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Examen des potentiels évoqués visuels (PEV)

1. Qu’est-ce que le potentiel évoqué visuel (VEP) ?

Section intitulée « 1. Qu’est-ce que le potentiel évoqué visuel (VEP) ? »

Le potentiel évoqué visuel (VEP) est un examen qui enregistre, à l’aide d’électodes placées sur le cuir chevelu, la réponse du cortex visuel cérébral évoquée par une stimulation visuelle. Il est réalisé pour évaluer objectivement la présence ou l’absence de lésions de la voie visuelle et les fonctions visuelles telles que l’acuité visuelle.

Le cortex visuel est principalement activé par le champ visuel central, et le lobe occipital possède une grande zone de projection de la macula. Le VEP dépend de l’intégrité de l’ensemble de la voie visuelle, comprenant l’œil, le nerf optique, le chiasma optique, le tractus optique, les radiations optiques et le cortex cérébral, et reflète particulièrement la fonction photopique allant des cônes maculaires au cortex visuel cérébral.

En tant qu’examen électrophysiologique, les trois principaux examens en ophtalmologie sont l’électrorétinogramme (ERG), le VEP et l’électro-oculogramme (EOG). Le VEP a une valeur particulière pour détecter les troubles fonctionnels de la partie supérieure de la voie visuelle non détectables par l’ERG, et pour évaluer la fonction visuelle dans les cas où les examens subjectifs sont difficiles.

La Société internationale d’électrophysiologie clinique de la vision (ISCEV) a révisé et publié un protocole standard en 2016, et il est recommandé d’enregistrer conformément à ce protocole afin de réduire les différences entre les établissements 4).

Les principales indications du VEP sont les cinq points suivants.

  • Examiner la présence ou l’absence de lésions de la voie visuelle (en particulier les lésions du nerf optique).
  • Évaluation de la fonction visuelle chez les patients incapables de réaliser un test de vision, comme les nourrissons
  • Diagnostic des troubles visuels psychogènes ou de la simulation
  • Lorsque l’opacité des milieux transparents empêche de visualiser le fond d’œil
  • Évaluation d’une baisse d’acuité visuelle inexpliquée
Q Pour quels patients le VEP est-il particulièrement utile ?
A

Il est utile lorsqu’une évaluation objective de la fonction visuelle est nécessaire. Les principales indications incluent les cas où l’examen de la vision est difficile (nourrissons), lorsque le fond d’œil n’est pas visible en raison d’une cataracte ou d’une hémorragie du vitré, les suspicions de trouble visuel psychogène ou de simulation, l’exploration des maladies du nerf optique, et les baisses d’acuité visuelle inexpliquées.

2. Types de VEP et principaux résultats d’examen

Section intitulée « 2. Types de VEP et principaux résultats d’examen »
Forme d'onde VEP normale : composantes N75, P100 et N145 des deux yeux (stimulation par inversion de motif)
Forme d'onde VEP normale : composantes N75, P100 et N145 des deux yeux (stimulation par inversion de motif)
Medicus of Borg. VEP-normal.gif. Wikimedia Commons. 2015. Source ID: commons.wikimedia.org/wiki/File:VEP-normal.gif. License: CC BY-SA 4.0.
Formes d’onde représentatives du VEP par inversion de motif pour les yeux droit et gauche d’un adulte sain, avec les pics des composantes négatives N75, positives P100 et négatives N145 marqués avec leur latence au sommet (ms) et amplitude (10 µV). Cela correspond à l’identification de la composante P100 et à l’évaluation des valeurs normales traitées dans la section « 2. Types de VEP et principaux résultats d’examen ».

La forme d’onde du VEP varie selon la méthode de stimulation. Le choix dépend de la possibilité de visualiser le fond d’œil et de l’acuité visuelle.

VEP par inversion de motif (PVEP)

Méthode de stimulation : Stimulation par motif consistant en l’inversion d’un damier noir et blanc.

Composition de la forme d’onde : Trois composantes : N75 (75 ms), P100 (100 ms), N135 (135 ms).

Latence normale de P100 : Environ 90 à 120 ms (varie selon l’âge). Faible variabilité interindividuelle et haute fiabilité.

