Bonne utilisation des collyres et intervalle entre plusieurs gouttes (How-to-Use-Eye-Drops-Correctly-and-Multiple-Drop-Intervals)
Points clés en un coup d’œil
Section intitulée « Points clés en un coup d’œil »1. Quelle est la bonne façon d’utiliser les collyres ?
Section intitulée « 1. Quelle est la bonne façon d’utiliser les collyres ? »Les collyres (eye drops) sont un moyen de base pour traiter les maladies de l’œil, et une bonne technique est directement liée à leur efficacité et à leur sécurité. S’ils ne sont pas utilisés correctement, de nombreux problèmes peuvent survenir, comme une baisse de l’effet du traitement, une augmentation des effets secondaires systémiques et une moins bonne observance.
Pourquoi une seule goutte à la fois
Section intitulée « Pourquoi une seule goutte à la fois »Le cul-de-sac conjonctival peut retenir environ 7 à 10 μL de liquide1). En revanche, une goutte provenant d’un flacon de collyre commercial est d’environ 30 à 50 μL3), soit bien plus que la capacité du cul-de-sac conjonctival. L’excédent déborde hors de la paupière ou est absorbé dans tout l’organisme par le canal nasolacrymal1). Même en ajoutant une deuxième goutte, l’effet du médicament n’augmente pas ; seuls augmentent le risque d’effets secondaires systémiques et l’exposition aux conservateurs1).
Règles de base pour l’instillation
Section intitulée « Règles de base pour l’instillation »Les points essentiels d’une bonne instillation sont : une goutte à la fois, au moins 5 minutes entre plusieurs collyres, et une pression sur le sac lacrymal après l’instillation.
Aperçu de la pharmacocinétique des collyres :
| Voie d’absorption | Détail |
|---|---|
| Par la cornée | Voie principale de pénétration intraoculaire. La concentration dans la chambre antérieure atteint son maximum 5 à 10 minutes après l’instillation |
| Par la conjonctive et la sclère | Absorption à partir de la zone autour de la cornée. Importante pour certains médicaments |
| Par le canal nasolacrymal (systémique) | Biodisponibilité élevée car il n’y a pas d’effet de premier passage hépatique. Principale cause des effets indésirables |
Comprendre comment le médicament est absorbé après l’instillation permet de donner aux patients des consignes appropriées sur l’utilisation des gouttes ophtalmiques1).
Une goutte suffit à chaque fois. La capacité du sac conjonctival n’est que d’environ 7 à 10 μL, donc seule une partie d’une goutte (environ 30 à 50 μL) est absorbée dans l’œil. Même si l’on met deux gouttes ou plus, l’efficacité ne change pas ; cela augmente seulement le risque d’effets indésirables et l’exposition aux conservateurs.
2. Technique de base des gouttes ophtalmiques
Section intitulée « 2. Technique de base des gouttes ophtalmiques »
Présentez étape par étape la bonne manière d’instiller un collyre. Les erreurs de technique peuvent diminuer fortement l’effet du médicament1).
Procédure standard
Section intitulée « Procédure standard »- Lavage des mains : Lavez-vous bien les mains avec du savon et de l’eau courante, puis séchez-les avec une serviette propre.
- Abaissement de la paupière inférieure : En regardant dans un miroir, abaissez doucement la paupière inférieure pour exposer le cul-de-sac conjonctival.
- Instillation : Sans toucher l’œil, les cils ni les doigts avec l’embout du flacon, instillez une goutte à 1–2 cm de distance.
- Fermeture des yeux et pression du sac lacrymal : Fermez doucement les yeux et appuyez légèrement avec l’index sur le coin interne de l’œil (zone du sac lacrymal) pendant 1 à 2 minutes.
- Gestion de l’excès de liquide : Essuyez le médicament débordé avec un mouchoir propre, en allant de l’œil vers l’extérieur.
Intérêt de la pression du sac lacrymal
Section intitulée « Intérêt de la pression du sac lacrymal »Elle peut réduire d’environ 60 % l’absorption systémique par le canal nasolacrymal1). Elle est particulièrement importante pour prévenir les effets indésirables systémiques (ralentissement du rythme cardiaque, bronchospasme) des collyres bêtabloquants (comme le timolol). Elle est recommandée chez les patients atteints de maladie cardiaque ou respiratoire, les personnes âgées et les enfants.
