Le syndrome des ventricules fendus (Slit Ventricle Syndrome, SVS) est une complication survenant après une dérivation ventriculo-péritonéale (VP). Il se caractérise par un rétrécissement des ventricules en fente à l’imagerie neuroradiologique, associé à des symptômes liés à la dérivation du LCR.
En 1982, Rekate et al. ont défini le « SVS ». Sa triade comprenait des céphalées durant 10 à 90 minutes, des ventricules en fente à l’imagerie et un remplissage lent de la valve 2). Le terme « drainage excessif » a été utilisé pour la première fois par Becker et al. en 1968 1).
L’épidémiologie est la suivante :
Le SVS survient chez 3 à 5 % des patients porteurs d’un shunt VP
Les symptômes apparaissent 2 à 5 ans après la pose du shunt, et la durée moyenne entre le diagnostic d’hydrocéphalie et l’apparition du SVS est de 4,3 ans
Le pic d’apparition se situe entre 4 et 6 ans
Des ventricules en fente à l’imagerie sont observés chez 10 à 85 % des patients shuntés, mais le SVS symptomatique n’en représente qu’une partie 1)
La fréquence exacte du sur-drainage varie considérablement de 2 à 71 %, en raison de l’absence d’uniformité des critères diagnostiques 1)
Les principaux facteurs de risque sont les suivants :
Périmètre crânien inférieur au 25e percentile (microcéphalie)
Mise en place d’un shunt pendant la petite enfance (plus le patient est jeune, plus le risque est élevé)
Cause de l’hydrocéphalie (sténose de l’aqueduc de Sylvius, hémorragie intraventriculaire, infection cérébrale, hydrocéphalie communicante, etc.)
Le SVS peut également survenir chez l’adulte après une dérivation VP.
QQuels patients sont les plus susceptibles de développer un syndrome des ventricules en fente ?
A
Il survient chez 3 à 5 % des patients porteurs d’une dérivation VP, avec un pic d’apparition 2 à 5 ans après la dérivation et entre 4 et 6 ans. Une microcéphalie (périmètre crânien inférieur au 25e percentile) et la mise en place d’une dérivation pendant la petite enfance sont des facteurs de risque connus.
Le symptôme subjectif typique du SVS est une céphalée épisodique, avec un caractère positionnel (postural headache) caractéristique1).
Les deux types de céphalées se distinguent comme suit.
Céphalée liée à une faible PIC : aggravée en position debout, soulagée en position couchée. Similaire à la céphalée post-ponction lombaire.
Céphalée liée à une PIC élevée : aggravée en position couchée, survient le matin et a tendance à persister toute la journée.
La durée typique de la céphalée est de 10 à 15 minutes, souvent accompagnée de nausées, vomissements et hyperventilation. Des altérations de la conscience peuvent survenir. Des cas asymptomatiques existent également.
Chez l’enfant, l’impact sur la vie quotidienne est important, avec limitation des activités sociales, absentéisme scolaire et baisse des résultats scolaires1).
Signes cliniques (observés par le médecin lors de l’examen)
Faiblesse, ataxie, convulsions, paralysie des nerfs crâniens1)
Signes ophtalmologiques constituent un groupe de signes importants dans cette maladie.
Œdème papillaire (papilledema) : principal signe ophtalmologique d’insuffisance de shunt. Cependant, la sensibilité n’est pas élevée.
Atrophie optique et pâleur papillaire : survient après une hypertension intracrânienne chronique. Une fois l’atrophie optique installée, la papille ne peut plus gonfler, et l’œdème papillaire peut ne pas se manifester même en cas d’augmentation de la PIC → une papille plate n’exclut pas une défaillance de la dérivation.
Troubles visuels : baisse de l’acuité visuelle, anomalies de la vision des couleurs, déficits du champ visuel.
Syndrome mésencéphalique dorsal (syndrome de Parinaud) : survient en raison d’une augmentation de la PIC au niveau de l’aqueduc cérébral.
