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Neuro-ophtalmologie

Trouble perceptuel persistant dû aux hallucinogènes (HPPD)

1. Qu’est-ce que le trouble de perception persistante induit par les hallucinogènes (HPPD) ?

Section intitulée « 1. Qu’est-ce que le trouble de perception persistante induit par les hallucinogènes (HPPD) ? »

Le trouble de perception persistante induit par les hallucinogènes (HPPD) est une maladie clinique rare dans laquelle les patients ayant consommé des hallucinogènes dans le passé continuent de ressentir des distorsions perceptives pendant des mois ou des années après l’arrêt de la substance. Il a été signalé pour la première fois en 1954 et officiellement reconnu comme syndrome clinique dans le DSM-IV-TR en 2000.

Selon le DSM-5-TR, la prévalence chez les consommateurs d’hallucinogènes est d’environ 4,2 % 1). Aux États-Unis, le taux d’utilisation du LSD est passé de 0,2 % à 0,7 % entre 2002 et 2018, soit une augmentation d’environ 200 % 1), ce qui suscite des inquiétudes quant à une augmentation des cas de HPPD avec sa diffusion.

Il existe deux sous-types de HPPD, mais le DSM-5-TR ne les distingue pas1).

HPPD I (type flashback) : caractérisé par des « flashbacks » brefs et irréguliers. Des « signes avant-coureurs » prodromiques peuvent survenir avant l’apparition. Non douloureux et d’évolution relativement bénigne.

HPPD II (type persistant) : caractérisé par des anomalies perceptuelles persistantes et récurrentes durant des mois à des années. Apparition soudaine sans signe avant-coureur, avec des symptômes fluctuant en intensité. Peut devenir irréversible et s’accompagner d’anxiété, de trouble panique et de dépression. Le patient ressent une perte de contrôle partielle à complète.

Le diagnostic est le plus souvent posé chez les patients ayant des antécédents de troubles mentaux ou d’abus chronique de substances, mais peut survenir même après une seule utilisation. La consommation de cannabis chez les adolescents et en âge scolaire a augmenté de 245 % depuis 2000, et l’augmentation de l’intensité de la consommation de cannabis est associée à une probabilité accrue d’utilisation de hallucinogènes1).

Q Quelle est la probabilité de développer un HPPD ?
A

On estime qu’environ 4,2 % des utilisateurs d’hallucinogènes développent un HPPD1). Cependant, le DSM-5-TR ne montre pas de corrélation forte entre le nombre d’utilisations et le moment d’apparition, et une seule utilisation peut suffire.

Les symptômes visuels sont communs à tous les patients atteints de HPPD. Il peut exister une période asymptomatique de quelques minutes à plusieurs années après la première prise de substance avant l’apparition des symptômes.

Les principaux symptômes rapportés dans le DSM-5 sont les suivants :

  • Hallucinations visuelles : voir des visages, des objets, etc. qui n’existent pas réellement
  • Images rémanentes / traînées (trails/tracers) : une image persiste derrière un objet en mouvement
  • Palinopsie : revivre de manière répétée une image déjà vue
  • Phénomène de halo : voir un anneau autour des sources lumineuses
  • Éclairs de couleur / accentuation des couleurs : altération de la perception des couleurs
  • Micropsie / macropsie : les objets paraissent plus petits/plus grands qu’en réalité
  • Altération de la perception du mouvement : des objets immobiles semblent bouger

Autres symptômes rapportés mais non inclus dans les critères diagnostiques du DSM-5 :

  • Neige visuelle : perception d’un bruit visuel semblable à de la neige sur tout le champ visuel
  • Phosphènes géométriques : perception de formes géométriques (fractales, etc.)
  • Paréidolie : voir des visages ou autres dans des motifs
  • Distorsion de la distance : altération de la perception de la profondeur

D’autres symptômes non visuels ont également été rapportés : synesthésie, dissociation, dépersonnalisation et perte du sens de la réalité. Les hallucinations peuvent provoquer une anxiété sévère, pouvant évoluer vers des attaques de panique.

Signes cliniques (constatés par le médecin lors de l’examen)

Section intitulée « Signes cliniques (constatés par le médecin lors de l’examen) »

HPPD I

Mode d’apparition : bref flash-back précédé d’un « avertissement précurseur ».

Durée : brève et transitoire. Survient de manière irrégulière.

Gravité : relativement bénigne. Peu fréquente et non pénible.

Évolution : souvent une résolution spontanée.

HPPD II

Mode d’apparition : Début soudain sans signe précurseur. Douleur continue avec des fluctuations d’intensité.

Symptômes associés : Anxiété, pensées obsessionnelles, paranoïa et crises de panique fréquentes. Taux élevé d’utilisation de benzodiazépines1).

Gravité : Peut devenir sévère. Parfois irréversible.

Évolution : Le patient ressent une perte de contrôle partielle à totale.

