La maladie associée aux anticorps anti-glycoprotéine de l’oligodendrocyte de la myéline (MOGAD) est un terme générique désignant les maladies démyélinisantes du système nerveux central (SNC) caractérisées par la présence d’anticorps MOG-IgG. La MOG est une glycoprotéine exprimée à la surface des oligodendrocytes et sur la couche la plus externe de la gaine de myéline, largement distribuée dans tout le SNC.
Le MOGAD est classé parmi les oligodendrogliopathies, contrairement à la neuromyélite optique (NMOSD) avec anticorps anti-aquaporine 4 (AQP4) qui cible les astrocytes. L’incidence annuelle est estimée entre 1,6 et 4,8 par million, et la prévalence entre 1,3 et 2,5 pour 100 000 personnes. Aux Pays-Bas, la prévalence chez les enfants (0,31 pour 100 000) est plus élevée que chez les adultes (0,13 pour 100 000).
L’âge d’apparition présente une distribution bimodale, avec des pics entre 5 et 10 ans et entre 20 et 45 ans. Environ 50 % de tous les cas sont des enfants, et environ 50 % des syndromes de démyélinisation aiguë chez les enfants de moins de 11 ans correspondent à un MOGAD. Le ratio hommes-femmes est de 1:1.
QEn quoi le MOGAD pédiatrique diffère-t-il de celui de l'adulte ?
A
Chez l’enfant, l’ADEM (encéphalomyélite aiguë disséminée) est le phénotype le plus fréquent (40 à 50 %), tandis que la névrite optique (NO) et la myélite, plus fréquentes chez l’adulte, augmentent avec l’âge. Les enfants ont un taux de récupération complète plus élevé (75 à 96 %) et une tendance à un taux de récidive plus faible que les adultes. Pour plus de détails, voir les sections « Principaux symptômes et signes cliniques » et « Pronostic ».
Les symptômes subjectifs du MOGAD varient selon le phénotype.
Baisse de l’acuité visuelle et douleur oculaire : principaux symptômes de la névrite optique associée aux MOG (MOGAD-ON). Souvent accompagnés de douleurs lors des mouvements oculaires.
Encéphalopathie et troubles de la conscience : observés dans l’ADEM et l’encéphalite corticale (CCE).
Convulsions : surviennent avec l’encéphalite corticale. Des convulsions ont été observées dans les 5 cas de CCE chez l’enfant1).
Faiblesse des membres et troubles sensoriels : apparaissent sous le phénotype de myélite (spectre NMO).
Céphalées et fièvre : fréquents comme symptômes prodromiques de l’ADEM et de la CCE. Dans les cas de CCE chez l’adulte, les céphalées étaient présentes à 82 % et la fièvre à 64 %2).
Encéphalite corticale (CCE/FLAMES) : observée chez 13,5 % des enfants atteints de MOGAD. Caractérisée par un hypersignal T2-FLAIR cortical unilatéral et un rehaussement méningé. Attention à ne pas confondre avec une encéphalite virale.
Névrite optique (NO) : moins fréquente chez les jeunes enfants, sa fréquence augmente avec l’âge.
À partir de 11 ans
Névrite optique (NO) : la fréquence augmente à partir de 11 ans et évolue vers un schéma similaire à celui des adultes. Certains patients ayant présenté une ADEM initiale peuvent récidiver sous forme de NO après la croissance.
ADEM-NO : représente jusqu’à 40 % des MOGAD récurrentes. 94 % des récidives se présentent sous forme de NO.
NMO (neuromyélite optique) : environ 4 % des MOGAD pédiatriques. 58 % des NMOSD pédiatriques sont positifs pour les anticorps MOG.
Les caractéristiques typiques de la MOGAD-ON sont présentées ci-dessous.
Atteinte bilatérale simultanée : observée dans 68,8 % des cas (utile pour la différenciation avec la SEP-NO).
Lésion optique étendue : une lésion occupant plus de 50 % du nerf optique à l’IRM est présente dans 81,3 % des cas.
Œdème papillaire : observé dans 75 % des cas, avec un gonflement papillaire modéré à sévère. Peut être accompagné d’hémorragies péripapillaires.
Récupération visuelle : souvent bonne, jusqu’à 20/30 à 20/25.
Concernant l’encéphalite corticale, une série de 5 cas pédiatriques a montré des convulsions chez tous, une fièvre prodromique chez 4/5, des lésions frontales chez tous, et un délai médian de traitement de 12 jours1). Quatre des 5 cas (80 %) ont évolué vers une épilepsie chronique, maintenue sous lévétiracétam en monothérapie1).
