Le syndrome de Morning Glory (morning glory disc anomaly) est une anomalie congénitale de la papille optique rapportée par Kindler. La région papillaire est élargie et excavée en entonnoir, dont le fond est recouvert de tissu blanc (tissu glial ou persistance du vitré primitif = PFV). Sa morphologie ressemble à la fleur de liseron (morning glory), d’où son nom.
Les principales caractéristiques de cette maladie sont les suivantes :
Élargissement de la région papillaire de couleur gris-blanc et excavation en entonnoir
Tissu blanc prépapillaire au fond de l’excavation (tissu glial ou PFV)
Anomalie pigmentaire chorio-rétinienne péripapillaire et soulèvement annulaire
Les vaisseaux rétiniens naissent sous un tissu blanc, sont nombreux et ont un trajet radial et rectiligne.
La macula peut être observée ou non, car elle peut être tirée dans la dépression.
Épidémiologie : Le plus souvent unilatéral, les cas bilatéraux sont rares. Aucune hérédité claire ni facteur de risque spécifique n’est connu. L’acuité visuelle varie de la perception lumineuse à 1,0. Les données épidémiologiques quantitatives sur la prévalence et l’incidence ne sont pas établies (maladie rare).
Concept physiopathologique : La traction du tissu blanc plie la rétine péripapillaire dans la dépression. On pense qu’un colobome du nerf optique ou une staphylome péripapillaire dû à une fermeture incomplète de la fissure optique, associé à une prolifération de tissu glial ou de PFV sur la papille, entraîne l’inclusion de la rétine péripapillaire dans la dépression.
QQuelle est l'origine du nom « syndrome de la fleur de liseron » ?
A
Il a été nommé ainsi car la dépression en entonnoir de la région papillaire et la disposition radiale des vaisseaux ressemblent à la fleur de liseron (morning glory). Il a été rapporté pour la première fois par Kindler.
Photographie du fond d'œil d'un syndrome de la fleur de liseron. Montre une papille optique élargie en entonnoir et des vaisseaux rétiniens disposés radialement.
Cennamo G, et al. Congenital Optic Disc Anomalies: Insights from Multimodal Imaging. J Clin Med. 2024. Figure 1. PMCID: PMC10932420. License: CC BY.
Sur la photographie du fond d’œil à droite, la papille optique est profondément déprimée en entonnoir, avec un tissu blanc central et des vaisseaux s’étendant radialement vers la périphérie. Il s’agit d’une observation caractéristique de la morphologie papillaire du syndrome de la fleur de liseron.
Baisse de l’acuité visuelle : de la perception lumineuse à 1,0. Dépend de la taille de la dépression, de la position de la macula (relation avec la dépression) et du degré de décollement de la rétine associé.
Mauvaise acuité visuelle unilatérale : souvent présente depuis la naissance ; chez l’enfant, la consultation est motivée par une mauvaise vision d’un œil.
Strabisme : un strabisme par amblyopie peut survenir en cas de mauvaise vision sévère.
Pupille blanche : rarement, elle peut être remarquée comme une pupille blanche.
L’élargissement de la région papillaire et une dépression en entonnoir sont caractéristiques. Le fond de la dépression est recouvert de tissu blanc (tissu glial ou PFV), et un soulèvement annulaire est observé autour de la papille. La morphologie de la papille elle-même est souvent peu claire car recouverte de tissu blanc.
Aspect vasculaire
Les vaisseaux rétiniens naissent sous le tissu blanc. Ils sont nombreux et ont un trajet radial et rectiligne. La rétine péripapillaire étant déviée dans la dépression, ils semblent plus nombreux qu’en réalité.
Aspect choroïdo-rétinien
On observe des anomalies pigmentaires choroïdo-rétiniennes péripapillaires. Une atrophie choroïdo-rétinienne en forme de langue est souvent présente en dessous de la papille, suggérant un lien avec une fermeture incomplète de la fissure optique. Une dépression staphylomateuse péripapillaire est également caractéristique.
Aspect maculaire
La macula peut être observable ou non, car elle peut se trouver dans la dépression. Si la macula est visible, l’acuité visuelle est souvent d’au moins 0,1. Si la macula est absente, l’acuité visuelle est très faible.
Le syndrome de la fleur de liseron (morning glory) est souvent compliqué d’un décollement de rétine débutant près de la papille. Les mécanismes suivants sont envisagés pour l’origine du liquide sous-rétinien :
Théorie du liquide céphalorachidien : le liquide céphalorachidien pénètre dans l’espace sous-rétinien depuis l’espace sous-arachnoïdien à travers un tissu papillaire fragile (anomalie de la lame criblée).
Théorie de l’extravasation vasculaire : extravasation de liquide séreux à partir de vaisseaux anormaux.