Cligner des yeux de façon répétée après l’instillation est contre-productif. L’ouverture et la fermeture rapides des paupières favorisent le passage du médicament dans le canal nasolacrymal et réduisent la quantité absorbée dans l’œil1).
Utilisation d’aides à l’instillation
Section intitulée « Utilisation d’aides à l’instillation »Chez les personnes âgées, celles ayant une dextérité digitale réduite et les enfants, l’utilisation d’aides à l’instillation est efficace2). Ces dispositifs améliorent le taux de réussite de l’instillation et favorisent aussi l’observance. Chez l’enfant, il est efficace de le faire allonger sur le dos, yeux fermés, d’instiller une goutte au coin interne de l’œil (zone du sac lacrymal), puis de lui faire ouvrir les yeux.
Non. Si vous clignez plusieurs fois des yeux après avoir mis les gouttes, le médicament peut s’écouler par le canal nasolacrymal, ce qui réduit la quantité absorbée par l’œil. Après l’instillation, fermez doucement les yeux et appuyez sur le coin interne de l’œil pendant 1 à 2 minutes.
3. Intervalle et ordre de plusieurs gouttes
Section intitulée « 3. Intervalle et ordre de plusieurs gouttes »De nombreux patients se voient prescrire plusieurs gouttes ophtalmiques, et respecter le bon intervalle et le bon ordre est la clé pour maximiser l’effet du traitement.
Règle des 5 minutes
Section intitulée « Règle des 5 minutes »Lorsqu’on utilise plusieurs gouttes ophtalmiques, il faut laisser au moins 5 minutes entre chaque instillation. Le temps nécessaire pour que la première goutte soit absorbée et évacuée du cul-de-sac conjonctival est d’environ 5 minutes1), et si l’intervalle est trop court, la goutte suivante peut entraîner la précédente (effet de dilution). Certaines références recommandent aussi un intervalle de 10 minutes1).
Principe de l’ordre d’instillation
Section intitulée « Principe de l’ordre d’instillation »Suivez l’ordre ci-dessous en fonction des caractéristiques de la préparation.
| Ordre | Type de préparation | Exemples courants |
|---|---|---|
| Premier | Collyres aqueux | Antibiotiques, bêtabloquants, préparations de prostaglandines |
| Deuxième | Suspension | Suspension de fluorométholone, suspension d’olopatadine |
| Troisième | Formulations en gel | Timoptol XE®, Rysmon TG® |
| Quatrième (dernier) | Pommade ophtalmique | Pommade ophtalmique antibactérienne, pommade à l’érythromycine |
Les suspensions (comme la suspension de fluorométholone) contiennent des particules qui se déposent, il faut donc bien agiter avant utilisation. Les formulations en gel peuvent brouiller temporairement la vision, il faut donc les utiliser en dernier. Les pommades ophtalmiques ont une base huileuse qui peut empêcher les gouttes oculaires d’atteindre la cornée, il faut donc les utiliser après toutes les gouttes.
Réduire la charge liée à l’utilisation de collyres combinés
Section intitulée « Réduire la charge liée à l’utilisation de collyres combinés »Les collyres combinés, qui regroupent plusieurs médicaments dans un seul flacon, sont utiles pour réduire le nombre d’instillations et améliorer l’observance. Par exemple, le collyre combiné latanoprost/timolol (Xalacom®) peut administrer deux médicaments en une seule instillation et réduire aussi l’exposition aux conservateurs2).
Exemples de collyres combinés courants pour le glaucome :
| Nom du produit | Composants | Caractéristiques |
|---|---|---|
| Xalacom® | Latanoprost + timolol | Analogue des prostaglandines + bêtabloquant |
| DuoTrav® | Travoprost + timolol | Analogue des prostaglandines + bêtabloquant |
| Azarga® | Brinzolamide + timolol | Inhibiteur de l’anhydrase carbonique + bêtabloquant |
| Cosopt® | dorzolamide + timolol | inhibiteur de l’anhydrase carbonique + bêtabloquant |
| Locoa® | tafluprost + timolol | analogue de la prostaglandine + bêtabloquant (sans conservateur) |
En cas de traitement par plusieurs médicaments, le passage à des collyres associés est efficace pour améliorer l’observance et réduire l’exposition aux conservateurs2).
