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Uvéite

Ophtalmopentastomose

La pentastomose oculaire (Ocular Pentastomiasis) est une infection parasitaire causée par l’invasion de l’œil par les larves de la classe Pentastomida. Bien que la pentastomose elle-même soit rare, elle est une zoonose en augmentation, et l’atteinte oculaire en est une manifestation rare.

Les Pentastomida, également appelés « vers langue » (tongue worms), sont un groupe d’arthropodes parasites. Sur la base d’études de biologie moléculaire, ils sont maintenant considérés comme un type de crustacé. Les espèces signalées comme infectant l’homme appartiennent aux trois genres suivants.

  • Linguatula serrata (ver langue) : Distribué dans les régions tempérées. L’hôte définitif est le chien.
  • Porocephalus spp. : Principalement présent sur le continent américain. L’hôte définitif est le serpent.
  • Genre Armillifer (vers en forme de serpent) : Originaire d’Afrique, représente la majorité des cas humains. L’hôte définitif est le serpent.

L’infection systémique est souvent non spécifique ou asymptomatique, et le nombre exact de personnes atteintes est inconnu. Des études d’autopsie rapportent une prévalence de 8% au Cameroun, jusqu’à 45% en Malaisie, 22% au Congo et 33% au Nigeria [2].

Q Dans quelles régions la pentastomose oculaire est-elle fréquente ?
A

Elle est fréquente dans les régions endémiques d’Afrique (notamment en Afrique centrale) et d’Asie du Sud-Est. Dans ces régions, la viande de brousse comme les serpents et les singes est une source importante de protéines, ce qui augmente le risque d’infection. Dans les régions non endémiques, les immigrants et les éleveurs de reptiles sont à risque.

Les symptômes de la pentastomose oculaire sont généralement unilatéraux. Le délai entre l’apparition et le diagnostic final varie de 4 jours à 36 mois.

  • Douleur oculaire : due à la présence de larves et à la réaction inflammatoire.
  • Troubles visuels ou perte de vision : dépendent de la localisation des larves et de l’intensité de l’inflammation.
  • Rougeur (hyperémie conjonctivale) : reflète l’inflammation de la surface oculaire.
  • Œdème périorbitaire : peut s’accompagner d’un gonflement autour de l’œil.

La pentastomose systémique (pentastomose viscérale) est généralement asymptomatique. En cas de symptômes, ceux-ci varient selon le site parasitaire : abdomen aigu, nécrose mandibulaire, plaintes gynécologiques, etc. Des découvertes fortuites lors d’imagerie ou de chirurgie sont également rapportées.

Signes cliniques (constatations de l’examen médical)

Section intitulée « Signes cliniques (constatations de l’examen médical) »

Les larves de la douve oculaire parasitent, par ordre de fréquence, la chambre antérieure, les annexes oculaires et la chambre postérieure [1,2]. Selon la localisation, les signes suivants sont observés.

Segment antérieur

Corps étranger annulaire dans la chambre antérieure : Des mouvements péristaltiques peuvent parfois être observés à la lampe à fente.

Tumeur sous-conjonctivale : Observée en cas de parasitisme des annexes oculaires.

Membrane ciliaire : Formée en réaction à l’inflammation.

Corps étranger annulaire dans le cristallin : peut être accompagné de mouvements péristaltiques.

Segment postérieur

Corps étranger flottant dans le vitré : présence de larves flottant librement dans la cavité vitréenne.

Vitréite : opacité du vitré due à une réaction inflammatoire contre les larves.

Corps étranger annulaire ou en forme de croissant sous-rétinien : aspect caractéristique de vaisseaux rétiniens passant au-dessus du parasite.

Décollement de la rétine : secondaire à des lésions mécaniques ou à une inflammation.

Q Comment les parasites sont-ils découverts dans la chambre antérieure ?
A

Observé comme un corps étranger annulaire dans la chambre antérieure à l’examen à la lampe à fente. Des mouvements péristaltiques caractéristiques peuvent parfois être observés. La taille de la larve est visible à l’œil nu.

Les humains deviennent des hôtes intermédiaires accidentels en ingérant des œufs de pentastomides. Comme le cycle de vie ne se termine pas dans le corps humain, ceux-ci constituent des « impasses parasitaires » pour le parasite.

Les principaux facteurs de risque sont les suivants.