D’autres phénotypes rapportés incluent l’encéphalite limbique (avec des séquelles cognitives fréquentes)1), un schéma de type leucodystrophie (fréquent chez les enfants de moins de 7 ans)2), et le spectre MOGAD-NMOS (MNOS)2).
Le diagnostic différentiel inclut la sclérose en plaques (SEP), la NMOSD positive aux anticorps anti-AQP4, l’encéphalite virale, la vascularite du SNC, les tumeurs malignes et le syndrome d’activation macrophagique (HLH).
QQuels symptômes doivent faire suspecter une encéphalite corticale (CCE/FLAMES) ?
A
L’apparition typique est une fièvre et des céphalées suivies de convulsions. On suspecte ce diagnostic en présence d’un hypersignal T2-FLAIR cortical unilatéral et d’un rehaussement méningé à l’IRM. Comme une confusion avec une méningo-encéphalite virale est fréquente, il faut envisager activement un test des anticorps anti-MOG en cas d’encéphalite résistante au traitement1).
L’étiologie du MOGAD n’est pas entièrement élucidée, mais environ 20 % des cas surviennent après une infection ou une vaccination.
Survenue post-infectieuse : On pense qu’une infection virale provoque une activation des bystanders, déclenchant une auto-immunité spécifique à la MOG. Des cas d’ADEM-ON après une infection par la COVID-19 ont été rapportés3).
MOGAD post-vaccin COVID-19 : Dans une étude portant sur 24 cas, le délai d’apparition était de 3 à 33 jours, le vaccin AZD1222 (ChAdOx1) représentait 79,2 % des cas, et seulement 3 cas (12,5 %) ont présenté une récidive3).
MOGAD post-vaccinal en général : Dans un rapport de 20 cas, 70 % présentaient des lésions de plusieurs régions du SNC, et le ChAdOx1 représentait 85 % des cas. Les IgG anti-MOG peuvent rester positives pendant 3 à 6 mois3).
Le test de référence pour la détection des IgG anti-MOG est le test sur cellules vivantes (CBA). Le CBA fixé est également largement utilisé, mais il ne fournit pas d’informations sur le titre et doit être combiné à des caractéristiques de soutien.
Les IgG anti-MOG sont principalement de la sous-classe IgG1, mais il existe également des cas positifs uniquement pour les IgG32). La sensibilité de détection des IgG3 varie selon le type d’anticorps secondaire utilisé, ce qui rend importante une analyse spécifique de la sous-classe2).
Le diagnostic d’ADEM repose sur les critères de l’IPMSSG. La présence de symptômes CNS multifocaux inauguraux et d’une encéphalopathie est indispensable, et l’évaluation combine les résultats de l’IRM et le test des IgG anti-MOG.
Le traitement de première intention en phase aiguë est la méthylprednisolone intraveineuse (IVMP). Au Japon, la corticothérapie pulsée est le traitement standard de la névrite optique pédiatrique.
IVMP : 20 à 30 mg/kg/jour (maximum environ 1 g/jour) pendant 3 à 5 jours. Il est recommandé que la période de diminution progressive ne dépasse pas 3 mois au total à partir du début du traitement. Une diminution progressive sur plus de 5 semaines réduit significativement le risque de récidive.
IVIG (immunoglobuline intraveineuse à haute dose) : 1 à 2 g/kg (ne pas dépasser 1 g/kg par jour) administré pendant 1 à 5 jours. Envisager un passage précoce si l’IVMP ne répond pas rapidement.
PLEX (échange plasmatique) : traitement d’escalade après IVMP. Un délai plus court avant PLEX est considéré comme le facteur prédictif le plus fort de récupération complète.
Une étude rétrospective de 75 cas a montré que l’initiation d’un traitement immunitaire dans les 7 jours réduit le risque de récidive de 6,7 fois.
IVMP
Posologie : 20 à 30 mg/kg/jour (maximum 1 g/jour)
Durée : 3 à 5 jours
Diminution progressive : dans les 3 mois au total. Une diminution progressive sur plus de 5 semaines réduit le risque de récidive.
IVIG
Posologie : 1 à 2 g/kg (ne pas dépasser 1 g/kg par jour)
Durée : 1 à 5 jours
Indication : Passage précoce en l’absence de réponse rapide à l’IVMP.