Non. Il faut laisser au moins 5 minutes entre chaque instillation. Si on les met l’un à la suite de l’autre, le premier médicament peut être rincé et ne pas agir suffisamment. L’ordre de base est : solution → suspension → gel → pommade ophtalmique.
4. Conservation et gestion des collyres
Section intitulée « 4. Conservation et gestion des collyres »Caractéristiques et précautions d’emploi des principales classes de collyres
Section intitulée « Caractéristiques et précautions d’emploi des principales classes de collyres »Comprendre les caractéristiques pharmacologiques des collyres permet d’orienter les patients et de les utiliser correctement1).
Médicaments contre la sécheresse oculaire :
- Larmes artificielles : à base de solution saline. Elles n’apportent que de l’hydratation. Les produits contenant des conservateurs doivent être utilisés avec prudence pendant le port de SCL
- Collyre de diquafosol sodique à 3 % (Diquas®) : stimule la sécrétion d’eau et de mucine. 6 fois par jour. Contient des conservateurs
- Rébamipide à 2 % (Mucosta® ophtalmique UD) : stimule la production de mucine. Agiter avant utilisation
- Collyre d’hyaluronate de sodium : protège et lubrifie la surface de la cornée. Existe en concentrations de 0,1 à 0,3 % ; dans les cas sévères, les concentrations plus élevées sont efficaces
Médicaments antiallergiques (collyres) :
- Antihistaminiques (olopatadine, kétotifène, etc.) : action rapide
- Inhibiteurs de la libération des médiateurs (cromoglycate, tranilast, etc.) : utilisés à titre préventif
- Collyres combinés antihistaminique + inhibiteur de la libération des médiateurs : 2 à 3 fois par jour
Classes de médicaments contre le glaucome et fréquence quotidienne d’utilisation :
- Médicaments liés aux prostaglandines : 1 fois par jour (au coucher)
- Bêtabloquants : 2 fois par jour (certains, 1 fois)
- Inhibiteurs de l’anhydrase carbonique : 3 fois par jour
- Agonistes α2 : 2 à 3 fois par jour
- Inhibiteurs de la Rho kinase (ripasudil) : 2 fois par jour
- Collyres combinés : 1 à 2 fois par jour (selon les composants)
Température de conservation et protection contre la lumière
Section intitulée « Température de conservation et protection contre la lumière »Les conditions de conservation typiques sont indiquées ci-dessous.
| Catégorie de conservation | Condition | Médicaments représentatifs |
|---|---|---|
| Conservation à température ambiante | 1 à 30 °C | De nombreux collyres (timolol, dorzolamide, etc.) |
| Conservation au réfrigérateur | 2 à 8 °C | Latanoprost (avant ouverture), certains collyres antibiotiques |
| Conservation à l’abri de la lumière | Éviter la lumière | Collyre d’épinastine, certains collyres AINS |
Évitez de le laisser dans une voiture ou dans tout autre endroit chaud, car la chaleur peut altérer le médicament. Pour les produits conservés au réfrigérateur, les remettre à température ambiante juste avant l’utilisation peut réduire la sensation de picotement lors de l’instillation.
Durée d’utilisation après ouverture
Section intitulée « Durée d’utilisation après ouverture »Les préparations contenant un conservateur doivent en principe être utilisées dans le mois qui suit l’ouverture. Les préparations sans conservateur (unidose) doivent être utilisées immédiatement après ouverture, et le reste doit être jeté. Les collyres laissés longtemps sans être utilisés ne doivent pas l’être en raison du risque de contamination microbienne.
Hygiène du flacon
Section intitulée « Hygiène du flacon »- Ne laissez pas l’embout du flacon toucher l’œil, les cils ou les doigts (pour éviter toute contamination).
- Refermez bien le capuchon immédiatement après usage.
- Ne partagez pas les gouttes ophtalmiques avec d’autres personnes, car il existe un risque de transmission d’infection.
- Si vous utilisez plusieurs collyres, distinguez-les par la couleur et la forme du flacon afin d’éviter toute confusion.
