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Glaucome

Infection liée à la bulle filtrante

1. Qu’est-ce que l’infection liée à la bulle de filtration ?

Section intitulée « 1. Qu’est-ce que l’infection liée à la bulle de filtration ? »

L’infection liée à la bulle de filtration (bleb-related infection: BRI) est une complication infectieuse survenant après une chirurgie de filtration du glaucome (trabéculectomie, etc.) due à la pénétration de bactéries par la bulle de filtration. On distingue la blébite (infection limitée à la bulle) et l’endophtalmie liée à la bulle (bleb-associated endophthalmitis: BAE) lorsque l’infection se propage à l’intérieur de l’œil.

  • Blébite (blebitis) : infection localisée dans ou autour de la bulle. Peut s’accompagner d’une réaction de chambre antérieure légère à modérée.
  • Endophtalmie liée à la bulle (BAE) : infection se propageant au vitré. Pronostic visuel nettement défavorable.

Les stades cliniques suivants sont utilisés 1).

  • Stade I : Inflammation locale de la bulle (blébite)
  • Stade II : Cellules, flare et hypopion dans la chambre antérieure
  • Stade IIIa : Extension au vitré. Fond d’œil visible
  • Stade IIIb : Opacité vitréenne sévère, fond d’œil non visible

Contrairement aux autres chirurgies intraoculaires, la chirurgie filtrante comporte un risque d’infection de la bulle non seulement en postopératoire précoce mais aussi à long terme. Dans une étude prospective multicentrique (Collaborative Bleb-Related Infection Incidence and Treatment Study) portant sur la trabéculectomie avec mitomycine C, l’incidence cumulative des infections de la bulle à 5 ans était de 2,2 %, dont 1,1 % d’endophtalmies liées à la bulle (BAE)5). Cette étude, menée à l’échelle nationale par la Société japonaise du glaucome, fournit des données fiables. La fréquence des infections liées à la bulle après le premier mois postopératoire est rapportée entre 0,97 et 5 %4), ce qui est plus élevé que les infections tardives après d’autres chirurgies intraoculaires. Les infections de la bulle après chirurgie du glaucome surviennent souvent plusieurs années après l’opération, avec une incidence plus élevée qu’après la chirurgie de la cataracte.

Selon le moment de survenue, on distingue les formes précoces (dans le premier mois postopératoire) et les formes tardives (après le premier mois)1). Les formes précoces impliquent souvent des bactéries de faible virulence (staphylocoques à coagulase négative), tandis que les formes tardives impliquent des bactéries hautement virulentes (streptocoques, Haemophilus influenzae) et ont un pronostic plus sombre1). La fréquence des infections précoces de la bulle est de 0,1 à 0,2 %, inférieure à celle des infections tardives4). Il est important d’informer les patients ayant subi une chirurgie filtrante du risque d’infection tardive et de leur demander de consulter immédiatement en cas de symptômes évocateurs d’infection tels que rougeur, larmoiement, vision floue ou douleur oculaire4).

Q Quelle est la différence entre la blébite et l'endophtalmie liée à la bulle ?
A

La blébite est une infection limitée à la bulle, pour laquelle un traitement local approprié permet d’espérer un bon pronostic visuel. En revanche, l’endophtalmie liée à la bulle (BAE) est une infection qui s’étend au vitré, et même avec un traitement agressif, le pronostic visuel est souvent mauvais. En présence d’hypopion et d’une infection évidente de la bulle, il faut traiter comme une endophtalmie, sauf si une autre cause est prouvée1).

Bulle infectée blanc-jaunâtre (white-on-red)

J Ophthalmol. 2015;2015:923857. Figure 1. PMCID: PMC4606135. License: CC BY.
Bulle blanc-jaunâtre se détachant sur une conjonctive hyperhémique, aspect caractéristique « white-on-red » de l’infection de la bulle. Correspond à l’évaluation externe des stades I à II traitée dans la section « 2. Principaux symptômes et signes cliniques ».

