L’œdème papillaire est un gonflement bilatéral de la papille optique dû à une augmentation de la pression intracrânienne (PIC). Le terme « papilledema (choked disc) » est réservé à l’augmentation de la PIC et se distingue de l’« œdème de la papille optique (optic disc edema) » causé par d’autres raisons. L’augmentation de la pression dans l’espace sous-arachnoïdien autour du nerf optique comprime le nerf, entraînant une stagnation du flux axonal et un gonflement de la papille.
L’incidence annuelle de l’IIH est de 1,15/100 000 (données américaines 1997-2016, femmes 1,97 vs hommes 0,36) 2), avec un pic entre 18 et 44 ans (2,47/100 000). La prévalence chez les femmes américaines de 18 à 55 ans est de 3,44/10 000 (IC à 95 % 2,61-5,39) 3). Par race, l’incidence est de 2,05 chez les Noirs > 1,04 chez les Blancs > 0,67 chez les Hispaniques > 0,16 chez les Asiatiques/Insulaires du Pacifique (pour 100 000) 2), et correspond globalement à la prévalence de l’obésité (Moran I=0,20, P=0,03) 3).
La PIC normale est < 250 mmH2O chez l’adulte et < 280 mmH2O chez l’enfant. L’IIH fulminant (FIH) survient chez 2 à 3 % de tous les patients atteints d’IIH et est une urgence caractérisée par une perte visuelle rapide dans les 4 semaines suivant l’apparition des symptômes. 1)
QQuelle est la différence entre l'œdème papillaire et l'œdème du disque optique ?
A
Le terme « papilledema » est réservé à l’œdème papillaire dû à une augmentation de la pression intracrânienne (PIC). Les gonflements de la papille causés par d’autres affections (névrite optique, ischémie, lésions infiltrantes, etc.) sont appelés « œdème du disque optique » (optic disc edema). Cette distinction est importante car elle oriente directement vers la cause et le traitement approprié.
Femme obèse de 45 ans atteinte d’hypertension intracrânienne idiopathique (céphalées, baisse d’acuité visuelle bilatérale, œdème papillaire). Pression d’ouverture : 27 cmH2O. L’OCT montre des PHOMS et un signal de flux interne aux bords papillaires supérieur et inférieur. L’IRM/ARM veineuse confirme un élargissement des gaines du nerf optique, une selle turcique partiellement vide et un rétrécissement relatif des deux sinus transverses.
Au stade aigu, l’œdème papillaire est souvent asymptomatique au début, et les fonctions visuelles centrales (meilleure acuité visuelle corrigée, vision des couleurs) sont généralement préservées.
Obscurcissements visuels transitoires (TVO) : baisse visuelle transitoire binoculaire durant quelques secondes, déclenchée par les changements de position ou les efforts. Mécanisme : ischémie transitoire de la tête du nerf optique.
Céphalées : positionnelles, aggravées le matin. Présentes dans environ 90 % des cas. 2) Peuvent s’accompagner de nausées et vomissements.
Acouphènes pulsatiles : présents dans 52 % des cas. Dus à des turbulences veineuses. 2)
Douleurs dorsales : observées dans 53 % des cas. 2)
Diplopie : diplopie horizontale due à une paralysie du nerf abducens (VI). Signe de localisation trompeur de l’hypertension intracrânienne.
Rétrécissement du champ visuel et baisse d’acuité visuelle : après plusieurs mois d’évolution, un rétrécissement nasal inférieur ou concentrique du champ visuel apparaît, suivi d’une baisse d’acuité visuelle.
Hypermétropisation : due à un raccourcissement de l’axe antéro-postérieur par aplatissement postérieur du globe.
Chez l’enfant, l’hypertension intracrânienne est souvent découverte devant une ésotropie due à une paralysie bilatérale du nerf abducens.
Signes ophtalmoscopiques de l’œdème papillaire aigu :
Opacification de la couche des fibres nerveuses rétiniennes. Perte de la brillance péripapillaire.
Soulèvement et flou des bords de la papille. Hyperhémie papillaire et disparition de l’excavation physiologique.
Modifications vasculaires : dilatation et tortuosité des veines rétiniennes, hémorragies, taches cotonneuses, étoile maculaire.
Disparition du pouls veineux spontané (PVS) : présent chez environ 90% des sujets normaux. Disparaît en cas d’hypertension intracrânienne. Attention : absent chez 10 à 20% de la population normale.