5. Effets indésirables généraux et précautions des gouttes ophtalmiques
Section intitulée « 5. Effets indésirables généraux et précautions des gouttes ophtalmiques »Voie d’absorption systémique
Section intitulée « Voie d’absorption systémique »Après l’instillation, le médicament est absorbé par le canal nasolacrymal → les vaisseaux de la muqueuse nasale → puis la circulation systémique1). Comme cette voie ne subit pas l’effet de premier passage hépatique, certains médicaments peuvent avoir une biodisponibilité systémique élevée. La pression sur le sac lacrymal bloque cette voie et réduit l’absorption systémique d’environ 60%1).
Principaux effets indésirables généraux selon la classe de médicament
Section intitulée « Principaux effets indésirables généraux selon la classe de médicament »| Classe de médicament | Médicaments représentatifs | Principaux effets indésirables généraux | Remarques particulières |
|---|---|---|---|
| Bêtabloquants | Timolol, cartéolol | Bradycardie, hypotension, bronchospasme, aggravation de l’insuffisance cardiaque | Le timolol est contre-indiqué chez les patients asthmatiques |
| Médicaments apparentés aux prostaglandines | Latanoprost, bimatoprost | Pigmentation de l’iris, hypertrichose périoculaire, DUES/PAP | Contre-indiqué chez la femme enceinte en raison du risque de contractions utérines |
| Inhibiteurs de l’anhydrase carbonique (collyres) | Dorzolamide, brinzolamide | Trouble du goût, atteinte de l’endothélium cornéen | À utiliser avec prudence chez les patients atteints d’insuffisance rénale sévère |
| Agonistes alpha-2 | Brimonidine | Somnolence, bouche sèche, hypotension | Contre-indiqué chez les enfants de moins de 2 ans en raison du risque de dépression respiratoire |
| Mydriatiques | Atropine | Fièvre, tachycardie, bouche sèche | Attention particulière aux effets indésirables systémiques chez l’enfant |
| Corticoïdes | Fluorométholone, bétaméthasone | Augmentation de la pression intraoculaire, cataracte sous-capsulaire postérieure | Les effets indésirables systémiques sont relativement rares |
| Collyres antibactériens | Lévofloxacine, etc. | Hypersensibilité, dermatite de contact |
Les collyres bêta-bloquants (comme le timolol) peuvent être absorbés dans l’organisme par le canal nasolacrymal et provoquer une bradycardie, des palpitations ou un essoufflement. Une pression correcte sur le sac lacrymal après l’instillation peut réduire la quantité absorbée. Si les symptômes persistent, il faut consulter le médecin traitant.
6. Instillation des collyres dans des situations particulières
Section intitulée « 6. Instillation des collyres dans des situations particulières »Porteurs de lentilles de contact
Section intitulée « Porteurs de lentilles de contact »Les collyres contenant du chlorure de benzalkonium (BAK) sont en principe contre-indiqués pendant le port de lentilles de contact souples (SCL). Le BAK peut s’adsorber sur la lentille et provoquer une atteinte de l’épithélium cornéen.
- En principe : retirez les lentilles de contact avant d’instiller le collyre.
- Préparations compatibles avec les lentilles : les préparations sans conservateur ou sans BAK peuvent parfois être utilisées même pendant le port des lentilles (vérifiez la notice).
- Moment de remise : remettez les lentilles de contact au moins 10 à 15 minutes après l’instillation.
Instillation chez l’enfant
Section intitulée « Instillation chez l’enfant »Les enfants ne peuvent souvent pas instiller eux-mêmes leurs gouttes et ont besoin de l’aide d’un parent ou d’un aidant.
- Méthode en décubitus dorsal : allongez l’enfant sur le dos et faites-lui fermer les yeux ; après avoir déposé une goutte dans le coin interne de l’œil (le coin près du nez), demandez-lui d’ouvrir les yeux pour que le médicament entre dans l’œil.
- Collyre d’atropine : surveillez la fièvre, la tachycardie et les rougeurs du visage dues à l’absorption systémique, et exercez bien une pression sur le sac lacrymal.
- Dispositifs d’aide : l’utilisation d’aides à l’instillation est efficace2).
