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Ophtalmologie pédiatrique et strabisme

Hypoplasie du nerf optique (HNO)

1. Qu’est-ce que l’hypoplasie du nerf optique ?

Section intitulée « 1. Qu’est-ce que l’hypoplasie du nerf optique ? »

L’hypoplasie du nerf optique (HNO) est l’anomalie congénitale du nerf optique la plus fréquente, caractérisée par une réduction du nombre d’axones optiques. Elle peut être unilatérale ou bilatérale et s’accompagner de défauts des structures cérébrales médianes.

Décrite histologiquement pour la première fois par Briere en 1877, la clinique a été rapportée par Reeves en 1941. En 1956, de Morsier a décrit l’association avec l’agénésie du septum pellucidum, connue sous le nom de syndrome de de Morsier (dysplasie septo-optique, DSO). En 1970, Hoyt et al. ont rapporté des descriptions cliniques détaillées, élargissant la reconnaissance de cette maladie.

La DSO est diagnostiquée lorsque au moins deux des trois éléments suivants sont présents3)6) :

  • HNO (unilatérale ou bilatérale)
  • Insuffisance hypophysaire
  • Anomalies des structures cérébrales médianes (agénésie du septum pellucidum, agénésie du corps calleux, etc.)

La prévalence de la DSO est estimée à environ 1/10 000 naissances2)6). Sur le plan épidémiologique, c’est la troisième cause de déficience visuelle chez les enfants de moins de 3 ans. En Angleterre, elle est de 10,9 pour 100 000 habitants, et en Suède de 17,3.

Dans une étude de 16 cas à l’Université de Niigata au Japon, l’âge médian au premier diagnostic était de 2,4 ans, 12/16 (75 %) étaient des femmes et 11/16 (69 %) étaient bilatéraux 1).

Une forme sévère est l’aplasie du nerf optique (optic nerve aplasia). La papille et les vaisseaux rétiniens sont totalement absents, et il n’y a pas de perception lumineuse.

L’hypoplasie segmentaire supérieure du nerf optique (superior segmental optic hypoplasia ; SSOH) est une forme particulière où seules les fibres nerveuses optiques supérieures sont hypoplasiques, et une association avec le diabète maternel a été signalée. La prévalence au Japon est d’environ 0,3 %. Il n’y a pas de différence de sexe.

Q Quelle est la différence entre ONH et SOD ?
A

L’ONH désigne une anomalie morphologique isolée du nerf optique. La SOD est un syndrome qui répond à au moins deux des trois critères suivants : ONH, insuffisance hypophysaire et anomalies cérébrales de la ligne médiane. L’ONH est l’un des composants de la SOD. Selon un rapport, environ 37,5 % des patients atteints d’ONH répondent aux critères diagnostiques de la SOD 1).

Photographie du fond d'œil d'une hypoplasie du nerf optique. Œil gauche montrant une petite papille optique et un halo péripapillaire à double contour.
Photographie du fond d'œil d'une hypoplasie du nerf optique. Œil gauche montrant une petite papille optique et un halo péripapillaire à double contour.
Mujahid M, et al. Superior Segmental Optic Nerve Hypoplasia: A Case Report and Literature Review. Cureus. 2026. Figure 1. PMCID: PMC12906824. License: CC BY.
Image comparative de photographies du fond d’œil : le panneau de gauche montre une papille optique petite avec un halo péripapillaire à double contour. On observe une réduction papillaire et un halo à double contour, typiques de l’hypoplasie du nerf optique, en particulier de la forme segmentaire.

L’acuité visuelle dans l’ONH varie de normale à absence de perception lumineuse. Dans la plupart des cas, elle est inférieure à 0,1 et dépend de la densité du faisceau papillo-maculaire. L’hypoplasie du nerf optique diffère des autres anomalies congénitales de la papille sur ce point : même si la macula est formée, le développement du faisceau de fibres nerveuses papillo-maculaires varie, ce qui entraîne une large gamme d’acuité visuelle, allant de 1,0 à très faible.

  • Baisse de l’acuité visuelle : le degré varie, certains cas conservant une acuité normale.
  • Déficit du champ visuel : des déficits localisés nasaux et inférieurs peuvent survenir. Dans les cas unilatéraux ou bilatéraux avec une acuité relativement bonne, une tendance à l’hémianopsie bitemporale peut être détectée.
  • RAPD (déficit pupillaire afférent relatif) : observé dans les cas unilatéraux ou asymétriques.
  • Nystagmus : dans les cas bilatéraux, il apparaît entre 1 et 3 mois après la naissance. Il s’accompagne souvent d’un nystagmus pendulaire ou en bascule.
  • Strabisme : dans les cas bilatéraux, il apparaît souvent avant l’âge de 1 an.

