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Rétine et vitré

Gardner症候群(ガードナー症候群)

Le syndrome de Gardner (GS) est une variante phénotypique de la polypose adénomateuse familiale (PAF). En plus de la polypose adénomateuse du côlon, il se caractérise par des manifestations extracoliques telles que des ostéomes, des tumeurs des tissus mous (tumeurs desmoïdes) et des kystes épidermiques. La transmission est autosomique dominante.

Le gène responsable est le gène APC (adenomatous polyposis coli), situé sur le chromosome 5 en 5q21. La maladie est causée par une mutation germinale, avec un risque de transmission à la descendance de 50 %. La prévalence est estimée à 1 pour 100 000 à 160 000 personnes4).

La FAP comprend les sous-types suivants 1).

  • FAP classique : apparition de plus de 100 polypes dans le côlon
  • FAP atténuée (AFAP) : caractérisée par un nombre relativement faible de polypes, moins de 30
  • Syndrome de Gardner : accompagné de manifestations extracôloniques (ostéomes, tumeurs desmoïdes, kystes épidermiques, etc.)
  • Syndrome de Turcot : polypose colique associée à une tumeur cérébrale

La PAF représente environ 1 % de tous les cancers colorectaux1). Les polypes coliques apparaissent vers l’âge de 10 ans et peuvent atteindre plusieurs centaines à plusieurs dizaines de milliers. Sans traitement, 50 % des patients développent un cancer colorectal à 40 ans, et presque tous à 60 ans. Des mutations de novo sont observées dans environ 20 à 30 % des cas1)5).

Q Peut-on développer un syndrome de Gardner sans antécédents familiaux de polypose colique ?
A

Des mutations de novo du gène APC surviennent dans environ 20 à 30 % des cas, ce qui signifie que la maladie peut survenir même en l’absence d’antécédents familiaux1)5). Il est important de noter que l’absence d’antécédents familiaux n’exclut pas le syndrome de Gardner.

Image du syndrome de Gardner
Image du syndrome de Gardner
Adrian Babel; Eric K Chin; David RP Almeida. Diagnostic implications of Gardner Syndrome, case report of a familial adenomatous polyposis (FAP) variant, for eye care professionals. Int J Surg Case Rep. 2024 Feb 10; 116:109379. Figure 1. PMCID: PMC10943999. License: CC BY.
L’examen initial du fond d’œil OD a révélé des lésions rondes de petite à grande taille de type CHRPE sans trous, déchirures ni atteinte maculaire dans plusieurs quadrants rétiniens, compatibles avec des PO-FL (dépigmentation ovale en queue de poisson à la marge de la lésion).

Les polypes colorectaux sont généralement asymptomatiques, ce qui retarde souvent leur découverte. Lorsque des symptômes apparaissent, ils sont principalement les suivants.

  • Douleurs abdominales, diarrhée, saignement rectal : apparaissent avec l’augmentation de taille ou l’ulcération du polype
  • Gonflement de la mâchoire : le patient consulte un dentiste pour une masse due à un ostéome (maxillaire ou sinus), ce qui peut conduire au diagnostic de GS2)
  • Masse sous-cutanée : palpable sous forme de kyste épidermique ou de tumeur des tissus mous

Hypertrophie congénitale de l’épithélium pigmentaire rétinien (CHRPE)

Section intitulée « Hypertrophie congénitale de l’épithélium pigmentaire rétinien (CHRPE) »

La CHRPE (hypertrophie congénitale de l’épithélium pigmentaire rétinien) est la manifestation extracolique la plus précoce du syndrome de Gardner, présente dès la naissance 1).

  • Fréquence : observée chez 74 % des patients atteints de PAF (1,2 à 4,4 % dans la population générale) 1)
  • Localisation : fréquente dans la région périphérique moyenne de la rétine
  • Aspect : lésion pigmentée plate, aux limites nettes, avec des lacunes (zones de dépigmentation) à l’intérieur
  • Caractéristiques du CHRPE associé au GS : bilatéral, impliquant plusieurs quadrants, en forme de pois, avec des bords irréguliers

Cependant, l’absence de CHRPE n’exclut pas le GS2).

