La choriorétinite cryptococcique (Cryptococcal choroiditis) est une choriorétinite infectieuse causée par le champignon levuriforme encapsulé Cryptococcus neoformans¹˒². C’est l’une des maladies indicatrices du SIDA (AIDS-defining illness) et une cause importante de choriorétinite infectieuse chez les patients immunodéprimés³.
Les lésions choroïdiennes peuvent apparaître comme un symptôme oculaire précoce de la cryptococcose disséminée ou de la méningite. Sans traitement, l’évolution peut être fatale en quelques semaines, d’où l’importance cruciale d’un diagnostic et d’un traitement précoces.
La choroïdite à Cryptococcus présente généralement les signes suivants :
Lésions choroïdiennes blanc crème à jaunes (creamy yellow lesions) : colonies fongiques dans la choroïde³
Hémorragies rétiniennes à centre blanc (white-centered hemorrhages) : hémorragies ressemblant à des taches de Roth³˒⁶
En cas d’immunodéficience sévère, les réactions inflammatoires telles que la vitrite sont souvent absentes. Cela est dû à une diminution significative de la fonction immunitaire nécessaire pour déclencher une réponse immunitaire intraoculaire.
Épaississement choroïdien, foyers choroïdiens hyperréflectifs. La destruction de l’épithélium pigmentaire rétinien (EPR) n’est pas typique.
Ces signes d’imagerie sont non spécifiques.
QPourquoi y a-t-il peu de vitréite dans la choroïdite à Cryptococcus ?
A
Dans les états d’immunodéficience sévère, la fonction immunitaire elle-même, nécessaire pour recruter des cellules inflammatoires dans le vitré, est gravement altérée. Comme les lymphocytes T CD4+ sont inférieurs à 100 cellules/µL, la réponse inflammatoire à l’infection est difficile à déclencher. Par conséquent, la vitréite et l’inflammation de la chambre antérieure, souvent observées dans les endophtalmies infectieuses typiques, sont souvent minimes.
C. neoformans est un champignon levuriforme encapsulé largement présent dans l’environnement. Il est particulièrement abondant dans les fientes de pigeons séchées, et l’inhalation de spores aérosolisées constitue la principale voie d’infection.
Facteurs de risque (principaux) :
Infection par le VIH/SIDA (numération des cellules CD4+ < 100 cellules/µL)
Traitement immunosuppresseur après transplantation d’organe solide
Hémopathies malignes (lymphome, etc.)
Utilisation prolongée de corticostéroïdes
Autres états d’immunosuppression (traitement de maladies auto-immunes, etc.)
La choroïdite à Cryptococcus est une manifestation oculaire d’une maladie systémique, donc une évaluation systémique est essentielle.
Déroulement de l’évaluation initiale :
Anamnèse détaillée (vérification de l’état d’immunosuppression et des antécédents d’exposition)
Examen neurologique (évaluation de l’hypertension intracrânienne et des symptômes des nerfs crâniens)
Test de l’antigène cryptococcique sérique (CrAg)
Si CrAg positif ou symptômes présents, effectuer une ponction lombaire (PL)
Culture du liquide céphalorachidien (LCR), test CrAg, coloration à l’encre de Chine
Précision des tests diagnostiques :
Test
Caractéristique
Test LFA (test de flux latéral CrAg)
Sensibilité et spécificité >98%. Méthode diagnostique recommandée.
Culture fongique du LCR
Utilisée pour le diagnostic de confirmation. Sensibilité réduite en cas de traitement antifongique précoce ou antérieur.
Coloration au mucicarmin
Identifie l’épaisse capsule de C. neoformans.
Coloration à l’encre de Chine (India Ink Stain)
Identifie une capsule épaisse. Utile pour un diagnostic rapide
Diagnostic différentiel :
Diagnostic différentiel de la choroïdite à Cryptococcus chez les patients atteints de SIDA avancé :
Toxoplasmose (lésion nécrotique du pôle postérieur du fond d’œil)
Infection à Pneumocystis jiroveci (confirmée par expectoration induite ou lavage broncho-alvéolaire)
Mycobacterium tuberculosis (évalué par radiographie thoracique)
Histoplasma capsulatum (confirmé par examen histopathologique)
Candida albicans (fréquent dans les infections liées au cathéter)
QPeut-on diagnostiquer une choriorétinite à cryptocoque uniquement par l'examen du fond d'œil ?
A
Les signes du fond d’œil (lésions choroïdiennes blanc laiteux à jaunes + hémorragie avec point blanc central) sont caractéristiques, mais un diagnostic définitif nécessite un test CrAg et une culture du sérum et du liquide céphalorachidien.
Les résultats de l’angiographie à la fluorescéine, de l’ICG et de l’OCT sont tous non spécifiques, et il peut être difficile de distinguer d’autres choriorétinites infectieuses sur la seule base des signes oculaires.
Il est important d’évaluer globalement l’état général (degré d’immunodéficience, risque d’autres infections).