Lignes de Paton : plis concentriques péripapillaires.
Signes supplémentaires de l’œdème papillaire chronique : pâleur de la papille, gliose, vaisseau shunt optociliaire, corps réfringents. Au stade chronique, les fibres nerveuses mortes ne gonflent pas, donc l’œdème peut disparaître même si l’hypertension intracrânienne persiste (stade terminal atrophique).
En cas de rougeur bilatérale de la papille avec bonne acuité visuelle, il faut toujours envisager un œdème papillaire stase. Dans l’œdème papillaire stase, la vision reste quasi normale jusqu’au stade terminal.
Classification de l’œdème papillaire selon l’échelle de Frisén
La sévérité de l’œdème papillaire est évaluée par l’échelle de Frisén (stade 0 à 5) et utilisée comme indicateur du pronostic visuel.
Stade 0 à 1
Stade 0 (normal) : bords nasaux, supérieurs et inférieurs flous. Couche des fibres nerveuses radiaire.
Stade 1 (très précoce) : flou du bord nasal de la papille. Pas de soulèvement du bord. Léger halo grisâtre. Plis choroïdiens concentriques et radiaires.
Stade 2 à 3
Stade 2 (début) : flou de toutes les limites. Soulèvement du bord nasal. Halo péripapillaire complet.
Stade 3 (modéré) : augmentation du diamètre papillaire. Flou de certains segments des vaisseaux principaux. Extensions digitiformes au bord externe du halo.
Stades 4 à 5
Stade 4 (marqué) : soulèvement de toute la papille. Flou complet des segments vasculaires principaux sur la papille.
Stade 5 (sévère) : protrusion en dôme. Halo étroit aux bords lisses. Disparition de la dépression physiologique.
QSi l'on a des troubles visuels transitoires, la vision va-t-elle nécessairement se détériorer ?
A
Le TVO est un symptôme caractéristique de l’œdème papillaire, mais il n’est pas en soi un signe précurseur direct de perte de vision. Cependant, si l’hypertension intracrânienne persiste longtemps, elle peut évoluer d’un déficit sévère du champ visuel périphérique à une baisse de l’acuité visuelle centrale. Si le TVO apparaît fréquemment, il est important de consulter rapidement un spécialiste pour en rechercher la cause.
La vitesse de formation de l’œdème papillaire dépend de la vitesse d’augmentation de la pression intracrânienne. Une élévation lente de la PIC peut entraîner son apparition en plusieurs semaines, tandis qu’une élévation rapide peut la provoquer en quelques heures à un jour.
Médicaments : tétracyclines (minocycline), dérivés de la vitamine A, lithium, sevrage des stéroïdes. La minocycline perturbe la signalisation de l’AMPc dans les granulations arachnoïdiennes et réduit l’absorption du LCR13). Après l’arrêt, l’augmentation de la PIC peut persister 2 à 5 semaines. 13)
Facteurs génétiques : régions candidates sur les chromosomes 5, 13 et 14 (GWAS)2). Le polymorphisme du gène AQP1 pourrait être impliqué dans l’augmentation de la production de LCR.
Infection/inflammation : une infection ou maladie inflammatoire récente multiplie par environ 3 le risque d’HII. 17) Des cas d’HII après COVID-19 ont été rapportés chez des hommes non obèses (homme de 45 ans, IMC 22,8).
Thrombose veineuse cérébrale (TVC) : incidence annuelle de 1 à 2 pour 100 000 personnes-années17). Taux de mortalité de 3 à 15 %. L’exclusion par IRM veineuse est essentielle.
Anémie sévère : œdème papillaire rapporté avec Hb 5,7 g/dL et ferritine 0,1 ng/mL. Mécanisme proposé : augmentation de l’EPO → thrombocytose → hyperviscosité → augmentation de la pression veineuse → hypertension intracrânienne.
MIS-C (syndrome inflammatoire multisystémique chez l’enfant) : symptômes neurologiques dans 13 à 21 % des cas.
VITT : TVC après le vaccin AstraZeneca.
QLa perte de poids améliore-t-elle l'œdème papillaire ?
A
Dans le cas d’une IIH, une perte de poids de 5 à 10 % améliore les symptômes de l’ICP et l’œdème papillaire. Une perte de poids de 24 % est nécessaire pour normaliser l’ICP (rémission) (analyse per protocole de l’IIHWT 15)). Si cela est difficile à atteindre par des changements de mode de vie seuls, la chirurgie bariatrique est une option. La gestion du poids fait partie du traitement conservateur, et une combinaison avec un traitement médicamenteux ou chirurgical peut être nécessaire en fonction du degré d’œdème papillaire et de la présence de troubles visuels.
