La microperimétrie (microperimetry) est une méthode d’examen de la fonction visuelle qui intègre l’imagerie rétinienne et la périmétrie. Elle est également appelée périmétrie contrôlée par le fond d’œil (fundus-controlled perimetry: FCP) ou périmétrie maculaire (macular perimetry).
Cette méthode d’examen cartographie directement les stimuli lumineux sur les zones d’intérêt de la rétine et mesure la sensibilité lumineuse (en décibels, dB) de chaque site. Grâce à un système de suivi oculaire qui corrige les mouvements des yeux en temps réel, elle permet des examens précis même chez les patients ayant une fixation instable, ce qui était difficile avec la périmétrie automatisée standard (SAP) conventionnelle.
Le premier micro-périmètre (SLO101) a été fabriqué en 1982 par Rodenstock Instruments (Allemagne). Il utilisait la technologie de l’ophtalmoscope laser à balayage (SLO) et mesurait semi-automatiquement le champ visuel central de 33×21° avec un laser hélium-néon de 633 nm, mais il n’était pas équipé de fonction de suivi oculaire.
La micropérimétrie est devenue un outil indispensable pour analyser la corrélation structure-fonction de la rétine1). Combinée à l’imagerie structurelle comme l’autofluorescence du fond d’œil (FAF) et l’OCT, elle permet d’évaluer précisément la distribution spatiale des déficits fonctionnels dans les maladies rétiniennes.
QEn quoi la micropérimétrie diffère-t-elle de l'examen du champ visuel standard ?
A
Les périmètres automatiques standards supposent une fixation fovéolaire stable, ce qui réduit la précision chez les patients ayant une fixation instable. La micropérimétrie corrige en temps réel les mouvements oculaires par suivi oculaire, projetant précisément les stimuli sur la même zone rétinienne, offrant ainsi une reproductibilité élevée. De plus, la superposition avec les images du fond d’œil permet une analyse directe de la corrélation structure-fonction.
Comme dans l’examen du champ visuel conventionnel, des stimuli lumineux sont présentés à des sites rétiniens spécifiques et le seuil de perception (intensité lumineuse minimale) est mesuré. La sensibilité de chaque point de mesure est exprimée en décibels (dB).
Pendant l’examen, le suivi oculaire corrige en continu les mouvements de la rétine et évalue simultanément la fixation. Après la mesure, une carte de sensibilité est superposée à l’image du fond d’œil, permettant une évaluation fonctionnelle de la région d’intérêt.
Il est important de noter que la comparaison des résultats entre différents appareils nécessite de la prudence. La luminance maximale varie selon les appareils, et l’échelle en dB est définie comme une valeur relative par rapport à cette luminance1).
Les données de fixation obtenues par micropérimétrie sont présentées de deux manières suivantes.
Méthode de proportion des points de fixation : calcule le pourcentage de points de fixation contenus dans un cercle centré sur l’image du fond d’œil. Utilisée dans la classification clinique de Fuji et al.
Méthode BCEA (aire de contour elliptique bivariée) : méthode mathématique calculant la surface et l’orientation de l’ellipse optimale décrivant l’ensemble des points de fixation, permettant une mesure plus précise et reproductible de la stabilité de la fixation.
La classification du site de fixation et de la stabilité de fixation est présentée ci-dessous.
Classification du site de fixation
Pourcentage de points de fixation dans un cercle de 2° autour de la fovéa
Fixation fovéale prédominante
>50%
Fixation fovéale médiocre
25–50%
Fixation excentrique dominante
<25%
Stabilité de la fixation
Référence
Stable
Plus de 75 % dans un cercle de 2°
Relativement instable
Moins de 75% dans le cercle de 2°, plus de 75% dans le cercle de 4°
Microperimétrie mésopique : sous une luminance de fond standard, évalue principalement la fonction des cônes.
Micro-périmétrie scotopique : évalue la fonction des bâtonnets après adaptation à l’obscurité. Une adaptation à l’obscurité de 20 à 35 minutes est nécessaire, et la standardisation du protocole d’adaptation à l’obscurité est considérée comme importante1).
Méthode bichromatique d’adaptation à l’obscurité : utilise deux stimuli de couleur, 507 nm (cyan) et 627 nm (rouge), pour mesurer séparément les fonctions des bâtonnets et des cônes2).
