La pression intraoculaire (PIO) est le principal facteur de risque modifiable dans l’apparition et la progression du glaucome. Cependant, dans la pratique standard du glaucome, la PIO n’est mesurée que 3 à 4 fois par an, et uniquement pendant les heures de consultation 3).
Même dans les yeux sans glaucome, la PIO peut varier de 4 à 5 mmHg au cours de la journée, et cette variation est encore plus importante dans les yeux glaucomateux. La nuit, une augmentation reproductible de la PIO liée à la position couchée se produit, mais elle n’est pas détectée par les mesures en cabinet effectuées en position assise. Les pics de PIO en dehors des heures de consultation pourraient contribuer à la progression du glaucome, d’où un besoin croissant de connaître le profil de PIO sur 24 heures.
La mesure de la pression oculaire à domicile est une méthode par laquelle le patient mesure lui-même sa PIO dans son environnement quotidien. Les dispositifs actuellement disponibles comprennent le tonomètre à rebond iCare HOME et le capteur à lentille de contact Triggerfish, qui fournissent des informations sur les variations de la PIO selon des approches différentes.
QPourquoi les mesures en cabinet seules sont-elles insuffisantes ?
A
La PIO fluctue au cours de la journée et peut atteindre un pic la nuit ou tôt le matin. Les 3 à 4 mesures annuelles en cabinet ne capturent qu’une infime partie de ce rythme circadien. Plusieurs études ont montré que les pics de PIO peuvent survenir en dehors des heures de consultation, ce qui suggère que les mesures en cabinet seules pourraient être insuffisantes pour évaluer l’efficacité du traitement et le pronostic. La décision thérapeutique doit reposer sur plusieurs mesures de PIO et non sur une seule valeur isolée.
La tonométrie à rebond (tonométrie par rebond) est une méthode qui accélère une petite sonde vers la cornée et mesure la décélération (accélération de rebond) après l’impact pour calculer la PIO 1). Plus la PIO est élevée, plus le temps de contact entre la sonde et la cornée est court et plus l’accélération de rebond est grande.
L’iCare est le tonomètre à rebond le plus courant, utilisant une sonde métallique de 40 mm avec un embout en plastique de 1,7 mm de diamètre 1). La sonde étant petite et le temps de contact court, aucune anesthésie topique n’est nécessaire 1)3). Les études comparatives avec le GAT montrent une concordance généralement comprise dans ±5 mmHg.
L’iCare donne souvent des valeurs légèrement plus élevées que le GAT3). Il est utile chez les patients atteints de maladies cornéennes ou d’irrégularités de surface en raison de la petite surface de contact 1). Il est également facile à utiliser pour la mesure de la PIO chez les enfants 3).
Principe : Fonctionne selon le même principe de rebond que l’iCare clinique. La moyenne de 6 mesures consécutives est enregistrée comme une valeur de pression intraoculaire.
Conception : Taille compacte, anneau lumineux pour centrer la sonde, appui-tête et appui-joue réglables. Un voyant vert s’allume lorsque l’appareil est horizontal, indiquant qu’une mesure est possible.
Enregistrement des données : Chaque mesure est enregistrée avec l’heure, la date et l’œil concerné.
Utilité clinique et limites
Utilité : Permet de capturer les variations diurnes en dehors des heures de consultation, offrant une meilleure compréhension du rythme circadien du patient. Pas besoin d’anesthésie locale, adapté à une utilisation à domicile.
Limites : 16 à 25 % des patients ont des difficultés à terminer la formation. Des rapports contradictoires indiquent des valeurs légèrement inférieures ou supérieures par rapport à la GAT. Dépend de l’auto-mesure, donc incapable de détecter les pics de pression nocturnes pendant le sommeil.
Précision : La concordance avec la GAT est généralement inférieure à 5 mmHg, mais des différences peuvent survenir chez certains patients.
Approuvé par la FDA en 2016, le Triggerfish CLS (Sensimed) est un dispositif qui mesure en continu les changements de forme de la cornée et de la sclère pendant 24 heures comme substitut de la pression intraoculaire, à l’aide d’une jauge de contrainte et d’une micropuce intégrées dans une lentille de contact en silicone jetable2).
Paramètre
iCare HOME
Triggerfish CLS
Principe de mesure
Rebond de pression intraoculaire
Déformation cornéo-sclérale
Unité
mmHg
mVeq (non convertible)
Mesure nocturne
Non (auto-manipulation)
Possible (port continu)
Toutes les 5 minutes, 300 lectures sont effectuées pendant 30 secondes, collectant 86 400 points de données sur 24 heures2). Cependant, les mesures étant exprimées en millivolts équivalents (mVeq), une conversion directe en mmHg n’est pas possible2).
Des événements indésirables mineurs (vision floue temporaire, hyperhémie conjonctivale, kératite ponctuée superficielle) ont été rapportés, mais disparaissent à l’arrêt du port. La reproductibilité est jugée de passable à bonne, et des rapports indiquent qu’elle est utile pour détecter les pics de pression intraoculaire nocturnes, tandis que d’autres résultats montrent qu’elle est insuffisante pour détecter la baisse de pression induite par les prostaglandines.
QLes mesures du Triggerfish CLS peuvent-elles être comparées à celles du GAT ?
A
Une comparaison directe n’est pas possible. Le Triggerfish CLS ne mesure pas la valeur absolue de la pression intraoculaire (mmHg), mais le degré de déformation cornéosclérale en millivolts équivalents (mVeq). En raison des propriétés viscoélastiques de l’œil et de la relation non linéaire entre volume et pression, la conversion de mVeq en mmHg est impossible. Cependant, le profil sur 24 heures (moment des pics et amplitude relative des variations) fournit des informations cliniquement utiles, pouvant aider à déterminer le moment des rendez-vous médicaux.
5. Capteur de pression intraoculaire implantable : EyeMate
L’EyeMate (Implandata Ophthalmic Products) est un capteur de pression intraoculaire permanent implanté dans le sulcus ciliaire lors d’une chirurgie de la cataracte. Il est composé de 8 condensateurs sensibles à la pression et à la température, et est chargé et transmet des données par couplage électromagnétique via un dispositif externe portable.
Les patients peuvent mesurer leur pression intraoculaire à la demande à tout moment, permettant une surveillance continue à long terme. L’essai ARGOS-1 n’a montré aucun événement indésirable grave après l’implantation, mais une certaine distorsion pupillaire a été observée chez tous les patients. Il a obtenu le marquage CE en Europe, mais n’est pas approuvé par la FDA américaine.
QComment la mesure de la pression intraoculaire à domicile aide-t-elle à la gestion du glaucome ?
A
Elle permet de révéler les pics de pression intraoculaire en dehors des heures de consultation et les schémas de variation diurne, offrant une évaluation plus complète de l’efficacité du traitement. En particulier, chez les patients dont la maladie progresse malgré le traitement, cela peut suggérer la présence de pics de pression en dehors des consultations. De plus, le profil des variations sur 24 heures pourrait être un indicateur prédictif de la vitesse de progression de la maladie. Cependant, à l’heure actuelle, la signification clinique des variations diurnes n’est pas encore complètement établie.