L’angiographie au vert d’indocyanine (ICGA) est un examen d’angiographie par fluorescence qui consiste à injecter du colorant ICG par voie intraveineuse et à photographier le fond d’œil avec une lumière proche infrarouge. Elle permet d’observer en détail les vaisseaux choroïdiens, difficiles à visualiser par angiographie à la fluorescéine (FA).
L’ICG (vert d’indocyanine) est un colorant hydrosoluble de couleur vert bleuâtre foncé, avec un poids moléculaire d’environ 775 (environ 2,3 fois celui de la fluorescéine utilisée en FA, qui est d’environ 332). Les propriétés optiques suivantes sont avantageuses pour l’angiographie choroïdienne.
Longueur d’onde d’absorption maximale : 805 nm (lors de la liaison aux protéines)
Longueur d’onde de fluorescence : 835 nm
Région proche infrarouge : traverse la mélanine de l’EPR, permettant une observation directe de la choroïde
Alors que la FA utilise la lumière visible avec une excitation à 465-490 nm et une fluorescence à 520-530 nm, la lumière proche infrarouge de l’ICGA est moins absorbée par la mélanine de l’EPR. Cette caractéristique de longueur d’onde permet de visualiser les lésions sous l’EPR et choroïdiennes, difficiles à voir en FA.
Dans les années 1960, Fox et Wood ont appliqué l’ICG pour la première fois en ophtalmologie. Dans les années 1970, Kogure et al. ont rapporté son utilisation pour l’angiographie fluorescéinique, et dans les années 1990, avec la diffusion de la technologie numérique, son application clinique s’est généralisée.
QComment différencier l'utilisation de l'ICGA et de l'angiographie à la fluorescéine (FA) ?
A
La FA est excellente pour évaluer les troubles vasculaires rétiniens et la fonction de l’EPR, tandis que l’ICGA est supérieure pour visualiser les vaisseaux choroïdiens et les lésions sous-EPR. L’ICGA est indispensable pour les maladies associées à la PCV et à l’hyperperméabilité vasculaire choroïdienne (comme la choriorétinopathie séreuse centrale). Les deux examens sont souvent réalisés simultanément.
Néovascularisation choroïdienne de type 2 (type classique) : Utile pour visualiser l’ensemble du réseau vasculaire anormal et identifier les vaisseaux choroïdiens nourriciers.
Néovascularisation maculaire de type 3 (RAP : prolifération angiomateuse rétinienne) : On estime qu’elle est associée à environ un quart des néovascularisations maculaires de type 1.
L’ICGA est le gold standard pour le diagnostic définitif de la polypose choroïdienne. 2) C’est également la méthode la plus validée pour différencier la nAMD typique de la polypose choroïdienne/AT1 (pachychoroid neovasculopathy type 1). 4)
Critère diagnostique : Mise en évidence d’une hyperfluorescence nodulaire précoce (lésions polypoïdales) à l’ICGA
Évaluation de l’efficacité thérapeutique : La fermeture des polypes est définie par la « disparition de l’hyperfluorescence nodulaire précoce à l’ICGA » 2)
Diagnostic différentiel OCTA+OCT entre polypose choroïdienne et DMLA : Sensibilité de 82,6 %, spécificité de 100 % selon les rapports 2)
Elle visualise l’étendue et le degré d’hyperperméabilité vasculaire choroïdienne, utile pour déterminer la zone d’irradiation de la thérapie photodynamique (PDT).
Les néovascularisations choroïdiennes autour des craquelures du vernis peuvent être visualisées plus nettement qu’avec l’angiographie à la fluorescéine.
Occlusion de l’artère ophtalmique et des vaisseaux rétiniens
Meilleure évaluation de la circulation choroïdienne qu’avec l’angiographie à la fluorescéine. Utile également dans l’ischémie oculaire due à l’artérite à cellules géantes (GCA). 5)
On utilise une préparation d’ICG (au Japon, Offagreen® par exemple).