Des cas de SVS se manifestant uniquement par des symptômes visuels ont été rapportés. En l’absence de symptômes systémiques et de dilatation ventriculaire à l’imagerie, les signes ophtalmiques peuvent être facilement négligés. Un retard de diagnostic comporte un risque de perte de vision permanente.
QLe syndrome des ventricules en fente peut-il être détecté uniquement par des symptômes oculaires ?
A
Oui. Des cas se manifestant uniquement par des symptômes visuels ont été rapportés. En l’absence de symptômes systémiques et de dilatation ventriculaire à l’imagerie, les signes ophtalmiques peuvent être le seul indice. S’ils sont négligés, il existe un risque de perte de vision permanente.
La cause principale du SVS est la perte de compliance ventriculaire due à la répétition des cycles de dilatation et de décompression ventriculaire provoqués par le shunt VP.
Trois hypothèses mécanistiques ont été proposées.
Théorie du drainage excessif
Drainage excessif du LCR : effondrement des ventricules entraînant une occlusion intermittente du cathéter proximal.
Occlusion du shunt et hypotension intracrânienne : alternance d’augmentation de la PIC lors de l’occlusion et de drainage brutal lors de la désobstruction.
Théorie de la gliose
Gliose réactive : formation de tissu cicatriciel glial dans la couche sous-épendymaire due au drainage chronique du LCR.
Occlusion proximale : le tissu cicatriciel empêche la dilatation ventriculaire et fixe l’effondrement ventriculaire2).
Théorie du déséquilibre crânien-cérébral
Déséquilibre crânien-cérébral : Un drainage précoce excessif par shunt VP et un chevauchement des sutures entraînent une croissance cérébrale disproportionnée par rapport au volume crânien.
Association avec une craniosynostose : Conduit à une microcéphalie et à une disproportion de la forme allongée de la tête.
Loi de Laplace (T = P × R) : En cas de collapsus ventriculaire (R petit), une pression (P) plus élevée est nécessaire pour la dilatation. Ainsi, un drainage excessif et insuffisant peuvent tous deux survenir.
Théorie de la stase veineuse et de l’augmentation de l’élasticité cérébrale : L’hypotension cérébrale due au shunt provoque une dilatation veineuse. Lors d’une augmentation de la PIC, un collapsus veineux survient, rendant le cerveau rigide et augmentant la vulnérabilité aux changements de pression2).
Dans le SVS, l’absence de dilatation ventriculaire ne permet pas d’exclure une défaillance du shunt uniquement sur la base de l’imagerie, ce qui constitue le piège diagnostique majeur.
Évaluer en combinant les examens suivants.
Examen
Objectif
Remarques
TDM cérébrale
Confirmation de ventricules en fente
L’absence de dilatation ventriculaire n’exclut pas le SVS
Série de dérivation (radiographie)
Vérification du trajet de la dérivation
Évaluation de rupture ou de malposition du cathéter
IRM
Évaluation anatomique des ventricules et des citernes
Plus détaillé que le scanner. Attention : pas de dilatation ventriculaire dans le SVS
Ponction lombaire
Évaluation de la pression intracrânienne
La valeur de la PIC influence directement la décision thérapeutique
Scintigraphie au technétium
Évaluation fonctionnelle des voies du LCR
Utile pour identifier le site d’obstruction
La surveillance de la PIC est un examen clé qui constitue la base de la classification de type 5 de Rekate (détermination de la stratégie de prise en charge basée sur la valeur de la PIC)1).
Les signes d’imagerie indirects (suggérant un drainage excessif) comprennent les éléments suivants1).
Petite fosse crânienne postérieure
Épaississement du crâne
Déséquilibre de la forme du crâne allongé
Synostose près de la base du crâne
Calcifications intraparenchymateuses
Pneumatisation excessive des sinus paranasaux
Diagnostic différentiel : il est nécessaire d’exclure d’autres causes de céphalées, notamment la migraine1). En cas d’atrophie optique, l’œdème papillaire n’apparaît pas, il faut donc noter qu’un fond d’œil normal ne permet pas d’exclure une défaillance du shunt.
