Le méningiome de l’aile du sphénoïde (sphenoid wing meningioma, SWM) est une tumeur lentement progressive provenant des cellules méningothéliales arachnoïdiennes externes, prenant naissance au niveau de l’aile du sphénoïde (petite aile et grande aile). C’est la plus fréquente des tumeurs s’étendant de l’intracrânien à l’orbite, représentant 11 à 20 % de tous les méningiomes intracrâniens. Les méningiomes représentent plus d’un tiers des tumeurs cérébrales primitives, ce qui en fait les tumeurs intracrâniennes les plus fréquentes1), avec une incidence annuelle des méningiomes symptomatiques d’environ 2 cas pour 100 000 habitants.
Sur le plan morphologique, on distingue deux formes : globoïde (globoid) et en plaque (en plaque). La forme globoïde est elle-même subdivisée en trois groupes selon la localisation.
Classification
Synonyme
Caractéristiques
Type médial
clinoidal type
Environ la moitié des cas. Infiltration du canal optique entraînant une baisse de l’acuité visuelle
Type intermédiaire
alar type
Exophtalmie chronique progressive. Souvent confondu avec une orbitopathie thyroïdienne
Type latéral
pterional type
Asymptomatique jusqu’à ce qu’il devienne volumineux. Découvert lors d’une hypertension intracrânienne
Le type médial implique la voie optique antérieure, les artères intracrâniennes et le sinus caverneux, ce qui entraîne une morbidité, une mortalité et un taux de récidive plus élevés que les autres types. L’âge moyen d’apparition est de 50 ans, les femmes représentent environ 80 % des cas, avec des pics dans la vingtaine et la cinquantaine.
QQuelle est la forme « en plaque » du méningiome du bord sphénoïdal ?
A
Le type en plaque est une forme où la tumeur s’étend largement et finement le long du bord sphénoïdal, souvent accompagnée d’hyperostose. Contrairement au type globulaire, les limites sont floues, ce qui rend l’exérèse complète souvent difficile.
Les symptômes varient selon la localisation et la direction d’extension de la tumeur.
Exophtalmie : apparaît de manière chronique et progressive. Particulièrement marquée dans le type alaire. Un diagnostic différentiel avec l’ophtalmopathie thyroïdienne est nécessaire.
Baisse de l’acuité visuelle : survient dans le type clinoïdien avec envahissement du canal optique.
Diplopie et troubles de la motilité oculaire : surviennent en cas d’extension vers la fissure orbitaire supérieure ou le sinus caverneux.
Ptosis et œdème palpébral : observés en cas d’extension orbitaire.
Céphalées et vomissements : symptômes d’hypertension intracrânienne dans le type ptérional.
Convulsions : observées chez certains patients8).
Symptômes frontaux : les tumeurs géantes peuvent entraîner une apathie, des troubles des fonctions exécutives et des troubles neurocognitifs ressemblant à une démence frontotemporale de type comportemental4).
Signes cliniques (observés par le médecin lors de l’examen)
Chémosis et œdème palpébral : reflètent une obstruction du retour veineux.
Myotonie du nerf oculomoteur : complication rare. Une compression du nerf oculomoteur par la tumeur entraîne une adduction involontaire intermittente5).
QPourquoi le type alaire est-il souvent confondu avec l'ophtalmopathie thyroïdienne ?
A
Le type intermédiaire se caractérise principalement par une exophtalmie chronique progressive, et même en l’absence de dysfonction thyroïdienne, les signes cliniques sont similaires à ceux de l’ophtalmopathie thyroïdienne. L’imagerie (CT, IRM) montrant une hyperostose ou une masse est essentielle pour le diagnostic différentiel.
Le méningiome du bord sphénoïdal provient des cellules méningothéliales de l’arachnoïde externe, mais aucun facteur de risque environnemental définitif n’est connu.
Mutation du gène NF2 : La mutation génétique la plus fréquente est la délétion du gène NF2 sur le chromosome 22q. Il code pour la méline (merlin), un suppresseur de tumeur. Environ 60 % des méningiomes sporadiques présentent une mutation NF2.
Récepteurs hormonaux sexuels : Les récepteurs de la progestérone sont exprimés dans les méningiomes, ce qui expliquerait la prédominance féminine (environ 80 %).
