La zonulopathie (également appelée déhiscence ou rupture zonulaire) désigne une insuffisance de soutien des fibres zonulaires (ligament suspenseur du cristallin) qui maintiennent le sac capsulaire. Elle peut ou non s’accompagner d’une anomalie de position du cristallin (subluxation ou luxation).
Les fibres zonulaires ont deux fonctions principales : (1) la fixation positionnelle, en tirant l’équateur capsulaire sur 360 degrés pour centrer le cristallin sur l’axe visuel, et (2) le maintien de la forme capsulaire par une traction uniforme. En cas de rupture zonulaire, selon l’étendue et la sévérité, l’une ou les deux fonctions peuvent être perdues. À mesure que la rupture s’étend, on progresse d’une rupture partielle à une subluxation, puis à une luxation complète et enfin à une chute du noyau.
Si la zonulopathie est reconnue avant la chirurgie de la cataracte, des mesures peuvent être prises, mais elle est souvent découverte en peropératoire. Une aggravation peropératoire peut entraîner des complications graves telles qu’une chute du noyau ou un prolapsus vitréen.
L’incidence des ruptures zonulaires est d’environ 1,1 % dans les cas à faible risque et atteint environ 6,7 % dans les cas de syndrome de pseudo-exfoliation1). Dans une grande série chirurgicale utilisant un expandeur capsulaire (CE) (14 394 yeux), un phacodonésis ou une subluxation a été observé dans 92 yeux (0,6 %), et 90 % d’entre eux ont pu bénéficier d’une phacoémulsification (PEA) complète 4). La luxation tardive du complexe IOL-sac capsulaire survient en moyenne 8,5 ans après la chirurgie, le syndrome de pseudo-exfoliation étant la cause la plus fréquente 3).
QPeut-on être opéré en cas de zonulopathie ?
A
Avec une évaluation et une préparation préopératoires appropriées, et un chirurgien expérimenté utilisant des dispositifs auxiliaires tels que des anneaux de tension capsulaire (CTR) ou des expandeurs capsulaires, la phacoémulsification (PEA) peut être réalisée en toute sécurité dans de nombreux cas de zonulopathie. Cependant, en cas de sévérité élevée, une extraction extracapsulaire du cristallin (EEC), une extraction intracapsulaire (ICCE) ou une fixation sclérale de l’IOL peuvent être nécessaires.
De nombreux patients sont asymptomatiques et la condition est souvent découverte pour la première fois lors de l’évaluation préopératoire pour une chirurgie de la cataracte. En cas de subluxation ou luxation notable, les symptômes suivants apparaissent.
Vision floue et fluctuations visuelles : fluctuant avec la dilatation/constriction pupillaire et le déplacement de la lentille dans l’œil
Diplopie monoculaire : due aux changements de réfraction lorsque la lentille est déviée
Distorsion visuelle : lorsque le bord de la lentille empiète sur l’axe visuel
L’évaluation par examen à la lampe à fente est fondamentale.
Phacodonésie : oscillation du cristallin lors des mouvements oculaires. Signe représentatif de la faiblesse des zonules de Zinn
Iridodonésie : oscillation de l’iris accompagnant l’oscillation du cristallin
Pils de la capsule antérieure : apparition de plis se dirigeant vers l’équateur lors de la ponction de la capsule antérieure
Asymétrie de la profondeur de la chambre antérieure / chambre antérieure peu profonde : une profondeur de chambre antérieure préopératoire < 2,5 mm est un indicateur de risque, augmentant le risque de complications d’environ 5 fois
Déplacement du cristallin / exposition de l’équateur : l’équateur du cristallin est visible au bord pupillaire
Dépôts de matériel pseudo-exfoliatif : dépôts de substance fibreuse blanche sur le bord de la capsule antérieure et le bord pupillaire (syndrome de pseudo-exfoliation)
Prolapsus du vitré dans la chambre antérieure : observé dans les cas sévères
Chez les patients atteints de sclérodermie systémique, une déhiscence zonulaire peut survenir peropératoire même en l’absence de facteurs de risque connus. Un cas a été rapporté chez un homme de 55 ans atteint de sclérodermie, qui a présenté une déhiscence zonulaire peropératoire et un prolapsus irien lors de chirurgies de la cataracte indépendantes sur chaque œil. Il n’y avait pas de matériel pseudo-exfoliatif à l’évaluation préopératoire, et la profondeur de la chambre antérieure de l’œil gauche était de 2,59 mm, légèrement peu profonde, ce qui a été considéré plus tard comme suggestif d’une instabilité zonulaire1).
Dans la sphérophakie, en raison du relâchement sévère des zonules de Zinn, le complexe IOL-sac peut se subluxer vers le bas (direction gravitationnelle), et des adhérences iriennes antérieures locales (PAS) et un bombement irien (iris bombe) peuvent survenir en postopératoire2).
