L’atrophie multisystématisée (AMS) est une maladie neurodégénérative progressive du système nerveux central caractérisée par un parkinsonisme, une ataxie et une dysfonction autonome.
Auparavant, elle était classée séparément en atrophie olivopontocérébelleuse (prédominance cérébelleuse), dégénérescence striatonigrique (prédominance parkinsonienne) et syndrome de Shy-Drager (prédominance autonome). Actuellement, ces entités sont regroupées en deux types : le type cérébelleux (AMS-C) et le type parkinsonien (AMS-P).
L’incidence aux États-Unis est rapportée entre 0,6 et 3,0 pour 100 000 personnes. Le ratio hommes-femmes est approximativement égal (certaines études rapportent 1,3:1), l’âge de début se situe souvent au début de la cinquantaine avec un pic entre 55 et 60 ans. L’espérance de vie après le diagnostic est de 6 à 10 ans.
Dans l’AMS, des signes ophtalmologiques apparaissent à la fois dans la voie afférente (pupille) et efférente (mouvements oculaires). Le diagnostic est souvent difficile, et une étude rétrospective a montré qu’il faut en moyenne 9,08 ans entre l’apparition des symptômes et le diagnostic d’AMS, et 2,89 ans après une stimulation cérébrale profonde (SCP) avant que l’AMS ne soit diagnostiquée. 4)
QY a-t-il une différence dans les symptômes oculaires entre l'AMS-C et l'AMS-P ?
A
Dans l’AMS-C, le nystagmus, les troubles du réflexe vestibulo-oculaire et les anomalies des saccades dus à la dégénérescence cérébelleuse sont prédominants. Dans l’AMS-P, le blépharospasme et les anomalies pupillaires d’origine parkinsonienne sont plus fréquents. Cependant, les signes se chevauchent entre les deux types, il n’est donc pas possible de juger des symptômes oculaires uniquement sur la base du type.
Les signes les plus fréquents de l’AMS sont le parkinsonisme (87 %) et l’ataxie cérébelleuse (54 %). Les anomalies des mouvements oculaires ont été rapportées avec les fréquences suivantes dans une étude portant sur 30 cas.
Principaux signes de l'AMS-C
Mouvements oculaires en forme d’onde carrée (SWJ) : Un excès de SWJ a été observé chez 21/30 cas (70%).
Nystagmus directionnel du regard : Observé chez 12/30 cas (40%).
Nystagmus positionnel vers le bas : Observé chez 10/30 cas (33%).
Trouble du réflexe vestibulo-oculaire (RVO) : En raison de la dégénérescence cérébelleuse, le changement de regard disparaît lors du test d’impulsion de la tête.
Signes principaux de l'AMS-P
Hypométrie des saccades : observée chez 22/30 patients (73%).
Troubles de la poursuite oculaire : atteinte horizontale fréquente, verticale rare.
Blepharospasme : survient en lien avec le parkinsonisme.
Anomalie pupillaire : environ 1/4 des patients présentent une anomalie à la pupillométrie infrarouge. C’est l’un des premiers symptômes oculaires. Habituellement bilatéral et symétrique.
Des cas de saccades intrusives, de macro-saccades oscillatoires intermittentes et d’opsoclonus ont également été rapportés à la VNG (vidéonystagmographie). 1) L’évaluation quantitative des mouvements oculaires utilise l’EOG (électro-oculographie) pour enregistrer des paramètres tels que les saccades visuellement guidées (latence, amplitude), la poursuite (gain), le VOR (gain) et la fixation (forme du nystagmus, latence des SWJ). Finalement, la plupart des patients évoluent vers une fixation oculaire.
QPourquoi l'oscillopsie (vision oscillante) se produit-elle ?
A
En raison de la dégénérescence cérébelleuse, le réflexe vestibulo-oculaire est altéré, ce qui empêche une compensation adéquate des mouvements de la tête, donnant l’impression que le paysage oscille. Parmi les anomalies des mouvements oculaires, l’oscillopsie est une plainte qui affecte directement la vie quotidienne des patients.
Sites de perte neuronale : globus pallidus externe, noyau caudé, putamen, substance noire, noyau olivaire inférieur, noyau pontique, cellules de Purkinje du cervelet, noyau intermédiolatéral de la moelle épinière.
Pathologie macroscopique : dégénérescence du cortex cérébral frontal, atrophie du cervelet et du mésencéphale.
Aucune mutation du gène de l’α-synucléine n’a été identifiée.
L’accumulation d’α-synucléine dans le système nerveux entérique pourrait contribuer aux troubles gastro-intestinaux de l’AMS (constipation réfractaire, etc.).5)
Une diminution de l’activité de l’acétylcholinestérase dans le striatum a été rapportée dans l’AMS-P (Gilman et al. 2010).5)
Les critères diagnostiques consensuels de l’AMS comprennent quatre domaines de symptômes : ① dysfonctionnement autonome et urinaire, ② parkinsonisme, ③ ataxie cérébelleuse, ④ dysfonctionnement corticospinal.