Syndromes associés : Neurofibromatose de type 2 (méningiomes multiples), syndrome de Gorlin, syndrome de Rubinstein-Taybi.
Facteurs de risque de haut grade : Localisation non base du crâne, âge ≥ 65 ans, sexe masculin (risque environ 2 fois plus élevé).
Marqueurs moléculaires de transformation maligne : Mutations du promoteur TERT et délétions CDKN2A/B sont des mutations définissant le grade 3 de l’OMS. La perte de H3K27me3 est associée à un mauvais pronostic1).
Le diagnostic du méningiome du bord sphénoïdal repose sur une combinaison de CT et d’IRM.
Examen
Principales observations
CT
Densité iso- à légèrement hyperdense, rehaussement homogène après contraste, hyperostose et calcifications
IRM
Signal iso- à légèrement hyperintense en T1/T2, rehaussement intense après Gd, queue durale
Scanner : lésion iso- à légèrement hyperdense. Rehaussement homogène et intense après injection de produit de contraste iodé. Tendance à l’hyperostose et aux calcifications.
IRM : signal iso- à légèrement hyperintense par rapport à la substance grise cérébrale en T1 et T2. Rehaussement intense et homogène après injection de gadolinium. La présence d’un épaississement dural (dural tail) est utile pour différencier la dysplasie fibreuse osseuse.
Scintigraphie osseuse : accumulation de 99mTc-pertechnétate dans le méningiome.
Taux de croissance annuel moyen : 1 à 3 mm.
68Ga-DOTATATE TEP/TDM : imagerie moléculaire utilisant la liaison au récepteur de la somatostatine de type 2. Utile pour le diagnostic, la planification de la radiothérapie et le suivi des méningiomes. Particulièrement précieux pour différencier les lésions vasculaires comme les anévrismes du sinus caverneux, et recommandé pour évaluer l’indication d’une radiochirurgie stéréotaxique sans diagnostic tissulaire3).
Anévrisme du sinus caverneux (TEP DOTATATE négatif)3)
Tumeur métastatique
QExiste-t-il d'autres examens d'imagerie utiles pour le diagnostic différentiel du méningiome en dehors de l'IRM ?
A
La TEP/TDM au 68Ga-DOTATATE peut différencier les méningiomes des lésions vasculaires en fonction de l’expression du récepteur de la somatostatine. Les anévrismes du sinus caverneux, qui n’expriment pas le récepteur de la somatostatine, sont négatifs à la TEP, fournissant des informations importantes pour décider de l’indication d’une radiochirurgie sans diagnostic tissulaire3).
Les options thérapeutiques sont la surveillance, la chirurgie, la radiothérapie et la chimiothérapie. Le choix dépend de la taille, de la localisation, des symptômes, du grade OMS et de l’état général du patient.
Le traitement principal est l’ablation chirurgicale de la tumeur. En cas d’infiltration du canal optique, la récupération visuelle est souvent difficile. Le taux de résection macroscopique totale est d’environ 50 %, et le taux de complications postopératoires est de 1 à 18 %. Le taux de survie sans récidive à 5 ans pour le grade I de l’OMS est de 88 %.
Classification de Simpson : Indicateur standard de l’étendue de la résection. La résection de grade I est idéale, mais souvent difficile dans les formes médiales impliquant des structures neurovasculaires.
Résection incomplète intentionnelle : Dans les cas d’engagement neurovasculaire, une résection incomplète peut avoir un effet favorable sur la qualité de vie postopératoire, selon un rapport portant sur 53 cas.
Drainage du liquide céphalorachidien : Pour les méningomes du sphénoïde médians avec engagement vasculaire et œdème, la mise en place préopératoire d’un drain lombaire permet une chirurgie sans rétracteur. Aucune complication n’a été rapportée dans une série de 10 cas consécutifs8).
Prise en charge des extensions extracrâniennes : Dans les cas récurrents avec extension orbitaire, sous-temporale ou ptérygopalatine, une résection macroscopique totale est possible par une chirurgie en un temps combinant une incision de Weber-Ferguson et une approche ptérygoïdienne élargie2).
Vasospasme postopératoire : Dans les méningomes géants médians du sphénoïde, un vasospasme de l’artère carotide interne supraclinoïdienne peut survenir après la chirurgie7).
