et d’une suture de fixation postérieure. Rapporté comme 43PD±5PD préopératoire → 6PD±7PD postopératoire.

Version renforcée : Efficace pour l’ésotropie paralytique. La transposition en X est efficace pour l’exotropie1).

  • Procédure de Jensen : Sans sectionner le ventre musculaire des muscles adjacents, attacher les ventres musculaires avec du fil 5-0 Ethibond ou Mersilène à 12-14 mm en arrière de l’insertion. Aucune différence de taux de succès par rapport à la procédure de Hummelsheim1)
  • Procédure de Nishida : Transposer la moitié temporale des muscles droits supérieur et inférieur vers le côté du muscle droit latéral. Une correction moyenne de 42,4 PD est obtenue. Procédure mini-invasive sans nécessité de ténotomie ni de division, préservant les vaisseaux nourriciers.
    • Procédure de Nishida modifiée : L’étape de fente musculaire est omise. Une correction de 24 à 36 PD avec transposition seule, et de 50 à 62 PD avec recul du droit interne associé.
  • Transposition du muscle droit supérieur (SRT) : Déplacement du seul muscle droit supérieur vers l’insertion du muscle droit latéral. Maintient la circulation ciliaire et simplifie la chirurgie. La vision stéréoscopique est restaurée dans 80 % des cas.
  • Transposition du muscle droit inférieur (IRT) : Alternative à la transposition du muscle droit supérieur. Choisie en cas d’hypertropie et de cyclotorsion interne préopératoires.

Transposition pour la paralysie du nerf oculomoteur

Section intitulée « Transposition pour la paralysie du nerf oculomoteur »
  • Transposition du tendon du muscle oblique supérieur (méthode de Scott, 1977) : Fixation du tendon du muscle oblique supérieur à 1 à 3,5 mm au-dessus de l’insertion du muscle droit médial. Associée à une récession du muscle droit latéral.
  • Transposition du muscle droit latéral vers le muscle droit médial (méthode de Taylor, 1989)
  • Transposition nasale complète (méthode de Saxena) : Passage du muscle droit latéral sous les muscles droit inférieur et oblique inférieur pour l’attacher en dessous de l’insertion du muscle droit médial.
  • Transposition nasale en Y du muscle droit latéral (NTSLR) : le muscle droit latéral est fendu en deux sur 15 mm en arrière, et chaque moitié est déplacée vers le côté nasal.
  • Syndrome de Duane : utilisation de la transposition musculaire verticale à demi-largeur (HVRT). Il existe un risque d’aggravation de la cocontraction après la transposition.
  • Insuffisance d’élévation monoculaire : la méthode de Nishida modifiée est utilisée
  • Strabisme convergent fixe associé à une myopie forte : opération de combinaison des muscles droit supérieur et oblique externe (méthode Yokoyama). Survient en raison de la luxation du pôle postérieur du globe oculaire vers le côté supéro-temporal du cône musculaire. L’évolution à long terme est stable.
Q Quelles sont les complications de la transposition musculaire ?
A

L’ischémie du segment antérieur est la complication la plus importante, avec un risque accru lors de la chirurgie de trois muscles droits ou plus. Les transpositions partielles comme la méthode de Hummelsheim ou de Jensen réduisent ce risque en préservant une partie des vaisseaux ciliaires. La méthode de Nishida ne nécessite pas de ténotomie et préserve davantage les vaisseaux nourriciers. De plus, une amélioration complète des mouvements oculaires n’est pas attendue après la chirurgie, et une diplopie peut persister en dehors de la position primaire.

Le mécanisme d’action de la transposition musculaire comprend plusieurs éléments.

  • Redirection de la force vectorielle : La direction de la force de contraction du muscle transposé change, transférant la fonction vers la direction du muscle paralysé.
  • Inhibition passive (tethering) : le muscle déplacé sert de support passif, maintenant l’œil en position primaire
  • Déplacement et renforcement de la poulie : la suture de fixation postérieure déplace la poulie du muscle droit (tissu de soutien définissant le trajet et le centre de rotation du muscle) dans la direction du mouvement

Il est probable que ces multiples mécanismes contribuent simultanément.

L’objectif principal de la transposition est de corriger l’alignement oculaire en position primaire. Le mouvement monoculaire vers la direction du muscle paralysé peut ne pas s’améliorer significativement.

Q La transposition améliore-t-elle le mouvement oculaire dans la direction de la paralysie ?
A

L’objectif principal de la transposition est de corriger l’alignement oculaire en position primaire (regard droit) et d’éliminer la position compensatoire de la tête. L’amélioration du mouvement monoculaire vers la direction du muscle paralysé peut être limitée, et une diplopie peut persister dans les directions autres que la position primaire. Cependant, si la diplopie disparaît en position primaire et en regard vers le bas, la qualité de vie quotidienne s’améliore considérablement.


7. Recherches récentes et perspectives futures (rapports de stade de recherche)

Section intitulée « 7. Recherches récentes et perspectives futures (rapports de stade de recherche) »

Sheng et al. (2024) ont rapporté qu’une chirurgie en deux étapes (première étape : recul de 10 mm des muscles droits médial et latéral droits ; deuxième étape : raccourcissement de 10 mm du muscle droit latéral droit + raccourcissement de 8 mm du muscle droit médial gauche + transposition de demi-largeur des muscles droits supérieur et inférieur droits) a permis une bonne correction de la position primaire de l’œil et la disparition de la position compensatoire de la tête chez un patient présentant une paralysie oculomotrice supranucléaire persistante depuis 8 ans due à un cavernome du tronc cérébral1). Aucune ischémie du segment antérieur n’a été observée à 6 mois postopératoires.

Résultats du traitement du strabisme à grand angle

Section intitulée « Résultats du traitement du strabisme à grand angle »

Dans le suivi à long terme de 22 cas par Jethani, une bonne correction a été maintenue pendant une période moyenne de 2 ans après une transposition musculaire combinée à un raccourcissement et recul des muscles droits internes et externes pour un ésotropie à grand angle supérieur à 85 PD1).

Dans le rapport d’Arfeen et al., aucune différence statistiquement significative n’a été observée dans le taux de succès entre la méthode de Hummelsheim et celle de Jensen pour la paralysie chronique du nerf abducens1).

Selon Gokoffski et al., la méthode de Hummelsheim renforcée était efficace pour la déviation ésotropique paralytique, tandis que la transposition en X l’était pour la déviation exotropique1).


  1. Sheng W, Ge W, Zhu L. Surgery for longer duration supranuclear ophthalmoplegia secondary to brain stem cavernoma: A case report and literature review. Medicine. 2024;103(14):e37221.
  2. Sharma P. The pursuit of stereopsis. J AAPOS. 2018;22(1):2.e1-2.e5. PMID: 29292047.
  3. Murray T. Eye muscle surgery. Curr Opin Ophthalmol. 2000;11(5):336-41. PMID: 11148699.

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