Selon les données japonaises, une mauvaise vision a été observée dans 11/16 cas (69 %), un strabisme dans 8/16 cas (50 %) et un nystagmus dans 5/16 cas (31 %)1).

Signes cliniques (observations confirmées par le médecin lors de l’examen)

Section intitulée « Signes cliniques (observations confirmées par le médecin lors de l’examen) »

Des signes caractéristiques sont observés à l’ophtalmoscopie.

  • Papille optique : pâle ou grise, environ la moitié de la taille normale.
  • Signe du double anneau (anneau pigmentaire) : aspect d’un double anneau autour d’une petite papille, avec un anneau interne pâle (lamina cribrosa) et un anneau externe (couche pigmentaire choroïdienne). Ce signe est spécifique de cette maladie. Il résulte de la diminution de la papille due à la réduction des faisceaux de fibres nerveuses, donnant l’impression que la zone qui aurait dû être la papille apparaît sous forme d’anneau.
  • Rapport DM/DD : rapport entre la distance papille-fovéa (DM) et le diamètre papillaire (DD). Un rapport ≥ 3 est suspect, ≥ 4 est élevé. Un rapport ≥ 3,2 indique une micropapille. Pour le rapport DD/DM, une valeur < 0,35 est un seuil indicatif.
  • Tortuosité veineuse rétinienne : si présente, elle suggère une anomalie endocrinienne associée.
  • Signes OCT : amincissement de la couche des fibres nerveuses rétiniennes (RNFL), de la couche des cellules ganglionnaires (GCL) et de la couche plexiforme interne (IPL).
  • Vaisseaux rétiniens : le trajet est presque normal, mais certains cas présentent un rétrécissement du calibre vasculaire.

Les principales observations oculaires et la fréquence des complications systémiques sont présentées ci-dessous.

ObservationFréquence
Anomalies structurelles du SNCEnviron 90 %
Troubles neurodéveloppementauxEnviron 70 %
Dysfonction hypothalamique (bilatérale)81%
Dysfonction hypothalamique (unilatérale)69%
Retard de développement (bilatéral)78%
Q Un bilan systémique est-il nécessaire même en cas d'ONH unilatérale ?
A

Même en cas d’atteinte unilatérale, une dysfonction hypothalamique est observée dans 69% des cas, et des anomalies cérébrales sont présentes chez 18,2% des patients asymptomatiques1). L’IRM et le dépistage endocrinien sont indispensables même en cas d’atteinte unilatérale.

La pathologie de l’ONH est une dysgénésie des cellules ganglionnaires rétiniennes (CGR) et des fibres nerveuses. Deux hypothèses existent : la théorie de la dysgénésie et celle de la dégénérescence rétrograde. Une hypothèse impliquant une ischémie du chiasma et du nerf optique due à des troubles vasculaires de l’artère cérébrale antérieure a également été proposée.

La majorité des cas sont sporadiques2)3).

Les mutations génétiques suivantes peuvent être impliquées.

  • HESX1 : impliqué dans le développement du prosencéphale et de l’hypophyse. Les porteurs de mutations représentent moins de 1% de l’ensemble des SOD7).
  • PAX6, SOX2, OTX2 : facteurs de transcription impliqués dans le développement de l’œil et du cerveau.
  • Accouchement à un jeune âge (en particulier première grossesse chez une mère jeune)
  • Diabète maternel : particulièrement associé au SSOH
  • Prématurité
  • Exposition à des substances : phénytoïne, quinine, LSD, alcool

Le diagnostic de l’ONH repose sur l’examen ophtalmoscopique, combiné à l’imagerie et au dépistage endocrinien.

La confirmation du signe du double anneau est la première étape du diagnostic. Un rapport DM/DD ≥ 3 (≥ 3,2 pour une papille petite) est un indicateur.

  • IRM : recommandée pour tous les patients atteints d’ONH. Évalue l’absence du septum pellucidum, la morphologie du corps calleux et la taille et la forme de l’hypophyse.
    • Signe de pointage vers le bas : déviation vers le bas du chiasma optique. Caractéristique du SOD3).
    • La largeur normale du chiasma optique est de 11,13 à 16,92 mm, et une section transversale du nerf optique ≤ 4,0 mm² indique une atrophie3).
  • OCT : mesure de l’épaisseur de la couche des fibres nerveuses rétiniennes péripapillaires (cpRNFL). Permet une quantification objective de l’amincissement.

