La dystrophie des cônes (cone dystrophy) est un terme générique désignant un groupe de maladies rétiniennes héréditaires caractérisées par une altération progressive de la fonction des photorécepteurs à cônes de la rétine. Les cônes sont les photorécepteurs responsables de la vision des couleurs et de la vision centrale ; leur altération entraîne une baisse de l’acuité visuelle, une photophobie et des anomalies de la vision des couleurs dès le début.
La prévalence globale des dystrophies rétiniennes héréditaires (IRD) est d’environ 1/2 000 à 1/3 000, et la dystrophie des cônes en fait partie. 1) La prévalence de la dystrophie des cônes seule est estimée à environ 1/30 000 à 1/40 000. 4)
Mode de transmission : autosomique dominant, autosomique récessif ou lié à l’X
Tableau clinique : varie d’un type avec dégénérescence maculaire à un type avec fond d’œil normal
Lorsque la fonction des bâtonnets se détériore également, on parle de dystrophie cône-bâtonnet (cone-rod dystrophy). En réalité, de nombreux cas présentent une diminution de la réponse des bâtonnets à un stade avancé, et la plupart évoluent finalement vers une dystrophie cône-bâtonnet. 4)
Comparaison avec la rétinite pigmentaire (RP) : La RP est une dystrophie bâtonnet-cône où les photorécepteurs à bâtonnets sont touchés en premier, la cécité nocturne étant un symptôme précoce. Dans la dystrophie des cônes, les cônes sont touchés en premier, donc la cécité diurne, la photophobie, les anomalies de la vision des couleurs et la baisse de l’acuité visuelle sont les symptômes initiaux, et la cécité nocturne n’apparaît pas au début.
QQuelle est la différence entre la dystrophie des cônes et la dystrophie cône-bâtonnet ?
A
La dystrophie des cônes est une atteinte sélective de la fonction des cônes, tandis que la fonction des bâtonnets est préservée au début. Par conséquent, il n’y a pas de cécité nocturne initiale et la vision dans l’obscurité est relativement bonne. Cependant, avec la progression, les bâtonnets sont également endommagés, ce qui conduit à une dystrophie cône-bâtonnet, avec apparition de cécité nocturne et de rétrécissement du champ visuel. Peu de cas restent cliniquement une dystrophie des cônes pure ; la plupart évoluent finalement vers une dystrophie cône-bâtonnet. 4)
Baisse de l’acuité visuelle : diminution progressive due à l’atteinte de la vision centrale. Survient souvent après 20-30 ans
Photophobie (cécité diurne) : forte gêne et baisse de vision dans les environnements lumineux. La vision est relativement bonne dans l’obscurité
Anomalies de la vision des couleurs : difficulté à distinguer les couleurs. Apparaît comme une dyschromatopsie acquise
Pas de cécité nocturne (au début) : tant que la fonction des bâtonnets est préservée, il n’y a pas de cécité nocturne. Au stade avancé, les bâtonnets sont également touchés et la cécité nocturne apparaît
Stade
Principaux symptômes
Fonction des bâtonnets
Points clés du diagnostic différentiel
Stade précoce
Baisse de l’acuité visuelle, photophobie, dyschromatopsie
Maculopathie en œil de bœuf (bull’s eye maculopathy) : formation d’une lésion atrophique annulaire dans la région maculaire. Mieux visible à l’angiographie à la fluorescéine. 4)
Atrophie maculaire non spécifique : il existe également des types présentant des lésions atrophiques non annulaires
Type à fond d’œil normal : certaines dystrophies coniques ont un fond d’œil normal et ne peuvent être diagnostiquées sans ERG
Résultats de l’ERG (indispensables pour le diagnostic définitif) :
Réponse des cônes (réponse au flicker 30 Hz) : absente ou nettement diminuée
ERG scotopique (réponse des bâtonnets) : conservée au début
Stade avancé : la réponse des bâtonnets diminue également → indique une transition vers une dystrophie cône-bâtonnet
Dans les cas de fond d’œil normal, le diagnostic est impossible sans ERG4)
QLe fond d'œil peut-il sembler normal dans la dystrophie des cônes ?
A
Au début ou dans certains types, le fond d’œil peut sembler normal. Ainsi, un examen du fond d’œil seul peut passer à côté du diagnostic. Chez les patients se plaignant de baisse de vision, photophobie et anomalies de la vision des couleurs, la réalisation d’un ERG est indispensable au diagnostic. La maculopathie en œil de bœuf (bull’s eye maculopathy) est un signe typique, mais elle peut n’être clairement visible qu’à l’angiographie à la fluorescéine.
Les modes de transmission peuvent être autosomique dominant, autosomique récessif ou lié à l’X. En conseil génétique, la détermination du mode de transmission est importante pour l’évaluation du risque familial.2)
Gènes liés à la cascade de phototransduction
GUCA1A (6p21.1) : code pour la protéine activatrice de la guanylate cyclase 1 (GCAP1). Transmission autosomique dominante fréquente. Impliqué dans la régulation du cGMP.5)
GUCA1B (6p21.1) : code pour GCAP2. Fonction similaire à GUCA1A. Transmission autosomique dominante.
