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Tumeurs et pathologie

Méningiome de la gaine du nerf optique

1. Qu’est-ce que le méningiome de la gaine du nerf optique ?

Section intitulée « 1. Qu’est-ce que le méningiome de la gaine du nerf optique ? »

Le méningiome de la gaine du nerf optique (optic nerve sheath meningioma, ONSM) est une tumeur provenant des méninges qui forment la gaine du nerf optique. Il est relativement rare parmi les tumeurs orbitaires, représentant environ 1 à 2 % de tous les méningiomes, environ 10 % des tumeurs orbitaires et environ 33 % des tumeurs du nerf optique. Il survient le plus souvent chez l’adulte, en particulier chez la femme d’âge moyen.

Il existe deux principaux modes de développement : le type primitif intra-orbitaire, qui naît directement de la gaine du nerf optique dans l’orbite, et le type à extension intracrânienne, où un méningiome intracrânien s’étend dans l’orbite via le canal optique. La distinction entre ces deux types est importante pour déterminer la stratégie de prise en charge.

Il existe plusieurs types histologiques de tumeur, qui se répartissent en trois grandes catégories.

  • Type méningothélial : le plus fréquent. Caractérisé par des tourbillons cellulaires.
  • Type fibroblastique : prolifération de cellules fusiformes.
  • Type transitionnel : aspects intermédiaires entre les deux types précédents.

Environ 20 % de l’ensemble présentent des caractéristiques malignes (atypies cellulaires, augmentation des mitoses, nécrose, etc.). Selon la classification OMS, la plupart sont de grade I (bénin), mais il existe également des grades II (atypique) et III (malin).

Q Le méningiome de la gaine du nerf optique est-il malin ?
A

La plupart sont bénins (WHO Grade I), mais environ 20 % présentent des caractéristiques malignes selon certaines études. Rarement, ils montrent des signes invasifs ou malins, avec un taux de récidive plus élevé. Chez l’enfant, le risque de malignité et d’extension intracrânienne est plus élevé que chez l’adulte.

IRM avec contraste montrant le signe du tram-track dans un méningiome de la gaine du nerf optique (coupe axiale)
IRM avec contraste montrant le signe du tram-track dans un méningiome de la gaine du nerf optique (coupe axiale)
Badr MA, et al. Bilateral Optic Nerve Sheath Meningioma with Intracanalicular and Intracranial Component in a 25-year-old Saudi Patient. Middle East Afr J Ophthalmol. 2008;15(3):138-141. Figure 2. PMCID: PMC3040919. License: CC BY.
IRM axiale T1 avec contraste montrant une prise de contraste linéaire le long de la gaine du nerf optique gauche (flèche noire) de part et d’autre du nerf, formant le signe du tram-track (panneau A) ; les panneaux B à E sont des coupes coronales et sagittales montrant une extension intracrânienne. Ce signe correspond à celui décrit dans la section « 2. Principaux symptômes et signes cliniques ».

Le symptôme le plus caractéristique est une baisse progressive de l’acuité visuelle unilatérale, évoluant sur plusieurs mois à plusieurs années. La douleur est généralement absente.

  • Baisse de l’acuité visuelle : plainte la plus fréquente. Progression sur plusieurs années, l’acuité visuelle initiale est variable.
  • Troubles du champ visuel : divers motifs incluant une diminution de la sensibilité centrale, un déficit concentrique, un scotome paracentral, etc.
  • Exophtalmie : une légère protrusion oculaire peut survenir avec la croissance tumorale.
  • Troubles de la motilité oculaire : une limitation légère des mouvements oculaires peut apparaître en cas de tumeur volumineuse.

Avec la croissance tumorale, les signes du fond d’œil évoluent comme suit.

  • Stade précoce : œdème de la papille optique (reflétant une perturbation du flux sanguin due à la tumeur).
  • Après une longue évolution : l’œdème papillaire diminue et laisse place à une atrophie optique (pâleur papillaire).

Vaisseaux de shunt optociliaires : vaisseaux collatéraux péri-papillaires, formés en compensation de la compression chronique de la veine centrale de la rétine par la tumeur. C’est un signe caractéristique du fond d’œil dans le méningiome de la gaine du nerf optique.

  • Traverse le bord de la papille et présente un diamètre large
  • L’angiographie à la fluorescéine (FAG) ne montre pas de fuite de colorant
  • Observé dans environ 20 à 60 % des cas

Un défaut pupillaire afférent relatif (RAPD) est souvent positif. Une diminution de la vision des couleurs peut également être présente.

L’imagerie est la plus importante pour confirmer l’ONSM, et les schémas suivants sont connus.