Instillation chez les personnes âgées
Section intitulée « Instillation chez les personnes âgées »Chez les personnes âgées, les problèmes suivants s’additionnent et se recoupent.
- Diminution de la dextérité des doigts : il est recommandé d’utiliser des aides à l’instillation (comme Auto-Drop®)2).
- Baisse de l’observance avec plusieurs médicaments : comme le taux d’abandon augmente lorsqu’on utilise trois collyres ou plus2), envisagez de passer à un collyre combiné.
- Déclin cognitif : l’aide d’un aidant pour mettre les gouttes et l’utilisation d’un calendrier de collyres sont efficaces.
Conservateurs des collyres et toxicité cornéenne
Section intitulée « Conservateurs des collyres et toxicité cornéenne »Le chlorure de benzalkonium (BAK) est le conservateur le plus utilisé et il endommage les cellules de l’épithélium et de l’endothélium cornéens par atteinte de la membrane cellulaire. Lors d’un usage prolongé, il peut provoquer une atteinte de l’épithélium cornéen, aggraver la sécheresse oculaire et entraîner une fibrose conjonctivale. Les préparations sans conservateur (PF) et les unidoses entraînent moins de toxicité pour la surface oculaire et sont recommandées chez les patients glaucomateux utilisant plusieurs médicaments au long cours et chez les patients avant et après une chirurgie2).
Types et caractéristiques des conservateurs :
| Conservateur | Caractéristiques | Remarques |
|---|---|---|
| Chlorure de benzalkonium (BAK) | Le plus largement utilisé. Toxicité cornéenne | En principe, contre-indiqué lors du port de lentilles de contact souples |
| Sorbate (polysorbate 80) | Moins toxique que le BAK | Utilisé dans certains produits |
| Composé Purite (p. ex. Purite®) | Toxicité cornéenne plus faible que le BAK | Utilisé dans les produits de latanoprost |
| SofZia® | À base d’oxyde de zinc. Faible toxicité | Utilisé dans les produits de travoprost |
| sans conservateur | sans toxicité cornéenne | flacon airless unidose |
Baudouin et al. ont examiné de façon systématique la toxicité cornéenne et conjonctivale des conservateurs et ont montré que le BAK favorise l’apoptose des cellules épithéliales cornéennes, diminue les cellules caliciformes et augmente la production de cytokines inflammatoires4). Les formulations en émulsion cationique (contenant du cetrimide) ont montré une sécurité cornéenne équivalente à celle des collyres classiques dans un modèle expérimental de cicatrisation de plaie cornéenne, et suscitent l’intérêt comme technologie de remplacement des conservateurs de nouvelle génération4). Chez les patients atteints de glaucome, il a été rapporté qu’un traitement prolongé par plusieurs collyres augmente la prévalence de la maladie de la surface oculaire4). Les recommandations de pratique clinique sur le glaucome (5e édition) recommandent l’utilisation de formulations sans conservateur et de collyres combinés chez les patients présentant des troubles de la surface oculaire5).
6b. Points pratiques pour l’éducation à l’instillation des collyres
Section intitulée « 6b. Points pratiques pour l’éducation à l’instillation des collyres »Points d’éducation selon le patient
Section intitulée « Points d’éducation selon le patient »En ophtalmologie, l’éducation à l’instillation des collyres fait partie du traitement, et il est important de la personnaliser en fonction de l’âge, de la maladie et de la situation de vie du patient.