  • Douleur oculaire : d’apparition brutale. Plus sévère dans la BAE
  • Hyperhémie : s’étendant de la région péribullaire à toute la conjonctive
  • Baisse de l’acuité visuelle : légère dans la blébite, marquée dans l’endophtalmie liée à la blèbe (BAE)
  • Photophobie (sensibilité à la lumière) : associée à l’inflammation de la chambre antérieure
  • Sécrétions oculaires et larmoiement : peuvent être accompagnés de sécrétions purulentes
  • Symptômes prodromiques : blépharite, douleur sourcilière, céphalée, inflammation oculaire externe précèdent de quelques jours à quelques semaines chez 35 % des patients1)

Stade I (blébite)

« Blanc sur rouge (white-on-red) » : une bulle de filtration jaune-blanc trouble sur une conjonctive hyperhémique est caractéristique.

Opacification de la bulle de filtration : devient jaune-blanc et opaque.

Réaction légère de la chambre antérieure : peut être accompagnée ou non d’un hypopion.

Stade II-III (BAE)

Hyperhémie conjonctivale marquée : plus étendue et plus intense qu’au stade I.

Hypopion : accompagné de précipités de fibrine.

Opacité du vitré : apparaît au stade III. Au stade IIIb, le fond d’œil n’est plus visible.

En présence d’un hypopion et d’une infection évidente de la bulle, traiter comme une endophtalmie sauf si une autre cause est prouvée1). Une fuite de la bulle de filtration est souvent observée, mais des débris inflammatoires peuvent obstruer temporairement le site de fuite.

Pour prédire la fonction de filtration après une chirurgie filtrante et détecter précocement les complications, il est nécessaire d’examiner soigneusement la bulle de filtration à chaque consultation. À l’aide de la lampe à fente, les cinq éléments suivants sont vérifiés.

  • Étendue (diffusion) : Les bulles diffuses ont un meilleur effet de baisse de la pression intraoculaire que les bulles localisées. Une bulle surplombante qui pend du côté cornéen peut gêner la vision.
  • Hauteur : Une bulle plate et basse suggère une fonction de filtration réduite.
  • Épaisseur de la paroi : En cas d’utilisation concomitante d’antimétabolites, la paroi de la bulle devient fréquemment plus fine. Une bulle amincie est souvent associée à une bonne baisse de la pression intraoculaire, mais elle est sujette aux fuites d’humeur aqueuse. Une bulle encapsulée, entourée d’une membrane épaisse, entraîne souvent une mauvaise baisse de la pression intraoculaire.
  • Vascularisation : Une bulle ischémique sans vascularisation présente un risque élevé de fuite d’humeur aqueuse.
  • Test de Seidel : Colorer la surface de la bulle avec un papier imprégné de fluorescéine pour vérifier la présence de fuite d’humeur aqueuse. Voir la section « Diagnostic et méthodes d’examen » pour plus de détails.
  • Fuite de la bulle de filtration (facteur de risque le plus important) : Augmente le risque d’infection de 26 fois 1). La fuite d’humeur aqueuse de la bulle de filtration est le principal facteur de risque 4)7). Les fuites tardives présentent un risque plus élevé que les fuites précoces 1). Un suintement (oozing) d’humeur aqueuse peut être surveillé avec prudence, mais une fuite franche nécessite généralement un traitement.
  • Utilisation d’antimétabolites (MMC, 5-FU) : Entraîne une diminution des cellules caliciformes et une réduction de la production de mucine, affaiblissant la barrière conjonctivale. Favorise l’amincissement généralisé et l’absence de vascularisation de la paroi de la bulle. Avec la mitomycine C, le risque de fuite à 5 ans atteint 15 % 11).
  • Amincissement et absence de vascularisation de la paroi de la bulle : Fréquent après une trabéculectomie avec antimétabolites. Une bulle à paroi amincie est sujette aux fuites d’humeur aqueuse, et la fuite est un facteur de risque d’infection de la bulle.
  • Bulle inférieure : L’exposition au film lacrymal et l’absence de protection de la paupière supérieure augmentent le taux d’infection. Le taux est de 7,8 % par patient-année pour les bulles inférieures, contre 1,3 % pour les bulles supérieures 1).
  • Incision conjonctivale à base limbique : Taux d’infection plus élevé par rapport à l’incision à base fornicienne (8 % contre 0 %) 1). Les bulles avasculaires surviennent plus fréquemment avec la technique d’incision à base limbique.
  • Autres : Conjonctivite, blépharite, infection des voies respiratoires supérieures, jeune âge, myopie axiale, utilisation chronique d’antibiotiques.