Des rapports de cas ont montré une aggravation des symptômes dans l’obscurité1). La capacité de tester la réalité est préservée, et l’absence de désorganisation de la pensée et de délire est un élément en faveur du HPPD.

Q Quelle est la différence entre le HPPD I et le HPPD II ?
A

Le HPPD I se caractérise par des flashbacks brefs et irréguliers, avec une évolution relativement bénigne. Le HPPD II est une forme sévère, persistante et récurrente, pouvant devenir irréversible, et souvent associée à des troubles anxieux ou dépressifs. Notez que le DSM-5-TR ne fait pas officiellement cette distinction1).

Les principales substances provoquant le HPPD sont énumérées ci-dessous.

SubstanceClassification
LSD (diéthylamide de l’acide lysergique)Hallucinogène classique (le plus fréquent)
Psilocybine (champignons magiques)Hallucinogène classique
MDMA (ecstasy)Empathogène
CannabisCannabinoïde
PCP (phencyclidine)Anesthésique dissociatif
25I-NBOMePhénéthylamine

Le HPPD peut également être déclenché par l’utilisation concomitante d’autres substances (comme le cannabis)1).

  • Antécédents de troubles mentaux : Les troubles mentaux existants ou des antécédents de toxicomanie chronique augmentent le risque de développer la maladie.
  • Fréquence d’utilisation : La maladie peut survenir même après une seule utilisation. Le DSM-5-TR ne montre pas de corrélation forte entre la fréquence d’utilisation et le moment de l’apparition1).
  • Caractéristiques des jeunes : La recherche de sensations, l’impulsivité et les troubles de la régulation émotionnelle sont des prédicteurs positifs de l’utilisation d’hallucinogènes1).
  • Lien avec le cannabis : L’augmentation de l’intensité de la consommation de cannabis est associée à une augmentation des chances d’utiliser des hallucinogènes1).
Q L'utilisation de cannabis seule peut-elle provoquer un HPPD ?
A

Le cannabis a été rapporté comme une substance associée au déclenchement du HPPD, et il peut également survenir en combinaison avec d’autres hallucinogènes1). L’augmentation de l’intensité de la consommation de cannabis est également liée à une augmentation des chances d’utiliser des hallucinogènes.

Le diagnostic selon le DSM-5 nécessite de remplir les trois critères suivants.

  1. Revivre un ou plusieurs symptômes perceptifs expérimentés lors de l’intoxication par un hallucinogène
  2. Les symptômes causent une détresse ou une altération cliniquement significative du fonctionnement social ou professionnel
  3. Les symptômes ne sont pas attribuables à une condition médicale sous-jacente et ne sont pas mieux expliqués par un autre trouble mental ou des hallucinations hypnagogiques

Pour confirmer le diagnostic, il est nécessaire d’établir un lien entre la première prise d’hallucinogènes et l’apparition des symptômes du HPPD.

Les maladies suivantes doivent être exclues :

  • Troubles psychiatriques : ESPT, trouble de dépersonnalisation/déréalisation, schizophrénie, trouble psychotique induit par les hallucinogènes
  • Troubles neurologiques : épilepsie, lésions cérébrales anatomiques, infections cérébrales (encéphalite)
  • Autres : délire, hallucinations hypnagogiques

En cas de polyconsommation, une hospitalisation de plusieurs jours pour observation peut être nécessaire pour différencier un trouble psychotique induit par une substance d’un trouble psychotique primaire1). Le maintien de la capacité d’examen de la réalité, de la pensée linéaire et l’absence de comportement/langage/délire désorganisés sont des éléments importants en faveur du HPPD.

La physiopathologie exacte du HPPD étant inconnue et la maladie étant rare, la plupart des options thérapeutiques reposent sur des rapports de cas 1). Il n’existe pas de directives établies.

Les classifications et caractéristiques des médicaments sont présentées ci-dessous.

ClassificationMédicamentIndications/Caractéristiques
Première intentionClonidineAgoniste des récepteurs α2. Applicable également en cas de trouble lié à l’usage de substances.
Première intentionBenzodiazépinesDisparition du HPPD I, réduction du HPPD II. Effet à court terme
Deuxième intentionNaltrexoneAntagoniste opioïde
Deuxième intentionInhibiteurs calciquesUtilisation adjuvante
Deuxième intentionBêta-bloquantsUtile pour HPPD II avec trouble anxieux comorbide
AutresAntipsychotiques de première générationRapports d’efficacité
AutresAntiépileptiquesRapports d’efficacité
AttentionISRSDes rapports d’amélioration et d’aggravation. L’efficacité est débattue1)
AttentionAntipsychotiques de deuxième génération (nombreux)La plupart rapportés comme inefficaces1)
RemarqueAripiprazoleExceptionnellement efficace parmi les antipsychotiques de deuxième génération1)

Mori-Kreiner et al. (2025) ont administré 5 mg d’aripiprazole à un homme de 16 ans atteint de HPPD de type II et ont rapporté une amélioration significative des hallucinations visuelles et auditives 1). Bien qu’une rémission complète avant la sortie n’ait pas été confirmée, une réduction marquée des symptômes a été observée.