Mesure de l’amplitude : mesurée par la différence de potentiel entre le pic N75 et le pic P100.

Indications : cas où le fond d’œil est visible. La plus grande sensibilité pour le diagnostic de névrite optique. Correction de la réfraction obligatoire.

VEP flash (FVEP)

Méthode de stimulation : stimulation uniquement par flash lumineux.

Configuration de l’onde : évaluée par N70 (environ 70 ms) et P100 (environ 100 ms). En raison des grandes variations individuelles, l’évaluation se fait par différence entre les deux yeux.

Latence normale de P100 : environ 90 à 120 ms (varie selon l’âge).

Amplitude chez l’enfant : environ 1,5 à 2,0 fois celle de l’adulte. Devient presque équivalente à celle de l’adulte vers 7-8 ans.

Indications : ① cas où le fond d’œil n’est pas visible (cataracte, hémorragie du vitré, etc.), ② cas où la fonction visuelle est gravement réduite et aucune réponse n’est obtenue par stimulation par motif, ③ cas où la fixation est difficile (nouveau-nés, etc.).

La VEP par motif se divise en VEP transitoire (t-VEP) et VEP en état stable (s-VEP). Lorsque la fréquence de stimulation est d’environ 2 Hz ou moins, on parle de t-VEP ; à 4 Hz ou plus (état stable), on parle de s-VEP. La t-VEP permet d’évaluer les caractéristiques de fréquence spatiale en modifiant la taille des carreaux, et comme elle est corrélée à l’acuité visuelle, elle est largement utilisée pour l’estimation objective de l’acuité visuelle. La s-VEP peut être mesurée en peu de temps, mais elle ne fournit que des informations d’amplitude et il est difficile d’évaluer un allongement de la latence.

Les résultats anormaux de la VEP sont classés en trois grandes catégories.

  • VEP non enregistrable (type disparu/plat) : observé dans la phase aiguë de la névrite optique ou dans les maladies du nerf optique avec une acuité visuelle extrêmement réduite (≤ 0,1). On observe également une disparition de l’onde après une lésion grave du nerf optique ou une énucléation.
  • Allongement de la latence du pic P100 : un allongement extrême de la latence est observé dans les maladies démyélinisantes comme la sclérose en plaques, avec une grande valeur diagnostique. Il est également allongé dans d’autres neuropathies optiques comme la névrite optique. Il est également allongé en cas de baisse sévère de l’acuité visuelle (≤ 0,1) due à une maculopathie, mais pas autant que dans la névrite optique.
  • Diminution de l’amplitude : observée dans l’atrophie optique et la myopie forte. En raison des grandes variations individuelles et de l’influence de l’âge, le rapport œil atteint/œil sain est utile pour l’évaluation des maladies unilatérales. La s-VEP a une sensibilité élevée et montre une différence entre les deux yeux dans les neuropathies optiques unilatérales et les maculopathies.
Q Quelles maladies provoquent un allongement de la latence de P100 ?
A

L’allongement de la latence de P100 est le plus marqué dans les maladies démyélinisantes telles que la sclérose en plaques, et a une grande valeur comme aide au diagnostic. Il s’allonge également dans la névrite optique et d’autres neuropathies optiques. Un allongement de la latence est également observé en cas de baisse sévère de l’acuité visuelle (≤ 0,1) due à une maculopathie, mais il n’est pas aussi extrême que dans la névrite optique. Voir la section « Diagnostic et méthodes d’examen » pour plus de détails.

La VEP étant une « méthode d’examen » et non une « maladie » spécifique, cette section présente les principales maladies pour lesquelles elle est indiquée.