Les agents pathogènes varient selon le moment de l’apparition. Plus de 100 micro-organismes pathogènes ont été rapportés dans la littérature 1).

Moment de l’apparitionPrincipaux agents pathogènesCaractéristiques
Apparition précoceStaphylocoques à coagulase négativeFaible virulence, pronostic relativement bon
Apparition tardiveStreptocoques, H. influenzaeHaute virulence, mauvais pronostic

Les cocci à Gram positif sont les plus fréquents, principalement les genres Streptococcus (environ 385 isolats) et Staphylococcus (environ 296 isolats). Parmi les bactéries à Gram négatif, les genres Moraxella (environ 79 cas) et Haemophilus (environ 63 cas) sont fréquents 1). Rarement, des zoonoses comme Capnocytophaga canimorsus ont également été rapportées 2). Une étude rétrospective suédoise a rapporté une incidence d’endophtalmie et de blébite sévère après trabéculectomie de 7,2 pour 1000 interventions 12).

Q Quel est le principal facteur de risque d'infection de la bulle filtrante ?
A

La fuite d’humeur aqueuse de la bulle filtrante est le principal facteur de risque, multipliant le risque d’infection par 26 1). L’utilisation d’antimétabolites amincit et avascularise la paroi de la bulle, augmentant le risque de fuite. Les bulles ischémiques, à paroi fine et peu vascularisées, sont particulièrement sujettes aux fuites. Il est important de vérifier la présence de fuite à chaque examen par le test de Seidel.

L’observation de l’apparence de la bulle est fondamentale : vérifier les 5 éléments mentionnés précédemment (étendue, hauteur, épaisseur de la paroi, vascularisation, test de Seidel).

C’est un examen de base pour confirmer la fuite d’humeur aqueuse de la bulle filtrante.

  • Appliquez délicatement une bandelette de fluorescéine imbibée d’anesthésique topique sur la surface de la bulle.
  • Observez toute la bulle sous filtre bleu.
  • En cas de fuite d’humeur aqueuse, on peut voir la fluorescéine diluée par l’humeur aqueuse s’écouler (test de Seidel positif).
  • Fermez les paupières, puis observez toute la bulle pendant quelques secondes après l’ouverture pour faciliter le jugement.
  • Il est également important de confirmer l’emplacement et l’étendue de la fuite.

Voici les principales méthodes de classification des bulles selon leur apparence.

  • Système de classification des bulles de Moorfields (MBGS) : méthode de classification standardisée pour évaluer la morphologie des bulles8)
  • Échelle de gradation de l’apparence des bulles de l’Indiana (IBAGS) : méthode de classification systématique pour grader l’apparence des bulles9)

Les deux sont utiles pour évaluer la fonction de filtration et prédire le risque d’infection. L’utilisation conjointe de l’OCT du segment antérieur permet une évaluation plus objective de la structure interne de la bulle et de l’épaisseur de sa paroi10).