Les causes de la fragilité de la zonule de Zinn sont multiples.
Causes ophtalmologiques
Syndrome de pseudo-exfoliation : cause la plus fréquente. Accumulation anormale de fibrilline et d’élastine, affaiblissant la zonule de Zinn. Taux élevé de complications chirurgicales (21,5 %) et de déhiscence zonulaire (6,7 %) 1)
Traumatisme : force de cisaillement sur la zonule de Zinn due à un traumatisme oculaire contondant
Iatrogène : chirurgie de la cataracte, vitrectomie, injections intravitréennes répétées
Syndrome de Marfan : mutation du gène FBN1 codant la fibrilline-1. Environ 60 % développent une luxation spontanée du cristallin. Diminution de la résistance et de l’élasticité de la zonule de Zinn
Homocystinurie : accumulation de glycoprotéines anormales affaiblissant la zonule de Zinn
Syndrome de Weill-Marchesani, syndrome d’Ehlers-Danlos
Sclérodermie systémique
Antécédents et signes prédisposant à la fragilité de la zonule de Zinn :
Antécédents
Signes
Antécédents de traumatisme ou de chirurgie oculaire
Tremblement du cristallin
Œil atteint de glaucome aigu
Syndrome de pseudo-exfoliation
Après vitrectomie ou LI
Asymétrie de la profondeur de la chambre antérieure
Anamnèse : antécédents de traumatisme, maladies systémiques (syndrome de Marfan, etc.), antécédents familiaux, antécédents de chirurgie oculaire.
Examen à la lampe à fente : faire attention à la centralité/décentration du cristallin, aux défauts de transillumination irienne, aux dépôts pseudo-exfoliatifs, et au phacodonésis.
Examen avec changement de position : vérifier les changements de position du cristallin en position assise et couchée, avant et après dilatation pupillaire.
Vérification du phacodonésis lors des mouvements oculaires : particulièrement important en cas d’antécédents de traumatisme ou de chirurgie.
OCT du segment antérieur : mesure précise de la profondeur de la chambre antérieure (<2,5 mm augmente le risque de complications).
Évaluation de l’étendue de la dialyse zonulaire : identifier l’étendue horaire impliquée est crucial pour déterminer l’approche chirurgicale.
Le degré d’instabilité du cristallin au début de la capsulorhexis permet d’évaluer la fragilité zonulaire (classification ZW de Taniguchi et al.) :
Grade 0 : pas d’instabilité du cristallin, pas de plis capsulaires antérieurs (quasi normal).
Grade 1 : légère instabilité, présence de plis.
Grade 2 : instabilité, capsulotomie et déchirure possibles sous BSS ou OVD.
Grade 3 : instabilité marquée, nécessite une ponction à l’aiguille fine sous Healon V®.
Grade 4 : phacodonésis ou luxation du cristallin.
Le groupe très faible (instabilité importante) de la classification subjective représente environ 9 % du total, et le taux d’utilisation de dispositifs de soutien capsulaire atteint 96,1 %.
QSi l'examen préopératoire est normal, l'intervention est-elle sûre ?
A
Pas nécessairement. Même pour un chirurgien expérimenté, il n’est pas rare que la fragilité zonulaire ne soit découverte qu’en peropératoire. Dans le syndrome pseudo-exfoliatif, une rupture soudaine peut survenir pendant l’intervention même en l’absence d’instabilité lors de la capsulorhexis. Tout chirurgien du segment antérieur doit maîtriser les techniques de gestion peropératoire.
Dans les cas de rupture de la zonule de Zinn, la meilleure option à long terme est de terminer par une suture sclérale de l’IOL. Actuellement, la technique de suture d’une IOL de 7,0 mm par petite incision étant bien établie, le défi est de réaliser l’extraction totale du cristallin en amont avec de petites incisions (incision cornéosclérale d’environ 3,0 mm et deux ports cornéens d’environ 2,0 mm). L’utilisation d’un CTR nécessite au préalable une capsulorhexis continue.
Préparer dans la salle d’opération tous les instruments potentiellement nécessaires (rétracteurs d’iris, expanseurs capsulaires, anneau de tension capsulaire, fils de fixation sclérale, etc.)
Optimiser le maintien de la dilatation peropératoire par des collyres AINS préopératoires
Dans le syndrome de pseudo-exfoliation, tenir compte des comorbidités oculaires telles que le glaucome et la mauvaise dilatation pupillaire
Éviter l’anesthésie topique seule (car la durée opératoire est souvent plus longue que d’habitude)
En cas de fragilité zonulaire, la contre-traction est réduite, rendant la CCC difficile.