Points d’éducation pour les adultes (général) :
- Expliquer pourquoi une goutte à la fois est recommandée et en quoi plusieurs gouttes posent problème
- Montrer visuellement l’ordre d’utilisation des collyres (solution → suspension → gel → pommade)
- Montrer l’importance de la compression du sac lacrymal et la méthode précise (appuyer avec un doigt sur le coin interne de l’œil pendant 1 à 2 minutes)
- Insister sur le fait que les préparations contenant du BAK sont contre-indiquées chez les porteurs de lentilles de contact souples (SCL)
- Expliquer les symptômes ressentis des effets indésirables (en particulier les palpitations et l’essoufflement avec les bêtabloquants)
Précautions particulières chez les personnes âgées :
- Réaliser une évaluation globale de la vision, de la fonction des mains et des capacités cognitives
- Montrer le dispositif d’aide à l’instillation et expliquer comment l’utiliser2)
- Envisager de réduire le nombre de flacons en passant à un collyre combiné2)
- Donner aussi des consignes aux aidants et à la famille
Soutien à l’observance chez les patients atteints de glaucome :
- Expliquer à plusieurs reprises qu’il est important de poursuivre le traitement tant que la vision est encore là
- Associer l’heure du collyre aux habitudes quotidiennes (brossage des dents, repas)
- À chaque consultation de suivi, vérifier la technique d’instillation
- Les encourager à consulter un médecin si les effets indésirables sont importants (sans arrêter d’eux-mêmes)
Coordination avec les pharmacies et les magasins d’optique
Section intitulée « Coordination avec les pharmacies et les magasins d’optique »L’éducation sur l’instillation des collyres est importante non seulement pour les ophtalmologistes, les orthoptistes et les infirmiers, mais aussi en collaboration avec les pharmaciens d’officine. L’idéal est que la technique d’instillation soit également vérifiée lors du conseil pharmaceutique à l’officine. Les informations sur plusieurs collyres doivent être consignées dans le carnet de médicaments, afin d’encourager le pharmacien et le médecin à les vérifier lors d’une consultation dans une autre spécialité. Les recommandations de pratique clinique sur le glaucome (5e édition) soulignent également l’importance du contrôle de la pression intraoculaire grâce à la collaboration entre l’ophtalmologie et la pharmacie5).
7. Données récentes et moyens d’améliorer l’observance
Section intitulée « 7. Données récentes et moyens d’améliorer l’observance »État actuel de l’observance des collyres
Section intitulée « État actuel de l’observance des collyres »L’observance des collyres dans les maladies chroniques (comme le glaucome) est plus faible que prévu dans les enquêtes en conditions réelles. Les évaluations objectives à l’aide de systèmes de surveillance électronique (MEMS : Medication Event Monitoring System) montrent que seuls environ 50 à 70 % des patients utilisent leurs collyres conformément à l’ordonnance2). Les causes de non-observance sont classées en “oubli”, “désagrément lié aux effets indésirables”, “charge financière” et “complexité de la technique liée à la multiplicité des médicaments”2).
Les études utilisant une surveillance électronique montrent souvent que l’observance des collyres pour le glaucome est plus faible que ce qui est déclaré par les patients eux-mêmes, et que même les formulations à prise unique quotidienne peuvent ne pas suffire dans certains cas2).
Conseils pratiques pour améliorer l’observance :
| Méthode d’intervention | Effet | Remarque |
|---|---|---|
| Prescription d’un dispositif d’aide à l’instillation | Amélioration du taux de réussite et du sentiment d’efficacité personnelle2) | AutoDrop®, Rakuraku Tenyaku® |
| Optimisation du calendrier des collyres | Prévention des oublis | Associé aux habitudes quotidiennes comme après le petit-déjeuner et avant le coucher |
| Passage à un collyre combiné | Réduction du nombre de collyres2) | Les formulations à prise unique quotidienne ont un taux d’abandon plus faible que celles prises 2 à 3 fois par jour |
| Éducation du patient et formation par vidéo | Amélioration de la technique | Vérifier la technique en pratique lors de la consultation est le plus efficace |
| Rappels sur smartphone | Prévention des oublis | Utilisation d’applications |
Une bonne communication entre l’ophtalmologiste et le patient, la prise en charge des effets indésirables et la prise en compte du coût sont des facteurs importants pour maintenir l’observance du traitement du glaucome2).
Pratique de l’éducation à l’instillation de collyres chez les patients atteints de glaucome
Section intitulée « Pratique de l’éducation à l’instillation de collyres chez les patients atteints de glaucome »Le glaucome est essentiellement pris en charge à long terme par des collyres, et une baisse de l’observance entraîne directement une progression de la maladie et de l’atteinte du champ visuel. L’éducation du patient et la communication avec les soignants sont des éléments importants pour soutenir l’observance des collyres2). En particulier, les facteurs suivants contribuent à la baisse de l’observance.