Théorie de la traction + déchirure associée : un décollement par traction dû à la traction vitréenne s’associe à une déchirure dans la dépression papillaire, évoluant vers un décollement rhegmatogène.
Au début, il peut s’agir d’un décollement exsudatif ou par traction qui peut régresser spontanément. Dans les cas évolués, une déchirure se développe souvent près du tissu prépapillaire. Le décollement peut rester localisé autour de la papille sans progresser, mais peut aussi évoluer vers un décollement total bulleux et conduire à la cécité.
La fermeture incomplète de la fissure optique (fissure embryonnaire) est l’anomalie développementale commune. La fissure optique se forme à la 4e semaine de gestation et sa fermeture est achevée à la 6e-7e semaine. Dans le syndrome de la fleur de liseron, on pense qu’en plus de la fermeture incomplète, une prolifération de tissu glial ou de PFV au niveau de la papille se superpose. Le processus développemental supposé est : colobome du nerf optique ou staphylome péripapillaire + prolifération gliale/PFV sur la papille → entraînement de la rétine péripapillaire dans la dépression.
Dans de nombreux cas, on observe une lésion d’atrophie chorio-rétinienne en forme de langue en dessous de la papille, considérée comme une trace de fermeture incomplète de la fissure optique. La nature du tissu blanc au fond de la dépression (tissu glial ou PFV) est débattue, et il est possible que les deux soient mélangés. L’hérédité n’est pas claire et les cas familiaux sont rares.
Une association avec l’encéphalocèle transsphénoïdale est connue, où les méninges, le chiasma optique et l’hypothalamus peuvent faire saillie à travers un défaut osseux de la base du crâne (sphénoïde)1). Bhatti a rapporté un cas de syndrome de la fleur de liseron unilatéral associé à une encéphalocèle transsphénoïdale chez une femme de 20 ans, avec des antécédents d’aménorrhée suggérant un lien avec des anomalies endocriniennes1).
En cas de diagnostic de syndrome de la fleur de liseron, une IRM cérébrale doit être réalisée chez tous les patients pour évaluer la présence d’anomalies intracrâniennes. L’encéphalocèle peut s’accompagner d’une hernie de l’hypothalamus ou du chiasma, et une évaluation endocrinienne (axe hypothalamo-hypophysaire) doit être envisagée1).
Dépression blanche (défect cupuliforme) sous la papille. Pas d’élargissement en entonnoir ni de vaisseaux radiaires
Staphylome péripapillaire
Dépression autour de la papille mais absence de tissu glial blanc sur la papille
PFV (persistance du vitré primitif) papillaire
Tissu glial sur la papille mais sans dépression en entonnoir
Hypoplasie du nerf optique
Papille de petite taille (alors que la fleur de liseron est élargie). Signe du double anneau. Associé au diabète maternel
Pit (fossette) du nerf optique
Petite dépression localisée. Pas d’élargissement en entonnoir. Associé à une schisis maculaire
QQuelle est la différence entre le syndrome de la fleur de liseron et le colobome du nerf optique ?
A
Le syndrome de la fleur de liseron se caractérise par un élargissement en entonnoir de la région papillaire, un tissu glial blanc et des vaisseaux radiaires. Le colobome du nerf optique est un défect cupuliforme sous la papille, sans tissu glial et avec un motif vasculaire différent. Les deux sont liés à une fermeture incomplète de la fissure optique, mais la présence ou l’absence de prolifération gliale/PFV sur la papille est un point clé du diagnostic différentiel.
Même en l’absence de décollement de rétine, un examen du fond d’œil régulier est nécessaire. En cas de décollement de rétine localisé autour de la papille et si le liquide sous-rétinien est probablement d’origine liquidienne céphalorachidienne, une surveillance prudente est souvent choisie en premier lieu.
Même en l’absence de décollement de la rétine, si la macula est visible chez un enfant de moins de 6 ans, un traitement de l’amblyopie doit être envisagé. La principale méthode est l’entraînement par occlusion (patching) de l’œil sain. Si la macula est impliquée dans la cavité de la papille et que l’acuité visuelle est réduite à la perception lumineuse, le traitement n’est pas indiqué.
Traitement chirurgical du décollement de la rétine
Indications chirurgicales: Décollement de la rétine s’étendant au-delà de la région péripapillaire. Il est souvent associé à une déchirure dans la cavité de la papille.
Déroulement de l’intervention:
Vitrectomie (ablation du gel vitréen et traitement des membranes prolifératives)
Échange air-liquide et drainage du liquide sous-rétinien intraoculaire
Premier choix. Nécessite une position ventrale postopératoire
Huile de silicone
Cas pédiatriques, cas difficiles, patients incapables de maintenir la position ventrale. Attention au risque de migration dans l’espace sous-arachnoïdien
Butylcyanoacrylate (colle rétinienne)
Dans les cas récurrents ou réfractaires, l’application sur la déchirure est tentée.