GUCY2D (17p13.1) : code pour la guanylate cyclase rétinienne (RetGC-1). Transmission autosomique dominante. Impliqué dans la synthèse du cGMP. Également gène responsable de l’amaurose congénitale de Leber.5)
Gènes liés à la structure et à la transcription
RDS/PRPH2 (6p21.1) : code pour la périphérine 2. Impliqué dans la structure des disques des segments externes des photorécepteurs. Provoque une instabilité et une dégénérescence des segments externes.4)
CRX (19q13.33) : facteur de transcription nécessaire à la différenciation et au maintien des cônes et des bâtonnets. Transmission autosomique dominante. Des anomalies du profil d’expression conduisent à la dégénérescence des photorécepteurs.4)
Gènes liés au métabolisme du rétinal
ABCA4 (1p22.1) : transporteur à cassette liant l’ATP. Impliqué dans l’élimination du rétinaldéhyde (tout-trans-rétinal) du segment externe. Hérédité autosomique récessive. 5)
Les mutations entraînent une accumulation de lipofuscine → toxicité pour l’EPR et les photorécepteurs → dégénérescence des cônes. C’est également le principal gène responsable de la maladie de Stargardt, et selon le type de mutation, il forme un spectre allant de la maladie de Stargardt à la dystrophie des cônes et à la dystrophie cône-bâtonnet. 6)
QLa dystrophie des cônes est-elle héréditaire ?
A
Il s’agit d’une maladie héréditaire, qui peut se transmettre selon les modes autosomique dominant, autosomique récessif ou lié à l’X. Dans la transmission autosomique dominante, il y a transmission verticale d’un parent à l’enfant, avec un risque de 50 % pour chaque enfant. Dans la transmission autosomique récessive, si les deux parents sont porteurs, le risque pour l’enfant est de 25 %. De nombreux gènes responsables ont été rapportés, et l’identification peut être possible par test génétique. Le risque familial variant selon le mode de transmission, il est recommandé de consulter un généticien ou un conseiller en génétique certifié. 2)
L’ERG est indispensable pour le diagnostic de certitude, et l’identification du gène responsable par test génétique est recommandée. 2)
ERG (électrorétinogramme)
Gold standard du diagnostic : même en l’absence d’anomalie du fond d’œil, l’ERG permet le diagnostic
Signes caractéristiques de la dystrophie des cônes :
ERG photopique (réponse des cônes) : diminution marquée ou absence
Réponse au flicker à 30 Hz : absence ou diminution marquée
ERG scotopique (réponse des bâtonnets) : normal à légèrement anormal au début
Signes de stade avancé : la réponse des bâtonnets diminue également → indique une transition vers une dystrophie cône-bâtonnet
Imagerie
Angiographie à la fluorescéine (FA) : utile pour confirmer la maculopathie en œil de bœuf. Le motif en œil de bœuf est mieux visualisé qu’à l’ophtalmoscopie
OCT : évaluation de la structure des couches externes de la fovéa. Permet une évaluation quantitative des changements et de la disparition de la zone ellipsoïde (EZ). 4)
Autofluorescence du fond d’œil (FAF) : détection de motifs anormaux de fluorescence maculaire. Utile pour évaluer l’activité de la lésion. 4)
Tests génétiques et autres
Tests génétiques : un panel de gènes IRD par séquençage de nouvelle génération conforme aux GL de tests génétiques IRD2) est recommandé
Test de vision des couleurs : évaluation du degré et de l’axe du trouble de la vision des couleurs avec le test d’Ishihara, le Panel D-15 et l’anomaloscope
Test du champ visuel : détection du scotome central. Périmètre de Goldmann ou périmètre automatisé statique
Importance de l’identification génétique : confirmation du diagnostic, conseil génétique, évaluation de l’éligibilité aux essais cliniques de thérapie génique2)
Baisse de l’acuité visuelle, nystagmus, photophobie, perte de la vision des couleurs
Cônes absents, bâtonnets normaux
Congénitale, non progressive. Mutations CNGA3/CNGB3. 3)
Rétinopathie à l’hydroxychloroquine
Après utilisation du médicament
Baisse de l’acuité visuelle, anomalie de la vision des couleurs
Cônes affaiblis
Diagnostic différentiel par antécédents médicamenteux. Aspect en œil de bœuf similaire
QComment la dystrophie des cônes est-elle diagnostiquée ?
A
L’ERG (électrorétinogramme) est indispensable pour le diagnostic définitif. Une diminution ou une disparition marquée de la réponse des cônes (réponse au flicker à 30 Hz) avec une préservation de la réponse des bâtonnets est caractéristique. Comme certains types présentent un fond d’œil normal, l’ERG est essentiel chez les patients présentant une baisse de l’acuité visuelle, une photophobie ou une anomalie de la vision des couleurs. Un test génétique est recommandé pour le diagnostic définitif, et l’identification du gène causal est importante pour le conseil génétique et les futures options thérapeutiques. 2)
L’identification du gène causal par test génétique est nécessaire pour confirmer le mode de transmission et évaluer le risque familial. Il est recommandé de réaliser un test génétique en vue d’une éventuelle participation à des essais cliniques de thérapie génique à l’avenir. 2)
QExiste-t-il un traitement efficace pour la dystrophie des cônes ?