  • Écouvillonnage conjonctival et culture : prélèvement de l’écoulement purulent et inoculation sur gélose au sang, gélose au chocolat, milieu thioglycolate, etc.1)
  • ** Ponction de la chambre antérieure et du vitré** : obligatoire à partir du stade II. Injection intravitréenne d’antibiotiques en même temps que la culture.
  • PCR : utile en complément de la culture car le taux de négativité de la culture est élevé (21 à 86 %). Des rapports indiquent une amélioration du taux de détection de 47,6 % à 95,3 %1).
  • Échographie B-scan : en cas de fond d’œil non visible au stade IIIb, confirme l’opacité vitréenne et l’épaississement choroïdien1).
  • OCT du segment antérieur : utile pour évaluer la structure interne de la bulle. Permet d’observer l’ouverture du volet scléral, la cavité de la bulle, les microkystes, etc.10).
  • Endophtalmie post-cataracte : le délai d’apparition et la technique chirurgicale diffèrent. L’endophtalmie post-cataracte survient généralement tôt (environ une semaine) après l’opération, tandis que l’infection liée à la bulle de filtration survient souvent plusieurs années après. Le diagnostic différentiel repose sur la présence ou non de signes infectieux de la bulle.
  • Uvéite antérieure aiguë : la présence d’une opacité de la bulle et d’une hyperhémie périphérique marquée (white-on-red) est déterminante pour le diagnostic différentiel. L’uvéite non infectieuse ne s’accompagne pas d’opacification de la bulle elle-même.
  • Bulle encapsulée : complication non infectieuse survenant quelques semaines après l’opération. La cavité de la bulle est entourée d’une membrane épaisse, entraînant une mauvaise baisse de la pression intraoculaire, mais sans signe infectieux (white-on-red).

En l’absence d’atteinte du vitré, un traitement antibiotique local agressif est instauré. Si l’infection reste confinée à la bulle et à la chambre antérieure, elle peut être traitée par des antibiotiques locaux et systémiques.

  • Régime de collyres renforcés : Vancomycine (25–50 mg/mL) ou céfazoline (50 mg/mL) et tobramycine (14 mg/mL) en alternance toutes les 30 minutes. Après 48 heures, réduire progressivement en fonction de l’amélioration.
  • Régime alternatif : Fluoroquinolone de 4e génération (moxifloxacine, etc.) toutes les heures.
  • Injections sous-conjonctivales : Des injections sous-conjonctivales ou intracamérulaires d’antibiotiques peuvent être réalisées selon le stade de l’infection de la bulle.

L’ajout de corticostéroïdes topiques peut être envisagé 24 heures après l’amélioration clinique, mais des rapports de mauvais pronostic imposent une décision prudente. Adapter ou modifier les antibiotiques en fonction des résultats de culture et surveiller attentivement la réponse au traitement. Les corticostéroïdes ne doivent être débutés qu’après confirmation du contrôle de l’infection.

Traitement de l’endophtalmie associée à la bulle (BAE)

Section intitulée « Traitement de l’endophtalmie associée à la bulle (BAE) »

Réaliser une ponction du vitré pour prélèvement et injection intravitréenne d’antibiotiques simultanément.

MédicamentDoseRemarques
Vancomycine1 mg/0,1 mLCouverture des bactéries Gram positif
Ceftazidime2,25 mg/0,1 mLCouverture des bactéries Gram négatif
Dexaméthasone0,4 mg/0,1 mLAdjuvant (suppression de l’inflammation)

Lorsque l’infection s’étend à la cavité vitréenne, une vitrectomie est souvent nécessaire. Certaines études rapportent que la vitrectomie (PPV) offre un meilleur pronostic visuel que l’injection intravitréenne, tandis que des données récentes indiquent un pronostic similaire entre les deux méthodes. Comme le pronostic visuel est très mauvais lorsque l’infection atteint la cavité vitréenne, une prise en charge rapide est essentielle. L’Endophthalmitis Vitrectomy Study (EVS) portait sur les endophtalmies post-cataracte, dont le profil des patients, les agents pathogènes et le mécanisme d’apparition diffèrent de ceux de la BRI/BAE ; par conséquent, il n’est pas approprié d’appliquer directement les résultats de l’EVS. En particulier, la BAE survient souvent tardivement et implique des bactéries hautement virulentes, ce qui justifie une indication plus large de la vitrectomie.

Dans la ligne directrice pour la pratique clinique du glaucome (5e édition), la question CQ6 recommande ce qui suit concernant l’utilisation d’antibiotiques après une trabéculectomie 4).