Méthode de préparation : Dissoudre 25 mg d’ICG dans 2 mL d’eau pour injection, puis ajouter 5 à 10 mL de solution saline physiologique en flush.
Voie d’administration : Injection intraveineuse rapide (bolus) dans une veine du coude, par exemple.
La dilatation pupillaire est réalisée avec Mydrin P® ou équivalent, en assurant une dilatation suffisante (diamètre pupillaire de 6 mm ou plus souhaitable).
En ICGA, les structures vasculaires visualisées diffèrent selon la phase de prise de vue. Les trois phases principales sont présentées dans le tableau ci-dessous.
Phase
Temps écoulé
Principales structures visualisées
Phase précoce
Jusqu’à 1 minute
Remplissage des artères, veines et choriocapillaires choroïdiens
Phase intermédiaire
5 à 15 minutes
Remplissage simultané de la rétine et de la choroïde, détection des lésions
Phase tardive
15 min et plus
Diminution de la fluorescence de fond, netteté des lésions
L’intensité de fluorescence de l’ICG diminue de façon exponentielle avec le temps, il faut donc faire attention au réglage de la puissance lumineuse. En général, on commence avec une puissance élevée, on la réduit lorsque la fluorescence est confirmée, puis on l’augmente à nouveau pour la phase tardive.
QL'examen ICGA est-il douloureux ?
A
Il peut y avoir une légère piqûre lors de l’injection intraveineuse du produit de contraste, mais l’examen lui-même est généralement indolore. Un collyre mydriatique est nécessaire, et après la dilatation, une sensibilité à la lumière et une vision floue de près peuvent survenir pendant quelques heures. Il est déconseillé de conduire une voiture ou une moto le jour de l’examen.
4. Interprétation des résultats normaux et anormaux
Dans un œil normal, la phase précoce montre un remplissage des artères choroïdiennes, puis des veines, puis du réseau capillaire, et une fluorescence de fond uniforme est obtenue en phase intermédiaire. En phase tardive, la fluorescence de fond diminue progressivement, révélant la silhouette des gros vaisseaux.
Réseau de néovascularisation choroïdienne : structure réticulaire hyperfluorescente persistante jusqu’à la phase tardive dans la néovascularisation maculaire de type 1 de la DMLA.
L’accumulation lipidique dans la membrane de Bruch crée des zones où l’ICG ne peut pas atteindre correctement l’EPR. Ces zones sont observées comme des spots hypofluorescents locaux en phase tardive de l’ICGA (ASHS-LIA : area of decreased late-phase hypofluorescence after ICG angiography). 4) C’est un signe important pour comprendre la physiopathologie de la DMLA et de la vasculopathie choroïdienne polypoïdale.
L’ICGA est un examen relativement sûr, mais des effets secondaires peuvent survenir car il s’agit d’un médicament injecté par voie intraveineuse. Le tableau ci-dessous présente la fréquence des principaux effets secondaires.
Gravité
Symptômes
Fréquence (estimation)
Léger
Nausées, vomissements, sensation de chaleur
Environ 0,15 %
Modéré
Urticaire, fièvre, variations de la pression artérielle
Environ 0,2 %
Grave
Choc anaphylactique
Environ 0,05 %
À titre de référence, le risque de décès lié à l’AF est rapporté à environ 1 personne sur 200 000, 5) et l’ICGA nécessite une gestion des risques similaire.
QSi j'ai une allergie à l'iode, puis-je quand même recevoir l'examen ?
A
Les préparations d’ICG (comme Ophthagreen®) contiennent de l’iodure de sodium comme stabilisant. Un antécédent d’allergie à l’iode est une contre-indication absolue à l’ICGA, et il est impératif de vérifier les antécédents allergiques avant l’administration. Dans certains cas, on peut envisager de passer au vert d’indocyanine sans iode.
6. Principes pharmacologiques et physiques détaillés
L’ICG est un colorant cyanine amphiphile de poids moléculaire 775. Voici les propriétés pharmacologiques de l’ICG et une comparaison avec l’AF.