Micropérimétrie flicker : elle serait supérieure à la micropérimétrie statique pour détecter une diminution précoce de la fonction rétinienne dans la dégénérescence maculaire liée à l’âge1).
QDans quels cas la microperimétrie scotopique est-elle utile ?
A
La micropérimétrie scotopique est un test évaluant la fonction des bâtonnets et peut détecter une diminution de la sensibilité des bâtonnets même chez les patients atteints de dégénérescence maculaire liée à l’âge précoce conservant une bonne acuité visuelle2). Même à un stade où la micropérimétrie mésopique ne montre pas d’anomalie, une diminution de la sensibilité peut être observée en scotopique, ce qui en fait un indicateur précoce de progression de la DMLA.
Actuellement, trois principaux modèles de micropérimètres sont disponibles sur le marché1).
Nidek MP-3
Fabricant : Nidek Technologies (Padoue, Italie)
Image rétinienne : Caméra couleur du fond d’œil intégrée
Caractéristiques : Compatible avec la micropérimétrie en environnement sombre. Version améliorée de l’ancien MP-1, surmontant les limitations d’effet plafond et de sélection de filtres.
MAIA 3
Fabricant : CenterVue (Padoue, Italie)
Image rétinienne : Ophtalmoscope laser à balayage (SLO)
Caractéristiques : Plage dynamique de 0 à 36 dB. Compatible avec la micropérimétrie scotopique (S-MAIA). Stimulation bichromatique (cyan et rouge) permettant d’évaluer séparément les fonctions des bâtonnets et des cônes2).
Optos OCT-SLO
Fabricant : Optos (Marlborough, États-Unis)
Image rétinienne : SLO
Caractéristique : équipé d’une fonction de superposition des déficits fonctionnels sur les images OCT en coupe. Permet une analyse de corrélation structure-fonction tridimensionnelle, pas seulement des images frontales.
L’utilité de la micropérimétrie dans la dégénérescence maculaire liée à l’âge a été largement étudiée1)2).
Évaluation fonctionnelle et progression de la maladie : La diminution de la sensibilité maculaire est corrélée à la sévérité et à la progression de la maladie. Un suivi de 6 ans a montré une détérioration significative de la sensibilité dans la DMLA précoce et intermédiaire (iAMD)1).
Corrélation structure-fonction : La sensibilité maculaire est la plus réduite dans les zones de complexe RPE-drusen, de décollement de l’épithélium pigmentaire, de liquide sous-rétinien et d’atrophie géographique (AG). La concordance spatiale avec la FAF et l’OCT est modérément à fortement élevée1).
Atteinte préférentielle de la fonction des bâtonnets : Même chez les patients atteints de DMLA précoce conservant une bonne acuité visuelle (≥6/9), on observe une diminution significative de la sensibilité scotopique2). Dans les zones de pseudodrusen réticulés (RPD), la diminution de la sensibilité scotopique est plus marquée que celle de la sensibilité photopique2).
Dans une revue de la portée de Madheswaran et al. (2022), 10 des 12 études (83,3%) ont évalué la micropérimétrie photopique et scotopique avec un plan transversal et ont rapporté une diminution significative de la sensibilité scotopique même chez les patients atteints de DMLA précoce avec une bonne acuité visuelle. L’analyse longitudinale a montré une diminution significative de la sensibilité photopique et scotopique sur 3 ans dans les cas de RPD2).
L’application de la micropérimétrie dans l’AG est également considérée comme un critère d’évaluation dans les essais cliniques1).
Évaluation fonctionnelle de la bordure de l’AG : Dans la zone jonctionnelle près de l’AG, une diminution brutale de la sensibilité est observée dans les 2° (environ 580 μm) de la bordure de l’AG, tandis qu’elle diminue plus progressivement à distance1).
Évaluation de l’efficacité thérapeutique : Les essais de phase III Chroma/Spectri et OAKS ont évalué des critères d’évaluation micropérimétriques spécifiques à l’AG1). La sensibilité périlésionnelle et la sensibilité de réponse sont supérieures à la sensibilité maculaire moyenne conventionnelle pour détecter les changements au fil du temps1).