Les principales indications de la VEP sont les suivantes :

  • Examen des maladies du nerf optique : évaluation objective de la voie visuelle dans la névrite optique, la neuropathie optique et le glaucome
  • Surveillance de la fonction visuelle chez les nourrissons et les jeunes enfants : lorsque la coopération pour un test d’acuité visuelle n’est pas possible
  • Prédiction du pronostic visuel pré- et postopératoire : pour prédire le pronostic d’un œil avec une mauvaise acuité visuelle avant une chirurgie telle que la cataracte
  • Exclusion de la simulation et des troubles visuels psychogènes : la VEP par apparition/disparition de pattern est particulièrement utile chez les simulateurs
  • Aide au diagnostic des maladies démyélinisantes : dans la sclérose en plaques, elle peut détecter une névrite optique asymptomatique
  • Surveillance peropératoire de la voie visuelle : protection de la voie visuelle lors de chirurgies pour tumeurs de la base du crâne ou de l’hypophyse

Diagnostic différentiel par combinaison de la VEP et de l’ERG

Section intitulée « Diagnostic différentiel par combinaison de la VEP et de l’ERG »

La VEP par pattern peut également montrer des anomalies en cas de lésion maculaire. En combinant l’ERG, il est possible de confirmer la présence ou l’absence d’anomalies de la fonction maculaire et d’estimer la localisation de la lésion.

VEPERGSite lésionnel estimé
AnormalNormalNerf optique ~ cerveau (problème suprarétinien)
AnormalAnormalProblème étendu de la rétine aux voies visuelles
NormalAnormalMaladie rétinienne (voies visuelles normales)

Préparation du patient et placement des électrodes

Section intitulée « Préparation du patient et placement des électrodes »

Les préparations standard pour l’enregistrement VEP sont présentées ci-dessous.

Préparation du patient

  • Le VEP par motif est réalisé avec correction optique (correction de la réfraction obligatoire).
  • Pour le VEP flash, il est souhaitable de dilater la pupille pour uniformiser la stimulation. En cas d’enregistrement simultané avec l’ERG, la dilatation est également recommandée.
  • Enregistrement monoculaire (occlusion complète de l’œil controlatéral).
  • Réaliser dans une posture confortable et détendue.

Placement des électrodes (selon le système international 10-20).

Placement des électrodes pour l'examen VEP : électrodes de scalp selon le système international 10-20.
Placement des électrodes pour l'examen VEP : électrodes de scalp selon le système international 10-20.
Shandilya M, Agrawal R. A Comprehensive Review on Methodologies Employed for Visual Evoked Potentials. Scientifica (Cairo). 2016;2016:9852194. Figure 3. PMCID: PMC4789528. License: CC BY.
Photographie de profil d’un sujet portant des électrodes en cupule pour EEG sur l’occiput, les lobes d’oreille et le front, montrant le placement des électrodes active, de référence et de terre selon le système international 10-20. Correspond à la section « 4. Diagnostic et méthodes d’examen » sur le placement des électrodes (système international 10-20).
  • Placer l’électrode active à 5-15 % de la distance entre la protubérance occipitale et la racine du nez.
  • Placer l’électrode de référence et l’électrode de terre sur les deux lobes d’oreille.
  • Utiliser des électrodes en cupule pour EEG d’environ 8 mm de diamètre (électrodes en chlorure d’argent ou en or) et les fixer avec une pâte spéciale.
  • L’impédance entre les électrodes doit être inférieure ou égale à 5 kΩ.
Moniteur de stimulation pour VEP par inversion de motif (damier) avec point de fixation central.
Moniteur de stimulation pour VEP par inversion de motif (damier) avec point de fixation central.
Shandilya M, Agrawal R. A Comprehensive Review on Methodologies Employed for Visual Evoked Potentials. Scientifica (Cairo). 2016;2016:9852194. Figure 2. PMCID: PMC4789528. License: CC BY.
Photographie d’un moniteur de stimulation pour VEP par inversion de motif affichant un damier noir et blanc, avec un point de fixation rouge au centre et une grille de damier uniforme. Correspond à la section « 4. Diagnostic et méthodes d’examen » sur les réglages de stimulation par inversion de motif standard ISCEV.

Les trois méthodes de stimulation définies par l’ISCEV sont les suivantes 4).