Utilisation précoce d’antibiotiques en postopératoire

Section intitulée « Utilisation précoce d’antibiotiques en postopératoire »

L’administration prophylactique d’antibiotiques est recommandée, mais il n’existe pas de consensus sur le médicament, la méthode ou la durée à utiliser 4). Les spécialistes ayant participé à l’étude ont généralement poursuivi l’instillation d’antibiotiques pendant 1 à 3 mois après l’opération, et comme aucune infection postopératoire n’est survenue pendant cette période, l’utilisation continue d’antibiotiques pendant 1 à 3 mois après l’opération est fortement recommandée (force de la recommandation : fortement recommandé de « faire », niveau de preuve : C) 4).

Utilisation à long terme d’antibiotiques en postopératoire

Section intitulée « Utilisation à long terme d’antibiotiques en postopératoire »

Une enquête nationale sur les infections des bulles de filtration (104 yeux) a comparé un groupe avec utilisation à long terme d’antibiotiques à un groupe sans, et a montré que l’utilisation à long terme retardait significativement l’apparition de l’infection de la bulle de filtration 6).

  • Groupe sans utilisation : délai médian d’apparition de l’infection : 3,9 ans
  • Groupe avec utilisation à long terme : délai médian d’apparition de l’infection : 6,4 ans
  • Groupe pommade ophtalmique : délai médian d’apparition de l’infection : 10,5 ans

Si la paroi de la bulle de filtration est fine, avec un suintement d’humeur aqueuse lors de l’élévation de la paupière supérieure, ou si le patient présente des symptômes subjectifs tels que l’accumulation de larmes au réveil, l’instillation d’une pommade ophtalmique antibiotique de la famille des nouvelles quinolones avant le coucher doit être activement envisagée 4).

Des bactéries résistantes ont été observées dans 9 des 26 yeux du groupe d’utilisation à long terme, mais 6 de ces 9 étaient des Staphylococcus epidermidis, qui sont moins susceptibles de provoquer une endophtalmie sévère 4). L’utilisation inappropriée d’antibiotiques doit également être évitée d’un point de vue économique.

En cas de fuite, qui est le principal facteur de risque d’infection de la bulle de filtration, une prise en charge appropriée est nécessaire.

  • Traitement conservateur : lentilles de contact à pansement, suture de compression, colle tissulaire au cyanoacrylate, pansement compressif
  • Injection de sang autologue : injection de sang autologue dans et autour de la bulle de filtration. Peut provoquer une élévation brutale de la pression intraoculaire.
  • Traitement chirurgical : avancement conjonctival (taux de succès 100 %), greffe de membrane amniotique (taux de succès 45 %). En cas de risque élevé d’infection ou d’hypotonie persistante, une reconstruction de la bulle de filtration par greffe conjonctivale libre ou lambeau conjonctival pédiculé provenant du quadrant supérieur est indiquée. À long terme, une réévaluation de la morphologie de la bulle et une gestion de la pression intraoculaire doivent être menées en parallèle 11)
Q Combien de temps faut-il utiliser des antibiotiques après une chirurgie du glaucome ?
A

Les directives cliniques pour le glaucome (5e édition) recommandent fortement la poursuite des antibiotiques pendant 1 à 3 mois après la chirurgie (niveau de preuve C) 4). Par la suite, en fonction du risque d’infection tel que la présence de fuite de la bulle, l’utilisation à long terme d’une pommade ophtalmique de nouvelle quinolone au coucher doit être envisagée. Il a été rapporté que l’utilisation à long terme retarde significativement l’apparition de l’infection, avec une médiane de 3,9 ans dans le groupe sans traitement à 10,5 ans dans le groupe pommade 6). Cependant, une utilisation prolongée sans discernement doit être évitée, et la décision de poursuivre doit être prise en consultation avec le médecin traitant.