L’évaluation se fait dans l’ordre suivant : confirmation de l’œdème papillaire bilatéral par ophtalmoscopie → angiographie à la fluorescéine → OCT → CT/IRM + MRV avec contraste → ponction lombaire (PL). D’abord, mesure de la pression artérielle pour exclure une hypertension maligne, puis imagerie d’urgence (CT → IRM + MRV avec contraste) pour évaluer les lésions occupant de l’espace et la thrombose du sinus veineux. La PL est réalisée après avoir confirmé l’absence de risque d’hernie cérébrale.
Ophtalmoscopie : confirmation de l’œdème papillaire bilatéral.
Angiographie à la fluorescéine (FA) : un véritable œdème papillaire est confirmé par une fuite de colorant de la papille. Dans le pseudo-œdème papillaire, il n’y a pas de fuite, seulement une coloration.
OCT (SD-OCTRNFL) : détection et suivi d’un gonflement papillaire subtil. L’OCT GCL-IPL est utile pour distinguer l’atrophie de l’amélioration.
Examen du champ visuel (Humphrey 30-2) : évaluation de l’élargissement de la tache aveugle, du scotome arqué, de l’échelon nasal et du rétrécissement concentrique du champ visuel.
Échographie en mode B, autofluorescence du fond d’œil, EDI-OCT : utiles pour le diagnostic différentiel du pseudo-œdème papillaire (drusen).
L’IRM + MRV avec contraste est optimale ; l’évaluation de la sténose et de l’occlusion du sinus veineux est essentielle dans l’IIH. Les signes d’ICP élevé suivants sont évalués :
Selle turcique vide (empty sella) ou partiellement vide
Élargissement de la gaine du nerf optique et accumulation de liquide céphalorachidien
Tortuosité du nerf optique (verticale et horizontale)
Aplatissement postérieur du globe (dans les cas graves, protrusion du nerf optique dans le globe)
Descente des amygdales cérébelleuses
Diagnostic définitif de l’IIH (critères de Dandy modifiés)
Normal, à l’exception d’anomalies des nerfs crâniens
3. Imagerie cérébrale
Parenchyme cérébral normal, pas de dilatation ventriculaire, pas de tumeur, pas de prise de contraste anormale
4. Composition du LCR
Normale
5. Pression d’ouverture du LCR
Adultes ≥ 250 mmH2O, enfants ≥ 280 mmH2O
Diagnostic suspecté : œdème papillaire bilatéral + critères 1 à 4 satisfaits mais pression du LCR inférieure au seuil. 25-30 cmH2O est une zone grise ; une réévaluation est recommandée.
Selon les rapports, 17,8 % des diagnostics d’IIH sont inexacts ou prématurés, et 13,0 % sont des erreurs de diagnostic 18). La cause la plus fréquente d’erreur de diagnostic est l’absence de MRV (42,4 %) chez les patients atypiques (hommes, IMC normal, enfants), et l’omission d’un CVST est la plus courante.
Diagnostic différentiel avec le pseudo-œdème papillaire
Le pseudo-œdème papillaire peut être causé par une hypermétropie élevée, des drusen, une papille inclinée, des fibres nerveuses myélinisées, un hamartome, etc. Les signes suivants suggèrent un pseudo-œdème papillaire :
Absence de télangiectasies ou d’hyperhémie sur la papille
Absence de dépression physiologique
Absence d’hémorragies ou d’exsudats
Absence d’opacité de la couche des fibres nerveuses rétiniennes
Les vaisseaux sur la papille peuvent être suivis clairement
Liste des diagnostics différentiels : Drusen enfouis, papille inclinée, papillopathie diabétique, papillopathie hypertensive, sclérite postérieure, périnévrite optique, uvéite (sarcoïdose, VKH), névrite optique, orbitopathie thyroïdienne, CRVO, NAION, neuropathie optique infiltrative, méningiome de la gaine du nerf optique.
Une anémie ferriprive traitable est retrouvée chez 10 % des patients avec œdème papillaire, et un dépistage est recommandé.
QEst-il possible d'avoir un œdème papillaire bilatéral avec une acuité visuelle normale ?