PLEX (échange plasmatique)
Position : traitement d’escalade après IVMP
Point clé : un délai plus court jusqu’à la PLEX est le plus fort prédicteur de récupération complète
Indications : cas sévères réfractaires à l’IVMP et à l’IVIG
Les cas récurrents ou multiphasiques nécessitent un traitement immunosuppresseur à long terme.
Azathioprine et MMF (mycophénolate mofétil) : médicaments de première intention courants. Le risque de rechute est élevé pendant les 3 à 6 premiers mois suivant le début du traitement, période durant laquelle une réduction progressive des corticostéroïdes oraux est associée (recommandation du consortium européen MOG pédiatrique).
Points d’attention spécifiques aux enfants : l’immunosuppression à long terme peut affecter la croissance et augmenter le risque de tumeurs malignes, nécessitant une évaluation régulière du rapport bénéfice-risque.
Rituximab (RTX) : une méta-analyse a confirmé sa sécurité et son efficacité2). Cependant, des cas de rechute dus à une augmentation des plasmablastes malgré un faible taux de CD19 ont été rapportés4).
Tocilizumab (TCZ) : anticorps anti-récepteur de l’IL-6. Administré à 8 mg/kg toutes les 4 semaines, 79 % des 25 patients n’ont pas présenté de rechute. Les effets secondaires sont survenus chez 2/25 patients (8 %)2). Son efficacité a été démontrée dans la MOGAD résistante au RTX.
Une prise en charge pluridisciplinaire impliquant un neuropédiatre, un ophtalmologiste, un médecin rééducateur et un psychologue est recommandée.
QQuels sont les points particulièrement importants à surveiller dans le traitement de la MOGAD pédiatrique ?
A
En phase aiguë, le traitement repose principalement sur l’IVMP, avec un début rapide (dans les 7 jours) et une période de sevrage suffisante (au moins 5 semaines) pour réduire le risque de rechute. Les 3 à 6 mois suivant le début des immunosuppresseurs sont une période à haut risque de rechute, et une association avec des corticostéroïdes oraux est recommandée. Chez l’enfant, il faut également tenir compte de l’impact d’une immunosuppression prolongée sur la croissance.
6. Physiopathologie et mécanismes détaillés de la maladie
La MOG est une glycoprotéine exprimée sur les oligodendrocytes et la couche la plus externe de la gaine de myéline, largement distribuée sur les fibres nerveuses myélinisées du SNC 2). La MOGAD est une oligodendrogliopathie, dont la physiopathologie diffère de l’astrocytopathie de la NMOSD à AQP4 positive.
Cellules effectrices principales : les lymphocytes T CD4+ sont prédominants. L’infiltration de lymphocytes T CD8+ et de lymphocytes B est faible.
Caractéristiques des anticorps : les IgG anti-MOG sont principalement de sous-classe IgG1 et forment des liaisons bivalentes. Cela réduit l’efficacité d’activation du C1q, rendant la cytotoxicité dépendante du complément moins probable. Cette différence avec les IgG anti-AQP4 (IgG1 à liaison monovalente) contribue aux différences pathologiques 2).
Rôle de l’IL-6 : l’IL-6 favorise la différenciation des cellules Th17 et, en plus de la démyélinisation directe, induit une libération supplémentaire d’IL-6, formant une rétroaction positive 2). Ce mécanisme constitue la base théorique du TCZ (anticorps anti-récepteur de l’IL-6).
Les résultats pathologiques montrent une activation des macrophages et de la microglie, l’apparition de macrophages contenant de la MOG, et des dépôts de complément et d’immunoglobulines. La persistance d’oligodendrocytes prémylinisés est considérée comme l’une des raisons pour lesquelles la remyélinisation et une bonne récupération sont plus facilement obtenues dans la MOGAD.
Mécanisme du MNOS (syndrome de chevauchement des anticorps MOG-NMDA)
Les deux antigènes, le récepteur NMDA et la MOG, sont exprimés à la surface des oligodendrocytes. Une hypothèse suggère que la rupture de la barrière hémato-encéphalique (BHE) due à une infection virale expose ces deux antigènes, conduisant à la production de doubles anticorps2). Lors de la réduction des immunosuppresseurs, les cellules immunitaires autoréactives se réactivent, provoquant une rechute. Une bonne réponse aux stéroïdes a été rapportée2).
Des cas de positivité isolée pour l’IgG3 des anticorps MOG-IgG ont été rapportés 2). La signification clinique de l’IgG3 n’est pas encore élucidée, mais le choix de l’anticorps secondaire utilisé influence la détection de l’IgG3, il faut donc être prudent dans l’interprétation des résultats négatifs 2).