  • Fréquence : observé chez 60 à 80 % des patients atteints de PAF1)
  • Sites de prédilection : crâne, mâchoire, sinus paranasaux
  • Signification diagnostique : trois ostéomes ou plus suggèrent fortement un GS1)
  • Signe précoce : L’ostéome peut être détecté en moyenne 17 ans avant le diagnostic de la PAF1)

Ostéome

Fréquence : 60 à 80 % des patients atteints de PAF

Sites de prédilection : Maxillaire, sinus paranasaux, crâne

Signification diagnostique : 3 ou plus suggèrent fortement un GS. Peut précéder le diagnostic de FAP de 17 ans

CHRPE

Fréquence : 74 % des patients atteints de FAP

Caractéristiques : bilatéral, multiple, en forme de pois. Signe le plus précoce présent dès la naissance

Attention : l’absence de CHRPE n’exclut pas la GS

Kyste épidermique

Fréquence : environ 70%

Localisation préférentielle : tête et cou

Caractéristiques : apparaît dès le jeune âge, souvent multiple

Tumeur desmoïde

Fréquence : 12 à 15 % des patients atteints de PAF

Sites de prédilection : abdomen (37 à 50 %), puis ceinture scapulaire et paroi thoracique

Attention : Deuxième cause de décès chez les patients atteints de PAF après le cancer colorectal. Taux de mortalité de 10 à 50 %.

Observées chez 30 à 75 % des patients atteints de PAF1). Dents incluses et surnuméraires (11 à 27 % des patients PAF contre 0 à 4 % dans la population générale)1).

Le risque de divers cancers autres que le cancer colorectal est également augmenté.

CancerRisque au cours de la vie
Cancer de la thyroïdeFAP 2–12 %, type Gardner 10 %
Cancer de l’intestin grêle4 à 12 %
Cancer du pancréasEnviron 1 %

(Source : référence 1)1)

Q La présence de CHRPE implique-t-elle nécessairement un syndrome de Gardner ?
A

La CHRPE sporadique est observée dans 1,2 à 4,4 % de la population générale, donc la seule présence de CHRPE ne permet pas de diagnostiquer un syndrome de Gardner. La CHRPE associée au GS se caractérise par une atteinte bilatérale, multiple, en forme de pois et aux contours irréguliers. Inversement, l’absence de CHRPE n’exclut pas le GS2).

La cause du GS est une mutation germinale du gène APC (5q21). La majorité des mutations sont des décalages du cadre de lecture ou des mutations non-sens, produisant une protéine APC tronquée (perte de fonction).

Il existe une corrélation claire entre le site de mutation et le phénotype 1).

Site de mutationPhénotype associé
Codons 311-1444CHRPE
Codons 767-1578Ostéome
Exon 1399 et au-delàDesmoïde (risque multiplié par 800)
Codon 1309Cancer colorectal précoce à 20 ans

La région de cluster de mutation (mutation cluster region; MCR) se situe entre les codons 1250 et 14641), la mutation la plus fréquente étant au codon 1309 (environ 10% du total), suivie du codon 1061 (environ 5%)1). L’âge d’apparition du cancer colorectal varie également selon le site de mutation : environ 20 ans pour le codon 1309, autour de 30 ans pour les codons 168 à 1580, et environ 52 ans pour les autres1).

Q Si un membre de la famille est atteint, à quel âge l'enfant doit-il être testé ?
A

Le test de génétique moléculaire du gène APC peut être réalisé dès l’enfance. La coloscopie est souvent recommandée à partir de l’âge de 10 ans environ. Si une mutation APC est connue dans la famille, il est important de confirmer la présence ou l’absence de la mutation par un test génétique.

Le diagnostic définitif repose sur le test de génétique moléculaire du gène APC. Un test par panel de séquençage de nouvelle génération (NGS) est recommandé 1).

  • Examen du fond d’œil sous dilatation : indispensable pour détecter la CHRPE. Excellent pour confirmer les lésions bilatérales et multiples.
  • OCT (tomographie par cohérence optique) : évalue l’épaississement irrégulier de l’épithélium pigmentaire rétinien et l’obscurcissement de la ligne IS/OS.
  • Angiographie à la fluorescéine (FAG) : confirme le blocage de la fluorescence dans les lésions et l’hyperfluorescence des lacunes.
  • Coloscopie : évaluer le nombre, la morphologie et la distribution des polypes2)
  • Radiographie panoramique et CBCT : détecter les ostéomes des maxillaires et des sinus1)2)
  • Échographie thyroïdienne : réalisée pour le dépistage du cancer de la thyroïde2)
  • Endoscopie digestive haute : évaluer les polypes du duodénum et de l’intestin grêle
  • CHRPE sporadique : également observé dans la population générale, souvent unilatéral et unique
  • FAP classique : nécessite une distinction des cas où les manifestations extracoliques sont discrètes
  • Syndrome de Turcot : association de mutations APC ou MMR avec tumeur cérébrale
Q Un test génétique peut-il confirmer le diagnostic de manière fiable ?
A