Pegcetacoplan : Dans l’essai GALE (36 mois), le groupe traité par pegcetacoplan présentait moins de nouveaux scotomes (administration mensuelle : P nominal = 0,0156)1).
Dans l’œdème maculaire diabétique, la diminution de la sensibilité maculaire est corrélée au degré d’œdème et est également utilisée pour évaluer l’impact de différentes méthodes de traitement au laser sur la fonction maculaire.
Évaluation après chirurgie du décollement de la rétine
Dans les cas de tamponnade à l’huile de silicone (SO) après vitrectomie pour décollement de la rétine rhegmatogène (RRD), la micropérimétrie est utile pour l’évaluation fonctionnelle 3).
Selon une revue narrative de Dunca et al. (2025), la sensibilité rétinienne pendant la tamponnade à l’SO diminue d’environ 5 à 10 dB, et après le retrait de l’SO, on observe une amélioration de 1 à 2 dB, mais elle ne revient souvent pas à un niveau normal. Il existe une corrélation entre la durée de la tamponnade et le degré de diminution de la sensibilité 3).
Dystrophies rétiniennes : Dans les maladies rétiniennes héréditaires telles que la dystrophie en motifs et la maladie de Stargardt, la cartographie de la sensibilité à l’aide du MAIA permet une évaluation fonctionnelle des lésions 4).
Glaucome : utile pour détecter les défauts de la couche de fibres nerveuses et évaluer la fixation excentrique dans le glaucome avancé.
Rétinopathie séreuse centrale, maculopathie à l’hydroxychloroquine, trou maculaire, membrane épirétinienne et autres affections affectant la structure et la fonction maculaires.
Dysplasie unilatérale de l’épithélium pigmentaire rétinien (URPED) : Il a été rapporté que la sensibilité dans la zone lésionnelle diminue progressivement de la rétine normale vers le centre de la lésion, atteignant 0 dB (scotome absolu) au centre5).
Pour les patients présentant un scotome central, une rééducation utilisant la fonction de biofeedback de la micropérimétrie est réalisée. En identifiant le site rétinien préféré (PRL) et en déplaçant le PRL vers le site rétinien d’entraînement (TRL) déterminé au préalable par le clinicien, des améliorations de la stabilité de la fixation, des fonctions visuelles et de la qualité de vie ont été rapportées.
QPour quels patients la micropérimétrie est-elle particulièrement utile ?
A
Ceci est particulièrement utile pour les patients atteints de maladies maculaires où la fonction fovéale est altérée et la fixation est instable. Les tests de champ visuel conventionnels supposent une fixation centrale stable, mais la micropérimétrie, grâce au suivi oculaire, permet des mesures précises même en cas de fixation instable. Elle est utilisée non seulement pour les maladies maculaires telles que la dégénérescence maculaire liée à l’âge, l’œdème maculaire diabétique et la dystrophie maculaire, mais aussi pour élaborer des plans de réadaptation pour les patients malvoyants.
La microperimétrie de cartographie des défauts (defect-mapping microperimetry) est une technique récente qui attire l’attention et dont le principe diffère des méthodes traditionnelles basées sur le seuil 1).
Un stimulus d’intensité fixe (généralement 10 dB) est présenté une fois sur une grille rétinienne à haute densité, et pour chaque point de mesure, le patient juge s’il a perçu le stimulus ou non (vu/non vu). Alors que la méthode traditionnelle mesure le seuil de sensibilité de chaque point de manière progressive, la cartographie des déficits est une technique qui détecte la présence de scotomes profonds à haute densité1).
Dans une étude de 24 mois, la micropérimétrie de cartographie des déficits a montré une capacité de détection des changements dans le temps supérieure à la mesure conventionnelle de la meilleure acuité visuelle corrigée (BCVA), avec des performances équivalentes à l’évaluation de la zone GA. La taille d’échantillon nécessaire a été réduite de 46 % par rapport à l’évaluation de la zone GA et de 94 % par rapport à la meilleure acuité visuelle corrigée, et le temps d’examen médian était de 5,6 minutes par œil1).
La micropérimétrie de cartographie des déficits est prometteuse comme critère d’évaluation de la fonction visuelle dans les essais cliniques et montre une reproductibilité plus robuste que les méthodes conventionnelles pour le suivi des scotomes profonds1).