A
Dans l’œdème papillaire dû à une hypertension intracrânienne (stase papillaire), l’acuité visuelle peut être normale au début. Cela est dû au fait que, même si l’augmentation de la PIC stagne le flux axonal dans la papille, l’impact sur la fonction visuelle afférente est encore léger. En revanche, la névrite optique provoque souvent une baisse aiguë de l’acuité visuelle, et cette différence est un indice pour le diagnostic différentiel.
Les trois objectifs du traitement sont : ① traiter la cause sous-jacente, ② préserver la fonction visuelle, et ③ soulager les symptômes (tels que les maux de tête).
Si la pression intracrânienne diminue tôt, l’œdème papillaire se résorbe rapidement sans laisser de déficit visuel. Si le traitement est retardé et qu’un déficit visuel apparaît, il devient irréversible.
Hypertension maligne : Transport d’urgence immédiat.
Lésion occupant de l’espace : Intervention neurochirurgicale telle que l’ablation de la lésion ou la dérivation ventriculopéritonéale.
Thrombose veineuse cérébrale aiguë : Débuter un traitement anticoagulant par warfarine. Les AOD sont également une option (risque hémorragique plus faible). Éviter l’acétazolamide car il peut aggraver la pathologie17). Peut être envisagé après le début de l’anticoagulation.
D’origine médicamenteuse : Arrêter le médicament responsable. La minocycline peut entraîner une élévation de la PIC persistante pendant 2 à 5 semaines après l’arrêt. 13)
Perte de poids : Une réduction de 5 à 10 % du poids corporel améliore les symptômes et signes de PIC. Une perte de poids de 5 à 15 % peut améliorer l’œdème papillaire1). Une réduction de 24 % du poids corporel est nécessaire pour normaliser la PIC (analyse per protocole IIHWT)15).
Éviter les médicaments déclencheurs.
Contrôle des facteurs de risque sous-jacents (maladie thyroïdienne, SAOS).
Régime pauvre en sodium : Un effet synergique avec l’acétazolamide est attendu. 16)
Exercice physique : Recommander un exercice aérobie d’intensité modérée ou inférieure. Un exercice excessif peut augmenter la PIC.
L’essai IIHTT (2014) a démontré son efficacité dans l’IIH avec atteinte visuelle légère16). Pas d’effet constant sur les céphalées. Non remboursé au Japon.
Topiramate (deuxième intention)
Ajustement individuel
Réduction de la PIC + effet favorisant la perte de poids. Utile également pour les céphalées de type migraineux. Tératogène → contre-indiqué chez la femme enceinte.
Furosémide
Utilisation adjuvante
Alternative en cas d’intolérance à l’ACZ
Méthylprednisolone IV
1 g/jour × 3 jours
Mesure temporaire réservée à l’IIH fulminante. Pratique courante en Amérique du Nord.
Complications 10-15 % (incluant perte de vision 1-2 % CRAO/CRVO). Taux de récidive 34 % à 1 an, 45 % à 3 ans1)
Dérivation du liquide céphalorachidien (LPS/VPS)
54 %
80 %
Échec de la dérivation 43-50 %, infection, déplacement1)
Stenting du sinus veineux dural (VSS)
78 %
82-83 %
Traitement antiplaquettaire obligatoire pendant 6 mois postopératoires. Taux de réintervention 10-18 %1)
Chirurgie bariatrique
—
—
Essai IIHWT RCT : baisse de la PIC et perte de poids maintenues pendant 2 ans15)
Indications du VSS (stent du sinus veineux dural) : en cas de sténose du sinus transverse + gradient de pression > 8 mmHg. L’ONSF n’abaisse pas la PIC. Un ONSF unilatéral peut être insuffisant pour l’effet controlatéral. La dérivation lombo-péritonéale (LP) est souvent choisie comme première intervention chirurgicale pour l’IIH.
2 à 3 % des patients atteints d’IIH. Caractérisé par une perte visuelle rapide dans les 4 semaines suivant l’apparition des symptômes. Une hospitalisation est de règle avec un traitement médical et chirurgical agressif.