Le test de génétique moléculaire du gène APC permet de confirmer le diagnostic de GS, mais chez certains patients, la mutation peut ne pas être détectée. L’utilisation de panels de séquençage de nouvelle génération (NGS) a amélioré le taux de détection 1). Les résultats des tests génétiques doivent être interprétés en combinaison avec les observations cliniques.

La CHRPE elle-même ne devient pas maligne et n’affecte pas la fonction visuelle. Aucune intervention ophtalmique n’est nécessaire, seule une surveillance régulière est effectuée.

Utilisé avant la chirurgie ou dans les cas bénins pour inhiber la croissance des polypes.

  • AINS (sulindac) : une réduction du nombre de polypes a été rapportée
  • Inhibiteurs de la COX-2 (célécoxib) : efficaces pour inhiber la croissance des polypes

Le traitement médicamenteux seul ne peut pas éliminer le risque de cancer colorectal.

La colectomie est recommandée avant l’âge de 25 ans, idéalement entre 16 et 20 ans2). Les trois principales techniques chirurgicales sont les suivantes2).

Colectomie totale avec iléostomie définitive

Caractéristiques : Technique la plus radicale. Aucun épithélium colique résiduel.

Avantages : Réduction maximale du risque de cancer colorectal.

Inconvénient : nécessité d’une stomie permanente, ce qui affecte la qualité de vie

Colectomie totale avec anastomose iléo-anale et réservoir iléal

Caractéristique : technique préservant la continuité intestinale

Avantage : permet d’éviter une stomie permanente

Inconvénient : risque de complications urologiques et sexuelles

Colectomie totale + anastomose iléo-rectale

Caractéristique : peu invasive, adaptée aux jeunes patients

Avantage : invasivité chirurgicale relativement faible

Inconvénient : une surveillance continue du rectum restant est nécessaire

Les tumeurs desmoïdes sont histologiquement bénignes, mais elles sont très infiltrantes localement et récidivent fréquemment. Le traitement nécessite une approche multidisciplinaire impliquant plusieurs spécialités4)5).

  • Traitement médicamenteux : tamoxifène, AINS, imatinib, sorafénib3)
  • Chimiothérapie chez l’enfant : association de vinblastine et de méthotrexate5)
  • Chirurgie : visant une résection R0, mais un taux de récidive de 25 à 60 % a été rapporté3)

Après une résection colique, la surveillance suivante doit être poursuivie2).

  • Échographie thyroïdienne et abdominale (foie) une fois par an
  • Rectoscopie régulière si le rectum est conservé
  • Endoscopie haute (évaluation des polypes duodénaux)
Q Faut-il opérer immédiatement si un polype est découvert ?
A

Cela dépend du nombre de polypes et du degré de dysplasie. Pour un petit nombre de polypes, un traitement médicamenteux par AINS ou inhibiteurs de la COX-2 peut être envisagé. Cependant, si plus de 20 polypes ou des polypes avec dysplasie sévère sont présents, une résection prophylactique est recommandée. L’âge idéal pour la chirurgie est considéré comme étant entre 16 et 20 ans 2).

6. Physiopathologie et mécanismes détaillés de la maladie

Section intitulée « 6. Physiopathologie et mécanismes détaillés de la maladie »

La protéine APC est un suppresseur de tumeur composé de 2800 acides aminés. Ses principaux domaines structuraux comprennent une région d’oligomérisation, des répétitions armadillo, une région de liaison à la β-caténine, une région de liaison à l’axine et une région de liaison aux microtubules 1).

Les mutations de l’APC entraînent une activation constitutive de la voie de signalisation Wnt. La protéine APC normale phosphoryle la β-caténine, favorisant sa dégradation par le protéasome. En cas de mutation de l’APC, cette fonction est perdue, la β-caténine s’accumule dans le cytoplasme, forme un complexe avec les facteurs de transcription TCF/LEF dans le noyau et active la transcription de gènes de prolifération cellulaire.