Éviter la zone de déficit zonulaire et orienter la force de cisaillement de manière à obtenir une contre-force depuis la zone où la zonule est intacte
Insérer un deuxième instrument par le port latéral pour créer un point de fixation au centre du sac cristallinien
Maneuvre de sauvetage de capsulorhexis de Little (Little capsulorhexis tear-out rescue maneuver, 2006) : outil puissant pour empêcher l’extension d’une capsulorhexis qui s’échappe vers l’extérieur. Utiliser suffisamment de substance viscoélastique pour contrer doucement
Une technique alternative minimisant la manipulation et la rotation du noyau peut être appropriée.
Cross chop (Dooho Brian Kim) : après un chop horizontal, former un « X » en croisant la pièce à main ultrasonique pour un deuxième chop. Permet de diviser sans rotation du cristallin.
Double chop : technique minimisant le stress sur la zonule.
Technique de stripping tangentiel appliquant une force perpendiculaire aux fibres radiales, minimisant la tension zonulaire.
Aspiration corticale en ouragan (Nakano et al., 2014) : démontré par vidéo sur yeux de cadavre que le stripping tangentiel réduit les forces.
Cas de relâchement zonulaire sévère étendu (≥90 ans) : « nettoyage cortical central » (Mansour et al., 2016) — nouvelle technique laissant un axe visuel central clair tout en évitant un stress excessif en périphérie.
Version modifiée du crochet irien en nylon. L’extrémité de soutien en boucle répartit la force sur une large zone, réduisant le risque de rupture capsulaire antérieure. Inséré parallèlement à l’iris via une incision limbique ou post-limbique. Insertion et retrait faciles. En cas de déchirure zonulaire partielle (traumatisme), deux crochets placés au niveau de la déchirure stabilisent le sac cristallinien.
Anneau ouvert en PMMA, diamètre d’environ 12 à 14,5 mm (compressé d’environ 2 mm dans le sac). Efficace pour les ruptures de la zonule de Zinn jusqu’à environ 150 degrés. Remboursé par l’assurance maladie.
Indications : ① Rupture de la zonule de Zinn d’environ 1/3 de circonférence ou moins, ② Fragilité légère à modérée (Directives d’utilisation de l’anneau d’expansion capsulaire, version mars 2014) 4)
Contre-indications : Capsulotomie antérieure endommagée, capsulotomie discontinue, rupture capsulaire postérieure, fragilité sévère de la zonule de Zinn sans plan de fixation sclérale.
Moment de l’insertion (trois schémas : précoce, intermédiaire, tardif) 4) :
Précoce : Insertion après CCC et avant l’émulsification du noyau. Permet de stabiliser le sac le plus tôt possible.
Intermédiaire : Insertion pendant l’émulsification du noyau ou l’aspiration du cortex.
Tardif : Insertion avant ou après la mise en place de l’IOL. Traumatisme minimal pour la zonule et le sac car le cristallin a déjà été retiré.
Il est à noter qu’il n’existe aucune preuve que la mise en place d’un CTR prévienne la luxation tardive du complexe IOL-sac 3). Cependant, si un soutien précoce est nécessaire, le segment d’expansion capsulaire (CTS) est une alternative.
CTR modifié :
CTR de Henderson : 8 échancrures en forme de coquille Saint-Jacques pour faciliter l’élimination des fragments de cristallin résiduels.
CTR de Cionni (Cionni Ring) : Utilisé en cas de déficit zonulaire étendu nécessitant une fixation sclérale. Il est suturé directement à la sclère via un crochet angulaire avec œillet de fixation (développé par Robert J. Cionni et Robert Osher).
Introduit par Ike Ahmed (2002). En PMMA, il couvre 120 degrés de la zone de lésion zonulaire et l’œillet de fixation antérieure est suturé à la sclère. Le principal avantage est qu’il peut être inséré avant l’ablation du cristallin.
Longueur totale 12 mm, crochet avec patte en forme de T de 2 mm de large à l’extrémité, composé d’un corps en fil de polypropylène 5-0 et d’une partie de fixation en silicone. Il peut être adapté à un large éventail de cas, allant de la fragilité zonulaire légère à la luxation ou subluxation du cristallin dans la chambre antérieure. Il peut permettre une PEA même si la zonule est détachée sur 360 degrés 4).
Non-indication du CE (conversion en ICCE) : noyau dur (grade 4-5), hernie vitréenne massive dans la chambre antérieure, descente du cristallin dans le vitré, capsulorhexis irrégulier, difficulté de mise en place du CE, incapacité à maintenir la forme capsulaire peropératoire4).
Poche de Hoffman (amélioration de la fixation sclérale)
Création de deux poches sclérales à 180 degrés l’une de l’autre en arrière du limbe (Brian Hoffman, 2006), et nouage des sutures à l’intérieur des poches. Avantages : pas d’incision conjonctivale, meilleur confort postopératoire, réduction du risque d’exposition des sutures.