Méthode de stimulationConditions de stimulationPrincipales caractéristiques
Inversion de motifDamier 1°·0,25°, inversion 2 rpsFaible variabilité, haute fiabilité
Apparition/disparition de motifApparition 200 ms, disparition 400 msUtile pour simulation et nystagmus
Flash1 Hz, 3 cd·s/m²Applicable en cas d’opacité des milieux et de basse vision

Conditions d’enregistrement : Le gain de l’amplificateur biologique est de 20 000 à 50 000 fois, le filtre passe-bande est un filtre passe-haut (coupe-bas) inférieur à 1 Hz et un filtre passe-bas (coupe-haut) supérieur à 100 Hz. Le nombre de moyennages est d’environ 64 à 128 fois. Le temps d’analyse est d’au moins 250 ms, avec un temps de pré-déclenchement d’environ 20 à 50 ms.

Évaluation du chiasma et post-chiasmatique par stimulation hémichamp

Section intitulée « Évaluation du chiasma et post-chiasmatique par stimulation hémichamp »

Un enregistrement VEP multicanal est nécessaire, avec des électrodes actives placées sur Oz (médian) ainsi que sur O1 et O2 (latéraux).

  • Lésion chiasmatique (ex. albinisme avec projection erronée) : provoque une distribution asymétrique des VEP sur le scalp occipital, appelée « asymétrie croisée » (crossed asymmetry).
  • Dysfonction rétrochiasmatique : présente une « asymétrie non croisée » (uncrossed asymmetry).

Diagnostic différentiel des troubles visuels psychogènes et de la simulation

Section intitulée « Diagnostic différentiel des troubles visuels psychogènes et de la simulation »

Chez les patients se plaignant d’une baisse d’acuité visuelle monoculaire, la mesure des potentiels évoqués visuels (VEP) permet de diagnostiquer un trouble visuel non organique si les résultats sont normaux et symétriques.

Pour le diagnostic différentiel des troubles visuels psychogènes, on enregistre les VEP par stimulation structurée, quelle que soit l’acuité visuelle. En général, l’amplitude et la latence sont normales et symétriques, mais les patients psychogènes peuvent obtenir de meilleurs résultats que les sujets normaux car ils coopèrent et regardent attentivement la cible de stimulation. En cas de suspicion de simulation, il est important de vérifier la fixation, et les VEP d’apparition/disparition de pattern sont particulièrement utiles.

Effectuer l’enregistrement en tenant compte des quatre points suivants :

  1. Réduction du bruit : en cas de bruit excessif, vérifier les électrodes et la mise à la terre.
  2. Prévention des artefacts EMG : une tension excessive ou une raideur des épaules peut provoquer des artefacts EMG. Demander au patient de se détendre pendant l’examen.
  3. Prévention des artefacts alpha : la somnolence entraîne des artefacts alpha. Demander au patient de venir en bonne condition physique.
  4. Vérification de la fixation : s’assurer que le patient fixe correctement l’écran de stimulation en observant son comportement pendant l’enregistrement.
Q Quelles sont les précautions à prendre lors de l'examen VEP chez les nourrissons et les jeunes enfants ?
A

Chez les nourrissons et les jeunes enfants très agités, des sédatifs peuvent être utilisés, mais il est préférable d’obtenir les VEP à l’état éveillé pour de meilleures formes d’onde. Les sédatifs utilisés comprennent le suppositoire d’hydrate de chloral (30 à 50 mg/kg) ou la solution de trichloréthyl phosphate (0,8 à 1,0 mL/kg). L’enregistrement sous sommeil est contaminé par les ondes cérébrales du sommeil, nécessitant une interprétation tenant compte de la profondeur du sommeil. Les hypnotiques à action sur le tronc cérébral comme le phénobarbital stabiliseraient les VEP, mais leur utilisation nécessite une attention particulière en raison du risque de dépression respiratoire.

5. Applications cliniques et utilisation pour le suivi thérapeutique

Section intitulée « 5. Applications cliniques et utilisation pour le suivi thérapeutique »

En cas d’opacité des milieux transparents comme la cataracte, l’utilisation du flash VEP avant la chirurgie permet d’estimer la fonction du pôle postérieur et du nerf optique, et d’aider à prédire le pronostic visuel postopératoire. Une anomalie du flash VEP suggère la présence d’une lésion des voies visuelles et constitue un indicateur de mauvais pronostic visuel postopératoire.

La surveillance VEP pendant la chirurgie des tumeurs de la base du crâne ou de l’hypophyse permet la détection en temps réel des lésions des voies visuelles et la modification de l’approche chirurgicale.