Pronostic : La chirurgie est souvent résistante et difficile à traiter. En particulier chez les enfants de moins de 10 ans, l’excavation péripapillaire est sévère et l’anomalie de la lame criblée est grave, ce qui tend à un mauvais pronostic. Même si la réapplication est obtenue, une bonne acuité visuelle est difficile à obtenir.
La fermeture incomplète de la fissure optique (fente embryonnaire) est la base commune des anomalies du développement dans le syndrome de la fleur de liseron. La fissure optique formée à la 4e semaine embryonnaire se ferme complètement à la 6e-7e semaine, mais une fermeture incomplète entraîne des anomalies structurelles de la papille optique.
Dans le syndrome de la fleur de liseron, on pense qu’en plus de la fermeture incomplète, une prolifération de tissu glial ou de PFV au niveau de la papille se superpose. On suppose un processus de développement : colobome du nerf optique ou staphylome péripapillaire + prolifération gliale/PFV sur la papille → entraînement de la rétine péripapillaire dans l’excavation. La présence d’une lésion atrophique rétino-choroïdienne en forme de langue en dessous de la papille dans de nombreux cas est considérée comme une trace de fermeture incomplète de la fissure optique.
Mécanisme d’apparition du décollement de rétine (3 hypothèses)
Plusieurs hypothèses coexistent quant à l’origine du liquide sous-rétinien.
Hypothèse du liquide céphalorachidien : En raison de l’anomalie structurelle de la lame criblée dans le syndrome de la fleur de liseron, le liquide céphalorachidien pénétrerait dans l’espace sous-rétinien à partir de l’espace sous-arachnoïdien à travers le tissu papillaire fragile. Le risque de migration de l’huile de silicone dans l’espace sous-arachnoïdien soutient indirectement l’existence de cette voie.
Hypothèse de fuite vasculaire : La fuite séreuse provenant des vaisseaux anormaux (vaisseaux dans le tissu blanc) sur la papille serait la source du liquide sous-rétinien.
Hypothèse de traction + déchirure concomitante : Un décollement par traction dû à la traction vitréenne se complique d’une déchirure dans l’excavation papillaire, évoluant vers un décollement rhegmatogène. Dans les cas avancés, on trouve souvent une déchirure près du tissu prépapillaire, et en pratique clinique, l’implication d’un décollement rhegmatogène est considérée comme importante.
Le tissu blanc sur la papille optique est situé à l’emplacement correspondant à la lame criblée et manque de structure de soutien normale. On pense que cette anomalie de la lame criblée est liée à des pathologies spécifiques telles que la transmission de la pression du liquide céphalorachidien, la formation de voies d’écoulement du LCR et la migration de l’huile de silicone.
Bhatti a rapporté un cas de syndrome de la fleur du matin de l’œil gauche compliqué d’une encéphalocèle transsphénoïdale chez une femme de 20 ans1). L’acuité visuelle de l’œil droit était de 20/20, celle de l’œil gauche était limitée à la perception des mouvements de la main. Elle avait des antécédents d’aménorrhée et présentait des anomalies endocriniennes. L’IRM a confirmé une encéphalocèle à travers un défaut osseux du sphénoïde, pouvant impliquer non seulement les méninges mais aussi la hernie de l’hypothalamus et du chiasma optique1). Lors du diagnostic du syndrome de la fleur du matin, il est recommandé de considérer la possibilité d’une encéphalocèle basale et de réaliser une IRM cérébrale complète dans tous les cas1).
Si une évaluation détaillée de la structure papillaire et maculaire (analyse couche par couche) à l’aide de l’OCT progresse, la précision de la prédiction du pronostic visuel pourrait s’améliorer. L’élucidation du mécanisme de survenue du décollement de la rétine (vérification de la théorie du LCR et de la théorie de la fuite vasculaire) est également une question importante. La collecte de données multicentriques sur les résultats de la vitrectomie devrait permettre de standardiser les critères d’indication chirurgicale et le choix du tamponnement. En ce qui concerne le contexte génétique (recherche des gènes responsables), de nombreux points restent inconnus et l’accumulation de recherches génomiques est attendue.
QUne IRM cérébrale est-elle toujours nécessaire dans le syndrome de la fleur du matin ?
A
Des complications d’encéphalocèle transsphénoïdale et d’anomalies intracrâniennes ont été rapportées, et une IRM cérébrale complète est recommandée dans tous les cas. L’encéphalocèle peut impliquer une hernie de l’hypothalamus et du chiasma optique, et un dépistage des anomalies endocriniennes (telles que l’aménorrhée) doit également être envisagé.