La pression d’ouverture moyenne du LCR est extrêmement élevée, à 54,1 cmH2O (plage 29-70) 6). Dans la série de 16 cas de Thambisetty et al. 6), 50 % ont atteint la cécité légale malgré un traitement agressif, et tous ont présenté des déficits du champ visuel résiduels et une atrophie optique. Si la MD de base du HVF est inférieure à -7 dB, la récupération visuelle est difficile. 1) Une pRNFL initiale élevée est associée à un mauvais pronostic visuel à long terme. 1)
Un cas de récupération du FIH avec acétazolamide seul à 4 g/jour a été rapporté (homme de 36 ans, IMC 47,3, PIC du LCR 45 cmH2O → disparition de l’œdème papillaire à 4 mois, récupération 20/20 aux deux yeux à 6 mois) 8). En cas d’association FIH et hypertension maligne, le retard diagnostique moyen est de 3,2 mois, avec un pronostic visuel final très mauvais (20/400 à perception lumineuse) 7).
La prévalence de l’IIH pendant la grossesse est de 16/100 000. 61 % des cas surviennent au premier trimestre 9). La grossesse elle-même n’est pas considérée comme un facteur étiologique de l’IIH. Le pronostic visuel est similaire à celui des femmes non enceintes et la grossesse n’est généralement pas considérée comme à haut risque.
Traitement de première intention : acétazolamide (catégorie FDA C). Aucune relation causale avec les malformations congénitales n’a été établie (revue systématique de 52 cas utilisés, aucune malformation) 9).
Contre-indiqué pendant la grossesse : topiramate (catégorie FDA D, tératogène confirmé). AINS (troisième trimestre).
Ponctions lombaires répétées : utilisées dans 26,9 % des cas (48 sur 178 grossesses). Effet transitoire (le LCR est régénéré en 6 heures) 9).
Limitation de la prise de poids : recommandation de moins de 20 livres (environ 9 kg).
VSS pendant la grossesse : Regev et al. (2025) ont réalisé un stent du sinus transverse chez 2 cas de FIH pendant la grossesse, avec récupération complète dans un cas et déficit du champ visuel résiduel dans un œil dans l’autre cas 11).
Gestion de l’accouchement : l’IIH elle-même n’est pas une indication de césarienne. Accouchement par voie basse 56,9 % vs césarienne 43,1 % 9). Pendant l’accouchement, la PIC du LCR peut augmenter jusqu’à 39 mmHg au premier stade et 71 mmHg au deuxième stade 10).
Anesthésie : l’anesthésie péridurale est le premier choix. L’anesthésie générale est évitée sauf en urgence. Éviter la succinylcholine (augmentation de la PIC due aux fasciculations musculaires) 10).
Pronostic : taux de récidive de l’IIH de 9 à 28 %2). Facteurs de mauvais pronostic : prise de poids, sévérité de l’œdème papillaire, intensité des céphalées de base2).
QL'acétazolamide peut-il être utilisé pour tous les œdèmes papillaires ?
A
L’acétazolamide est un traitement de première ligne efficace pour l’IIH, mais il est contre-indiqué en cas de thrombose veineuse cérébrale car il peut aggraver la pathologie. Il est également contre-indiqué dans la méningite à cryptocoque. Il est essentiel d’identifier d’abord la cause et de choisir le traitement en fonction de la cause sous-jacente. Il faut également noter qu’il n’est pas remboursé par l’assurance maladie au Japon.
QL'acétazolamide peut-il être utilisé en toute sécurité pendant la grossesse ?
A
Bien qu’il soit classé dans la catégorie C de la FDA, les revues systématiques n’ont pas établi de lien de causalité avec les malformations congénitales9). Même à fortes doses (≥1 g/jour) au premier trimestre, aucune augmentation du risque de malformations n’a été observée. Il doit être utilisé en concertation avec un obstétricien, et souvent limité à la période après 20 semaines de grossesse.
QEn quoi l'IIH fulminante diffère-t-elle de l'IIH classique ?
A
La FIH est un sous-type d’IIH caractérisé par une perte visuelle rapide et sévère dans les 4 semaines suivant l’apparition des symptômes. Elle survient chez 2 à 3 % des patients atteints d’IIH. Alors que l’IIH classique progresse relativement lentement, la FIH entraîne une détérioration visuelle en quelques jours et peut conduire à une cécité irréversible sans intervention rapide6).
L’augmentation de la pression dans l’espace sous-arachnoïdien autour du nerf optique comprime le nerf, entraînant une stagnation du flux axonal et un œdème papillaire. Plus précisément, les voies suivantes sont impliquées.