Le monitorage peropératoire conventionnel par flash VEP a été critiqué pour son instabilité et sa faible reproductibilité sous anesthésie générale.

Foo et al. (2025) ont rapporté un cas de chirurgie de méningiome de la base du crâne où, malgré l’absence de changement peropératoire du flash VEP (on-response), le VEP off-response a montré une augmentation d’amplitude de 40 % (de 2,8 V à 4,0 V) après résection de la tumeur autour du nerf optique, et l’acuité visuelle de l’œil droit s’est nettement améliorée de 0,1 à 0,5 (échelle de Landolt) en postopératoire1). Le VEP off-response enregistre indépendamment le potentiel survenant à la fin de la stimulation lumineuse, et peut fournir des ondes plus stables que le flash VEP conventionnel, avec une sensibilité potentiellement plus élevée pour détecter l’amélioration de la fonction visuelle.

Les examens électrophysiologiques sont particulièrement importants chez l’enfant, car les tests fonctionnels subjectifs comme l’acuité visuelle et le champ visuel sont peu fiables, et le VEP en tant qu’examen objectif gagne en importance.

Les principales indications du VEP chez l’enfant sont les suivantes :

  • Estimation objective de l’acuité visuelle chez le nourrisson : le sweep VEP utilise des stimuli à motifs avec des fréquences spatiales progressivement variables pour évaluer quantitativement le seuil visuel, et est considéré comme une méthode plus objective de mesure de l’acuité visuelle que le flash VEP.
  • Évaluation de la vision binoculaire et du développement de la fusion : des études utilisant le VEP ont montré que la vision binoculaire existe dès l’âge de 2 mois et que la fusion commence entre 3 et 5 mois.
  • Évaluation de l’amblyopie : évaluée par la latence et l’amplitude du VEP. Le VEP à motifs (pVEP) est utile comme indicateur du traitement visuel sous-seuil pour l’évaluation de l’œil amblyope. Un allongement de la latence de P100 reflète un ralentissement du traitement de l’information visuelle dans l’œil amblyope.
  • Diagnostic des maladies des voies visuelles : aide au diagnostic de la névrite optique, de la neuropathie optique compressive, etc.

Dans une série de 3 cas d’amblyopie strabique rapportée par Blavakis et al. (2023), la pVEP a été évaluée avant et après 20 heures d’entraînement par jeu dichoptique utilisant un système de réalité virtuelle (VR) (2 à 4 fois par semaine)2). Chez les 3 cas, la latence de P100 de l’œil amblyope s’est améliorée (ex : cas 1 : de 145 ms à 136 ms avec un stimulus de 10 arcmin, cas 2 : de 147 ms à 139 ms) et la vision stéréoscopique s’est également nettement améliorée (ex : cas 1 : de 100 arcsec à 50 arcsec). Il a été suggéré que l’amélioration de la vitesse de traitement visuel évaluée par VEP pourrait précéder l’amélioration de l’acuité visuelle.

Chez les patients se plaignant d’une baisse d’acuité visuelle monoculaire, si la VEP est normale et symétrique, un trouble visuel non organique peut être diagnostiqué. Dans la sclérose en plaques, la VEP est également précieuse comme aide diagnostique car elle peut détecter une névrite optique asymptomatique, et un allongement de la latence de P100 est un élément clé du diagnostic.

6. Physiopathologie et base théorique de l’évaluation des voies visuelles

Section intitulée « 6. Physiopathologie et base théorique de l’évaluation des voies visuelles »

La VEP enregistre les potentiels évoqués dans le cortex visuel primaire (V1) du lobe occipital en réponse à une stimulation visuelle. La composante P100 est reconnue comme un corrélat électrique de l’activité du cortex visuel primaire.

Le schéma de transmission du signal le long de la voie visuelle est le suivant :

  1. Réception de la stimulation lumineuse dans la rétine (cônes)
  2. Transmission du signal des cellules ganglionnaires rétiniennes au nerf optique
  3. Chiasma optique (croisement des hémi-champs)
  4. Relais synaptique dans le corps genouillé latéral (thalamus)
  5. Via les radiations optiques jusqu’au cortex visuel primaire (V1) du lobe occipital

La VEP par damier reflète davantage la fonction fovéale que la VEP par flash et est adaptée à l’évaluation de l’acuité visuelle centrale. La VEP par flash évalue l’ensemble de la voie visuelle, de la couche des cellules ganglionnaires rétiniennes au centre visuel, mais présente une grande variabilité interindividuelle.