La méthode de fixation de l’IOL est choisie en fonction du degré de fragilité des zonules de Zinn et de l’approche chirurgicale.
IOL dans le sac avec dispositif de soutien capsulaire (fragilité légère à modérée)
IOL dans le sulcus ciliaire (avec ou sans capture optique)
IOL de chambre antérieure / IOL fixée à l’iris
IOL suturée à la sclère / IOL collée / IOL à fixation intrasclérale (méthode de Yamane, etc.)
QFaut-il être prudent même après la chirurgie pour la sphérophakie ?
A
Dans la sphérophakie, la relaxation des zonules de Zinn est sévère et le complexe IOL-sac peut continuer à se subluxer vers le bas (direction de la gravité) après la chirurgie. Dans certains cas, cela peut provoquer un bombement irien localisé, un amincissement de la chambre antérieure et une fermeture de l’angle, ce qui peut être évité par une iridectomie périphérique supplémentaire pendant l’opération 2). La surveillance postopératoire et la gestion de la pression intraoculaire sont importantes.
Environ 140 faisceaux de fibres constituent l’appareil zonulaire, dont le composant principal est la fibrilline (produit du gène FBN1)
Ils prennent naissance à partir de la lame basale de l’épithélium non pigmenté du corps ciliaire et s’insèrent sur l’équateur du cristallin
Ils s’attachent sur une large zone de 1,5 mm en avant et 1,25 mm en arrière de l’équateur
Le diamètre des fibres est de 5 à 30 μm. Elles assurent la suspension du cristallin et la transmission des mouvements d’accommodation
Mécanismes selon les principales pathologies :
Syndrome de pseudo-exfoliation : L’accumulation de fibrilline anormale, d’élastine, de laminine et de glycosaminoglycanes due à un renouvellement anormal de la matrice extracellulaire se dépose sur les zonules de Zinn et le corps ciliaire, les affaiblissant
Syndrome de Marfan : Les mutations du gène FBN1 entraînent une anomalie de la protéine fibrilline-1, rendant non fonctionnelle la fibrilline qui confère force et élasticité aux zonules de Zinn
Homocystinurie : L’accumulation de glycoprotéines anormales due à un déficit enzymatique du métabolisme de l’homocystéine affaiblit les zonules de Zinn
Sclérodermie systémique : La surproduction de collagène et de matrice extracellulaire due à une hyperactivation des fibroblastes se dépose dans le tissu conjonctif. On suppose que le point d’attache des zonules de Zinn au corps ciliaire est affaibli 1)
Mécanismes des lésions iatrogènes peropératoires :
La rotation forcée du noyau, le contact de la pointe ultrasonique avec le bord capsulaire antérieur et la force centripète lors de l’irrigation/aspiration peuvent provoquer des ruptures des fibres zonulaires restantes
Lors de la phacoémulsification dans les cas de zonules fragiles, le ligament de Wieger peut se détacher, permettant au liquide d’irrigation de pénétrer dans l’espace de Berger, ce qui peut provoquer un amincissement de la chambre antérieure (syndrome de mauvaise direction de la perfusion)
7. Recherches récentes et perspectives futures (rapports de phase de recherche)
La chirurgie de la cataracte assistée par laser femtoseconde (FLACS) permet de réaliser une capsulotomie et un ramollissement du noyau, avec un taux de succès supérieur à 90 % pour préserver le sac capsulaire et implanter un IOL intracapsulaire. Le rôle de la FLACS dans les cas de fragilité des zonules de Zinn, où les techniques peropératoires standard présentent un risque élevé, fera l’objet de recherches futures.
Pour les cas de relâchement sévère des zonules de Zinn chez des patients très âgés de plus de 90 ans, une technique à deux mains consistant à soulever les fibres corticales centrales et à les aspirer vers la périphérie a été introduite. Cette approche est remarquable car elle permet d’éviter un stress excessif sur les zonules de Zinn périphériques tout en assurant un axe visuel clair.
Fowler TE, Bloomquist RF, Brinsko KJ, et al. Bilateral zonular dehiscence during cataract surgery in a patient with systemic sclerosis. Am J Ophthalmol Case Rep. 2023;30:101817.
Gupta S, Mahalingam K, Ramesh P, et al. Need of additional iridotomies despite lens extraction in spherophakes. BMJ Case Rep. 2021;14:e242838.
American Academy of Ophthalmology Cataract and Anterior Segment PPP Panel. Cataract in the Adult Eye Preferred Practice Pattern. American Academy of Ophthalmology. 2021.
谷口重雄 編著. 白内障手術パーフェクトマスター 改訂増補版. 中山書店. 2023.
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