QEst-il possible qu'une dérivation soit défaillante même si le scanner montre des ventricules normaux ?
A
Oui. Dans le SVS, il n’y a pas de dilatation ventriculaire, donc une défaillance de la dérivation ne peut être exclue même si la taille des ventricules au scanner est normale. Une évaluation globale incluant les céphalées positionnelles, les signes ophtalmologiques et la vitesse de remplissage de la valve est nécessaire.
L’objectif du traitement est la disparition des céphalées, et non la normalisation du diamètre ventriculaire à l’imagerie1). Une fois le SVS établi, la normalisation du diamètre ventriculaire ne peut être attendue, ce point doit donc servir de base à la décision thérapeutique.
Modification du réglage de pression de la valve programmable : augmenter la pression d’ouverture en cas de drainage excessif. Un titrage progressif par paliers est recommandé1). Il a été rapporté que la simple augmentation de la pression de la valve permet d’éviter ou de retarder la chirurgie dans environ un tiers des cas1).
Médicaments antimigraineux : utilisés en cas de céphalées subaiguës ou chroniques avec fonction de dérivation normale. La cyproheptadine et les bêtabloquants (stabilisation des vaisseaux intracrâniens, inhibition de la vasodilatation) sont des options.
Corticostéroïdes : utilisés pour réduire la PIC lors d’épisodes symptomatiques de SVS.
Acétazolamide : utilisé comme mesure temporaire pour inhiber la production de LCR.
Mannitol : utilisé pour soulager les céphalées en phase aiguë2).
Remplacement ou reconstruction de la dérivation VP : réalisé en cas de dysfonctionnement de la dérivation.
Ajout d’un dispositif antisiphon (ASD) : empêche la surdrainage du LCR dû à la gravité en position debout. L’utilisation combinée d’un ASD programmable et d’une valve programmable est recommandée 1)
Ventriculostomie endoscopique du troisième ventricule (ETV) : envisagée pour l’hydrocéphalie non communicante, l’obstruction de shunt et le SVS. Technique créant une petite ouverture dans le plancher du troisième ventricule, avec un taux de succès rapporté de 82,7 %. Dans les cas de ventricules fendus et de surdrainage, une dilatation ventriculaire doit être envisagée avant l’ETV
Drainage ventriculaire externe (DVE) : utilisé comme stratégie de pont transitoire lors de l’augmentation de la pression du shunt 2)
Décompression sous-temporale : méthode de gestion traditionnelle mais avec un taux de récidive élevé
Algorithme de traitement (Panagopoulos et al., 2024)
Panagopoulos et al. ont proposé l’algorithme progressif suivant 1).
Étape
Contenu
1
Exclure les causes de céphalée non liées au shunt
2
Céphalée compatible avec un drainage excessif → Augmenter la pression d’ouverture de la valve
3
Effet insuffisant + ASD non installé → Insérer ASD en ligne dans le mécanisme de valve
4
Augmenter la pression ASD (si réglable) ou remplacer par un ASD à pression d’ouverture élevée
5
Remplacer par un ASD programmable + valve programmable et ajuster les deux
Il est recommandé d’utiliser une valve programmable associée à un dispositif antisyphon dès la première mise en place du shunt 1).
QL'augmentation de la pression du shunt améliore-t-elle les symptômes ?
A
L’augmentation de la pression de la valve a permis d’éviter ou de retarder la chirurgie dans environ un tiers des cas. Cependant, les symptômes peuvent s’aggraver temporairement pendant la transition, et un ajustement progressif par paliers est important. En cas d’efficacité insuffisante, envisager l’ajout d’un dispositif antisyphon.
6. Physiopathologie et mécanismes détaillés de la maladie
Le fondement de la physiopathologie du SVS est une diminution de la compliance cérébrale, avec un déplacement vers la gauche de la courbe pression/volume 1).