Selon le degré de certitude, ils sont classés en trois niveaux suivants.
Degré de certitude
Points clés des critères
Possible
Au moins 1 signe d’insuffisance autonome + 1 autre critère
Probable
Insuffisance autonome + parkinsonisme ou ataxie cérébelleuse + mauvaise réponse à la lévodopa
Défini (definite)
Confirmation pathologique post-mortem nécessaire
Définition de l’insuffisance autonome dans l’AMS probable : incontinence urinaire (avec dysfonction érectile chez l’homme) ou chute de la pression artérielle dans les 3 minutes suivant le lever (chute systolique ≥30 mmHg ou diastolique ≥15 mmHg). Les critères diagnostiques MDS 2022 pour l’AMS (Wenning et al. 2022) introduisent le concept d’« AMS cliniquement établie ». 2)
IRM : atrophie disproportionnée du cervelet, du pont et des noyaux gris centraux. Le signe de la croix chaude (signe de la croix) est un signe spécifique du pont, mais il est souvent difficile à détecter à un stade précoce. 5)
TEP-TDM : hypométabolisme des deux hémisphères cérébelleux (une réduction de 31% du côté gauche a été rapportée), diminution du volume du tronc cérébral et du cervelet, détectable même chez les patients avec IRM initiale normale. 1)
Examens ophtalmologiques et signes de drapeau rouge
Les critères ophtalmologiques de « drapeau rouge » évocateurs d’AMS comprennent : SWJ excessif, hyposaccadique modéré, trouble du VOR, nystagmus. La VNG (vidéonystagmographie) est utile pour détecter précocement les anomalies des mouvements oculaires dans l’AMS. 1) Des cas de patients atteints d’AMS-P présentant des anomalies des mouvements oculaires avant les signes IRM ont été rapportés. 1)
L’évaluation quantitative des mouvements oculaires par EOG enregistre les saccades visuellement guidées (latence, amplitude), la poursuite (gain), le VOR (gain) et la fixation (forme du nystagmus, latence des SWJ).
Maladie de Parkinson (MP) : les troubles des mouvements oculaires sont souvent légers. Dans l’AMS, un excès de SWJ, une hyposaccadie, un trouble du VOR et un nystagmus sont des signaux d’alarme.
Paralysie supranucléaire progressive (PSP) : une paralysie du regard vertical (débutant par un trouble du regard vers le bas, puis s’étendant vers le haut et l’horizontal) fait suspecter une PSP en priorité. Le VOR est initialement préservé.
Démence à corps de Lewy : la démence est souvent au premier plan.
QQuelle est la plus grande différence entre les signes oculaires de la MSA et de la maladie de Parkinson ?
A
Dans l’AMS, un SWJ excessif, une hyposaccadie modérée, une altération du VOR et un nystagmus sont des signaux d’alarme pour le diagnostic différentiel. En cas de paralysie du regard vertical, il faut d’abord envisager une PSP. Dans la MP, les troubles oculomoteurs sont souvent légers. L’évaluation quantitative par VNG ou EOG aide au diagnostic différentiel.
Traitement par lévodopa : essayé, mais seulement environ 1/3 des patients y répondent.
Cas de MSA-P : l’augmentation de la dose de lévodopa/bensérazide de 100/25 mg trois fois par jour à 200/50 mg trois fois par jour peut n’entraîner qu’une amélioration partielle transitoire. 5)
Cas de MSA-P : un cas a été rapporté avec une dose de lévodopa/bensérazide 200/50 mg quatre fois par jour. 2)
La DBS n’est pas recommandée chez les patients atteints d’AMS. Dans une étude rétrospective portant sur 12 patients, une amélioration temporaire a été observée chez 9 patients, mais une aggravation générale est survenue chez 7 patients. Des effets indésirables tels que troubles cognitifs, difficultés à la marche, dysautonomie et dystonie sont apparus, nécessitant l’arrêt de la DBS chez 4 patients. 4)
QQuels sont les traitements pour le blépharospasme dans l'AMS ?
A
Les injections de toxine botulique sont efficaces. En cas de sécheresse oculaire associée, des larmes artificielles et une hygiène des paupières sont également recommandées. Le blépharospasme peut survenir au cours de l’évolution de l’AMS et a un impact significatif sur la vie quotidienne, il est donc conseillé de consulter rapidement un ophtalmologiste.