Principaux schémas d’imagerie TDM/IRM avec contraste :

SchémaCaractéristiques
Type tubulaire (signe du tram-track)Élargissement cylindrique sur toute la longueur du nerf optique, rehaussement en double ligne
Type globulaireEntoure le nerf optique de manière globulaire, comme une pomme embrochée sur une flèche
Type excentriqueDéviation et croissance en forme de masse d’un côté du nerf optique

Une partie de la tumeur peut contenir des calcifications (la tomodensitométrie est supérieure pour la détection). En IRM avec contraste, la tumeur montre un rehaussement homogène et intense.

Q Qu'est-ce que le signe du tram-track ?
A

Le signe du tram-track est une caractéristique d’imagerie typique où, sur les coupes axiales de tomodensitométrie ou d’IRM avec contraste, la tumeur apparaît comme deux bandes linéaires (ressemblant à des rails de tramway) des deux côtés du nerf optique. Cela se produit parce que la tumeur se développe autour du nerf optique tandis que le nerf lui-même est préservé à l’intérieur. Ce signe a une haute spécificité pour l’ONSM et permet un diagnostic d’imagerie sans biopsie dans les cas typiques.

L’ONSM est une maladie relativement rare parmi les tumeurs orbitaires.

  • Représente environ 1 à 2 % de tous les méningiomes
  • Observé dans environ 10 % des tumeurs orbitaires et environ 33 % des tumeurs du nerf optique
  • Âge de prédilection : 40 à 60 ans (âge moyen)
  • Plus fréquent chez les femmes (rapport femme/homme d’environ 3:1 selon certaines études)

Association avec la neurofibromatose de type 2 (NF2) : La NF2 est une maladie génétique associée à l’ONSM. Le gène NF2 est situé sur le bras long du chromosome 22 (22q12) et code pour la protéine merlin. On pense que la perte de fonction de merlin contribue au développement tumoral. Chez les enfants atteints d’ONSM, le taux d’association avec la NF2 est élevé, et il faut être attentif au risque de méningiomes bilatéraux et multiples.

De plus, l’exposition aux rayonnements ionisants a été rapportée comme un facteur de risque général pour les méningiomes.

IRM avec contraste (première intention) : L’IRM orbitaire combinant un produit de contraste au gadolinium et une technique de suppression de la graisse est la plus utile.

  • T1 pondéré : signal légèrement inférieur à celui des muscles extra-oculaires
  • T2 pondéré : signal à peu près équivalent à celui de la graisse (point de différenciation avec le gliome du nerf optique)
  • Après contraste : rehaussement homogène et intense
  • Signe du tram-track, signe du doughnut (en coupe coronale, la tumeur entoure le nerf optique en anneau)
  • Indispensable également pour évaluer l’extension intracrânienne

Scanner : Le scanner est supérieur pour détecter les calcifications. Le signe du tram-track peut également être observé au scanner. En cas d’extension au canal optique, on note un élargissement du canal.

Examen du fond d’œil, champ visuel, OCT : Utilisés pour évaluer la morphologie de la papille optique, les vaisseaux shunt optociliaires et l’épaisseur de la couche des fibres nerveuses rétiniennes (RNFL). Le champ visuel permet de déterminer le schéma d’atteinte.

Il est important de différencier les maladies suivantes :

MaladiePoints clés du diagnostic différentiel
Gliome du nerf optiqueFréquent chez l’enfant et associé à la NF1. Caractérisé par un hypersignal T2, un élargissement homogène et un tortillement du nerf optique (downward kinking). Rehaussement léger à variable.
Névrite optiqueBaisse d’acuité visuelle aiguë ou subaiguë. Douleur (à la mobilisation du globe). Rehaussement du nerf optique à l’IRM avec contraste.
Pseudotumeur orbitaire (inflammation orbitaire liée aux IgG4, etc.)Réponse aux stéroïdes. Dans les maladies liées aux IgG4, une inflammation des glandes lacrymales et des tissus mous orbitaires est souvent associée.
Périnévrite optiqueÉvolution aiguë ou subaiguë. Épaississement inflammatoire de la gaine du nerf optique.
LymphomeEnvisager également une infiltration orbitaire d’un lymphome systémique. Diagnostic confirmé par examen histologique.

En cas de suspicion de NF2, effectuer un bilan complet pour les schwannomes vestibulaires bilatéraux et les méningiomes multiples.