7. Recherches récentes et perspectives futures (rapports en phase de recherche)
Le tocilizumab est envisagé comme traitement d’entretien potentiel pour la MOGAD récurrente ou réfractaire dans des rapports de cas et des revues, mais il n’est pas établi comme traitement standard chez l’enfant2).
Le télitacicept est une protéine de fusion TACI-Fc qui supprime les lymphocytes B et les plasmocytes en bloquant simultanément BLyS et APRIL.
Les traitements ciblant les lymphocytes B et les plasmocytes, comme le télitacicept, sont envisagés comme options expérimentales dans les cas réfractaires, y compris ceux résistants au RTX4).
Les différences dans les sous-classes de MOG-IgG et les méthodes de dosage peuvent affecter la sensibilité diagnostique et l’interprétation clinique. La standardisation des tests et l’élucidation de leur signification clinique sont des défis futurs2).
Dans la MOGAD pédiatrique, divers phénotypes du système nerveux central, notamment l’encéphalite corticale et les symptômes méningo-corticaux, ont été rapportés, et l’évaluation du pronostic à long terme, y compris la fonction cognitive, est importante1).
Les rapports de MOGAD après le vaccin COVID-19 s’accumulent3). Des recherches sont en cours pour élucider le mécanisme, le traitement optimal et le pronostic à long terme. Il n’existe pas encore d’essai contrôlé randomisé (ECR) chez l’enfant, et l’amélioration de la qualité des preuves reste un défi.
Le pronostic du MOGAD pédiatrique est généralement meilleur que celui de l’adulte.
Taux de récupération complète : 75 à 96 % (plus élevé que chez l’adulte).
Pronostic visuel : la récupération visuelle complète dans le MOGAD-ON est de 56 à 73 %. Le MOGAD-ON pédiatrique montre une bonne récupération même avec des résultats OCT similaires à ceux des adultes. Plus l’âge d’apparition est tardif, plus le pronostic visuel est mauvais (corrélation linéaire).
Risque de récidive : la forme monophasique prédomine, mais le risque de récidive à long terme est d’environ 35 % (légèrement inférieur à celui des adultes, HR 1,42). Une récidive précoce dans les 12 premiers mois augmente le risque de récidive à long terme.
Cas récurrents ou multiphasiques : le taux de récupération complète est de 31 à 50 % (environ la moitié de celui des formes monophasiques).
Fonction cognitive : 50 % des enfants atteints de MDEM (ADEM multiphasique) présentent des problèmes cognitifs.
ADEM-ON : des séquelles résiduelles ont été rapportées dans 71 % des cas.
Épilepsie chronique : selon une étude, 80 % des enfants atteints d’encéphalite corticale (CCE) évoluent vers une épilepsie chronique1).
Persistance de la positivité des IgG anti-MOG : associée aux récidives2), une surveillance à long terme des anticorps est recommandée.
QQuels sont les enfants à risque de récidive ?
A
Les rechutes précoces dans les 12 premiers mois, la persistance des anticorps MOG-IgG, et une évolution récurrente ou multiphasique sont rapportées comme facteurs de risque. Les patients atteints de MDEM sont plus susceptibles de développer des troubles cognitifs, et dans l’encéphalite corticale (CCE), il faut être attentif au risque de transition vers une épilepsie chronique1)2).
Carozza RB, et al. Cerebral Cortical Encephalitis and Other Meningocortical Manifestations of Myelin Oligodendrocyte Glycoprotein Antibody-Associated Disease in Children. J Child Neurol. 2024;39(13-14):487-493. doi:10.1177/08830738241282354.
Banwell B, Bennett JL, Marignier R, et al. Diagnosis of myelin oligodendrocyte glycoprotein antibody-associated disease: International MOGAD Panel proposed criteria. Lancet Neurol. 2023;22(3):268-282. doi:10.1016/S1474-4422(22)00431-8.
Jarius S, et al. MOG encephalomyelitis after vaccination against SARS-CoV-2: case report and comprehensive review of the literature. J Neurol. 2022;269:5198-5212. doi:10.1007/s00415-022-11194-9.
Schiro G, et al. Tocilizumab treatment in MOGAD: a case report and literature review. Neurol Sci. 2024;45:1429-1436. doi:10.1007/s10072-023-07189-7.
Copiez le texte de l'article et collez-le dans l'assistant IA de votre choix.
Article copié dans le presse-papiers
Ouvrez un assistant IA ci-dessous et collez le texte copié dans la conversation.