Il n’y a pas de consensus sur la reconstruction osseuse, mais elle est parfois réalisée pour prévenir l’énophtalmie pulsatile, la formation de méningocèle et l’atrophie du muscle temporal. Les matériaux de reconstruction comprennent le treillis en titane, la greffe osseuse de la table interne du crâne et le polyméthacrylate de méthyle (PMMA).
Après résection tumorale, une radiothérapie est administrée, et la chirurgie est répétée en cas de repousse. La radiochirurgie stéréotaxique et la radiothérapie stéréotaxique fractionnée sont également tentées.
Radiochirurgie stéréotaxique (SRS) : Irradiation unique à dose totale. Efficace comme alternative chez les patients inopérables. Taux de contrôle local de 92 à 100 %.
Radiothérapie stéréotaxique fractionnée (FSRT) et radiothérapie avec modulation d’intensité (IMRT) : Utilisées pour les tumeurs proches du nerf optique et du chiasma.
Thérapie par particules (protonthérapie) : Peut être appliquée dans les zones à haut risque de complications graves.
Radiothérapie externe pour les méningiomes anaplasiques : Irradiation externe de 60 à 66 Gy en 30 à 33 fractions après résection subtotale. Selon Goldsmith, le taux de survie sans progression à 5 ans après résection subtotale des méningiomes bénins est de 89 %, et de 48 % pour les malins1).
De nombreux agents, dont la mifépristone, ont été essayés, mais la régression tumorale est minime ou absente malgré une toxicité systémique significative. La thérapie combinée avec l’hydroxyurée est en cours d’évaluation.
QSi la tumeur ne peut pas être complètement retirée chirurgicalement, la radiothérapie est-elle efficace ?
A
La radiothérapie adjuvante après résection subtotale est efficace, avec des taux de contrôle local de 92 à 100 % pour la radiochirurgie stéréotaxique et la radiothérapie stéréotaxique fractionnée. Le taux de survie sans progression à 5 ans après résection subtotale des méningiomes bénins est rapporté à 89 %1), et la combinaison d’une radiothérapie adjuvante pour les résections incomplètes est une stratégie thérapeutique standard.
Pathologie : n’infiltre pas le parenchyme cérébral même en cas d’infiltration osseuse. Comprend des sous-types tels que sécrétoire, microkystique, à cellules claires, riche en plasmocytes lymphoïdes, etc.
Taux de récidive : 7 à 10 % à 5 ans, 22 % à 10 ans (après résection complète).
Grade II (atypique)
Pathologie : caractérisé par des mitoses fréquentes et un rapport nucléo-cytoplasmique élevé.
Signification clinique : risque de récidive et de transformation maligne plus élevé que le grade I.
Grade III (anaplasique)
Pathologie : mitoses élevées (≥20/10 HPF), nécrose, infiltration du parenchyme cérébral. Ki-67 élevé. Aspect macroscopique gris-rougeâtre avec morphologie cellulaire maligne1).
Pronostic : survie <2 ans sans traitement adjuvant. Médiane de 5 ans avec traitement adjuvant1).
Une grande étude rétrospective portant sur 1663 cas a montré que 90 % étaient de grade I de l’OMS et 10 % de grade II/III, et que les sites non base du crâne, l’âge ≥65 ans et le sexe masculin étaient des facteurs de risque de grade élevé.
Extension du bord sphénoïdal à l’orbite via les fissures orbitaire supérieure et inférieure. L’infiltration du canal optique et du sinus caverneux provoque des symptômes oculaires. Dans les cas d’extension extracrânienne, elle peut atteindre l’orbite, la fosse infratemporale, la fosse ptérygopalatine et les sinus paranasaux, et une extension via le foramen ovale et le canal ptérygopalatin a également été rapportée2).
Dans les méningiomes, le récepteur de la progestérone, l’antigène membranaire épithélial (EMA) et le récepteur de la somatostatine 2a (expression cytoplasmique) sont souvent positifs. Les mutations du promoteur TERT et la délétion CDKN2A/B sont des mutations définissant le grade 3, et la perte de H3K27me3 est associée à un mauvais pronostic1).
7. Recherches récentes et perspectives d’avenir (rapports en phase de recherche)
L’imagerie moléculaire ciblant le récepteur de la somatostatine de type 2 permet de différencier les méningiomes des lésions vasculaires, ce qui était difficile avec l’imagerie morphologique conventionnelle.