La stimulation cérébrale est envisagée comme option, mais elle n’a pas été suffisamment validée ou étudiée.

Effets secondaires ophtalmiques des médicaments utilisés

Section intitulée « Effets secondaires ophtalmiques des médicaments utilisés »

Il est nécessaire de connaître les effets secondaires ophtalmiques des médicaments utilisés pour traiter le HPPD, notamment :

  • Benzodiazépines : diminution de la vitesse motrice impulsive, anomalies des mouvements oculaires de poursuite
  • Antipsychotiques : dystonie tardive (incluant le blépharospasme)
Q Quels médicaments sont utilisés pour traiter le HPPD ?
A

La clonidine et les benzodiazépines sont utilisées comme traitement de première intention1). En deuxième intention, on trouve la naltrexone, les inhibiteurs calciques et les bêtabloquants. L’aripiprazole, parmi les antipsychotiques de deuxième génération, pourrait être exceptionnellement efficace selon certains rapports. Cependant, il n’existe pas de directives établies, et tous ces choix reposent sur des rapports de cas.

Le mécanisme exact du HPPD reste inconnu, et l’étiologie obscure, la rareté et la diversité des symptômes constituent des obstacles à la recherche1). Les principales hypothèses actuellement proposées sont présentées ci-dessous.

Après la prise d’hallucinogènes (comme le LSD), une désinhibition chronique du système de traitement visuel se produirait. Plus précisément, les voies suivantes sont envisagées.

  • Destruction ou dysfonctionnement des interneurones inhibiteurs sérotoninergiques corticaux
  • Altération des mécanismes inhibiteurs impliquant le GABA
  • Défaillance du mécanisme de filtrage des stimuli non pertinents
  • Hyperactivité persistante du cortex visuel qui en résulte

Hypothèse de tolérance inverse (sensibilisation)

Section intitulée « Hypothèse de tolérance inverse (sensibilisation) »

Il a été suggéré que la tolérance inverse (phénomène d’augmentation de l’effet après une utilisation répétée) survenant après une exposition au LSD pourrait être impliquée dans la récidive à long terme des hallucinations.

Il a été suggéré que le corps genouillé latéral (LGN) du thalamus pourrait être impliqué dans la physiopathologie du HPPD. Le LGN est un relais entre la rétine et le cortex visuel, et on pense qu’un dysfonctionnement à ce niveau entraîne la persistance d’expériences visuelles anormales.

7. Recherches récentes et perspectives futures (rapports en phase de recherche)

Section intitulée « 7. Recherches récentes et perspectives futures (rapports en phase de recherche) »

Application de l’aripiprazole au HPPD chez les adolescents

Section intitulée « Application de l’aripiprazole au HPPD chez les adolescents »

Au cours des dix dernières années, les rapports de cas de HPPD chez les adolescents ont été rares, et les options thérapeutiques fondées sur des preuves font défaut1).

Mori-Kreiner et al. (2025) ont rapporté un cas de HPPD de type II chez un garçon de 16 ans ayant des antécédents de polyconsommation de LSD, MDMA, psilocybine, cannabis et benzodiazépines1). L’administration de 5 mg d’aripiprazole a significativement amélioré les hallucinations visuelles (vision de connaissances, de consoles de jeux, de téléphones portables) et auditives (bruit de fond fort, hyperacousie). Bien qu’une rémission complète n’ait pas été confirmée avant la sortie, une réduction marquée des symptômes a été obtenue. Ce cas a également mis en évidence un risque d’automédication chez les jeunes, car le patient avait eu recours à l’automédication par benzodiazépines pour atténuer les symptômes de HPPD, ce qui a conduit à un surdosage.

Applications médicales des hallucinogènes et risque de développer un HPPD

Section intitulée « Applications médicales des hallucinogènes et risque de développer un HPPD »

Des recherches sont menées à l’échelle mondiale sur l’application médicale des hallucinogènes (psilocybine, MDMA, etc.) pour le traitement de troubles mentaux tels que la dépression, le SSPT et les addictions. Cette tendance suscite des inquiétudes quant à une possible augmentation de l’incidence du HPPD liée à l’utilisation médicale d’hallucinogènes1).

Préoccupations concernant l’utilisation de drogues hallucinogènes chez les jeunes et l’augmentation du HPPD

Section intitulée « Préoccupations concernant l’utilisation de drogues hallucinogènes chez les jeunes et l’augmentation du HPPD »

Aux États-Unis, la tendance à la hausse de l’usage de LSD chez les adolescents et l’augmentation de la consommation de cannabis laissent présager une augmentation potentielle future des HPPD1). Les jeunes présentant une recherche de sensations, une impulsivité ou des troubles de la régulation émotionnelle ont un risque particulièrement élevé de développer ce trouble, et l’établissement de protocoles de traitement fondés sur des preuves est considéré comme une urgence.


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