- Expérience d’effets indésirables : rougeur oculaire, sensation d’irritation, augmentation des poils autour des yeux (préparations à base de PG), palpitations (bêtabloquants)
- Charge financière : utilisation prolongée de plusieurs collyres coûteux
- Peu de symptômes : le glaucome est souvent asymptomatique au début, ce qui rend difficile de percevoir la nécessité du traitement
- Difficulté technique : surtout chez les personnes âgées et les patients tremblants
- « Je ne sais pas si cela marche » : absence de retour objectif
Il est important de reconnaître ces obstacles et d’apporter un soutien à l’observance adapté aux problèmes de chaque patient.
Information du patient sur les effets indésirables systémiques des collyres
Section intitulée « Information du patient sur les effets indésirables systémiques des collyres »Il est important d’expliquer clairement au patient que les collyres, comme les médicaments systémiques, peuvent eux aussi provoquer des effets indésirables. En particulier, une explication précise est nécessaire pour les classes médicamenteuses suivantes.
Effets indésirables systémiques des bêtabloquants (timolol, cartéolol, etc.) :
- Effets sur le cœur : bradycardie (pouls ralenti), diminution de la fréquence cardiaque, aggravation de l’insuffisance cardiaque
- Effets respiratoires : bronchospasme (contre-indiqué ou à utiliser avec prudence chez les patients asthmatiques ou atteints de BPCO)
- Autres : fatigue, dysfonction sexuelle et hypertriglycéridémie
Effets indésirables des médicaments liés aux prostaglandines (comme le latanoprost et le bimatoprost) :
- Locaux oculaires : pigmentation de l’iris (irréversible), augmentation des poils autour des yeux, allongement des cils et atrophie de la graisse péri-oculaire (DUES/PAP)
- Systémiques : chez la femme enceinte, il existe un risque de contractions utérines, donc ils sont en principe contre-indiqués
Effets indésirables des agonistes α2 (brimonidine) :
- Système nerveux central : somnolence, fatigue et sécheresse buccale
- Enfants : contre-indiqué chez les moins de 2 ans en raison du risque de dépression respiratoire et d’hypothermie
Nouveaux systèmes d’administration de médicaments (DDS)
Section intitulée « Nouveaux systèmes d’administration de médicaments (DDS) »Le développement de formulations supprimant le besoin de collyres est en cours.
- DDS de type bouchon punctal (comme Dextenza®) : implant à libération prolongée inséré dans le point lacrymal, utilisé pour contrôler l’inflammation postopératoire.
- Implant intraoculaire à libération prolongée : les efforts visant à obtenir une libération du médicament sur plusieurs mois progressent.
- Collyres à nanoparticules : ils visent à améliorer la pénétration cornéenne et à réduire la fréquence des instillations.
Certains sont déjà approuvés à l’étranger, mais à ce jour ils ne sont pas pris en charge par l’assurance au Japon ou sont encore au stade des essais cliniques.
Perspectives des DDS de lentilles de contact à libération prolongée : Une technologie permettant une libération continue du médicament à partir de lentilles de contact imprégnées de médicament est en cours de développement. En libérant lentement le médicament pendant le port, elle pourrait prolonger le temps d’exposition de la cornée par rapport aux collyres et réduire l’absorption systémique. Les premiers essais cliniques de lentilles de contact imprégnées de médicaments contre le glaucome (comme le timolol) sont en cours.
Mode d’emploi de certains collyres
Section intitulée « Mode d’emploi de certains collyres »Certains collyres nécessitent une attention particulière.