Ofori-Darko et McClelland (2025) ont rapporté le cas d’un homme de 27 ans chez qui une IRM avait suspecté un méningiome de l’arête sphénoïdale, mais la TEP/TDM au 68Ga-DOTATATE a montré une absence de récepteurs de la somatostatine, conduisant à un diagnostic de varice du sinus caverneux et évitant une radiochirurgie stéréotaxique3). Cela souligne l’importance de cette technique pour évaluer l’indication d’une radiothérapie sans diagnostic tissulaire.
Actuellement, des applications sont en cours pour la différenciation des changements postopératoires et l’amélioration de la précision de la délimitation des cibles de radiothérapie3).
En alternative à la craniotomie conventionnelle, l’approche endoscopique transorbitaire attire l’attention comme chirurgie mini-invasive pour les méningiomes de l’arête sphénoïdale et sphéno-orbitaires. Des rapports indiquent son efficacité même dans les cas avec hyperostose6).
Foulsham et al. (2022) ont rapporté un cas d’hémorragie maculaire multicouche (simulant un syndrome de Terson) après résection d’un méningiome de l’arête sphénoïdale par approche endoscopique transorbitaire, soulignant la nécessité d’être attentif aux complications visuelles postopératoires même en chirurgie mini-invasive6).
Thérapies ciblées moléculaires et traitements systémiques
Les thérapies ciblées suivantes sont étudiées pour les méningiomes récurrents ou de haut grade.
Les études in vitro sur l’inhibition de l’angiogenèse ciblant le facteur de croissance dérivé des plaquettes (PDGF), le VEGF, le facteur de croissance épidermique (EGF) et la voie MAPK ont montré des résultats prometteurs. Les agents anti-angiogéniques, les inhibiteurs multi-kinases et les thérapies ciblant les récepteurs de la somatostatine sont utilisés pour stabiliser les méningiomes progressifs ou de haut grade, mais les réponses ne sont pas constantes4).
Méningiomes géants de l’arête sphénoïdale et fonction neurocognitive
Grigorean et al. (2026) ont rapporté le cas d’une femme de 70 ans présentant des troubles neurocognitifs de type démence frontotemporale à variante comportementale dus à un volumineux méningiome du bord sphénoïdal droit 4). Après une résection Simpson Grade I, la fonction du lobe frontal s’est rétablie, et le concept d’un trouble réversible du réseau frontal dû à l’effet combiné de la masse tumorale, de l’œdème vasogénique et de la compression des voies de la substance blanche a été proposé.
Penchev P, Kalnev B, Petrova S, et al. Anaplastic transformation of sphenoid wing meningioma with orbital and cavernous sinus invasion: Unveiling the aggressive nature. Cureus. 2024;16(3):e57025.
Ferrufino-Mejia A, Rodríguez-Rubio HA, Chavarría-Mejía SR, et al. Management of aggressive recurrent meningioma using a combined transfacial-pterional approach. Cureus. 2025;17(9):e91531.
Ofori-Darko A, McClelland III S. When it looks like a duck and walks like a duck: Importance of DOTATATE PET imaging in assessing putative sphenoid wing meningioma for stereotactic radiosurgery. Cureus. 2025;17(12):e98574.
Grigorean VT, Munteanu O, Brehar FM, et al. Giant right sphenoid wing meningioma as a reversible frontal network lesion: A pseudo-bvFTD case with venous-sparing skull-base resection. Diagnostics. 2026;16(2):224.
Shingai Y, Endo H, Endo T, et al. Ocular neuromyotonia caused by a recurrent sphenoidal ridge meningioma. Surg Neurol Int. 2021;12:219.
Foulsham W, North VS, Botsford BW, et al. Multilayered macular hemorrhages as an unusual complication of transorbital neuroendoscopic surgery. Am J Ophthalmol Case Rep. 2022;26:101556.
Lessa SS, Chang Mulato JE, Dória-Netto HL, et al. Microsurgery for a medial left giant lesser sphenoid wing meningioma complicated by postoperative vasospasm of the ipsilateral supraclinoid carotid artery. Surg Neurol Int. 2022;13:113.
Vetsa S, Nadar A, Vasandani S, et al. Criteria for cerebrospinal fluid diversion in retractorless sphenoid wing meningioma surgery: A technical report. J Neurol Surg Rep. 2022;83:e100-e104.
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