Taux élevé de liaison aux protéines (98%) : dans le plasma, il est presque entièrement lié à l’albumine et aux lipoprotéines. Il reste facilement dans les vaisseaux et fuit peu dans l’espace extravasculaire. Le taux de liaison aux protéines de l’AF est d’environ 80%, et même dans les lésions où l’AF provoque une fuite fluorescente abondante, l’ICGA ne montre pas de fuite notable.
Métabolisme et excrétion : après capture hépatique, il est excrété dans la bile (pas de circulation entérohépatique). Cela diffère de l’excrétion rénale de l’AF. Il peut être utilisé dans une certaine mesure chez les patients présentant une insuffisance rénale, mais il s’accumule en cas d’insuffisance hépatique, nécessitant une prudence particulière.
Faible rendement quantique : le rendement quantique de fluorescence de l’ICG est inférieur à celui de l’AF, ce qui donne un signal fluorescent faible. C’est pourquoi une caméra infrarouge à haute sensibilité et un réglage approprié de l’intensité lumineuse sont nécessaires.
Le réseau vasculaire anormal (BVN) est détecté comme un flux sanguin élevé par OCTA, mais l’ICGA est supérieure pour la détection des lésions polypoïdes. 2) Cela serait dû au fait que le flux sanguin dans les polypes est relativement lent et que la haute rétention intravasculaire de l’ICG permet une visualisation plus nette au fil du temps.
Les TelCaps (anomalies capillaires télangiectasiques) sont des anomalies capillaires de grande taille (diamètre ≥150 μm) ayant une forte affinité pour l’ICG. 1) Ce sont des lésions difficiles à détecter par l’angiographie à la fluorescéine (FA) ou l’OCTA, et elles sont considérées comme un facteur contribuant à l’œdème maculaire résistant au traitement anti-VEGF.
Perrin et Porter (2024) ont rapporté une série de cas de photocoagulation guidée par ICG des TelCaps (TelCaps PDT). 1) Dans 13 yeux atteints d’œdème maculaire diabétique, la photocoagulation ciblant les TelCaps a entraîné une amélioration significative sur deux ans. Actuellement, un essai contrôlé randomisé prospectif portant sur 270 patients est en cours en France.
Développement de critères diagnostiques non basés sur l’ICG pour la vasculopathie choroïdienne polypoïdale
Des efforts sont en cours pour permettre le diagnostic de la vasculopathie choroïdienne polypoïdale dans les établissements où l’ICG n’est pas disponible.
Cheung et al. (2024) ont rapporté que l’aire sous la courbe (AUC) des critères diagnostiques basés sur l’OCT sans ICG était de 0,90. 4) Ces critères combinent des signes de pachychoroïde à l’OCT (épaississement choroïdien, modifications de type choroïdopathie séreuse centrale, et signes équivalents à un réseau vasculaire branché).
Cependant, à l’heure actuelle, cela ne remplace pas l’ICG, et l’ICG reste indispensable pour le diagnostic définitif de la vasculopathie choroïdienne polypoïdale.
Discrimination automatique par IA entre la vasculopathie choroïdienne polypoïdale et la dégénérescence maculaire liée à l’âge
La discrimination automatique entre la vasculopathie choroïdienne polypoïdale et la dégénérescence maculaire liée à l’âge à l’aide de l’analyse par apprentissage automatique des images OCT est étudiée, 2) et son utilisation pratique comme outil d’aide au diagnostic est attendue.
QMaintenant que l'OCTA est répandue, l'ICG est-elle encore nécessaire ?
A
L’ICG reste nécessaire pour le diagnostic définitif de la vasculopathie choroïdienne polypoïdale. L’OCTA est supérieure pour la détection du réseau vasculaire branché et l’évaluation du flux sanguin, mais il a été rapporté que l’ICG est supérieure en termes de sensibilité de détection des lésions polypoïdales. 2) Bien que le développement de critères diagnostiques non basés sur l’ICG progresse (AUC 0,90), l’ICG est actuellement indispensable pour le diagnostic standard de la vasculopathie choroïdienne polypoïdale.