Aller au contenu
Ophtalmologie pédiatrique et strabisme

Syndrome d'Angelman

Le syndrome d’Angelman (Angelman syndrome ; AS) est un trouble neurodéveloppemental dû à une perte de fonction de la copie maternelle du gène UBE3A situé sur le chromosome 15q11-q13. Il est classé sous le code Q93.51 dans la CIM-10-CM.

Avec le syndrome de Prader-Willi, il est considéré comme un exemple classique de maladie liée à l’empreinte génomique. L’empreinte génomique est un phénomène par lequel une copie d’un gène est réprimée par méthylation, seule la copie non méthylée étant exprimée.

La prévalence estimée est de 1 personne sur 12 000 à 24 000. Il n’y a pas de différence entre les sexes et le diagnostic est généralement posé dans la petite enfance. La prévalence réelle pourrait être plus élevée en raison de cas non diagnostiqués ou non signalés.

Q Quel est le lien avec le syndrome de Prader-Willi ?
A

Les deux maladies sont causées par des anomalies de la région chromosomique 15q11-q13. Le syndrome d’Angelman est dû à une perte de fonction de l’UBE3A d’origine maternelle, tandis que le syndrome de Prader-Willi est causé par une perte de fonction des gènes d’origine paternelle. Bien qu’il s’agisse d’anomalies d’empreinte dans la même région chromosomique, les tableaux cliniques sont très différents.

La plupart des patients atteints du syndrome d’Angelman présentent une déficience intellectuelle sévère, ce qui rend difficile l’expression des symptômes subjectifs. Les principaux signes remarqués par les parents sont les suivants.

  • Déviation du regard (strabisme) : peut être présent dès la naissance ou se manifester pendant l’enfance. Il peut être intermittent ou constant.
  • Photophobie : peut être liée à une hypopigmentation.
  • Mauvais suivi du regard : reflète un retard de développement des fonctions visuelles.

Signes cliniques (observations du médecin lors de l’examen)

Section intitulée « Signes cliniques (observations du médecin lors de l’examen) »

Des signes ophtalmologiques sont présents chez 20 à 80 % des patients.

Signes fréquents

Strabisme : le signe ophtalmologique le plus fréquent chez les patients atteints du syndrome d’Angelman. Déviation horizontale prédominante.

Hypopigmentation de l’iris : l’implication du gène P sur le chromosome 15 est suspectée. Observé comme un iris bleu pâle.

Erreur de réfraction : myopie, hypermétropie et astigmatisme peuvent être observés. L’astigmatisme pourrait être plus fréquent.

Signes peu fréquents

Nystagmus : le plus souvent horizontal.

Taches de Brushfield : taches blanches à la surface de l’iris.

Atrophie optique : rarement rapportée.

Troubles de la motilité oculaire : incluant l’apraxie oculomotrice.

Le gène P est situé sur le chromosome 15 et est impliqué dans la production d’une protéine membranaire importante des mélanosomes. Par conséquent, les patients présentant une délétion 15q11-q13 peuvent présenter une hypopigmentation similaire à l’albinisme oculocutané.

Q À quel âge le strabisme apparaît-il généralement ?
A

Il peut être présent dès la naissance, mais peut aussi se développer plus tard dans l’enfance. Il peut être intermittent ou constant. Un suivi régulier par un ophtalmologiste est important.

La cause du syndrome d’Angelman est la perte de fonction de la copie maternelle du gène UBE3A. UBE3A code pour une enzyme E3 ubiquitine ligase, qui joue un rôle clé dans la dégradation des protéines et la plasticité synaptique.

La perte de fonction survient par quatre mécanismes.

MécanismeFréquence
Délétion maternelle (délétion de novo)Environ 70 %
Mutation du gène UBE3AEnviron 10 %
Disomie uniparentale paternelleEnviron 5%
Anomalie d’empreinteEnviron 5%

La délétion maternelle est la plus fréquente, représentant environ 70% des cas. Elle est due à une délétion de novo dans la région 15q11-q13 d’origine maternelle.

La disomie uniparentale paternelle (UPD) survient lorsque les deux copies du chromosome 15 sont héritées du père. La maladie se développe en raison de l’absence de l’UBE3A d’origine maternelle.

Dans l’anomalie d’empreinte, le motif de méthylation de l’ADN sur l’allèle maternel est perturbé, ce qui supprime l’expression de UBE3A.

Le diagnostic du syndrome d’Angelman repose sur les caractéristiques cliniques, les tests génétiques et l’imagerie cérébrale. Comme le tableau clinique peut chevaucher celui des troubles du spectre autistique, les tests génétiques sont indispensables pour un diagnostic précis.

Les caractéristiques centrales suivantes sont des indices diagnostiques.

  • Retard de développement/déficience intellectuelle : présent chez presque tous les patients.
  • Ataxie : démarche instable, tremblements des membres.
  • Crises d’épilepsie : crises tonico-cloniques généralisées, crises d’absence, crises myocloniques, etc.
  • Comportement caractéristique : rires fréquents, battements de mains (hand flapping).
  • Anomalies EEG : pointes-ondes lentes de haute amplitude à 2-3 Hz dans les régions frontales.
  • Analyse chromosomique par puce à ADN : détecte les délétions maternelles et les disomies uniparentales paternelles.
  • Méthode de ligature-dépendante par sonde multiplex spécifique de la méthylation (MS-MLPA) : permet de détecter les anomalies d’empreinte.
  • Séquençage du gène UBE3A : réalisé si les tests précédents sont négatifs ou non concluants.