Principe de la biopsie : En présence de signes d’imagerie typiques (comme le signe du tram-track), la biopsie n’est généralement pas nécessaire. Le nerf optique et le méningiome de la gaine du nerf optique partagent la vascularisation de la pie-mère ; toute intervention chirurgicale, y compris la biopsie, comporte un risque élevé de lésion du nerf optique. Si une vision utile est conservée, une intervention chirurgicale doit être évitée. 6)

Q Quelle est la différence avec le gliome du nerf optique ?
A

Le gliome du nerf optique survient principalement chez l’enfant et est souvent associé à la NF1 (neurofibromatose de type 1), tandis que le méningiome de la gaine du nerf optique touche préférentiellement les femmes d’âge moyen et est lié à la NF2. En imagerie, le gliome se présente comme un élargissement uniforme du nerf optique avec un aspect tortueux (downward kinking) et un hypersignal en T2. En revanche, le méningiome de la gaine du nerf optique montre un rehaussement de la gaine (périphérie) avec un signe du tram-track, et l’axone du nerf optique est préservé à l’intérieur, ce qui constitue un point de différenciation majeur.

La stratégie thérapeutique du méningiome de la gaine du nerf optique est déterminée en fonction de l’état de la fonction visuelle et du degré de progression tumorale.

En cas de baisse visuelle lente ou minime, une surveillance attentive par des examens réguliers peut être choisie.

  • Imagerie (IRM/TDM) : tous les 6 mois à 1 an
  • Mesures régulières de l’acuité visuelle, du champ visuel et de l’OCT
  • Ne pas précipiter l’intervention en l’absence de signes nets d’aggravation
  • Chez les patients avec une bonne acuité visuelle initiale et stable, une observation à long terme est possible

Radiothérapie stéréotaxique (première intention en cas de progression de la baisse visuelle)

Section intitulée « Radiothérapie stéréotaxique (première intention en cas de progression de la baisse visuelle) »

En cas de progression de la baisse visuelle ou d’extension intracrânienne de la tumeur, la radiothérapie stéréotaxique est le traitement de première intention. Elle permet de préserver la fonction visuelle et de contrôler la croissance tumorale. 2)3)

Radiothérapie stéréotaxique fractionnée (fSRT)

Radiothérapie stéréotaxique fractionnée : avantage de réduire les dommages au nerf optique.

Dose : 50 à 54 Gy en 25 à 30 fractions est standard. Les taux de stabilisation/amélioration du champ visuel rapportés sont de 83 à 100 %. 3)5)

Gamma Knife (GKRS)

Radiochirurgie stéréotaxique : irradiation unique permettant une chute de dose abrupte.

Le taux de contrôle tumoral rapporté est supérieur à 90 %. La concentration de dose est avantageuse pour les tumeurs exophytiques. 1)

CyberKnife

Irradiation stéréotaxique assistée par robot : peut traiter des tumeurs de forme complexe.

Des taux de contrôle tumoral équivalents à ceux du Gamma Knife sont rapportés. 4)

Après radiothérapie, le taux de préservation de la fonction visuelle est de 70 à 95 % et le taux de contrôle tumoral est supérieur à 90 %. 2)3) Le pronostic est meilleur chez les patients ayant une bonne acuité visuelle avant traitement.

Principaux effets secondaires de la radiothérapie :

  • Rétinopathie radique et neuropathie optique radique (RION)
  • Cataracte et sécheresse oculaire
  • En cas d’antécédent d’irradiation, une ré-irradiation augmente le risque de RION, donc une décision prudente est nécessaire1)

Lorsqu’une vision utile est encore présente, la résection chirurgicale est généralement déconseillée. La tumeur et le nerf optique partagent un apport sanguin via la pie-mère, ce qui rend le risque de perte de vision très élevé en cas de résection.

Cas où la chirurgie peut être envisagée :

  • Œil totalement aveugle avec exophtalmie sévère et déformation esthétique
  • Extension intracrânienne de la tumeur avec risque d’atteinte du nerf optique controlatéral ou du chiasma
  • Forme intracrânienne progressive ne répondant pas au traitement conservateur (radiothérapie)

En cas d’extension intracrânienne, une combinaison de craniotomie et de radiothérapie est envisagée en collaboration avec la neurochirurgie.

Les ONSM proviennent des méninges (en particulier les cellules de la couche arachnoïdienne) qui forment la gaine du nerf optique. Le nerf optique s’étend de l’arrière de l’œil jusqu’au crâne en passant par le canal optique, et est enveloppé sur toute sa longueur par une gaine composée de dure-mère, d’arachnoïde et de pie-mère. La tumeur se développe à partir des cellules de cette gaine et prolifère en encerclant concentriquement le nerf optique.

