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Rétine et vitré

Tomographie par cohérence optique (OCT)

1. Qu’est-ce que la tomographie par cohérence optique (OCT) ?

Section intitulée « 1. Qu’est-ce que la tomographie par cohérence optique (OCT) ? »

La tomographie par cohérence optique (OCT) est une technique d’imagerie diagnostique qui utilise le phénomène d’interférence lumineuse pour obtenir des images en coupe de la rétine et de la choroïde de manière non invasive. Contrairement au scanner X qui utilise des ondes sonores ou des rayonnements, l’OCT utilise une lumière proche infrarouge.

Introduite par Huang et al. en 1991, elle s’est rapidement répandue dans le domaine ophtalmologique. Aujourd’hui, elle est considérée comme un examen standard pour un large éventail de pathologies, notamment les maladies rétiniennes, le glaucome et les maladies du segment antérieur.

Il existe principalement trois générations de techniques OCT. Leurs caractéristiques sont présentées ci-dessous.

TD-OCT

Longueur d’onde : 810 nm

Vitesse : 400 A-scans/seconde

Résolution axiale : environ 10 μm

Première génération de méthode qui modifie la longueur du trajet optique avec un miroir de référence mobile pour obtenir des images tomographiques. Elle a été largement remplacée par l’SD-OCT.

SD-OCT

Longueur d’onde : 840 nm

Vitesse : 20 000 à 70 000 A-scans/seconde

Résolution axiale : 5 à 7 μm

Deuxième génération de méthode qui acquiert les informations de profondeur en une seule fois à l’aide d’un spectromètre et d’une transformée de Fourier. C’est la norme clinique actuelle. Elle permet une évaluation précise de la macula et de la tête du nerf optique.

SS-OCT

Longueur d’onde : 1050 nm

Vitesse : 100 000 à 400 000 A-scans/seconde

Résolution axiale : environ 5 μm

Troisième génération de méthode utilisant un laser à balayage de longueur d’onde et un détecteur à double équilibrage. Grâce à la longueur d’onde plus longue, elle excelle dans la visualisation des structures profondes comme la choroïde. L’EDI (imagerie à profondeur améliorée) n’est pas nécessaire.

  • EDI-OCT (OCT à profondeur améliorée) : Mode d’imagerie qui visualise la choroïde en détail en plaçant la ligne de retard zéro du côté de la choroïde. Également disponible avec l’SD-OCT.
  • OCTA (angiographie OCT) : Technique qui détecte les changements de luminosité (signal de décorrélation) entre plusieurs B-scans pour visualiser de manière non invasive les vaisseaux sanguins avec flux. Elle ne nécessite pas de produit de contraste et se répand comme alternative à l’angiographie à la fluorescéine (FA). La zone d’imagerie peut être choisie de 3 mm × 3 mm à 12 mm × 12 mm. Il est à noter que les connaissances en lecture de FA ne s’appliquent pas directement à l’OCTA ; une méthode de lecture spécifique doit être acquise.
  • Uniformisation de la nomenclature : l’ancienne « couche IS-OS » est désormais appelée zone ellipsoïde (EZ), et la jonction entre les segments externes et l’EPR est renommée zone d’interdigitation (IZ) (nomenclature IN-OCT).
Q L'OCT est-il un examen douloureux ?
A

L’OCT est un examen non invasif et sans contact, totalement indolore. Il peut nécessiter l’instillation de collyres dilatateurs, mais il se contente d’éclairer l’œil sans toucher la cornée ni la rétine. La durée de l’examen est généralement de quelques minutes.

2. Principales indications et signes typiques de l’OCT

Section intitulée « 2. Principales indications et signes typiques de l’OCT »

L’OCT est utilisé pour le diagnostic et le suivi de diverses maladies de la rétine, de la macula et de la choroïde. Les principales maladies et leurs signes OCT typiques sont présentés ci-dessous.

Aperçu des signes OCT typiques de chaque maladie.