L’IRM ou le scanner peuvent révéler des anomalies structurelles du cervelet et du cerveau. Cependant, les résultats d’imagerie sont souvent interprétés comme normaux.

Q À quel âge le diagnostic est-il généralement posé ?
A

Le diagnostic est généralement posé dans la petite enfance. Les retards de développement, l’épilepsie et les schémas comportementaux caractéristiques en sont souvent le déclencheur. Un test génétique permet de confirmer le diagnostic.

Il n’existe actuellement aucun traitement curatif du syndrome d’Angelman. La prise en charge repose principalement sur un traitement symptomatique multidisciplinaire et une intervention précoce pour les symptômes neurodéveloppementaux et comportementaux.

  • Correction de la réfraction : en cas d’erreur de réfraction, une prescription de lunettes est effectuée1).
  • Traitement du strabisme : Lorsque l’acuité visuelle s’est améliorée au niveau de la fixation et de la poursuite et que l’angle du strabisme est stable, une intervention chirurgicale est envisagée1). La chirurgie peut également être réalisée pour des raisons psychosociales.

Dans une revue de Chang (2020), les résultats de la chirurgie du strabisme chez les enfants atteints de déficience visuelle d’origine cérébrale ont montré que 56 % des cas ont été corrigés à un écart horizontal de 10 dioptries prismatiques (DP) ou moins, 28 % ont présenté une position oculaire de 11 à 24 DP, et 16 % ont eu un résultat médiocre avec 25 DP ou plus1). La chirurgie est recommandée chez les patients présentant une amélioration visuelle, une stabilité de la position oculaire et un bon contrôle des comorbidités neurologiques.

  • Traitement de l’épilepsie : Un contrôle des crises par des médicaments antiépileptiques est nécessaire. Le choix du médicament se fait en fonction du type de crise.
  • Kinésithérapie : Prise en charge de l’ataxie et des anomalies du tonus musculaire. Comprend l’entraînement à la marche.
  • Orthophonie : Vise à améliorer les capacités de communication. Des moyens de communication alternatifs peuvent également être introduits.
  • Thérapie comportementale : Pour l’hyperactivité, l’impulsivité, l’agressivité, l’anxiété et les troubles du sommeil, l’analyse comportementale appliquée (ABA) et la thérapie cognitivo-comportementale (TCC) sont utilisées.

Le gène UBE3A code pour une E3 ubiquitine ligase. Cette enzyme régule la dégradation des protéines via le système ubiquitine-protéasome et joue un rôle important dans le maintien de la plasticité synaptique.

Dans les neurones cérébraux, l’UBE3A d’origine paternelle est réprimée par empreinte génomique. Ainsi, la perte de fonction de la copie maternelle entraîne une absence complète de la protéine UBE3A dans les neurones.

Les pathologies causées par la perte de fonction de UBE3A sont les suivantes.

  • Altération de la plasticité synaptique : la transmission du signal entre les neurones devient anormale. Le contrôle du renforcement et de l’affaiblissement des synapses, qui sous-tend l’apprentissage et la mémoire, est perturbé.
  • Dérèglement de l’homéostasie protéique : la dégradation des protéines inutiles est entravée, ce qui affecte négativement les fonctions cellulaires.
  • Anomalie de la formation des circuits neuronaux : la construction des circuits neuronaux pendant le développement est altérée, constituant la base de l’ataxie, de la déficience intellectuelle et de l’épilepsie.

La physiopathologie des complications ophtalmiques n’est pas entièrement élucidée. Pour le strabisme, on suppose une anomalie du développement du système visuel et une atteinte des circuits neuronaux contrôlant les mouvements oculaires. L’hypopigmentation s’explique par une diminution de la production de mélanine due à la perte d’un allèle du gène P (gène OCA2) situé dans la délétion 15q11-q13.


7. Recherches récentes et perspectives futures (rapports de stade de recherche)

Section intitulée « 7. Recherches récentes et perspectives futures (rapports de stade de recherche) »

La recherche sur la thérapie génique visant à délivrer une copie fonctionnelle du gène UBE3A aux neurones affectés progresse. Une approche utilisant un vecteur viral adéno-associé (AAV) est étudiée dans des modèles animaux.

L’UBE3A paternel est normalement réprimé dans le cerveau par la transcription d’ARN antisens. La thérapie ASO vise à dégrader cet ARN antisens et à restaurer l’expression de l’UBE3A paternel. Des essais cliniques sont en cours.

Des recherches sont menées pour trouver des médicaments qui améliorent la plasticité synaptique ou modulent les cibles en aval de la voie de signalisation UBE3A.


  1. Chang MY, Borchert MS. Advances in the evaluation and management of cortical/cerebral visual impairment in children. Surv Ophthalmol. 2020;65:708-724.
  2. Maranga C, Fernandes TG, Bekman E, da Rocha ST. Angelman syndrome: a journey through the brain. FEBS J. 2020;287(11):2154-2175. PMID: 32087041.
  3. Margolis SS, Sell GL, Zbinden MA, Bird LM. Angelman Syndrome. Neurotherapeutics. 2015;12(3):641-50. PMID: 26040994.

Copiez le texte de l'article et collez-le dans l'assistant IA de votre choix.