Augmentation de la PIC → augmentation de la pression sous-arachnoïdienne autour du nerf optique → étranglement du nerf optique → arrêt du transport axonal antérograde → œdème nerveux (œdème papillaire). Pression persistante → ischémie intraneurale → perte axonale → atrophie optique → déficience visuelle. En phase atrophique, les fibres nerveuses mortes ne gonflent pas, donc même si l’hypertension intracrânienne persiste, l’œdème papillaire peut disparaître (stade terminal atrophique).
Un retard de l’écoulement du LCR au niveau des granulations arachnoïdiennes et des voies lymphatiques entraîne une augmentation de la PIC. La minocycline perturbe la signalisation AMPc des granulations arachnoïdiennes et réduit l’absorption du LCR13).
Hypothèse de l'augmentation de la pression veineuse sinusale
Plus de 90 % des patients atteints d’IIH présentent une sténose bilatérale des sinus transverses2). Chaîne : obésité → augmentation de la pression intra-abdominale → augmentation de la pression intrathoracique → trouble du retour veineux cérébral → augmentation de la PIC. L’efficacité du VSS soutient cette hypothèse.
Hypothèse des anomalies métaboliques et hormonales
Une implication d’une dérégulation androgénique est suggérée2). Excès de leptine → hyperactivation du plexus choroïde → surproduction de LCR. Les récepteurs GLP-1 sont présents dans le plexus choroïde, et il a été démontré chez le rat que les agonistes du GLP-1 réduisent la production de LCR.
Contexte génétique : GWAS chr5/13/14. Augmentation de la production de LCR due au polymorphisme du gène AQP1. 2)
Un dysfonctionnement de l’interface glie-neuro-vasculaire est suggéré. 2)
L’IIH est de plus en plus reconnue comme une maladie métabolique systémique indépendante de l’obésité. 2)
CVST : Thrombose du sinus veineux → trouble du retour veineux → hypertension intracrânienne.
Anémie sévère : Augmentation de l’EPO → thrombocytose → hyperviscosité → augmentation de la pression veineuse → hypertension intracrânienne. Carence en fer → diminution de la déformabilité des globules rouges → augmentation de la viscosité sanguine.
Œdème papillaire fulminant de l'IIH et RNFL
Laura Bonelli, Vaishnavi Menon, Anthony C Arnold et al. Managing idiopathic intracranial hypertension in the eye clinic. Eye. 2024 May 24; 38(12):2472. Figure 2. PMCID: PMC11306398. License: CC BY.
Œdème papillaire et modifications de la RNFL dans l’IIH fulminant. Œdème papillaire bilatéral sévère et épaississement marqué de la RNFL à l’OCT.
Dans un essai randomisé contrôlé comparant la chirurgie bariatrique à une intervention de gestion du poids en communauté, le groupe chirurgie bariatrique a maintenu une baisse de la PIC et une perte de poids sur deux ans 15). Le rapport coût-efficacité à cinq ans était également supérieur à celui du régime alimentaire. La réduction de la PIC était corrélée à l’ampleur de la perte de poids.
Les agonistes des récepteurs GLP-1 (GLP-1RA) comme l’exénatide sont considérés comme de nouveaux candidats pour le traitement de l’IIH. Ils réduisent la sécrétion de LCR au niveau du plexus choroïde en diminuant l’activité de la Na⁺/K⁺-ATPase. Une étude rapporte une baisse de la PIC de 5,7 ± 2,9 cmH2O (P = 0,048) 2,5 heures après administration chez l’homme. Un double mécanisme est attendu : effet de perte de poids et effet direct de baisse de la PIC. Cependant, il faut être attentif au risque de rebond pondéral après arrêt, pouvant conduire à une IIH.
Le stenting du sinus transverse est rapporté comme sûr et efficace, avec des preuves accumulées 4, 5). Un essai randomisé contrôlé comparant VSS et VPS est en cours au Royaume-Uni. Le taux d’amélioration visuelle du VSS est de 78 %, et le taux d’amélioration des céphalées de 82 à 83 % (méta-analyse). Le taux de réintervention se situe entre 10 et 18 %.
Il existe des discussions proposant une définition basée sur la « menace visuelle » plutôt que sur le critère temporel de « 4 semaines » 1). Le critère temporel pourrait entraîner l’absence de diagnostic pour des cas à progression rapide.
Nouvel œdème papillaire lié au COVID-19/MIS-C/VITT
Un œdème papillaire a été rapporté chez des patients ne correspondant pas au profil de risque traditionnel 1). IIH chez des patients non obèses et non femmes, associé au MIS-C (syndrome inflammatoire multisystémique de l’enfant), VITT après le vaccin AstraZeneca, etc.