MaladieSignes OCT typiques
Trou maculaireDéfect de pleine épaisseur rétinienne ± VMT
Membrane épirétinienne maculaireCouche hyperréflective sur la surface interne
VMTAdhérence partielle du vitré postérieur
Œdème maculaire diabétiqueÉpaississement rétinien et œdème cystoïde
Décollement de l’épithélium pigmentaireSoulèvement de l’EPR
CNVMMatériel hyperréflectif sous-rétinien

Trou maculaire, membrane épirétinienne, traction vitréo-maculaire

Section intitulée « Trou maculaire, membrane épirétinienne, traction vitréo-maculaire »
  • Trou maculaire : visualisé comme une perte de pleine épaisseur de la rétine. Peut être associé à une traction vitréo-maculaire (TVM). L’OCT-SD est l’examen le plus sensible et spécifique pour le diagnostic du trou maculaire2).
  • Membrane épirétinienne (MER) : reconnue comme une couche hyperréflective sur la limitante interne. L’OCT est considérée comme une méthode diagnostique très sensible et courante3). Concernant l’acuité visuelle postopératoire, 80% des cas obtiennent une amélioration d’au moins deux lignes après vitrectomie3).
  • Traction vitréo-maculaire (TVM) : caractérisée par un décollement partiel du vitré postérieur et une traction sur la macula. 57% des cas présentent une adhérence maculaire et 65% une MER associée3).

L’OCT est un outil essentiel pour la mesure quantitative de l’épaisseur rétinienne et le suivi de l’œdème maculaire diabétique4). Les principales observations sont présentées ci-dessous.

  • Œdème maculaire cystoïde (OMC) : cavités hypoéchogènes rondes à ovales dans les couches rétiniennes.
  • DRIL (Désorganisation des couches internes de la rétine) : désorganisation structurelle des couches internes de la rétine, important marqueur de mauvais pronostic visuel.
  • Disparition des couches internes de la rétine : un amincissement ou une disparition des couches internes de la rétine à l’OCT-SD suggère une association avec l’ischémie4).
  • Liquide sous-rétinien (LSR) : accumulation de liquide sous la rétine neurosensorielle.

L’OCT permet l’évaluation quantitative de l’œdème maculaire et la détection des modifications de l’interface vitréo-rétinienne 5). L’évaluation de la présence d’œdème maculaire cystoïde, de liquide sous-rétinien et de VMT aide à déterminer la stratégie thérapeutique et le suivi.

  • Classification des décollements de l’épithélium pigmentaire : Le décollement de l’EPR est classé en séreux, fibrovasculaire et drusénoïde. Les motifs de réflectivité interne diffèrent en OCT.
  • Classification des CNVM : Classées en type 1 (sous-EPR), type 2 (au-dessus de l’EPR) et type 3 (néovascularisation intra-rétinienne), évaluables par OCT et OCTA.
  • Choriorétinopathie séreuse centrale (CSC) : Caractérisée par un décollement neurosensoriel et une accumulation de liquide clair sous-rétinien. L’EDI-OCT peut confirmer un épaississement choroïdien.
  • Déchirure de l’EPR : Visualisée en OCT comme un aplatissement rapide du décollement de l’épithélium pigmentaire et une disparition de l’EPR et des couches externes 1). Des cas d’association avec des maladies rénales (néphropathie membraneuse, etc.) ont été rapportés 1), nécessitant une attention aux maladies systémiques.
Q Existe-t-il des maladies que l'OCT ne peut pas détecter ?
A

L’OCT a une excellente précision diagnostique pour les maladies maculaires et du pôle postérieur, mais n’est pas adapté à la détection des lésions rétiniennes périphériques (dégénérescence en palissade, déchirures rétiniennes, etc.). De plus, en cas de cataracte ou d’opacités vitréennes importantes, la qualité de l’image se dégrade, réduisant la fiabilité du diagnostic. Pour les lésions périphériques, on utilise la photographie grand angle du fond d’œil ou l’ophtalmoscopie indirecte.

4. Points clés de l’acquisition et de l’interprétation des images OCT

Section intitulée « 4. Points clés de l’acquisition et de l’interprétation des images OCT »

Les images OCT peuvent contenir divers artefacts. L’identification des artefacts est essentielle pour une interprétation précise.

Liés aux conditions d'acquisition

Artefact miroir : Dû à une erreur de réglage de la plage de balayage, l’image réelle est inversée et superposée.

Vignettage : Atténuation du signal en périphérie. Dépend de l’angle d’incidence de la lumière d’illumination.

Erreur de plage : des structures situées en dehors de la plage de profondeur définie sont repliées et affichées.

Facteurs liés au patient

Artéfact de clignement : un clignement pendant l’acquisition provoque une perte horizontale.