6. Physiopathologie et mécanisme détaillé de la maladie
L’α-synucléine mal repliée s’accumule dans les oligodendrocytes pour former des GCI (inclusions cytoplasmiques gliales), altérant la fonction des cellules gliales et conduisant à la mort neuronale. Les principales zones de perte neuronale et de gliose sont le globus pallidus externe, le noyau caudé, le putamen, la substance noire, le noyau olivaire inférieur, le noyau pontique, les cellules de Purkinje du cervelet et la colonne intermédiolatérale de la moelle épinière (ICC).
Anomalie des saccades : Les neurones omnipause (ON) sont lésés, ou la voie inhibitrice passant par le cortex cérébral et les ganglions de la base est altérée, ce qui désinhibe les neurones burst. Le cervelet ne peut plus inhiber et optimiser efficacement les fonctions oculomotrices du tronc cérébral, entraînant des oscillations saccadiques. 1)
Contrôle oculomoteur cérébelleux : Le vestibulocervelet (flocculus, paraflocculus, vermis) et les régions adjacentes (vermis dorsal, noyau fastigial) optimisent les paramètres des saccades, de la poursuite et du réflexe vestibulo-oculaire. Les lésions de ces voies provoquent les diverses anomalies oculomotrices de l’AMS.
Circuits nerveux du regard vers le haut et vers le bas : Le riMLF (noyau interstitiel rostral du faisceau longitudinal médial) génère les saccades verticales et torsionnelles, et le noyau interstitiel de Cajal (iC) maintient la position du regard en vertical.
Matsuoka et al. (2022) ont rapporté la première étude TEP first-in-human au monde visualisant in vivo les lésions d’α-synucléine chez des patients atteints d’AMS à l’aide de 18F-SPAL-T-06. 3) La TEP a été réalisée chez 2 patients AMS-P, 1 patient AMS-C et 1 témoin sain (72 ans). Chez les patients AMS-P, une accumulation accrue de SPAL-T-06 a été observée dans le putamen ; chez le patient AMS-C, une accumulation accrue a également été observée dans le pont, la substance blanche cérébelleuse et les pédoncules cérébelleux. Aucune accumulation significative n’a été observée dans les régions correspondantes chez le témoin sain. La constante de dissociation du traceur était Kd = 2,49 nM (haute affinité), et le déplacement par les inhibiteurs de MAO-A/B était minime (impact hors cible minimal). Une topologie concordant avec le schéma de distribution des GCI a été confirmée.
Cette étude est une recherche fondamentale qui vise également des applications futures dans la maladie de Parkinson et la démence à corps de Lewy. Elle devrait contribuer au diagnostic et à la compréhension de la pathologie à l’avenir.
Analyse systématique de l’opsoclonus induit par les médicaments
Cannilla et al. (2024) ont rapporté une revue systématique de l’opsoclonus induit par médicaments et toxines portant sur 30 articles et 158 cas, et ont décrit le premier cas d’opsoclonus induit par l’amantadine chez un patient atteint d’AMS (score de Naranjo 7). 2)
Problèmes liés à la mauvaise application de la DBS
Dans l’étude rétrospective de Badihian et al. (2022), 12 des 1 496 patients atteints d’AMS ont reçu une DBS, et 9 avaient un diagnostic de MP au moment de la chirurgie. 4) Des drapeaux rouges de parkinsonisme atypique étaient présents chez tous les patients avant l’opération, soulignant l’importance des tests de fonction autonome préopératoires. Le fait que l’AMS soit parfois diagnostiquée à tort comme une MP et que la DBS soit réalisée dans ces cas constitue un problème.
QLa TEP à l'α-synucléine est-elle déjà utilisée en pratique clinique ?
A
L’étude first-in-human a été rapportée en 2022, et elle en est encore au stade de la recherche. Son application à la maladie de Parkinson et à la démence à corps de Lewy est également envisagée à l’avenir. Elle ne peut pas être utilisée en pratique clinique courante.
Wei Y, Chen J, Lu C, et al. Multiple system atrophy with oculomotor abnormalities as a prominent manifestation: A case series. Medicine. 2023;102(25):e34008.
Cannilla H, Messe M, Girardin F, et al. Drug- and Toxin-Induced Opsoclonus – a Systematized Review, including a Case Report on Amantadine-Induced Opsoclonus in Multiple System Atrophy. Tremor Other Hyperkinet Mov. 2024;14(1):23, 1-18.
Matsuoka K, Ono M, Takado Y, et al. High-Contrast Imaging of α-Synuclein Pathologies in Living Patients with Multiple System Atrophy. Mov Disord. 2022;37(10):2159-2161.
Badihian N, Jackson LM, Klassen BT, et al. The Effects of Deep Brain Stimulation in Patients with Multiple System Atrophy. J Parkinsons Dis. 2022;12(8):2595-2600.
Wang M, Wang Y, Yang Y, et al. A case report and literature review of possible multiple system atrophy–parkinsonian type with cholinergic deficiency. CNS Neurosci Ther. 2023;29:2384-2387.
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