  • Gène NF2 (22q12) : code pour la protéine merlin, impliquée dans la suppression de la prolifération cellulaire. Une mutation entraînant une perte de fonction supprime l’activité suppressive tumorale, conduisant au développement de méningiomes.
  • Immunohistochimie : EMA positif, PR (récepteur de la progestérone) positif, SSTR2A positif sont caractéristiques. Ki-67 est faible (2-3%) dans le grade I.
  • Classification OMS : Grade I (bénin) pour la majorité. Grade II (atypique, 4-19 mitoses/10 HPF + invasion cérébrale, etc.), Grade III (malin, ≥20 mitoses/10 HPF) avec une augmentation progressive de la malignité.

La tumeur s’étend le long de la gaine du nerf optique, comprimant le nerf optique de l’extérieur. Cela entraîne des troubles visuels par les mécanismes suivants.

  • Compression directe : compression mécanique et étirement des axones du nerf optique.
  • Troubles vasculaires : ischémie des axones du nerf optique due à la compression des vaisseaux de la pie-mère.
  • Occlusion veineuse centrale : compression chronique de la veine centrale de la rétine → œdème papillaire → formation de vaisseaux optociliaires de dérivation.

Lorsque la tumeur est limitée à l’orbite, le pronostic vital est bon, mais en cas d’extension au canal optique ou à l’espace intracrânien, des effets sur les voies visuelles controlatérales et le chiasma peuvent survenir, aggravant le pronostic.

L’ONSM est une tumeur bénigne dont l’évolution naturelle est lentement progressive sur plusieurs années à plusieurs décennies.

  • Type limité à l’orbite : pronostic vital bon. Cependant, sans traitement, l’acuité visuelle diminue progressivement, pouvant conduire à la cécité.
  • Après radiothérapie stéréotaxique : des rapports étrangers indiquent un taux de préservation visuelle de 70 à 95 % et un taux de contrôle tumoral supérieur à 90 % 2)3).
  • Type avec extension intracrânienne : une atteinte du nerf optique controlatéral ou du chiasma peut entraîner une déficience visuelle bilatérale et un mauvais pronostic.
  • Type associé à la NF2 : risque de méningiomes multiples, nécessitant une surveillance à long terme.

Après le traitement, une surveillance par IRM, champ visuel et acuité visuelle réguliers est effectuée pour détecter une éventuelle récidive.

Radiothérapie par protons (proton beam radiotherapy) : La dose de rayonnement diffusé est faible, ce qui pourrait réduire la toxicité tardive. En particulier chez les enfants, cette option peut être envisagée pour réduire le risque de second cancer. 7)

Imagerie des récepteurs de la somatostatine (Ga-68 PET/CT) : Les méningiomes surexpriment le récepteur de la somatostatine (SSTR2A). L’application de l’imagerie fonctionnelle pour évaluer l’activité tumorale est à l’étude.

Mifépristone (anti-progestatif) : En tant que traitement médicamenteux ciblant la positivité des RP dans les méningiomes, son utilisation dans les cas réfractaires est étudiée, mais elle n’est pas établie comme traitement standard. 4)


  1. Vakharia K, Hasegawa H, Stafford SL, Link MJ. Salvage Radiosurgery for Optic Nerve Sheath Meningioma. Cureus. 2021;13(7):e16450.
  2. Dutton JJ. Optic nerve sheath meningiomas. Surv Ophthalmol. 1992;37(3):167-183.
  3. Turbin RE, Thompson CR, Kennerdell JS, Cockerham KP, Kupersmith MJ. A long-term visual outcome comparison in patients with optic nerve sheath meningioma managed with observation, surgery, radiotherapy, or surgery and radiotherapy. Ophthalmology. 2002;109(5):890-899.
  4. Saeed P, Rootman J, Nugent RA, White VA, MacKenzie IR, Koornneef L. Optic nerve sheath meningiomas. Ophthalmology. 2003;110(10):2019-2030.
  5. Narayan S, Cornblath WT, Sandler HM, Elner V, Hayman JA. Preliminary visual outcomes after three-dimensional conformal radiation therapy for optic nerve sheath meningioma. Int J Radiat Oncol Biol Phys. 2003;56(2):537-543.
  6. Andrews DW, Faroozan R, Yang BP, et al. Fractionated stereotactic radiotherapy for the treatment of optic nerve sheath meningiomas: preliminary observations of 33 optic nerves in 30 patients with historical comparison to observation with or without prior surgery. Neurosurgery. 2002;51(4):890-904.
  7. Saraf S, McCarthy BJ, Villano JL. Update on meningiomas. Oncologist. 2011;16(11):1604-1613.

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