Mouvements oculaires : une mauvaise fixation entraîne un décalage ou une distorsion de l’image.

Déplacement : dû à des variations de position de la tête pendant le balayage.

Facteurs logiciels

Erreur de segmentation : l’algorithme de segmentation automatique des couches identifie mal les couches rétiniennes. Fréquent en cas de lésions ou de cataracte dense.

Correction manuelle ou nouveau balayage pour y remédier.

Interprétation des motifs hyperréflectifs et hyporéflectifs

Section intitulée « Interprétation des motifs hyperréflectifs et hyporéflectifs »

Les motifs de réflectivité sur les images OCT reflètent le type et la sévérité de la maladie. Les motifs typiques sont présentés ci-dessous.

MotifObservationMaladie typique
Hyperréflectivité diffuseGonflement des couches internes de la rétineCRAO
HRFPoints hyperréflectifs de moins de 30 μmŒdème maculaire diabétique, occlusion veineuse rétinienne
DRILDésorganisation des couches internes de la rétineŒdème maculaire diabétique
CMECavités hyporeflectives rondes à ovalesŒdème maculaire diabétique, occlusion veineuse rétinienne
  • Signe du collier de perles : alignement de points hyperréflectifs dans la cavité vitréenne. Observé après inflammation ou hémorragie vitréenne.
  • PAMM (maculopathie aiguë paracentrale des couches moyennes) : perte des couches internes due à une ischémie des capillaires des couches moyennes. L’OCTA confirme l’absence de flux sanguin.
  • AMN (neuropathie maculaire aiguë) : visualisée comme une lésion hyporeflective dans la couche nucléaire externe et la couche plexiforme externe.
  • Perte de l’EZ : la rupture ou la disparition de la zone ellipsoïde est un marqueur de lésion des photorécepteurs. Une corrélation avec le pronostic visuel a été rapportée.
  • Plissement de la LIM : aspect de pontage de la membrane limitante interne recouvrant le bord du trou maculaire. Considéré comme un facteur pronostique de fermeture spontanée.
  • ORT (formation de tubes dans la couche plexiforme externe) : structure tubulaire dans la couche plexiforme externe. Observée dans les maladies exsudatives chroniques.
  • SHRM (substance hyperréflective sous-rétinienne) : substance hyperréflective au-dessus de l’EPR et sous la rétine neurosensorielle. Associée à la CNVM et à l’inflammation.

Dans la prise en charge de la rétinopathie diabétique, la mesure régulière de l’épaisseur maculaire par OCT est un indicateur important pour l’initiation et la reprise du traitement anti-VEGF4).

Q Quels sont les facteurs qui influencent les résultats de l'examen OCT ?
A

Une mauvaise fixation, les clignements et les mouvements oculaires sont les principales causes d’artefacts, dégradant la qualité de l’image. De plus, une cataracte avancée, une opacité du vitré et un mauvais diamètre pupillaire (myosis) réduisent également l’intensité du signal. Les erreurs de segmentation sont fréquentes dans les zones de lésions, il est donc important de vérifier visuellement la validité des mesures automatiques.

L’OCT repose sur le principe de l’interféromètre de Michelson. La lumière proche infrarouge est divisée en un faisceau de mesure et un faisceau de référence, qui sont respectivement dirigés vers l’échantillon (fond d’œil) et le miroir de référence. L’interférogramme résultant de la recombinaison des deux faisceaux réfléchis permet de calculer l’intensité de réflexion à chaque profondeur. Le profil d’intensité de réflexion aligné dans la direction de la profondeur constitue une coupe A, et l’ensemble des coupes A alignées horizontalement constitue une coupe B (image tomographique).

