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Tumeurs et pathologie

syndrome des nævi dysplasiques

1. Qu’est-ce que le syndrome du nevus dysplasique ?

Section intitulée « 1. Qu’est-ce que le syndrome du nevus dysplasique ? »

Le syndrome du nevus dysplasique (DNS) est une affection caractérisée par de multiples nevus mélanocytaires atypiques et associée à un risque accru de mélanome cutané et de mélanome oculaire potentiel. Il peut survenir de façon sporadique ou sous forme de syndrome familial de nevus atypiques multiples et mélanome (FAMMM), avec un mode de transmission autosomique dominant.

Le mélanome uvéal est la tumeur maligne intraoculaire primitive la plus fréquente chez l’adulte, avec une incidence annuelle d’environ 5 cas par million. Le risque de mélanome cutané chez les patients atteints du syndrome des nævus dysplasiques peut atteindre 150 fois celui de la population générale3).

Les nævus dysplasiques eux-mêmes sont généralement des lésions bénignes, mais ils sont plutôt considérés comme un marqueur d’une susceptibilité accrue au mélanome qu’une lésion précurseur directe. La plupart des mélanomes surviennent de novo (nouvellement), et non à partir de nævus atypiques préexistants.

Q Tous les nævus dysplasiques deviennent-ils malins ?
A

Non. La plupart des nævus dysplasiques restent bénins. Beaucoup de mélanomes surviennent de novo, et non à partir de nævus existants. Cependant, comme les patients atteints du syndrome des nævus dysplasiques ont un risque beaucoup plus élevé de développer un mélanome (jusqu’à 150 fois)3), des examens réguliers de la peau et des yeux sont essentiels.

2. Principaux symptômes et constatations cliniques

Section intitulée « 2. Principaux symptômes et constatations cliniques »

Les nævus dysplasiques eux-mêmes ne donnent habituellement pas de symptômes. Les changements suivants peuvent évoquer une transformation maligne.

  • Modification d’une lésion existante : changement de taille, de forme ou de couleur.
  • Augmentation rapide : apparition d’une nouvelle lésion.
  • Saignement et ulcération : saignement de la lésion ou formation de croûtes.
  • Démangeaisons et douleur : rares, mais pouvant être un signe de transformation maligne.

Dans le mélanome uvéal, une vision floue, des éclairs lumineux et des corps flottants peuvent apparaître, mais au début il est souvent asymptomatique.

Constatations cliniques (constatations que le médecin vérifie à l’examen)

Section intitulée « Constatations cliniques (constatations que le médecin vérifie à l’examen) »

Évalué selon les critères ABCDE.

  • A (asymétrie) : la forme est asymétrique des deux côtés.
  • B (irrégularité des bords) : les bords sont dentelés et mal définis.
  • C (variété des couleurs) : plusieurs couleurs (brun, noir, rouge, blanc) sont mélangées.
  • D (diamètre) : plus de 5 mm.
  • E (évolution) : changement au fil du temps.

Un examen ophtalmologique complet est nécessaire, surtout chez les patients à haut risque. La surveillance du nævus choroïdien utilise “To Find Small Ocular Melanoma Using Helpful Hints Daily”. Une transformation maligne est suspectée en présence d’au moins 3 des éléments suivants : épaisseur >2 mm, liquide sous-rétinien, pigment orange (lipofuscine), proximité de la papille optique, hypoechogénicité interne à l’échographie, absence d’auréole et absence de drusen.

  • Mutation du gène CDKN2A : la plus fréquente dans le syndrome FAMMM. Elle code deux protéines suppressives de tumeur, p16INK4A et p14ARF1).
  • Mutation de p16INK4A : augmente aussi le risque de cancer du pancréas (17 % à 75 ans)1).
  • Mutation de p14ARF : plus rare, et des associations avec des tumeurs du système nerveux ont aussi été rapportées1).

Bray et al. (2025) ont rapporté le cas d’une femme de 56 ans porteuse d’une mutation CDKN2A p14ARF. Elle avait des antécédents familiaux de mélanome sur cinq générations et avait elle-même présenté trois mélanomes, ainsi que de nombreux nævus dysplasiques. Les recommandations du NCCN préconisent un examen cutané tous les six mois, une photographie du corps entier et la dermoscopie1).

L’exposition aux UV est un facteur de risque établi du mélanome cutané, mais sa contribution au mélanome oculaire est limitée.

La peau claire, les taches de rousseur, ainsi que les yeux et les cheveux clairs sont associés au risque de DNS et de mélanome oculaire.

Le diagnostic du syndrome des nævus dysplasiques est principalement clinique et associe les examens suivants.

  • Critères ABCDE : dépistage des nævus atypiques.
  • Dermoscopie : améliore la précision pour distinguer les nævus dysplasiques bénins du mélanome.
  • Cartographie corporelle totale (total body mapping) : documentation photographique numérique de l’ensemble du corps. 34 à 61 % des mélanomes chez les patients atteints d’un syndrome du nævus dysplasique ne sont détectés qu’au suivi par cartographie corporelle totale 3).
  • Biopsie cutanée : diagnostic définitif. L’épaisseur de Breslow (profondeur d’invasion) est le meilleur prédicteur du potentiel métastatique et de la survie.
  • Examen du fond d’œil après dilatation pupillaire : dépistage des nævus choroïdiens. La tomographie par cohérence optique (OCT), l’échographie et l’autofluorescence du fond d’œil sont utilisées en complément.
  • Test génétique : en cas d’antécédents familiaux marqués, l’analyse des mutations germinales de CDKN2A et CDK4 est utile 1).

Les nævus dysplasiques sont définis par quatre caractéristiques principales.