Dans une étude portant sur des patients japonais, des anomalies cérébrales ont été observées dans 43,8 % des cas et un SOD dans 37,5 % des cas. Il est à noter que des anomalies cérébrales étaient présentes chez 18,2 % des patients asymptomatiques 1). De plus, chez 2 des 3 patients présentant une insuffisance hypophysaire, l’IRM montrait une morphologie hypophysaire normale 1).

Les examens suivants sont recommandés pour tous les patients atteints de NOH.

  • Cortisol
  • TSH (hormone thyréostimulante), FT4 (thyroxine libre)
  • IGF-1 (facteur de croissance analogue à l’insuline-1), IGFBP-3
  • LH (hormone lutéinisante), FSH (hormone folliculo-stimulante)

Un diagnostic différentiel avec les maladies suivantes est nécessaire.

  • Atrophie optique : dégénérescence axonale acquise. Se présente avec une pâleur papillaire, mais sans signe du double anneau.
  • Colobome du nerf optique : excavation papillaire due à une fermeture incomplète de la fente embryonnaire.
  • Syndrome de Morning Glory : papille élargie en forme de pétale.
  • Syndrome de la papille inclinée : inclinaison asymétrique de la papille.
  • Neuropathie optique glaucomateuse : caractérisée par un élargissement de l’excavation papillaire. Les points clés pour la différenciation sont l’absence de modifications du champ visuel au cours de l’évolution dans la NOH et un motif différent de perte de la couche des fibres nerveuses rétiniennes. Si possible, mesurer régulièrement l’épaisseur de la RNFL par OCT pour vérifier la présence ou l’absence de changements.
Q Est-il possible d'avoir une anomalie endocrinienne même si l'IRM est normale ?
A

Oui, c’est possible. Dans une étude portant sur des patients japonais, 2 des 3 patients présentant une insuffisance hypophysaire avaient une IRM normale 1). Un dépistage endocrinien doit être effectué chez tous les patients, indépendamment des résultats de l’IRM.

Il n’existe pas de traitement curatif pour l’ONH elle-même. La prise en charge se concentre sur l’optimisation de la fonction visuelle et la gestion des complications systémiques (en particulier les anomalies endocriniennes). Une collaboration multidisciplinaire (ophtalmologie, endocrinologie, pédiatrie, neurologie, réadaptation) est essentielle. Une évaluation de la croissance tous les six mois et de la fonction visuelle une fois par an est recommandée.

  • Correction de la réfraction : Chez l’enfant, la correction précoce des erreurs de réfraction est importante. En cas de nystagmus, essayez la correction par lunettes ou lentilles de contact.
  • Chirurgie du strabisme : En cas de strabisme associé, une chirurgie du strabisme centrée sur la récession est réalisée. Une chirurgie des muscles extra-oculaires pour le nystagmus peut également être envisagée.

Hormone de croissance

Fréquence : Nécessaire chez environ 70 % des patients atteints d’ONH.

Indication : Débuter en cas de déficit confirmé en hormone de croissance.

Hormone thyroïdienne

Fréquence : Nécessaire chez environ 43 % des patients.

Indication : Débuter en cas d’anomalie de la TSH et de la FT4.

Cortisol (hormone corticostéroïde)

Fréquence : nécessaire dans environ 27 % des cas.

Attention : l’insuffisance surrénalienne peut être mortelle en période de stress. L’enseignement du stress-dosing (augmentation des doses en cas de fièvre ou de chirurgie) est indispensable 5).

Hormone antidiurétique

Fréquence : environ 5 % développent un diabète insipide.

Attention : une correction rapide du sodium peut provoquer des convulsions. La vitesse de correction doit être inférieure à 0,5 mEq/L/h 4).

Chez les adultes, des schémas de substitution tels que lévothyroxine 137 µg, desmopressine, hydrocortisone 10 mg (matin) / 7,5 mg (soir) ont été rapportés 2).

L’hypoplasie du nerf optique elle-même est non progressive en l’absence de glaucome associé. En l’absence de glaucome, il faut éviter les collyres ou la chirurgie visant à abaisser la pression intraoculaire. Cependant, les anomalies endocriniennes peuvent apparaître ou s’aggraver avec le temps, d’où la nécessité d’un suivi à long terme 1). Un diagnostic précoce et un traitement hormonal substitutif avant l’âge de 3 ans dans les cas nécessaires permettent d’éviter des séquelles, il est donc important de ne pas méconnaître cette maladie même en cas d’atteinte unilatérale.

