Le syndrome de vision par ordinateur (CVS) est un ensemble de symptômes oculaires, visuels et musculo-squelettiques complexes provoqués par l’utilisation prolongée d’appareils numériques. Récemment, le terme « fatigue oculaire numérique » (DES) est recommandé comme concept plus large ne se limitant pas aux ordinateurs1)8).
L’American Optometric Association (AOA) définit cette affection comme « un groupe de troubles oculaires et visuels liés à l’utilisation prolongée d’ordinateurs, de tablettes, de liseuses et de téléphones portables »1). D’autre part, la TFOS (Tear Film & Ocular Surface Society) propose une définition plus précise : « l’apparition ou l’aggravation de symptômes et de signes oculaires récurrents spécifiquement associés à la visualisation d’écrans d’appareils numériques »1).
Une caractéristique du DES est sa nature transitoire. Les symptômes disparaissent généralement lorsque l’utilisation de l’appareil est interrompue8). Cependant, dans la société moderne où les appareils numériques sont devenus indispensables, les symptômes se répètent quotidiennement, ce qui en fait un problème de santé publique important3).
QQuelle est la différence entre CVS et DES ?
A
CVS est un ancien terme limité aux « ordinateurs ». DES est un concept plus large recommandé qui inclut tous les appareils numériques tels que les smartphones, les tablettes et les casques VR. Cliniquement, ils sont presque synonymes.
Sensation de sécheresse oculaire : principalement due à une diminution du taux de clignement
Sensation de corps étranger et brûlure : due à une rupture du film lacrymal
Larmoiement : dû à une sécrétion lacrymale réflexe
Photophobie : apparaît avec les lésions de la surface oculaire
Exacerbation de pathologies oculaires préexistantes
Révélation d’erreurs de réfraction non corrigées : l’astigmatisme léger ou la presbytie amplifient les symptômes
Céphalées : particulièrement fréquentes au niveau frontal
Difficulté de mise au point : particulièrement prononcée dans la presbytie
Symptômes musculosquelettiques
Douleurs cervicales et aux épaules : dues à une mauvaise posture
Douleurs lombaires : liées à une position inappropriée de l’écran
Douleurs au poignet et aux doigts : surviennent lors d’une utilisation prolongée du clavier
Les symptômes les plus fréquents sont les maux de tête, la fatigue oculaire, la sécheresse oculaire, la vision floue et les douleurs cervicales et aux épaules4). L’utilisation à moins de 50 cm de l’écran augmente la fréquence des maux de tête, et l’utilisation du smartphone est particulièrement risquée7).
Les signes objectifs suivants ont été rapportés dans le DES :
Modifications du clignement : lors de l’utilisation d’appareils numériques, la fréquence de clignement diminue et les clignements incomplets augmentent1)4). La diminution de la fréquence de clignement favorise l’évaporation des larmes et provoque une sécheresse de la surface oculaire.
Anomalies lacrymales : un raccourcissement du temps de rupture du film lacrymal (TBUT) est observé7). Une augmentation de l’osmolarité lacrymale a également été rapportée, indiquant un état de sécheresse oculaire de type évaporatif.
Modifications de l’accommodation et de la convergence : après une utilisation prolongée, on observe une diminution de l’amplitude d’accommodation et un recul du point de convergence de près7). Chez l’enfant, des cas d’ésotropie accommodative aiguë acquise (AACE) ont été rapportés7).
Variations de la pression intraoculaire : une légère augmentation de la pression intraoculaire a été rapportée lors de l’utilisation du smartphone7). Il a également été suggéré que la PIO pourrait augmenter chez les patients atteints de glaucome à pression normale dans des conditions de faible luminosité.
QComment savoir si je suis atteint de DES ?
A
Si vous ressentez régulièrement une sécheresse oculaire, une fatigue, une vision floue ou des maux de tête après une utilisation prolongée d’appareils numériques, et que ces symptômes s’améliorent lorsque vous arrêtez, il est probable que vous souffriez de DES. Cela peut être évalué à l’aide de questionnaires standardisés tels que le CVS-Q (Computer Vision Syndrome Questionnaire). Si les symptômes persistent, il est conseillé de consulter un ophtalmologiste pour vérifier la présence d’erreurs de réfraction ou de sécheresse oculaire.
Le développement du DES implique une combinaison de facteurs individuels, environnementaux et liés aux appareils.
Une revue systématique et méta-analyse a quantifié les odds ratios des facteurs de risque suivants11).
Facteur de risque
Odds ratio
Distance d’écran courte
4.24
Ergonomie inappropriée
3.87
Posture inappropriée
2.65
Absence de pauses
2.24
Utilisation prolongée
2.02
Sexe féminin
1.74
Facteurs individuels : Les erreurs de réfraction non corrigées (en particulier l’astigmatisme de 0,50 à 1,00 D) amplifient les symptômes de DES 7). Les patients presbytes ont besoin d’une correction de réfraction appropriée pour le travail de près. Les femmes ont une prévalence plus élevée de DES que les hommes (69 % contre 60 %) 13).