La variabilité test-retest (TRV) de la micropérimétrie est maintenue relativement bonne grâce au co-enregistrement avec les images structurelles et au suivi oculaire.
Précision de projection du stimulus : Grâce au suivi oculaire, le décalage du même point de mesure est limité à environ 0,53°, ce qui est nettement plus précis que les environ 5° des périmètres standards1).
Reproductibilité dans les cas de GA : un taux de concordance de 97 % a été rapporté pour la zone externe non lésionnelle, 81 % pour la bordure de la GA, 80 % pour la jonction interne, 87 % pour la zone lésionnelle interne et 90 % pour la jonction externe1).
Seuil de changement cliniquement significatif : dans les cas de GA progressive, un changement de sensibilité ponctuelle de 4 dB suggère un changement réel. Les directives de la FDA considèrent une différence de 7 dB comme seuil de changement cliniquement significatif1).
Étude multicentrique : dans l’étude MACUSTAR, la micropérimétrie a montré une reproductibilité élevée même en contexte multicentrique. Cependant, sa capacité à distinguer la dégénérescence maculaire liée à l’âge précoce de la DMLA intermédiaire était limitée1).
Coopération du patient : la mesure de la sensibilité lumineuse dépend de la réponse du patient, ce qui la rend sujette aux faux négatifs et faux positifs.
Durée de l’examen : en particulier avec la méthode de seuil, la durée de l’examen est longue, ce qui peut entraîner un effet de fatigue. L’utilisation de la micropérimétrie à haute densité ou de versions personnalisées est considérée comme efficace pour réduire le temps1).
Coût : nécessite un équipement spécialisé et un examinateur formé, ce qui limite sa diffusion en pratique clinique.
Compatibilité entre appareils : comme mentionné ci-dessus, la comparaison directe des résultats entre différents appareils est difficile1).
7. Recherches récentes et perspectives futures (rapports en phase de recherche)
Un système de micro-périmétrie entièrement automatisé basé sur l’IA (intelligence artificielle) est en cours de développement et est évalué dans le cadre de l’étude FirstOrbit sur la maladie de Stargardt1).
Standardisation en tant que critère d’évaluation des essais cliniques
Adoption d’indicateurs à haut rendement tels que la variation de la sensibilité photopique moyenne et le pourcentage de scotome dans la zone péritumorale
Dans une étude portant sur des patients atteints de dégénérescence maculaire liée à l’âge, une corrélation positive a été rapportée entre la sensibilité maculaire et la qualité de vie visuelle liée à l’auto-évaluation (questionnaire VFQ-39)1). Cela indique que la micropérimétrie peut être un critère d’évaluation reflétant la fonction visuelle subjective du patient.
Signification clinique de la micropérimétrie scotopique
La micropérimétrie scotopique peut détecter un dysfonctionnement des bâtonnets dans la dégénérescence maculaire liée à l’âge précoce, qui n’est pas capturé par la micropérimétrie photopique2). La diminution de la sensibilité scotopique peut précéder les changements structurels, et on s’attend à ce qu’elle soit établie comme un biomarqueur fonctionnel prédisant la progression de la dégénérescence maculaire liée à l’âge. Cependant, les preuves sont principalement limitées aux études européennes (Allemagne 75 %, Italie 16,7 %, Royaume-Uni 8,3 %), et la validation dans des populations diverses reste un défi futur2).
Dinah C, et al. Progress in Retinal and Eye Research. 2026;110:101421.
Madheswaran G, Nasim P, Ballae Ganeshrao S, Raman R, Ve RS. Role of microperimetry in evaluating disease progression in age-related macular degeneration: a scoping review. Int Ophthalmol. 2022;42:1975-1986.
Dunca DG, Nicoar SD. The role of OCTA and microperimetry in revealing retinal and choroidal perfusion and functional changes following silicone oil tamponade in rhegmatogenous retinal detachment: a narrative review. Diagnostics. 2025;15:2422.
de Lucena Ribeiro B, Passos Peixoto AL, Couto AP, et al. Microperimetry and multifocal electroretinogram in a patient with unilateral retinal pigment epithelium dysgenesis (URPED). Case Reports in Ophthalmological Medicine. 2025;2025:7911612.
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