Loi de Laplace et cercle vicieux du collapsus ventriculaire
D’après la relation T = P × R (T : tension pariétale, P : pression transmurale, R : rayon ventriculaire), lorsque R diminue en raison du collapsus ventriculaire, une pression transmurale (P) plus élevée est nécessaire pour dilater le ventricule. La perte de compliance de la paroi ventriculaire due aux cycles répétés de dérivation VP fixe ce cercle vicieux.
Rekate a classé le SVS en 5 types en fonction des ondes de PIC enregistrées par monitorage 1, 2). Dans le SVS typique (type 2), le collapsus de la paroi ventriculaire dû à un drainage excessif chronique provoque une obstruction intermittente du cathéter proximal, et après une crise de céphalée sévère, une légère dilatation ventriculaire rouvre l’orifice du cathéter, répétant ce cycle.
Un drainage chronique du LCR entraîne la formation de tissu cicatriciel gliotique, ce qui empêche la dilatation ventriculaire. Ce mécanisme est considéré comme responsable de la fixation des ventricules en fente dans le SVS2).
Stase veineuse et augmentation de l’élasticité cérébrale
L’hypotension cérébrale induite par le shunt provoque une dilatation veineuse, et un collapsus veineux se produit lorsque la PIC augmente. Le cerveau devient incompressible et rigide, entraînant une élévation brutale de la PIC même pour de légers changements de volume2).
7. Recherches récentes et perspectives futures (rapports en phase de recherche)
Panagopoulos et al. (2024) ont rapporté que le système de mesure télémétrique de la PIC est une technologie prometteuse pour associer les paramètres cliniques du SVS à une diminution de la compliance cérébrale1). La surveillance dynamique de la PIC pourrait permettre une évaluation détaillée de la fonction du shunt, auparavant difficile à évaluer.
Rapport de cas d’une stratégie de pont utilisant un DVE
Yoon et al. (2021) ont rapporté le cas d’une femme de 15 ans (avec une valve réglable STRATA utilisée pendant 15 ans pour une hydrocéphalie communicante) présentant un SVS2). Lors de l’augmentation de la pression du shunt de 2,0 à 2,5, une aggravation des symptômes est survenue pendant la transition, nécessitant l’insertion d’un DVE dans le ventricule latéral gauche (pression d’ouverture 22 mmHg). Le scanner du 3e jour a montré une légère dilatation du ventricule latéral droit et une disparition des céphalées. Le DVE a été maintenu pendant 5 jours au total puis retiré, et la patiente est restée asymptomatique après 15 mois. Ce cas illustre l’utilité d’une stratégie de pont combinant l’insertion assistée par neuronavigation d’un DVE dans des ventricules en fente et un ajustement progressif de la pression.
Standardisation des critères diagnostiques et défis futurs
Panagopoulos et al. (2024) ont souligné qu’il n’existe pas de définition diagnostique largement acceptée pour le SVS, et que ce manque d’uniformité affecte la fiabilité des données épidémiologiques 1). L’établissement d’un consensus international est un défi futur. De plus, les dispositifs de nouvelle génération combinant un ASD programmable et une valve programmable permettent de modifier progressivement à la fois la PIC et le mode de drainage. Des recherches supplémentaires sont nécessaires sur les différences liées à l’âge des valeurs normales de PIC et de la régulation pression/volume du LCR chez les enfants et les adultes.
Panagopoulos D, Gavra M, Boviatsis E, Korfias S, Themistocleous M. Chronic Pediatric Headache as a Manifestation of Shunt Over-Drainage and Slit Ventricle Syndrome in Patients Harboring a Cerebrospinal Fluid Diversion System: A Narrative Literature Review. Children. 2024;11(5):596.
Yoon SY, Kim SK, Phi JH. Bridging the intracranial pressure gap: a smooth transition strategy for slit ventricle syndrome. J Surg Case Rep. 2021;2021(7):rjab290.