Variations géographiques de la prévalence de l’IIH
Des différences significatives entre États ont été confirmées aux États-Unis (Moran I = 0,20, P = 0,03) 3). Au Texas, en Oklahoma, etc., une discordance entre un taux élevé d’obésité et une faible prévalence d’IIH a également été observée, dont la cause reste inexpliquée.
Bonelli L, Menon V, Arnold AC, Mollan SP. Managing idiopathic intracranial hypertension in the eye clinic. Eye. 2024;38:2472-2481.
Toshniwal SS, Kinkar J, Chadha Y, et al. Navigating the enigma: a comprehensive review of idiopathic intracranial hypertension. Cureus. 2024;16(3):e56256.
Fraz MA, Kim BM, Chen JJ, et al. Nationwide prevalence and geographic variation of idiopathic intracranial hypertension among women in the United States. Ophthalmology. 2025;132:476-483.
Ghorbani M, Griessenauer CJ, Wipplinger C, et al. Intracranial hypertension and papilledema secondary to an unruptured arteriovenous malformation: review of the literature. Neuroradiol J. 2025;38(4):387-393.
Waser B, Wood HM, Mews P, Lalloo S. Transverse sinus stenting for treatment of papilloedema secondary to a large brain herniation into a dural venous sinus with associated tectal plate lesion: case report and literature review. Interv Neuroradiol. 2021;27(6):756-762.
Thambisetty M, Lavin PJ, Newman NJ, Biousse V. Fulminant idiopathic intracranial hypertension. Neurology. 2007;68(3):229-232.
Aldhahwani B, Shah SM, Jiang H, Lam BL. Severe visual loss from concurrent fulminant idiopathic intracranial hypertension and malignant arterial hypertension: prompt suspicion matters. Am J Ophthalmol Case Reports. 2024;36:102201.
Srivastava O, Micieli JA. Resolution of fulminant idiopathic intracranial hypertension treated with acetazolamide. Case Rep Neurol. 2022;14:432-436.
Palermo M, Trevisi G, D’Arrigo S, Sturiale CL. Idiopathic intracranial hypertension in pregnancy: a systematic review on clinical course, treatments, delivery and maternal-fetal outcome. Eur J Neurol. 2025;32:e70186.
Alves S, Sousa N, Cardoso L, Alves J. Multidisciplinary management of idiopathic intracranial hypertension in pregnancy: case series and narrative review. Braz J Anesthesiol. 2022;72(6):790-794.
Regev T, Fried-Regev N, Leeman S, et al. Transverse venous sinus stenting for fulminant idiopathic intracranial hypertension during pregnancy: a report of two cases and literature review. Quant Imaging Med Surg. 2025;15(5):4796-4815.
Selvaraj J, Veeranki V, Kommaraju SY, et al. Abortion and fulminant idiopathic intracranial hypertension. Cureus. 2021;13(2):e13501.
Paramo R, Leishangthem L. Optic atrophy secondary to minocycline-induced idiopathic intracranial hypertension. BMJ Case Rep. 2023;16:e252731.
Mollan SP, Davies B, Silver NC, et al. Idiopathic intracranial hypertension: consensus guidelines on management. J Neurol Neurosurg Psychiatry. 2018;89(10):1088-1100.
Mollan SP, Mitchell JL, Ottridge RS, et al. Effectiveness of bariatric surgery vs community weight management intervention for the treatment of idiopathic intracranial hypertension: a randomized clinical trial. JAMA Neurol. 2021;78:678-686.
Wall M, McDermott MP, Kieburtz KD, et al. Effect of acetazolamide on visual function in patients with idiopathic intracranial hypertension and mild visual loss: the idiopathic intracranial hypertension treatment trial. JAMA. 2014;311:1641-1651.
Pasricha SV, Bhayana R, Wu PE. Supine headache and papilledema: a case and review of cerebral venous sinus thrombosis. Clin Case Rep. 2023;11:e07329.
Fisayo A, Bruce BB, Newman NJ, Biousse V. Overdiagnosis of idiopathic intracranial hypertension. Neurology. 2016;86:341-350.
Copiez le texte de l'article et collez-le dans l'assistant IA de votre choix.
Article copié dans le presse-papiers
Ouvrez un assistant IA ci-dessous et collez le texte copié dans la conversation.