Le gangliogliome (GG) est une tumeur mixte contenant à la fois des cellules neuronales dysplasiques et des cellules gliales. La majorité des cas sont des tumeurs de bas grade (Grade 1-2 selon la classification de l’OMS).
Il représente 0,4 à 1,7 % de toutes les tumeurs du système nerveux central, avec une incidence annuelle d’environ 0,06 à 0,02 cas par million d’habitants pour la forme générale, ce qui en fait une tumeur très rare. 1, 2) Environ 19 % des GG chez l’adulte surviennent dans la fosse postérieure. 3)
Les signes neuro-ophtalmologiques peuvent survenir lorsque la tumeur comprime ou infiltre directement les structures impliquées dans les voies visuelles ou les mouvements oculaires, ou par le biais d’une hypertension intracrânienne. Comprendre la corrélation entre le site de la tumeur et les symptômes oculaires est essentiel pour le diagnostic.
QÀ quel âge le gangliogliome est-il le plus fréquent ?
A
Il est plus fréquent chez les enfants et les jeunes adultes, mais des cas chez l’adulte et la personne âgée ont également été rapportés. Des GG du cervelet ont été décrits chez des patients de 75 ans 2) et 76 ans 3), sans limite d’âge supérieure. La tumeur peut croître très lentement ; un cas de GG découvert dans l’enfance est resté asymptomatique pendant environ 60 ans. 3)
Les symptômes neuro-ophtalmologiques subjectifs du gangliogliome varient selon la localisation.
Baisse de l’acuité visuelle et troubles du champ visuel : surviennent lorsque la région suprasellaire est atteinte, affectant le nerf optique, le chiasma ou le tractus optique.
Les signes ophtalmologiques varient selon la localisation.
Lésion suprasellaire
Infiltration du nerf optique : baisse de l’acuité visuelle et rétrécissement concentrique du champ visuel. Cinq cas d’infiltration directe ont été rapportés. 7)
Infiltration du chiasma optique : hémianopsie bitemporale. Confirmée dans 9 cas sur 19 dans une revue de GG suprasellaires. 7)
Infiltration du tractus optique : hémianopsie homonyme. Un cas rapporté dans la littérature. 7)
Lésion de la région pinéale
Syndrome de Parinaud : paralysie du regard vers le haut, trouble de la convergence, dissociation pupillaire. Causé par la compression dorsale du mésencéphale par une tumeur de la région pinéale.
Œdème papillaire bilatéral : principalement dû à une hypertension intracrânienne par hydrocéphalie obstructive. Peut s’accompagner de convulsions. 4)
Lésion de la fosse postérieure
Œdème papillaire : œdème papillaire bilatéral associé à une hydrocéphalie obstructive.
Paralysie du nerf abducens : survient comme signe de pseudo-localisation en raison de l’hypertension intracrânienne. La diplopie est la plainte principale.
Li et al. ont examiné 19 cas de GG suprasellaire rapportés dans la littérature et ont signalé des troubles visuels dans 15/19 cas (79 %). 7) La répartition était de 5 cas d’infiltration du nerf optique, 9 cas d’infiltration du chiasma optique et 1 cas d’infiltration du tractus optique, montrant que l’atteinte directe des voies visuelles par la tumeur est la principale cause des troubles de l’acuité visuelle et du champ visuel.
QQu'est-ce que le syndrome de Parinaud ?
A
Le syndrome de Parinaud est causé par la compression ou la lésion de la partie dorsale du mésencéphale (colliculus supérieur) et se manifeste par une triade : paralysie du regard vers le haut, trouble de la convergence et dissociation pupillaire à la lumière. Il s’agit d’un signe ophtalmologique caractéristique des tumeurs de la région pinéale, et dans les tumeurs pinéales, y compris le gangliogliome, il coexiste souvent avec une hydrocéphalie obstructive. 4)
Les facteurs de risque environnementaux établis pour le gangliogliome ne sont pas clairs. Des mutations génétiques ont été impliquées dans la formation de la tumeur.
Mutation BRAF V600E : une mutation driver fréquemment observée dans les gliomes de bas grade.
Délétion CDKN2A/B : rapportée comme une altération génétique supplémentaire lors de la transformation anaplasique. 5)
Mutation H3F3A K27M, mutation NF1 : altérations moléculaires rapportées dans les GG médullaires, associées à une évolution anaplasique. 8)
Le taux de transformation anaplasique varie selon les études, de 0,6 à 14,5 %. 1) Les GG anaplasiques présentent un risque élevé de récidive et de métastase.
T1 pondéré : nodule mural avec kyste est l’image typique. La prise de contraste est variable.
T2 pondéré : la composante kystique apparaît en hypersignal.
Calcifications : observées dans 6 à 30 % des cas au scanner sans injection. 6)
GG suprasellaire : L’IRM des voies optiques est utile pour évaluer l’infiltration du chiasma, car elle provient du plancher du troisième ventricule. 7)
Le diagnostic définitif repose sur l’examen histologique. La recherche de la mutation BRAF V600E est désormais indispensable car elle influence directement le choix thérapeutique. 5)
La résection macroscopiquement totale (GTR) est le traitement de première intention.