  • TD-OCT (domaine temporel) : un miroir mobile sur le trajet du faisceau de référence est déplacé mécaniquement pour faire varier séquentiellement la longueur du trajet optique, et l’intensité de réflexion à chaque profondeur est acquise séquentiellement. En raison des limites de vitesse, cette méthode n’est pratiquement plus utilisée en clinique.
  • SD-OCT (domaine spectral) : le miroir de référence est fixe, et la lumière réfléchie est décomposée par longueur d’onde à l’aide d’un réseau de diffraction ou d’un spectromètre. En appliquant une transformée de Fourier au spectre obtenu, les informations de toutes les profondeurs sont acquises simultanément. La vitesse d’acquisition est considérablement améliorée et le bruit est réduit.
  • SS-OCT (source à balayage de longueur d’onde) : une source laser dont la longueur d’onde est balayée à haute vitesse est combinée à un détecteur à double équilibrage, et le spectre acquis en série temporelle est soumis à une transformée de Fourier. L’utilisation d’une longueur d’onde proche de 1050 nm améliore la pénétration à travers l’EPR et la choroïde, offrant une meilleure visualisation des structures profondes. L’avantage clinique est qu’aucun mode de prise de vue EDI n’est nécessaire.
  • OCTA : plusieurs coupes B sont répétées au même endroit, et les variations de luminance (décorrélation) entre les coupes sont extraites comme signal de flux sanguin. Les structures sans flux présentent une faible décorrélation, tandis que les zones avec flux sanguin présentent une décorrélation élevée. Cela permet de visualiser les couches vasculaires rétiniennes séparément par profondeur (plexus capillaire superficiel, plexus capillaire profond, rétine externe, choriocapillaire).
Q Quelle est la différence entre SD-OCT et SS-OCT ?
A

La principale différence réside dans la longueur d’onde utilisée et la capacité à visualiser les structures profondes. L’SD-OCT utilise la bande des 840 nm, tandis que l’SS-OCT utilise celle des 1050 nm. La longueur d’onde de 1050 nm est moins diffusée par la mélanine et traverse plus facilement l’EPR, ce qui rend l’SS-OCT supérieur pour l’observation de la choroïde et de la sclère. De plus, la vitesse d’acquisition de l’SS-OCT dépasse celle de l’SD-OCT, facilitant les scans grand angle. En revanche, la résolution axiale est d’environ 5 à 7 μm pour les deux, sans grande différence.


7. Recherches récentes et perspectives futures (rapports de phase de recherche)

Section intitulée « 7. Recherches récentes et perspectives futures (rapports de phase de recherche) »

L’OCTA attire l’attention car elle permet de visualiser de manière non invasive la structure vasculaire rétinienne, et est appliquée à la détection de zones avasculaires fines et de néovaisseaux difficiles à identifier avec l’angiographie à la fluorescéine (FA). Des recherches sont en cours pour améliorer la précision du dépistage de la rétinopathie diabétique et pour surveiller l’efficacité du traitement anti-VEGF.

Grâce à la capacité de balayage rapide et grand angle de l’SS-OCT, la tomographie de vastes zones incluant la rétine périphérique devient possible. Des tentatives sont en cours pour évaluer simultanément les lésions maculaires et périphériques lors d’une même acquisition. De plus, l’évaluation détaillée de l’épaisseur choroïdienne et de la sclère, exploitant les caractéristiques de la longueur d’onde de 1050 nm, contribue à la compréhension de la myopie et des maladies choroïdiennes.

Recherche sur les liens avec les maladies systémiques

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L’évaluation des complications oculaires des maladies systémiques par les observations OCT est également un domaine de recherche en progression.

Dou et al. (2024) ont rapporté un cas de déchirure géante de l’EPR chez un patient atteint de néphropathie membraneuse, et ont discuté de la relation entre les maladies rénales et oculaires à travers une revue de la littérature 1). L’OCT a confirmé que la déchirure de l’EPR résulte d’un aplatissement soudain d’un décollement de l’épithélium pigmentaire, suggérant l’utilité de l’OCT pour la surveillance des complications oculaires chez les patients atteints de maladies systémiques.


  1. Dou R, Chu Y, Han Q, Zhang W, Bi X. Giant retinal pigment epithelium tears with membranous nephropathy: a case report and literature review. BMC Ophthalmol. 2024;24:177.
  2. American Academy of Ophthalmology Retina/Vitreous Panel. Idiopathic Macular Hole Preferred Practice Pattern. Ophthalmology. 2019.
  3. American Academy of Ophthalmology Retina/Vitreous Panel. Idiopathic Epiretinal Membrane and Vitreomacular Traction Preferred Practice Pattern. Ophthalmology. 2019.
  4. American Academy of Ophthalmology Retina/Vitreous Panel. Diabetic Retinopathy Preferred Practice Pattern. Ophthalmology. 2024.
  5. American Academy of Ophthalmology Retina/Vitreous Panel. Retinal Vein Occlusions Preferred Practice Pattern. Ophthalmology. 2024.

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