  • Consommation de viande de brousse insuffisamment cuite : la viande de serpent, de chien et de singe est la principale source d’infection. Une étude au Congo a montré que la prévalence du genre Spirometra chez les serpents sur les marchés de viande de brousse atteint 87,5 à 92,3 % [2].
  • Contact avec des liquides biologiques infectés lors de la cuisson : la réutilisation d’eau de lavage contaminée constitue également une voie de transmission.
  • Contact étroit avec l’hôte définitif : cela concerne les vétérinaires, les gardiens de zoo et les propriétaires d’animaux de compagnie reptiles.
  • Manque d’éducation : l’insuffisance des connaissances en matière d’hygiène augmente le risque d’infection.

Le diagnostic de l’ophtalmomyiase repose principalement sur le diagnostic clinique basé sur les antécédents du patient, les plaintes et l’examen physique.

Suspecter cette maladie chez les patients originaires de régions endémiques qui consomment de la viande de serpent ou de chien. Dans les régions non endémiques, les immigrants, les vétérinaires, les gardiens de zoo et les éleveurs de reptiles sont à risque.

L’examen à la lampe à fente permet d’observer un corps étranger annulaire dans la chambre antérieure ou le cristallin, et la confirmation de mouvements péristaltiques conduit directement au diagnostic [3,4,5]. L’examen du fond d’œil peut également révéler un corps étranger flottant dans le vitré ou un corps étranger en forme de croissant sous la rétine.

En cas de suspicion de pentastomose systémique, des calcifications en forme de fer à cheval peuvent être observées sur les radiographies abdominales et thoraciques.

  • Éosinophilie : comme dans de nombreuses parasitoses, elle peut être observée lors d’une analyse sanguine. Cependant, il s’agit d’une constatation non spécifique.
  • Identification moléculaire : le diagnostic de certitude nécessite le prélèvement du parasite et l’identification de l’espèce par des techniques de biologie moléculaire.

Un diagnostic différentiel avec les maladies suivantes est nécessaire.

Maladie différentiellePoint clé du diagnostic différentiel
CysticercoseImagerie et zone d’endémie
Maladie lymphoproliférativeAnalyse sanguine et biopsie tissulaire
TuberculoseRadiographie thoracique et signes généraux
Q Comment confirmer la pentastomose ?
A

Le diagnostic définitif nécessite un prélèvement chirurgical du parasite intraoculaire et une identification de l’espèce par biologie moléculaire. L’éosinophilie sanguine n’est qu’un signe accessoire.

La plupart des cas de pentastomose sont asymptomatiques et nécessitent rarement un traitement. Le parasite meurt naturellement dans l’organisme après environ 2 ans, donc un traitement n’est pas recommandé pour les découvertes fortuites asymptomatiques.

Traitement chirurgical de la pentastomose oculaire

Section intitulée « Traitement chirurgical de la pentastomose oculaire »

En cas d’atteinte oculaire, l’ablation chirurgicale est le traitement recommandé [1,2]. L’élimination précoce du parasite minimise l’exposition aux réactions inflammatoires et aux modifications mécaniques liées à la larve, améliorant ainsi le pronostic.

La méthode d’extraction est choisie en fonction du site parasitaire.

  • Incision limbique cornéosclérale : utilisée pour extraire la larve de la chambre antérieure. L’ablation est possible par une incision cornéenne claire.
  • Vitrectomie : réalisée pour les larves dans la cavité vitréenne ou sous la rétine.
  • Iridectomie : choisie en cas de parasitisme près de l’iris.
  • Extraction du cristallin : appliquée en cas de parasitisme intracapsulaire.

Aucun traitement médicamenteux standard n’est établi pour la pentastomose systémique. Les médicaments suivants ont été rapportés dans les cas systémiques symptomatiques.

  • Monothérapie au mébendazole
  • Traitement combiné par praziquantel + albendazole (ou mébendazole)

Dans les deux cas, une amélioration clinique et radiologique a été observée. Cependant, il n’existe aucun rapport sur l’utilité des antiparasitaires dans la pentastomose oculaire.

Q Peut-on traiter uniquement avec des médicaments ?
A

Aucune étude n’a démontré l’efficacité des antiparasitaires contre la pentastomose oculaire. Les larves intraoculaires doivent être retirées chirurgicalement. Dans la pentastomose systémique, des améliorations ont été rapportées avec des antiparasitaires, mais aucun traitement standard n’est établi.