Après une GTR d’un GG de bas grade, un bon pronostic est attendu. Des études rapportent un taux de survie à 5 ans supérieur à 90 %. 6)
Dans les GG anaplasiques, la survie médiane après GTR est de 44 mois, supérieure à la survie médiane globale des résections incomplètes (24,7 mois). 1)
Dans les GG suprasellaires, une résection complète peut être difficile en raison de la protection des voies optiques.
En cas de GG anaplasique ou de tumeur résiduelle, une radiothérapie postopératoire est réalisée.
Un cas de GG anaplasique temporal traité par résection subtotale + radiothérapie 60 Gy + témozolomide 120 mg/jour a atteint une survie de 24 mois. 1)
Un rapport fait état d’un GG anaplasique cérébelleux traité par GTR + radiothérapie modulée en intensité (IMRT) 40 Gy/15 fractions sans récidive à 6 mois. 2)
La durée de survie du GG anaplasique est présentée ci-dessous.
Condition
Survie médiane ou taux de survie
GG anaplasique global
24,7 à 29 mois1, 8)
Après GTR (GG anaplasique)
44 mois1)
Survie à 2 ans (GG anaplasique)
Environ 40%2)
Taux de survie à 2 ans (GG de type général)
Environ 90%2)
QQuel est le pronostic du gangliogliome anaplasique ?
A
La survie médiane des GG anaplasiques est de 24,7 à 29 mois. 1, 8) Selon certains rapports, elle s’étend à 44 mois si une résection macroscopique totale est réalisée. 1) Alors que le taux de survie à 2 ans des GG de bas grade est d’environ 90 %, celui des GG anaplasiques est d’environ 40 %, ce qui montre une différence pronostique significative. 2)
6. Physiopathologie et mécanismes détaillés de la maladie
Le gangliogliome est une tumeur composée de cellules neuronales différenciées et de cellules gliales, dont l’impact neuro-ophtalmologique est dû aux mécanismes suivants.
Infiltration directe : dans les GG suprasellaires, l’infiltration directe du nerf optique, du chiasma et du tractus optique entraîne des troubles des voies visuelles. 7)La zone d’infiltration s’étend à mesure que la tumeur grossit.
Effet de compression : dans la fosse postérieure et la région pinéale, l’obstruction du quatrième ventricule et de l’aqueduc cérébral provoque une hydrocéphalie obstructive, entraînant un œdème papillaire dû à l’hypertension intracrânienne et une paralysie du nerf abducens (pseudo-localisation).
Compression dorsale du mésencéphale : une tumeur de la région pinéale comprimant le colliculus supérieur et la commissure postérieure entraîne un syndrome de Parinaud.
Au niveau moléculaire, la mutation BRAF V600E active de manière constitutive la voie RAF-MEK-ERK, favorisant la prolifération des cellules tumorales. Les GG de bas grade qui ne présentent que cette mutation ont souvent une évolution lente. Il a été montré que la transformation anaplasique implique des mutations supplémentaires telles que la délétion de CDKN2A/B 5), ce qui attire l’attention en tant que mécanisme de malignisation.
Vizcaino et al. ont analysé 3 cas de transformation anaplasique de la mutation BRAF V600E GG du point de vue pathologique, moléculaire et épigénétique, et ont montré que l’acquisition de la délétion CDKN2A/B est importante pour la transformation. 5)
7. Recherches récentes et perspectives futures (rapports de stade de recherche)
Un traitement ciblé moléculaire visant la mutation BRAF V600E est appliqué au GG anaplasique.
Vizcaino et al. ont rapporté avoir administré une thérapie combinée de dabrafénib (inhibiteur de BRAF) et de tramétinib (inhibiteur de MEK) à 3 cas de GG anaplasique transformé avec mutation BRAF V600E, obtenant une stabilisation de la maladie pendant 17 à 31 mois. 5)
Le vémurafénib (un autre inhibiteur de BRAF) a également été mentionné pour une application au GG anaplasique. 2) Ces agents ciblés moléculaires font l’objet de recherches en tant que nouvelles options thérapeutiques pour les cas non résécables ou récurrents.
QLes inhibiteurs de BRAF peuvent-ils être utilisés en standard pour le gangliogliome ?
A
Actuellement au stade de la recherche et non un traitement standard. La combinaison de dabrafénib et de tramétinib a été rapportée pour obtenir une stabilisation de la maladie pendant 17 à 31 mois dans 3 cas de GG transformé anaplasique 5), mais une validation par des essais cliniques à grande échelle est nécessaire. La confirmation de la mutation BRAF V600E est un prérequis.
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Vizcaino MA, Giannini C, Lalich D, et al. Ganglioglioma with anaplastic/high-grade transformation: Histopathologic, molecular, and epigenetic characterization of 3 cases. J Neuropathol Exp Neurol. 2024;83:416-424.
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Dang H, Khan AB, Gadgil N, et al. Primary spinal intramedullary anaplastic ganglioglioma in a pediatric patient. Surg Neurol Int. 2023;14:55.
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