La majorité des mutations sont des décalages du cadre de lecture ou des mutations non-sens, produisant une protéine APC tronquée (perte de fonction) 1).

Dans les tumeurs desmoïdes sporadiques, des mutations de CTNNB1 (gène de la β-caténine) sont observées dans plus de 75 % des cas, impliquant la même voie 3).

La CHRPE résulte d’une prolifération cellulaire localisée anormale de l’épithélium pigmentaire rétinien. Dans les zones de prolifération anormale, le pigment se concentre et s’hypertrophie, créant un aspect caractéristique par contraste avec les lacunes environnantes (zones de dépigmentation). Le potentiel de malignité est quasiment nul et il n’y a pas d’impact sur la fonction visuelle.


7. Recherches récentes et perspectives futures (rapports en phase de recherche)

Section intitulée « 7. Recherches récentes et perspectives futures (rapports en phase de recherche) »

Les tests de séquençage de nouvelle génération (NGS) améliorent la précision de l’identification des sites de mutation du gène APC1). La stratification des risques basée sur la corrélation génotype-phénotype progresse, et on espère développer des stratégies de surveillance et de traitement personnalisées en fonction du site de mutation1).

Litchinko et al. (2022) ont rapporté un rare cas de tumeur desmoïde volumineuse (170 mm) survenue dans le pancréas3). Une prise en charge multidisciplinaire par une équipe pluridisciplinaire a été réalisée, soulignant la difficulté de l’indication et du moment de la chirurgie dans les desmoïdes pancréatiques. L’efficacité du sorafénib en tant que traitement médicamenteux attire l’attention, et son application est envisagée pour les cas où la résection chirurgicale est difficile.

L’application des ultrasons focalisés de haute intensité (HIFU) pour le traitement non invasif des desmoïdes est également en phase de recherche3).

Prise en charge multidisciplinaire du desmoïde pédiatrique

Section intitulée « Prise en charge multidisciplinaire du desmoïde pédiatrique »

Albuquerque et al. (2025) ont rapporté un cas de tumeur desmoïde pédiatrique ayant nécessité une reconstruction fonctionnelle de l’articulation de l’épaule5). Une approche multidisciplinaire incluant une chimiothérapie préopératoire par vinblastine et méthotrexate a permis de préserver la fonction et de contrôler la tumeur. Les desmoïdes de la ceinture scapulaire et de la paroi thoracique représenteraient 37 à 50 % de l’ensemble, soulignant l’importance de la reconstruction fonctionnelle chez l’enfant.

Diaz et al. (2025) ont rapporté des cas de GS présentant des dilemmes chirurgicaux, y compris un carcinome basocellulaire invasif et une prothèse totale du genou, soulignant la nécessité d’une prise en charge multidisciplinaire des complications rares4). Dans cette maladie, dont la prévalence est estimée à 1 pour 100 000 à 160 000 personnes, l’importance de la médecine personnalisée augmente.


  1. Antohi C, Haba D, Caba L, et al. Novel Mutation in APC Gene Associated with Multiple Osteomas in a Family and Review of Genotype-Phenotype Correlations of Extracolonic Manifestations in Gardner Syndrome. Diagnostics. 2021;11(9):1560. doi:10.3390/diagnostics11091560.
  2. Kozan R, Taşdöven İ, Seven TE, Aydemir S, Doğan Gün B, Cömert M. Gardner’s syndrome: Simultaneous diagnosis and treatment in monozygotic twins. Turkish journal of surgery. 2022;38(4):413-417. doi:10.47717/turkjsurg.2022.4218. PMID:36875267; PMCID:PMC9979555.
  3. Litchinko A, Brasset C, Tihy M, Amram ML, Ris F. Large Desmoid Tumor of the Pancreas: A Report of a Rare Case and Review of the Literature. The American journal of case reports. 2022;23:e937324. doi:10.12659/AJCR.937324. PMID:36378606; PMCID:PMC9676065.
  4. Q Carlos Diaz, Victor H Argueta, Pedro Chajon, Andrea Argueta. Surgical dilemmas in Gardner syndrome: infiltrative basal cell carcinoma and total knee prosthesis failure. Journal of Surgical Case Reports. 2025;2025(5). doi:10.1093/jscr/rjaf285.
  5. Albuquerque M, Constantino C, Martins P, et al. Functional shoulder girdle reconstruction in paediatric desmoid tumour. J Surg Case Rep. 2025;10:rjaf830.

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