A
À l’heure actuelle, il n’existe pas de traitement établi pour restaurer la vision. La prise en charge repose principalement sur la réduction de la photophobie par des verres filtrants et les soins de basse vision (loupes, loupes électroniques). Des recherches sur la thérapie génique sont en cours, avec des études précliniques ciblant les principaux gènes responsables de la dystrophie des cônes (GUCY2D, GUCA1A, etc.). Il est recommandé de réaliser un test génétique en prévision des futurs traitements. 2)
Le mécanisme normal de phototransduction des cônes est le suivant :
Obscurité : La concentration intracellulaire élevée de cGMP maintient les canaux CNG ouverts, permettant l’entrée de Na⁺ et Ca²⁺, maintenant la cellule dans un état dépolarisé.
Exposition à la lumière : Activation de l’opsine → activation de la transducine (protéine G) → activation de la phosphodiestérase (PDE) → dégradation du cGMP → fermeture des canaux CNG → hyperpolarisation.
Rétroaction négative : Les GCAP (protéines GCAP codées par GUCA1A/GUCA1B) se lient au Ca²⁺ et régulent l’activité de RetGC (codé par GUCY2D), contrôlant ainsi la production de cGMP.
Mutation GUCA1A : modification de la sensibilité au Ca²⁺ de la GCAP → activation continue de RetGC → surproduction de cGMP → surcharge calcique chronique → dégénérescence des cônes5)
Mutation GUCY2D : mutation activatrice constitutive de RetGC-1 → excès de cGMP → toxicité pour les cônes. Forme un spectre avec l’amaurose congénitale de Leber5)
Mutation RDS/PRPH2 : anomalie structurale des disques du segment externe des photorécepteurs → instabilité et destruction du segment externe → dégénérescence des photorécepteurs4)
Mutation CRX : anomalie du programme d’expression génique nécessaire à la différenciation et au maintien des cônes et des bâtonnets → dégénérescence des photorécepteurs4)
Mutation ABCA4 : défaut d’élimination du tout-trans-rétinal du segment externe → accumulation de lipofuscine (A2E) → toxicité pour l’EPR et les photorécepteurs → dégénérescence des cônes5)
Mécanismes communs de la dégénérescence progressive
La dégénérescence des cônes est précoce, et les bâtonnets sont secondairement affectés au stade avancé (transition vers une dystrophie cône-bâtonnet).
Mécanisme de l’atteinte secondaire des bâtonnets : on pense que la diminution des facteurs trophiques sécrétés par les cônes (comme le RdCVF : rod-derived cone viability factor) est impliquée5)
L’efficacité de la thérapie génique dépend du nombre de photorécepteurs résiduels, donc une intervention précoce avant la progression de la dégénérescence est considérée comme importante1)
La thérapie génique pour l’ensemble des dystrophies rétiniennes héréditaires (DRH) progresse rapidement. Après l’approbation du voretigène néparvovec (Luxturna) pour la DRH liée à RPE65, le développement de traitements ciblant d’autres gènes est en cours. 1) L’efficacité de la thérapie génique dépend du nombre de photorécepteurs résiduels, donc une intervention précoce dans l’enfance ou au début de la maladie est cruciale. 1)
Recherche sur la thérapie génique pour la dystrophie des cônes
Cible GUCY2D : Principal gène responsable de la dystrophie des cônes autosomique dominante. Des études précliniques de remplacement génique et de silençage génique (oligonucléotides antisens) utilisant des vecteurs AAV sont en cours 4)
Cible GUCA1A : Recherche sur la thérapie par interférence ARN (ARNi) pour les mutations gain-de-fonction 5)
Cible ABCA4 : Des essais cliniques de thérapie génique pour l’ensemble du spectre lié à ABCA4, y compris la maladie de Stargardt, sont en cours 4)
Cibles CNGA3/CNGB3 (Achromatopsie) : Des essais cliniques de phase I/II ont rapporté une sécurité et une certaine amélioration de la fonction visuelle, et une application aux dystrophies des cônes associées est attendue 3)7)
Thérapie par cellules souches : Recherche sur la transplantation de cellules rétiniennes dérivées d’iPSC en cours 1)
Thérapie neuroprotectrice : Promotion de la survie des cônes par le facteur neurotrophique ciliaire (CNTF) et autres
Optogénétique : Approche conférant une photosensibilité aux cellules ganglionnaires rétiniennes résiduelles. Des applications dans les cas de dégénérescence terminale sont étudiées 8)
Administration de RdCVF : Retard de la dégénérescence des cônes par administration exogène d’un facteur protecteur des cônes dérivé des bâtonnets 5)
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