Q La vision va-t-elle se détériorer à l'avenir ?
A

L’hypoplasie du nerf optique elle-même est non progressive et, en l’absence de glaucome, la vision reste souvent stable. Cependant, des anomalies endocriniennes peuvent apparaître plus tard, d’où l’importance d’une évaluation systémique régulière.

L’essence de l’ONH est une diminution de la couche de fibres nerveuses rétiniennes (RNFL) et des cellules ganglionnaires, avec peu d’effet sur les couches externes de la rétine. Deux hypothèses principales existent quant au mécanisme de développement.

  • Hypothèse de trouble du développement : Un défaut de différenciation et de migration des cellules ganglionnaires rétiniennes pendant la période embryonnaire empêche la formation suffisante des axones du nerf optique.
  • Hypothèse de dégénérescence rétrograde : Dégénérescence axonale rétrograde associée à des anomalies structurelles du système nerveux central (absence de septum pellucidum, agénésie du corps calleux, etc.).

Il existe également une hypothèse selon laquelle l’ischémie de la région du chiasma optique et du nerf optique due à des troubles vasculaires de l’artère cérébrale antérieure serait impliquée.

Un dysfonctionnement hypothalamique est observé dans 69 % des cas d’ONH unilatérale et dans 81 % des cas bilatéraux. L’hypophyse et le nerf optique sont proches sur le plan développemental, et on pense que le même trouble du développement affecte les deux.

Un retard de développement est observé dans 75 % de l’ensemble des cas, avec une fréquence plus élevée dans les cas bilatéraux (78 %) que dans les cas unilatéraux (39 %).

Le SOD plus est une condition qui associe, en plus du SOD classique, des anomalies de la formation corticale (polymicrogyrie, schizencéphalie, etc.) et serait plus fréquent que le SOD classique selon certains rapports7). Le pronostic neurodéveloppemental est plus défavorable et le risque d’épilepsie est également plus élevé.


7. Recherche récente et perspectives futures (rapports en phase de recherche)

Section intitulée « 7. Recherche récente et perspectives futures (rapports en phase de recherche) »

Un essai clinique (NCT06760546) du setmelanotide, un agoniste du récepteur de la mélanocortine 4 (MC4R), est en cours comme traitement médicamenteux de l’obésité associée au SOD2). L’obésité hypothalamique réduit considérablement la qualité de vie des patients atteints de SOD, ce qui en fait une nouvelle option thérapeutique prometteuse.

Nouvelles approches de l’intervention endocrinienne

Section intitulée « Nouvelles approches de l’intervention endocrinienne »

Chez les nouveau-nés SOD diagnostiqués avec une glycémie normale, la gestion du micropénis et de la cryptorchidie par un traitement à la testostérone (25 mg IM, une fois par mois pendant 3 mois) et des tentatives de thérapie par FSH recombinante ont été rapportées 5). Ces approches montrent le potentiel d’une intervention précoce de supplémentation endocrinienne, mais leur efficacité et sécurité à long terme ne sont pas encore établies.


  1. Kiyokawa M, Ueki S, Hatase T, Hanyu T, Fukuchi T. The Prevalence of Brain Abnormalities in Japanese Patients with Optic Nerve Hypoplasia. Neuro-Ophthalmology. 2021;45(4):265-270.
  2. Swami A, Sharma M, VanDyke L. Hypopituitarism and Other Endocrinopathies as a Consequence of Septo-Optic Dysplasia. Cureus. 2025;17(4):e82329.
  3. Suwal S, Khatiwada A, Lamichhane S, Ghimire P, KC S. Exploring the diverse imaging spectrum of Septo-optic dysplasia: A case series. Radiol Case Rep. 2025;20:384-390.
  4. Oyadiran OO, Gonzalez N, Khiami A. Hypernatremia in an Infant: A Case of Septo-Optic Dysplasia. Cureus. 2021;13(1):e12450.
  5. Palorath A, Kharode I. Septo-Optic Dysplasia Diagnosed in a Newborn Infant with Normoglycemia. Case Rep Pediatr. 2021;2021:4836030.
  6. Aliu E, Musa J, Parisapogu A, et al. Septo-optic dysplasia in an infant. Radiol Case Rep. 2022;17:3147-3150.
  7. Reyes A, Galvis J, Estupinan Y. Septo-optic dysplasia plus: A case report. Biomedica. 2024;44:451-459.

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