6. Physiopathologie et mécanismes détaillés de l’apparition

Section intitulée « 6. Physiopathologie et mécanismes détaillés de l’apparition »

La pathologie des infections associées à la bulle de filtration provient du fait que la bulle de filtration formée par la chirurgie de filtration du glaucome constitue une porte d’entrée pour l’infection.

Mécanismes de l’établissement de l’infection

Section intitulée « Mécanismes de l’établissement de l’infection »

Dans la trabéculectomie, l’humeur aqueuse est drainée sous le volet scléral vers l’espace sous-conjonctival pour former une bulle de filtration. Si la paroi de cette bulle s’amincit ou fuit, les larmes ou les bactéries commensales périoculaires peuvent pénétrer dans l’œil.

L’utilisation d’antimétabolites (MMC, 5-FU) augmente le risque d’infection par plusieurs mécanismes combinés.

  • Réduit le nombre de cellules caliciformes conjonctivales, diminuant la production de mucine et altérant la fonction de défense du film lacrymal.
  • Favorise l’amincissement général et l’avascularisation de la conjonctive, réduisant la résistance mécanique de la paroi de la bulle.
  • Affaiblit les barrières de défense physique et immunologique, facilitant la pénétration des bactéries de la surface conjonctivale vers l’intérieur de l’œil.
  • Inhibe la prolifération des fibroblastes, retardant la cicatrisation et réduisant la capacité de réparation de l’épithélium conjonctival.

Les antimétabolites sont essentiels pour prévenir la cicatrisation excessive dans la trabéculectomie moderne, mais il faut toujours garder à l’esprit l’augmentation du risque infectieux à long terme associée à leur utilisation.

La morphologie de la bulle change avec le temps. Après une trabéculectomie, une cicatrice se forme dans le tissu sous-conjonctival au cours du processus de cicatrisation. L’utilisation concomitante de mitomycine C (MMC) supprime la réaction tissulaire excessive précoce et augmente la probabilité de maintien à long terme de la bulle de filtration. Cependant, pendant les premiers mois postopératoires où la formation de cicatrice progresse rapidement, la résistance à l’écoulement du volet scléral et la morphologie de la bulle changent constamment. Si une gestion appropriée n’est pas effectuée pendant cette période, l’amincissement de la paroi de la bulle est susceptible de progresser.

Les bulles ischémiques avasculaires présentent un risque particulièrement élevé de fuite d’humeur aqueuse. Les bulles avasculaires surviennent plus fréquemment avec la technique d’incision conjonctivale à base limbique, ce qui est lié au taux d’infection plus élevé de l’incision à base limbique (8 % contre 0 % pour l’incision à base fornicienne) 1). L’amincissement progressif de la paroi de la bulle entraînant une fuite d’humeur aqueuse (oozing) ou une infection de la bulle par pénétration bactérienne sont des complications à long terme nécessitant une attention particulière. En cas de suintement (oozing), une surveillance attentive est recommandée, tandis qu’une fuite franche nécessite un traitement.

Relation entre les agents pathogènes et le stade de la maladie

Section intitulée « Relation entre les agents pathogènes et le stade de la maladie »

La virulence des agents pathogènes est corrélée au moment de l’apparition 1). Les infections précoces sont principalement causées par des bactéries de faible virulence (staphylocoques à coagulase négative) similaires à celles des endophtalmies post-cataracte, provenant de la flore commensale des larmes et des paupières. Ces bactéries ne produisent pas d’exotoxines et un traitement approprié permet d’obtenir un bon pronostic.

En revanche, les infections tardives impliquent des bactéries plus virulentes telles que les streptocoques (S. pneumoniae, groupe S. viridans), Haemophilus influenzae et Serratia spp. 1). Elles produisent des exotoxines et ont une capacité d’invasion tissulaire élevée, entraînant une évolution clinique rapide et un mauvais pronostic visuel.