Collyres en suspension (comme la suspension de fluorométholone, la suspension d’olopatadine) :
- Bien agiter avant utilisation (pendant au moins 1 minute)
- Si le médicament sédimenté est utilisé, son effet ne peut pas être obtenu
Pommade ophtalmique (comme la pommade ophtalmique à l’érythromycine) :
- Tirer la paupière inférieure vers le bas, presser environ 1 cm et l’appliquer dans le cul-de-sac conjonctival
- Après utilisation, la vision devient temporairement floue (en raison de sa base huileuse)
- Il est souvent recommandé de l’utiliser avant le coucher
- Après l’application, fermez doucement les yeux et essuyez l’excès de pommade avec un mouchoir propre
Préparations en gel (comme Timoptol XE, entre autres) :
- Expliquez à l’avance que la vision peut être temporairement floue après l’instillation
- Utilisez-le en dernier (afin de ne pas gêner l’absorption des autres solutions liquides)
- Il n’est pas nécessaire de secouer le flacon, mais vérifiez le bouchon avant utilisation
Anesthésiques ophtalmiques en gouttes (pendant l’examen) :
- Il est interdit aux patients de les utiliser à domicile. Il existe un risque de lésion de l’épithélium cornéen et de perforation
- À utiliser uniquement juste avant l’examen
Réglementation applicable et prise en charge
Section intitulée « Réglementation applicable et prise en charge »Au Japon, les collyres sur ordonnance nécessitent une prescription médicale. Les collyres utilisés pour les maladies oculaires chroniques comme le glaucome, la rétinopathie diabétique et la dégénérescence maculaire liée à l’âge sont souvent pris en charge. Les formulations sans conservateur et les formulations combinées peuvent être plus coûteuses que les formulations classiques, mais elles peuvent être envisagées comme options pour réduire le nombre d’instillations et les effets indésirables. Les collyres en vente libre (OTC) (larmes artificielles, décongestionnants, antihistaminiques, etc.) peuvent être achetés sans ordonnance, mais, comme pour les médicaments sur ordonnance, leur bon usage reste important.
Mise en œuvre de l’éducation à l’instillation et évaluation du patient
Section intitulée « Mise en œuvre de l’éducation à l’instillation et évaluation du patient »Dans la « Proposition sur l’utilisation appropriée des collyres » de la Société japonaise d’ophtalmologie1), il est recommandé aux professionnels de santé de vérifier la technique d’instillation et de donner les conseils appropriés. Shima et al. (2009) ont rapporté une évaluation de l’auto-instillation chez des patients glaucomateux utilisant des dispositifs d’aide6). L’association d’un usage approprié des dispositifs d’aide et d’explications verbales a été la plus efficace pour améliorer la technique.
Même lorsque les patients pensent que leur technique d’instillation est correcte, ils utilisent souvent en réalité une mauvaise méthode. Des vérifications pratiques régulières en consultation et une rééducation si nécessaire sont importantes pour maintenir l’observance2). Konstas AG et al. (2000) ont étudié la perception des patients concernant l’observance des collyres et ont montré un grand écart entre l’auto-perception des patients et l’observance réelle7). Une enquête de Buller dans des pays en développement a également analysé l’observance des collyres pour le glaucome et a montré qu’il s’agit d’un problème universel, au-delà du cadre des soins de santé8).
8. Références
Section intitulée « 8. Références »- American Academy of Ophthalmology. Punctal Occlusion. Basic and Clinical Science Course skills resource. https://www.aao.org/education/basic-skills/punctal-occlusion
- Tatham AJ, Sarodia U, Gatrad F, Awan A. Eye drop instillation technique in patients with glaucoma. Eye (Lond). 2013;27:1293-1298. PMID:23970024. PMCID:PMC3831141. https://pmc.ncbi.nlm.nih.gov/articles/PMC3831141/
- Countess of Chester Hospital NHS Foundation Trust. Administration of eye drops and eye ointments. Clinical guideline. https://www.coch.nhs.uk/media/172805/11-eye.pdf
- Baudouin C, Labbé A, Liang H, Pauly A, Brignole-Baudouin F. Preservatives in eyedrops: the good, the bad and the ugly. Prog Retin Eye Res. 2010;29(4):312-334. doi:10.1016/j.preteyeres.2010.03.001.
- 緑内障診療ガイドライン(第5版)作成委員会. 緑内障診療ガイドライン(第5版). 日眼会誌. 2022;126(2):85-177.
- Shima C, Nakamura M, Harada T, et al. Evaluation of self-instillation technique in glaucoma patients using an eye drop instillation aid. Nihon Ganka Gakkai Zasshi. 2009;113(5):573-578.
- Konstas AG, Maskaleris G, Gratsonidis S, et al. Compliance and viewpoint of glaucoma patients in Greece. Eye (Lond). 2000;14(Pt 5):752-756.
- Buller AJ, Connell B, Spencer AF. Compliance with anti-glaucoma eye drops in a developing country. J Glaucoma. 2016;25(4):e370-e372.