Mécanisme des anomalies de la VEP dans les maladies démyélinisantes

Section intitulée « Mécanisme des anomalies de la VEP dans les maladies démyélinisantes »
Enregistrements VEP séquentiels d'un cas de névrite optique : comparaison de l'allongement de la latence de P100 de l'œil atteint avec l'œil sain
Enregistrements VEP séquentiels d'un cas de névrite optique : comparaison de l'allongement de la latence de P100 de l'œil atteint avec l'œil sain
Alam MdM, Kasowski H, Cossette-Harvey M, et al. Simulating the Effects of Partial Neural Conduction Delays in the Visual Evoked Potential. Transl Vis Sci Technol. 2024;13(2):18. Figure 1. PMCID: PMC10896232. License: CC BY 4.0.
Traces VEP pattern de l’œil droit (RE, normal) et de l’œil gauche (LE, œil atteint) d’un patient atteint de névrite optique aux jours 0, 30, 182 et 758 après le début, montrant une prolongation de la latence P100 à 121 ms au jour 30 et une récupération à 91 ms après 758 jours. Cela correspond au mécanisme de prolongation de la latence P100 dans les maladies démyélinisantes traitées dans la section « 6. Physiopathologie et évaluation de la voie visuelle ».

Dans la sclérose en plaques, la démyélinisation endommage la gaine de myéline, ce qui réduit la vitesse de conduction des axones nerveux et prolonge significativement la latence P100. Même après amélioration de la démyélinisation, le retard de latence peut persister longtemps, ce qui permet de détecter des traces de névrite optique asymptomatique, offrant une grande valeur diagnostique.

Une diminution de l’amplitude reflète souvent une perte des axones eux-mêmes (lésion axonale). Alors qu’un simple retard de latence est associé à un bon pronostic de récupération, une diminution de l’amplitude tend à indiquer un pronostic plus défavorable.

Chez les enfants atteints de déficience visuelle corticale (CVI), les VEP flash et pattern ont été utilisées pour le diagnostic et l’évaluation pronostique. Cependant, l’interprétation des VEP chez les enfants CVI a des limites, et des rapports contradictoires existent quant à leur utilité diagnostique.

Clark et al. (44 nourrissons) ont rapporté que 85 % (11/13) des nourrissons avec une réponse VEP flash normale ont connu une amélioration significative de l’acuité visuelle, contre 55 % (17/31) dans le groupe avec VEP anormale3). Cependant, d’autres études n’ont pas trouvé de corrélation entre une réponse VEP flash normale et le résultat visuel, et les différences de paradigme VEP (flash vs pattern), d’âge des sujets, de durée de suivi et de définition de l’amélioration visuelle pourraient expliquer ces divergences3).

La VEP balayée (sweep VEP) utilise des stimuli à motifs avec des fréquences spatiales progressivement variables pour évaluer quantitativement le seuil visuel, et est considérée comme une méthode plus objective de mesure de l’acuité visuelle que la VEP flash. Des études chez des enfants CVI ont confirmé la fiabilité et la validité de l’acuité visuelle de grille obtenue par sweep VEP par rapport à l’évaluation clinique3). Cependant, les difficultés de placement des électrodes dues à des anomalies cérébrales structurelles et l’influence des crises d’épilepsie ou des médicaments antiépileptiques sont des limites à l’interprétation3).

VEP multifocale et potentiels liés aux événements

Section intitulée « VEP multifocale et potentiels liés aux événements »

VEP multifocale (multifocal VEP) : Utilisant un équipement similaire à celui de l’électrorétinographie multifocale, elle est prometteuse comme méthode objective de mesure du champ visuel pour détecter les lésions de la voie visuelle au-dessus de la rétine. Son application à l’évaluation objective des défauts du champ visuel dans le glaucome est à l’étude, mais en raison de la réponse importante de la macula et de la faible réponse périphérique, sa diffusion en tant qu’examen clinique courant reste difficile.