Kandarakis et al. (2022) ont passé en revue de manière exhaustive les agents pathogènes de la BRI rapportés dans la littérature et ont identifié plus de 100 micro-organismes. Parmi les cocci à Gram positif, les genres Streptococcus (environ 385 isolats) et Staphylococcus (environ 296 isolats) étaient de loin les plus fréquents, tandis que parmi les bactéries à Gram négatif, les genres Moraxella (environ 79 cas) et Haemophilus (environ 63 cas) étaient les principaux1).

Yang et al. (2021) ont rapporté le cas d’un homme de 81 ans ayant développé une blébite à Capnocytophaga canimorsus 10 ans après une trabéculectomie. Le patient se faisait lécher le visage quotidiennement par son chien, et il a été considéré que la bactérie commensale de la cavité buccale du chien avait infecté le filtre. Une reconstruction de la trabéculectomie a permis d’obtenir un bon pronostic visuel (20/70)2).


7. Recherches récentes et perspectives d’avenir (rapports en phase de recherche)

Section intitulée « 7. Recherches récentes et perspectives d’avenir (rapports en phase de recherche) »

Progrès des techniques de diagnostic moléculaire

Section intitulée « Progrès des techniques de diagnostic moléculaire »

La revue de Kandarakis et al. (2022) souligne le problème du taux élevé de résultats négatifs par culture conventionnelle, compris entre 21 et 86 %. La PCR en temps réel améliore le taux de détection bactérienne de 47,6 % à 95,3 %. De plus, la métagénomique (séquençage d’ADN à haut débit) pour l’identification complète des micro-organismes est attendue comme la prochaine génération de méthodes diagnostiques1).

Réduction du risque infectieux par la chirurgie mini-invasive du glaucome (MIGS)

Section intitulée « Réduction du risque infectieux par la chirurgie mini-invasive du glaucome (MIGS) »

Les revues sur la MIGS indiquent qu’elle devrait réduire l’invasivité par rapport à la chirurgie filtrante conventionnelle et diminuer les complications postopératoires graves. Cependant, certaines techniques utilisent des dispositifs formant une bulle de filtration, et le risque infectieux doit être évalué pour chaque type de chirurgie3).

Le rapport de Yang et al. (2021) sur la blébite à Capnocytophaga canimorsus a montré que le contact avec des animaux de compagnie peut constituer un nouveau facteur de risque d’infection dans les yeux ayant subi une chirurgie filtrante. Le séquençage d’ADN permet désormais d’identifier des agents pathogènes auparavant difficiles à cultiver2).

Défis futurs de l’utilisation d’antibiotiques postopératoires

Section intitulée « Défis futurs de l’utilisation d’antibiotiques postopératoires »

Les directives pour la prise en charge du glaucome (5e édition) indiquent que l’utilisation à long terme d’antibiotiques postopératoires retarde significativement l’apparition de l’infection, mais qu’aucun consensus n’a été atteint concernant le médicament, la méthode et la durée d’administration, et que des études de haut niveau de preuve sont attendues4). Parallèlement aux problèmes de modification de la flore conjonctivale et d’émergence de bactéries résistantes, la réalisation d’essais contrôlés randomisés à long terme constitue un enjeu important pour l’avenir.


  1. Kandarakis SA, Doumazos L, Mitsopoulou D, et al. A Review on Pathogens and Necessary Diagnostic Work for Bleb-Related Infections (BRIs). Diagnostics. 2022;12(9):2075.
  2. Yang MC, Ling J, Mosaed S. Capnocytophaga canimorsus blebitis: case report and review of literature. BMC Ophthalmol. 2021;21:59.
  3. Balas M, Mathew DJ, Bicket AK. Minimally Invasive Glaucoma Surgery: A Review of the Literature. Vision (Basel). 2023;7(3):54. doi:10.3390/vision7030054. PMID: 37606500.
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  11. Kim EA, Law SK, Coleman AL, et al. Long-Term Bleb-Related Infections After Trabeculectomy: Incidence, Risk Factors, and Influence of Bleb Revision. Am J Ophthalmol. 2015;159(6):1082-1091. doi:10.1016/j.ajo.2015.03.001. PMID: 25748577.
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