  • Prolifération mélanocytaire lentigineuse : prolifération de mélanocytes atypiques le long de la couche basale de l’épiderme.
  • Atypies cytologiques : anomalies de la taille, de la forme et du motif de la chromatine nucléaires.
  • Fibroplasie lamellaire et concentrique : fibrose des papilles dermiques.
  • Désorganisation architecturale : formation irrégulière de nids et pontage des crêtes épidermiques.

Costa et al. (2023) ont examiné la texture du collagène et l’expression de PRAME dans 56 lésions de patients atteints du syndrome du nævus dysplasique, et ont montré que les nævi dysplasiques de haut grade avaient une organisation du collagène plus élevée que les lésions de bas grade, et que les patients ayant des antécédents de mélanome avaient une densité de collagène significativement plus élevée. PRAME était rarement surexprimé dans les nævi dysplasiques 2).

Il n’existe pas de traitement médicamenteux établi, et la prise en charge repose sur la surveillance, le dépistage précoce, l’éducation du patient et la réduction des risques.

  • Suivi dermatologique : examen cutané de tout le corps tous les six mois dans le syndrome FAMMM1).
  • Suivi ophtalmologique : examens réguliers avec dilatation pupillaire. Surveillance par OCT et échographie.
  • Documentation photographique du corps entier : combinaison de photographie numérique et de dermoscopie3).

Indiquée pour les lésions qui menacent la fonction visuelle ou montrent une transformation maligne.

Q Quelles lésions doivent être biopsiées ?
A

Les lésions présentant des changements selon les critères ABCDE (en particulier E : évolution), les nouvelles lésions qui grossissent rapidement, les lésions avec saignement ou ulcération, ainsi que les lésions montrant des profils atypiques en dermoscopie, sont candidates à une biopsie. Comme 34 à 61 % des mélanomes chez les patients atteints du syndrome des nævus dysplasiques ne sont détectés que lors du suivi par photographie du corps entier3), il est important d’enregistrer régulièrement toutes les lésions de façon numérique.

6. Physiopathologie et mécanisme détaillé de la maladie

Section intitulée « 6. Physiopathologie et mécanisme détaillé de la maladie »

La base moléculaire du syndrome des nævus dysplasiques est surtout comprise à travers le gène CDKN2A.

Le gène CDKN2A comporte quatre exons (1a, 1b, 2, 3) et, par épissage alternatif, code deux protéines suppresseurs de tumeur différentes1).

  • p16INK4A (exons 1a, 2, 3) : inhibe CDK4/6 et favorise l’arrêt en phase G1 via la voie Rb.
  • p14ARF (exons 1b, 2, 3) : inhibe MDM2 et contribue à stabiliser p53, en aidant à maintenir la fonction suppresseur de tumeur.

La dérégulation du cycle cellulaire et l’augmentation de la survie des mélanocytes causées par les mutations de CDKN2A entraînent une susceptibilité accrue au mélanome.

La physiopathologie du mélanome oculaire (mélanome uvéal) est différente ; des mutations activatrices précoces de GNAQ/GNA11 et la perte secondaire de BAP1 jouent un rôle central. Les deux maladies ont des moteurs moléculaires différents, mais partagent des mécanismes convergents de dérégulation du cycle cellulaire et d’altération de la réparation de l’ADN.


7. Recherches les plus récentes et perspectives d’avenir (rapports en phase de recherche)

Section intitulée « 7. Recherches les plus récentes et perspectives d’avenir (rapports en phase de recherche) »

Bray et al. (2025) ont rapporté un patient présentant uniquement une mutation de CDKN2A p14ARF (p16INK4A normal) et ont confirmé que la délétion de l’exon 1b entraîne la perte de la protéine suppresseur de tumeur p14ARF1). Les recommandations du NCCN préconisent également une surveillance par IRM cérébrale et IRM corps entier chez les porteurs de mutations de p14ARF.

Dans l’étude de Costa et al. (2023), PRAME était très peu exprimé dans les nævus dysplasiques, ce qui a montré son intérêt comme marqueur pour distinguer le mélanome des nævus dysplasiques2). Seuls 5 des 24 nævus dysplasiques de haut grade ont présenté une expression focale.

Détection précoce par photographie corporelle totale

Section intitulée « Détection précoce par photographie corporelle totale »

Chez des patients atteints de syndrome des nævus dysplasiques présentant 645 lésions mélanocytaires, le suivi par photographie corporelle totale a permis le diagnostic précoce de trois nouveaux mélanomes (1 mélanome à extension superficielle et 2 mélanomes in situ)3). Il a été montré que le TBM, incluant toutes les lésions pigmentées, contribue à améliorer la précision diagnostique.


  1. Bray JK, Thurman SA, Riegert-Johnson D, Muthusamy K, Sluzevich J. A case of hereditary CDKN2A p14ARF melanoma and dysplastic nevi. JAAD case reports. 2025;61:12-14. doi:10.1016/j.jdcr.2025.04.026. PMID:40530172; PMCID:PMC12173685.
  2. Costa PRM, Vieira-Damiani G, Stelini RF, Ferreira LÁ, Cintra ML, Teixeira F.. The texture of collagen and immunoexpression of PRAME in dysplastic nevus syndrome lesions: relationship with melanoma. An Bras Dermatol. 2023;98(1):128-130. doi:10.1016/j.abd.2022.02.002. PMID:36369201; PMCID:PMC9837641.
  3. Abrahão-Machado LF, et al. Synchronous and metachronous melanomas diagnosed at early stages in a patient with dysplastic nevus syndrome. An Bras Dermatol. 2023;98(4):556-558.

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