Les pentastomes sont des parasites obligatoires ; les adultes parasitent les voies respiratoires supérieures des reptiles, oiseaux et mammifères. Ils possèdent cinq appendices sur la tête (dont une bouche), d’où leur nom (grec : « penta » = cinq, « stoma » = bouche). Les adultes mesurent 1 à 14 cm, les femelles étant plus grandes que les mâles.

Le cycle de vie du pentastomide comprend les étapes suivantes.

  1. Parasitisme adulte : Les adultes vivent dans les voies respiratoires supérieures de l’hôte définitif (serpents, oiseaux, canidés, etc.).
  2. Émission des œufs : Les œufs pondus par la femelle sont excrétés par la toux, la salive ou les selles.
  3. Développement chez l’hôte intermédiaire : Les œufs sont ingérés par un hôte intermédiaire (poissons, rongeurs, etc.), les larves percent la paroi intestinale et forment des kystes dans le corps.
  4. Achèvement du cycle : Lorsque l’hôte intermédiaire est mangé par l’hôte définitif, les larves migrent de l’œsophage vers les voies respiratoires supérieures et deviennent adultes.

L’homme devient un hôte intermédiaire accidentel en consommant de la viande contenant des œufs. Les larves traversent la paroi intestinale et se disséminent dans tout le corps via la circulation sanguine et lymphatique. L’atteinte oculaire est considérée comme hématogène.

Lorsque les larves atteignent l’œil, elles provoquent des lésions tissulaires par les mécanismes suivants.

  • Réaction inflammatoire : une uvéite est déclenchée par la réponse immunitaire à la présence des larves.
  • Lésion mécanique : les mouvements péristaltiques des larves endommagent physiquement la cornée, le cristallin et la rétine.
  • Évolution vers des complications : peut conduire à une insuffisance cornéenne, une lyse du cristallin ou un décollement de la rétine.

Ces changements peuvent finalement entraîner la cécité.

7. Recherches récentes et perspectives futures (rapports en phase de recherche)

Section intitulée « 7. Recherches récentes et perspectives futures (rapports en phase de recherche) »

Le diagnostic définitif de la pentastomose reposait traditionnellement sur l’identification morphologique du parasite. Récemment, les techniques de biologie moléculaire (telles que le séquençage de l’ADNr 18S) ont permis une identification plus précise des espèces, rendant le diagnostic plus fiable [2,5]. Cela devrait améliorer la précision des enquêtes épidémiologiques et une meilleure estimation de la charge de morbidité dans les zones endémiques.

Des rapports de cas récents ont identifié un nouveau site de parasitisme : les larves de pentastomes à l’intérieur du cristallin. Alors que la chambre antérieure, les annexes oculaires et la chambre postérieure étaient considérées comme les principaux sites de parasitisme, l’existence d’un parasitisme intralenticulaire nécessite d’élargir la zone de recherche lors du diagnostic.

Dans les zones endémiques, la diffusion de l’éducation sanitaire, la sensibilisation à la cuisson appropriée de la viande de brousse et l’amélioration de l’accès aux soins de santé sont considérées comme importantes pour la prévention et la détection précoce de la pentastomose oculaire. Le délai actuel allant jusqu’à 36 mois entre l’apparition et le diagnostic reflète le manque de ressources médicales et la faible connaissance de la maladie.


  1. Van Acker G, Ates E, Levecq L, Tappe D, Hardi R. Ocular Pentastomiasis in Human Hosts. JAMA Ophthalmol. 2024. PMID: 38602689
  2. Sulyok M, Rózsa L, Bodó I, Tappe D, Hardi R. Ocular pentastomiasis in the Democratic Republic of the Congo. PLoS Negl Trop Dis. 2014;8(7):e3041. PMID: 25058608
  3. Lang Y, Garzozi H, Epstein Z, Barkay S, Gold D, Lengy J. Intraocular pentastomiasis causing unilateral glaucoma. Br J Ophthalmol. 1987;71(5):391-395. PMID: 3495294
  4. Lazo RF, Hidalgo E, Lazo JE, Bermeo A, Llaguno M, Murillo J, Teixeira VP. Ocular linguatuliasis in Ecuador: case report and morphometric study of the larva of Linguatula serrata. Am J Trop Med Hyg. 1999;60(3):405-409. PMID: 10466969
  5. Koehsler M, Walochnik J, Georgopoulos M, Pruente C, Boeckeler W, Auer H, Barisani-Asenbauer T. Linguatula serrata Tongue Worm in Human Eye, Austria. Emerg Infect Dis. 2011;17(5):870-872. PMID: 21529398

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