Facteurs environnementaux : Lorsque l’écran est positionné plus haut que le niveau des yeux, la surface oculaire exposée augmente, aggravant les symptômes de sécheresse oculaire1). Une humidité inférieure à 40 %, des températures élevées et une exposition directe à la climatisation favorisent l’évaporation des larmes 7). En ce qui concerne l’éclairage, un niveau de 200 lux ou plus est considéré comme approprié pour un poste de travail VDT 7).
Facteurs liés aux appareils : Une résolution d’écran insuffisante, une luminosité inappropriée et l’éblouissement aggravent les symptômes 7). Les smartphones, en raison de leur petit écran et de leur utilisation à courte distance, présentent la sévérité la plus élevée de CVS 7).
QAprès combien de temps d'utilisation par jour les symptômes commencent-ils à apparaître ?
A
Les symptômes peuvent apparaître après une utilisation continue de 2 heures ou plus. Le risque de sécheresse oculaire augmente après 4 heures d’utilisation, et devient plus marqué après 8 heures. Cependant, il existe de grandes variations individuelles ; les personnes ayant des erreurs de réfraction préexistantes ou une sécheresse oculaire peuvent développer des symptômes en moins de temps.
Le diagnostic de DES repose principalement sur l’évaluation des symptômes cliniques. Il n’existe pas de critères diagnostiques mondiaux établis, mais l’approche suivante est recommandée 8).
Évaluation par questionnaire : Les questionnaires standardisés suivants sont disponibles 4)8).
CVS-Q (Questionnaire sur le syndrome de vision par ordinateur) : évalue la fréquence et la sévérité de 16 symptômes ; un score ≥ 6 diagnostique une fatigue oculaire numérique.
CVSS17 (Échelle des symptômes de vision par ordinateur) : échelle de 17 items basée sur le modèle de Rasch.
DESQ (Questionnaire sur la fatigue oculaire numérique) : nouveau questionnaire adapté à l’utilisation générale des appareils numériques.
Examens objectifs : pour l’évaluation objective de la fatigue visuelle, on utilise les méthodes suivantes 1).
Fréquence critique de fusionnement (CFF) : indicateur quantitatif de la fatigue visuelle.
Analyse des clignements : permet d’évaluer le taux de clignement, la durée des clignements et les clignements incomplets.
Réflexe pupillaire : peut détecter les changements liés à la fatigue.
Évaluation ophtalmologique : pour l’évaluation de la fatigue oculaire numérique, y compris le diagnostic différentiel, les examens suivants sont réalisés 2).
Tests lacrymaux : TBUT, test de Schirmer, osmolarité lacrymale, temps de rupture non invasif du film lacrymal.
Tests de fonction accommodative et de vergence : amplitude d’accommodation, point de convergence proche, réponse accommodative.
Examen de la réfraction : détection des anomalies réfractives légères et de la presbytie.
Diagnostic différentiel : exclusion des maladies présentant des symptômes similaires, comme les allergies ou les infections.
La gestion de la fatigue oculaire numérique repose sur l’identification des causes et une approche individualisée. Le traitement se divise en ajustements environnementaux, interventions ophtalmologiques et interventions nutritionnelles.
Ajustements environnementaux et modifications comportementales
Règle 20-20-20 : la méthode de pause la plus largement recommandée 13)
Optimisation de la position de l’écran : placer le bord supérieur 15 à 20 degrés en dessous du niveau des yeux 7)
Amélioration de l’éclairage : réduire l’éblouissement et équilibrer la luminance entre l’écran et l’environnement
Utilisation d’un humidificateur : l’utilisation d’un humidificateur de bureau pendant 1 heure améliore le TBUT et le confort oculaire 7)
Interventions ophtalmologiques
Correction de la réfraction : prescrire une correction complète pour la distance de travail appropriée 1)
Larmes artificielles : utilisées pour les symptômes de sécheresse oculaire de surface 4)
Exercices de clignement : fermer les yeux pendant 2 secondes × 2 fois + fermeture forcée pendant 2 secondes, répéter comme une série 7)
Entraînement de l’accommodation et de la convergence : envisager en cas d’anomalies de la vision binoculaire
Intervention nutritionnelle : selon une revue systématique du TFOS, la supplémentation orale en acides gras oméga-3 est la seule option dont l’efficacité est démontrée par des preuves de haute qualité dans la gestion du DES 2). Elle améliore les symptômes de sécheresse oculaire de surface via des effets antioxydants et anti-inflammatoires 12). Les caroténoïdes maculaires de la famille des xanthophylles (lutéine, zéaxanthine) peuvent contribuer à améliorer les performances visuelles et les fonctions cognitives 12). Les anthocyanes pourraient également avoir un effet protecteur contre le stress cognitif visuel et la fatigue oculaire numérique12).