Potentiel évoqué cognitif (ERP) : On place une électrode au sommet du crâne et on évalue la composante P300 qui apparaît vers 300 ms. Lié au traitement de l’information et à l’activité cognitive, il est appliqué en ophtalmologie pour le diagnostic et la compréhension physiopathologique de certains cas de trouble visuel psychogène.


7. Recherches récentes et perspectives futures (rapports de stade de recherche)

Section intitulée « 7. Recherches récentes et perspectives futures (rapports de stade de recherche) »

Amélioration de la surveillance peropératoire par VEP off-response

Section intitulée « Amélioration de la surveillance peropératoire par VEP off-response »

Même lorsque la VEP flash conventionnelle (on-response) n’a pas détecté de changements peropératoires, un rapport de cas unique a montré que la VEP off-response pouvait détecter avec une sensibilité élevée l’amélioration de la fonction visuelle 1). Cette méthode consiste à prolonger la durée du stimulus lumineux pour enregistrer séparément les réponses on et off, et on s’attend à des formes d’onde plus stables et à une sensibilité accrue. Actuellement, il ne s’agit que d’un rapport de cas unique, et le seuil minimal d’augmentation significative de l’amplitude de la VEP n’est pas encore déterminé, ce qui nécessite une accumulation supplémentaire de données multicentriques 1).

Affinement de la mesure objective de l’acuité visuelle par VEP balayée

Section intitulée « Affinement de la mesure objective de l’acuité visuelle par VEP balayée »

La VEP balayée fait l’objet de recherches continues en tant que méthode de mesure objective de l’acuité visuelle chez les patients difficiles à évaluer, notamment les enfants atteints de CVI. L’acuité de résolution spatiale (grating acuity) de la VEP balayée a une sensibilité de détection inférieure à celle de l’acuité vernier, mais elle donne systématiquement des valeurs plus élevées que l’acuité visuelle comportementale (méthode FPL) 3). À l’avenir, on espère étendre son application à d’autres maladies pédiatriques que la CVI.

Entraînement dichoptique et surveillance des effets par VEP

Section intitulée « Entraînement dichoptique et surveillance des effets par VEP »

La pVEP est utilisée pour évaluer l’efficacité de l’entraînement par jeu dichoptique avec un casque VR. Il a été suggéré que l’amélioration de la vitesse de traitement visuel (latence de P100) évaluée par pVEP pourrait précéder l’amélioration de l’acuité visuelle 2), et des essais contrôlés randomisés à grande échelle sont attendus pour le vérifier. La récidive de l’amblyopie survient chez jusqu’à 25 % des patients dans l’année suivant l’arrêt du traitement, et la relation entre les changements de la VEP lors du suivi à long terme et la récidive reste un sujet d’étude 2).

Développement de dispositifs VEP portables et d’analyse par IA

Section intitulée « Développement de dispositifs VEP portables et d’analyse par IA »

Ces dernières années, le développement de dispositifs VEP portables permettant des mesures au chevet du patient ou à domicile a progressé. De plus, l’utilisation de l’IA pour l’analyse automatique des formes d’onde VEP est également en phase de recherche, et on s’attend à ce qu’elle réduise la variabilité entre les évaluateurs et améliore la précision des examens.


  1. Foo MX, Hardian RF, Kanaya K, et al. Postoperative improvement of visual function following amplitude increase in intraoperative off-response visual evoked potential (VEP) monitoring during a skull base meningioma surgery. Cureus. 2025;17(4):e82563.

  2. Blavakis E, Spaho J, Chatzea M, Gleni A, Plainis S. Dichoptic game training in strabismic amblyopia improves the visual evoked response. Cureus. 2023;15(9):e45395.

  3. Chang MY, Borchert MS. Advances in the evaluation and management of cortical/cerebral visual impairment in children. Surv Ophthalmol. 2020;65(6):708-724.

  4. Odom JV, Bach M, Brigell M, et al. ISCEV standard for clinical visual evoked potentials: (2016 update). Doc Ophthalmol. 2016;133(1):1-9.

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