Les directives mondiales de la Société européenne de mycologie médicale (ECMM) et de la Société internationale de mycologie humaine et animale (ISHAM) (Chang et al., 2024)¹, ainsi que les directives de pratique clinique de l’Infectious Diseases Society of America (IDSA) (Perfect et al., 2010)², recommandent que tous les cas de cryptococcose disséminée non liée au système nerveux central et non pulmonaire, y compris les lésions oculaires, soient traités de la même manière que les maladies du système nerveux central.
Régime thérapeutique en 3 étapes :
Étape
Régime
Durée
Traitement d’induction
Amphotéricine B liposomale 3-4 mg/kg/jour + Flucytosine 25 mg/kg 4 fois par jour
2 semaines
Traitement de consolidation
Fluconazole 400-800 mg une fois par jour
8 semaines
Traitement d’entretien (Maintenance)
Fluconazole 200 mg une fois par jour
12 à 18 mois
Traitement alternatif dans les régions aux ressources limitées (phase d’induction) :
Administration unique à haute dose d’amphotéricine B liposomale (10 mg/kg) + flucytosine 100 mg/kg/jour + fluconazole 1200 mg/jour pendant 2 semaines.
QSi le traitement réussit, la choriorétinite à Cryptococcus est-elle guérie ?
A
Un traitement approprié permet de contrôler l’infection aiguë, mais un traitement d’entretien à long terme (fluconazole 12 à 18 mois) est nécessaire.
En raison du risque élevé de récidive, la dose du traitement d’entretien doit être réduite avec prudence.
La gestion de l’immunodéficience sous-jacente (en particulier le VIH) est également essentielle, et la récupération du nombre de CD4 influence considérablement le pronostic à long terme.
Le pronostic visuel dépend de l’étendue des lésions au moment de la découverte et de la rapidité du début du traitement.
C. neoformans est un champignon levuriforme doté d’une capsule (capsule polysaccharidique).
La capsule inhibe l’activation du complément et fonctionne comme un mécanisme d’évasion immunitaire en évitant la phagocytose par les macrophages.
Progression de l’infection :
Inhalation de spores → infection pulmonaire initiale
Chez l’hôte immunodéprimé, l’infection pulmonaire progresse et persiste.
Dissémination hématogène (hematogenous dissemination) incluant le système vasculaire choroïdien.
Colonisation de la choroïde → prolifération fongique locale → formation d’une choriorétinite.
Pourquoi l’inflammation intraoculaire est-elle faible en cas d’immunodéficience sévère ?
Dans un état immunitaire normal, l’immunité cellulaire de type Th1 est activée contre l’infection, provoquant une inflammation. Cependant, lorsque les lymphocytes T CD4+ sont gravement épuisés, cette réponse inflammatoire n’est pas déclenchée. Ainsi, dans la choriorétinite à Cryptococcus, les signes inflammatoires tels que la vitréite sont rares et la maladie progresse avec des symptômes légers.
Le flux sanguin abondant et la structure vasculaire (capillaires fenêtrés) de la choroïde facilitent la colonisation par C. neoformans disséminée par voie hématogène. La prolifération des colonies fongiques forme des lésions choroïdiennes blanc laiteux à jaunes. L’extension aux capillaires rétiniens adjacents peut provoquer des hémorragies rétiniennes avec un point blanc central (simulant des taches de Roth).
La cryptococcose reste une lourde charge de morbidité, en particulier dans les pays à revenu faible ou intermédiaire¹. La méningite cryptococcique entraîne fréquemment des troubles visuels, et une baisse d’acuité visuelle irréversible due à une neuropathie optique ou à une augmentation de la pression intracrânienne a été rapportée⁴˒⁵. Les principales tendances récentes de la recherche incluent :
Diffusion du test de flux latéral (LFA) : des kits de diagnostic simples avec une sensibilité et une spécificité supérieures à 98 % permettent un diagnostic précoce même dans les environnements médicaux aux ressources limitées.
Étude de l’amphotéricine B en dose unique élevée : en alternative au traitement conventionnel de deux semaines, un protocole à dose unique est étudié pour améliorer l’accès dans les régions aux ressources limitées.
Progrès du traitement du VIH : la généralisation de l’ART permet d’espérer une restauration du nombre de CD4, mais la gestion de l’IRIS (syndrome de reconstitution immunitaire) reste un défi important.
Transfert intraoculaire du médicament : On s’intéresse à la perméabilité relativement élevée du fluconazole à travers la barrière hémato-oculaire, permettant un bon accès aux lésions oculaires.
Chang CC, Harrison TS, Bicanic TA, et al. Global guideline for the diagnosis and management of cryptococcosis: an initiative of the ECMM and ISHAM in cooperation with the ASM. Lancet Infect Dis. 2024;24(8):e495-e512. PMID: 38346436. doi:10.1016/S1473-3099(23)00731-4
Perfect JR, Dismukes WE, Dromer F, et al. Clinical practice guidelines for the management of cryptococcal disease: 2010 update by the Infectious Diseases Society of America. Clin Infect Dis. 2010;50(3):291-322. PMID: 20047480. doi:10.1086/649858
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Joseph J, Sharma S, Narayanan R. Endogenous Cryptococcus neoformans endophthalmitis with subretinal abscess in a HIV-infected man. Indian J Ophthalmol. 2018;66(7):1015-1017. PMID: 29941759. doi:10.4103/ijo.IJO_60_18
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