QLes lunettes anti-lumière bleue sont-elles efficaces contre le DES ?
A
À ce jour, les essais randomisés n’ont pas fourni de preuves que les verres anti-lumière bleue réduisent significativement les symptômes du DES. Les principales causes du DES sont les anomalies du clignement, la fatigue accommodative et les facteurs environnementaux, non les caractéristiques de longueur d’onde de la lumière. Pour la prévention, privilégiez d’abord la règle 20-20-20, une correction de la réfraction appropriée et l’optimisation de l’environnement de travail.
Trois mécanismes principaux sont impliqués dans le développement du DES 1).
1. Anomalies du clignement et troubles de la surface oculaire
L’utilisation d’appareils numériques réduit la fréquence des clignements et augmente les clignements incomplets 1)4). La fréquence normale des clignements est de 15 à 20 par minute, mais elle diminue significativement lors de la fixation d’un écran. La réduction de la fréquence des clignements et les clignements incomplets favorisent l’évaporation des larmes et augmentent l’osmolarité lacrymale. Cela entraîne une sécheresse et une inflammation de la surface oculaire, provoquant des symptômes de type œil sec. De plus, le regard horizontal (lors de l’utilisation d’un écran d’ordinateur) élargit la fente palpébrale par rapport au regard vers le bas, augmentant ainsi la surface oculaire exposée 8).
2. Dysfonctionnement de l’accommodation et de la convergence
L’utilisation à courte distance des appareils numériques nécessite un effort d’accommodation soutenu. Un travail en vision de près prolongé entraîne une diminution de l’amplitude d’accommodation, un recul du point de convergence proche et une augmentation du retard accommodatif 5)6). Ces changements provoquent une augmentation de l’exophorie, une insuffisance de convergence et une disparité de fixation, entraînant une vision floue, une diplopie et une fatigue oculaire. Chez les enfants, l’utilisation prolongée de smartphones a été signalée comme un facteur de risque d’ésotropie aiguë acquise concomitante (AACE) 7).
3. Facteurs environnementaux et troubles musculo-squelettiques
Des facteurs environnementaux inappropriés tels que la position, l’angle, l’éclairage et l’éblouissement de l’écran peuvent forcer à maintenir une posture non naturelle 8). L’augmentation de l’angle de flexion cervicale aggrave la fatigue du trapèze supérieur et les douleurs cervicales 7). Un écran trop haut ou trop bas peut provoquer des douleurs lombaires et une mauvaise posture. L’utilisation de smartphones entraîne particulièrement un angle de flexion cervicale important.
Tendances mondiales de la prévalence : Selon une méta-analyse, la prévalence poolée du DES est de 66 % (IC à 95 % : 59-74 %), ce qui en fait une affection fréquente touchant 2 personnes sur 3 13). Pendant la pandémie de COVID-19, avec l’augmentation soudaine du télétravail et de l’apprentissage en ligne, elle est montée à 74 % (IC à 95 % : 66-81 %) 9).
Population
Prévalence
Monde (période normale)
66 %13)
Pendant le COVID-19
74 %9)
Non-étudiants (pendant le COVID)
82%9)
Étudiants (pendant le COVID)
70%9)
Impact sur les enfants : La DES est également appelée « pandémie de l’ombre » chez les enfants12). Une étude indienne a montré que le temps d’écran moyen a doublé, passant de 1,9 heure avant le COVID à 3,9 heures, et la prévalence de la DES chez les enfants a atteint 50,2 %12). Les facteurs de risque identifiés sont l’âge de 14 ans et plus, le sexe masculin et l’utilisation d’appareils plus de 5 heures par jour.
Progrès en matière d’intervention nutritionnelle : La supplémentation en caroténoïdes maculaires (lutéine, zéaxanthine, mésozéaxanthine) a montré une amélioration des performances visuelles et des fonctions cognitives, et est considérée comme une approche complémentaire prometteuse pour la DES11). Les acides gras oméga-3 sont considérés comme l’approche de gestion la plus fondée sur des preuves dans la revue systématique du TFOS2).
Émergence de nouvelles technologies : Les casques de réalité virtuelle (VR) imposent une charge visuelle de près différente de celle des écrans traditionnels, suscitant des inquiétudes quant à leur impact sur les fonctions d’accommodation et de vergence. Le développement de systèmes de surveillance et de prévention de la DES utilisant l’IA et des appareils portables progresse également.
QComment prévenir la DES chez les enfants ?
A
Il est recommandé de limiter le temps d’écran continu (de préférence à moins de 2 heures), de pratiquer la règle 20-20-20, de maintenir une distance appropriée par rapport à l’écran et de pratiquer suffisamment d’activités de plein air. Les autorités éducatives et sanitaires sont également invitées à élaborer des directives pour le temps d’apprentissage en ligne. Il est important que les parents gèrent le temps d’utilisation et évitent une utilisation excessive des appareils dès la petite enfance.
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